II. DES TACHES, DES EMPREINTES, ETC
La présence sur les vêtements ou sur des linges de différentes taches, telles que du sang, du sperme, par exemple, peut devenir, dans le cours d’une instruction criminelle, un indice certain de la participation de l’individu à un acte incriminé. Dans d’autres circonstances, le médecin est consulté pour apprécier les colorations diverses qui peuvent se trouver sur la peau. 11 peut être nécessaire de mesurer et de conserver les traces du passage ou de la présence d’individus en un endroit : ainsi, les empreintes de pas sur la terre ou sur la neige. D'autres fois, ce sont des empreintes ensanglantées sur les portes ou sur les meubles, des cheveux dans la main de la victime, de la matière cérébrale adhérente à un bâton, etc., etc. Dans tous ces cas, l’appréciation de l’expert peut vivement éclairer la justice, diriger ses investigations, lui apporter de nouvelles preuves. Comme l’a dit Bacon : les preuves
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sont un antidote contre le poison des témoignages ; et il est certain que, dans certains cas, les taches ont été les charges les plus accablantes contre un accusé.
Le code d'instruction criminelle prescrit aux magistrats, dans les cas de flagrant délit, de nature il entraîner une peine afflictive ou infamante de « constater le corps du délit, son état, I état des lieux » (art. 52).
Arrr. 55. Le procureur de la République se saisira des armes et de tout ce qui paraîtra avoir servi ou avoir été destiné à commettre le crime ou le délit, ainsi que de tout ce qui paraîtra en avoir été le produit, enfin de tout ce qui pourra servir à la manifestation de la vérité.
Les art. 56 et 57 prescrivent Ta saisie des papiers ou autres pièces et effets en la possession du provenu ou qui se trouvent dans son domicile. Si l'aire se peut, ces objets saisis sont clos et cachetés, ou bien mis dans un vase ou dans un sac sur lequel le procureur de la République attache une bande de papier qu’il scelle de son sceau.
L’art. 162 du code prussien de procédure criminelle s'exprime ainsi : Les experts doivent donner leur avis sur les instruments au moyen desquels les lésions ont pu être faites ; il faut aussi leur montrer les instruments qui ont été trouvés et leur demander si telle lésion a pu être produite par tel instrument si la situation et la grandeur des blessures peuvent indiquer la manière avec laquelle le coupable a probablement agi, l’intention qu’il y a mise et la force physique qu’il a employée.
Au poinl de vue médico-légal nous définissons la tache : toute modification de coloration , toute souillure, toute addition de matière étrangère , visible ou non, à la surface du corps, d'un instrument, d'une étoffe, etc., déterminée par le dépôt d'un produit solide, mou, ou le plus souvent liquide et dont la nature ou T ancienneté peuvent servir à établir l’identité d’une personne, les relations ou l intervention d'un objet quelconque dans une affaire criminelle. Telle est la définition que nous avons donnée dans l’article Taches du Dictionnaire de Dechambre.)
Division des taches. — Il est impossible d’énumérer toutes les lâches qui peuvent être soumises à l’analyse
de l’expert. Toutefois nous allons étudier successivement, en donnant leurs caractères les plus importants, parce que ce sont celles que le médecin légiste doit connaître : les taches de sang ; de sperme ou liquide provenant de l’urèthre ; les taches provenant de liquides sortis de la bouche ou des fosses nasales ; les taches provenant de matières fécales ; les taches produites au moment de l’accouchement ou résultant de celui-ci (liquide amniotique, lait, etc.) ; les taches par débris de tissu humain ; les taches faites par des produits végétaux ; les taches de boue, de substances minérales, d’encre et autres.
Technique spéciale à l'examen des taches. — I! y a des taches humides, desséchées, essuyées, etc. ; l’expert doit d’abord se préoccuper de la description de ces taches en indiquant exactement leur situation : ainsi, par exemple, pour les taches de sang ou de sperme sur une chemise, on indique si elles se trouvent au pan antérieur ou postérieur de ce vêtement, sur la face interne ou externe de ce pan. Une description sommaire de la tache caractérisant son aspect est donnée; les différentes dimensions de longueur, de largeur, sont prises. L’examen de la tache est fait à la lumière naturelle et artificielle. S’il y a plusieurs taches sur du linge, une chemise, par exemple, nous avons 1 habitude de numéroter chacune d’elles ou de 1 indiquer par une lettre que nous répétons en même temps sur l’étoffe et sur le lambeau détaché. Nous avons ainsi étiqueté des carrés, des circonférences ou des losanges d’étoffe plus ou moins grands, d’après les dimensions de la tache, et qu’il est possible par leur disposition géométrique de rapporter, quand cest nécessaiie, à la place que ces lambeaux occupaient sur 1 étoffe.
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Chacune de ces taches est, selon sa nature, soumise alors a un examen physique, puis chimique. Découpée en bandelettes, on la met au contact d’un liquide approprié dans un verre de.montre que l’on a soin, à son tour, de revêtir d'une petite étiquette portant le numéro de la tache. Au bout d’un temps plus ou moins long, le liquide de macération est soumis à un examen chimique ou micrographique : quand il est nécessaire, la tache humectée est grattée avec le dos d’un scalpel ou bien le tissu esteffiloqué, fil par fil, afin de saisir toutes les parties du liquide qui a imprégné la trame.
On le voit déjà, il faut faire une grande différence entre les taches qui se déposent à la surface des objets ou celles qui pénètrent dans l’intérieur, ou dans l’interstice de ces objets, avec la réserve indiquée dans notre définition qu il n’y a point de modifications chimiques profondes dépassant l’épiderme ou d’altérations de la composition moléculaire des objets : en résumé, nous ne rangeons dans les taches ni les escharoliques ni les caustiques. Ce qu’il faut rechercher, ce n’est pas la composition ou les modifications éprouvées par le
support de la tache, mais seulement la nature de celle-ci.
Si la tache se trouve déposée sur une partie résistante, telle que lame de fer, pierre, bois, etc., on procédé autrement. On peut quelquefois plonger la lame d’un instrument ou une partie de celle-ci dans un \eire et la mettre au contact d’un liquide ; ou bien la tache est en écaille et se détache par lacération avec des aiguilles. Cette opération se fait toujours avec beaucoup de précautions, et au-dessus d’une feuille e papier ou d’une lame de verre, qui recueille les tragments. Dans d’autres cas, la tache peut être cirlacassagmë. , -
conscrile par un godet en cire molle dans lequel on fait l’imbibition. Relatons une particularité utile à connaître quand une tache de sang repose sur un corps poli, tel que : verre, acier, parquet bien ciré, etc. ; en cherchant à l’enlever de son substratum, elle éclate tout à coup à la façon d’une larme batavique et sa poussière jaillit assez loin pour ne plus être facilement retrouvée. Dans ces cas, on opère sous un verre qui arrête les éclats.
Une partie du liquide est réservée à l’analyse chimique, une autre à l’analyse microscopique, une troisième à l’analyse spectroscopique. Nous recommandons d’étiqueter immédiatement et de luter les préparations qui paraissent démonstratives. Si ies taches sont sur du bois, il faut parfois en enlever de petits copeaux ou bien racler avec une petite lame de verre fraîchement cassée qui détache ainsi le fragment à examiner.
TACHES HE SASG.
a. Caractères physiques. — En général, elles sont rouges, mais leur coloration peut varier avec 1 épaisseur de a tache et la nature de l’objet ou du tissu sur lequel e e s’est desséchée. L'éclairage par une lumière artificielle permet parfois de mieux les apprécier. Elle peuvent ressembler à celles qui sont produites par certaurs sucs vegetaux: pissenlit, laiteron, laitue vireuse; par des liquides albumineux colorés avec de la garance, de a cocheniîlc etc., par de la rouille. - Elles empèsent le tissu; elles’ ont une odeur semblable à celle de la sueui , leur
^Cara^es chimiques. - Elles ne disparaissent pas si on les traite par de l’acide hypochloreux, qui décoloré aussitôt les taches de sucs végétaux. L acide chloihydri^ . q dissout les taches de rouille en produisant du peichlor de fer, est sans action sur elles. — Si 1 on fait macerei
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cette tache dans l’eau, on observe qu’une partie se délaye dans ce liquide sous forme de filaments rougeâtres. Si l’on chauffe ce liquide, il se trouble et se décolore parce que l’albumine se coagule. Que l’on verse alors de la potasse, qui dissout l’albumine et l’hémoglobine, le liquide redevient limpide et d’un rouge verdâtre. La partie qui est restée sur le linge est de la fibrine, ainsi qu’il est facile de le constater au microscope. D’ailleurs, cette fibrine se dissout dans la potasse et on la précipite par l'acide chlorhydrique.
c. Caractères micrographiques, — Le microscope fournit de précieux renseignements: il permet de reconnaître, dans la tache, la présence de la fibrine, des globules rouges, des globules blancs, et môme, dans certaines limites, le sang de divers animaux. Nous allons emprunter à l’excellent ouvrage de nos amis Duval et Lereboullet [Manuel du microscope, 2' édit.) l’étude qu’ils ont faite des taches, et les figures qui permettent d’abréger les descriptions. Nous y joindrons les procédés qui se trouvent dans l'Instruction pour servir à déterminer les éléments constituants du sang dans les taches; cette instruction a été rédigée par une commission composée de MM. Mialhe, Mavet, Lefort et Cornil ‘.
Les globules rouges sont absolument caractéristiques; examinés intacts dans du sang frais, on peut dire s’il s’agit du sang d’homme ou d’animal. Leur matière colorante, l 'hémoglobine, donne par l’analyse spectrale des raies caî actéristiques et qui varient suivant qu’elle est oxygénée ou réduite. Un dérivé de 1 hémoglobine, Yhématine , a une couleur spéciale qu’il est possible de déterminer au spectioscope, et elle donne avec 1 acide chlorhydrique, des cristaux de chlorhydrate d’hématine, cristaux colorés faciles à obtenir avec une petite quantité de matière colorante du sang et qui sont absolument caractéristiques.
Les globules rouges sont très délicats. Ils sont altérés par l’eau, les acides, les bases, etc. Il faut donc éviter de mettre un réactif en contact avec les taches à ana-
1 bulletin de la Société db médecine légale, 1875-1879, p. 55
QUESTIONS générales.
lyser. Mois certains liquides conservent ces globules. On se servira de ceux-ci pour imbiber les taches par capillarité.
Les meilleurs de ces liquides sont ceux qui se rapprochent le plus de la composition du sérum (matière albumineuse dissoute et chlorure de sodium), l’urine conserve les globules, mais modifie leurs formes. On peut, employer le sérum iodé de Schlutz ou un sérum artificiel (270 grammes d’eau distillé, 30 grammes de blanc d’œuf, 40 centigrammes de sel marin). Ces liquides albumineux s’altèrent facilement. On peut employer aussi un liquide composé de 1/2 de chlorure de sodium pour 100 grammes d’eau distillée, ou de 5 à 6 pour 100 de sulfate de soude.
Dans les cas difficiles, l’expert doit diviser en quatre parts les spécimens dont il dispose et qu’il réservera, la première à l’analyse histologique, la seconde à i’analyse spectrale, la troisième à la recherche des cristaux de chlorhydrate d hematine, la quatrième au procédé chimique de Taylor.
La figure 12 montre les globules rouges du sang : en aa, ils sont vus de face; en b , de profil; en c, empiles comme
des pièces de monnaie; en e, décolorés par l'eau; en ratatinés par suite de l’évaporation. Ces disques ont une lar-
Fig. 12. — Globules rouges du sang.
Fig. 15. — Globules blancs du sang.
Aa i dp millimètre.
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petits globules blancs; en d, de gros globules possédant plusieurs noyaux ; en e, les mêmes qui ont été traités par l’acide acétique.
Les globules rouges sont les corpuscules caractéristiques du sang. « Les globules du sang du fœtus se distinguent de ceux de l’adulte par l’existence d’un noyau, et ce n’est que vers le quatrième (Robin) ou le cinquième (Kollilcer) mois de la vie embryonnaire qu’ils perdent cet élément ; la présence de ce noyau après la naissance constitue un étal le plus souvent pathologique. En même lemps les globules du fœtus sont un peu plus volumineux que ceux de l'adulte; ils s’altèrent plus facilement après l’extravasation, et présentent alors parfois des espèces de prolongements sarcodiques (Robin).
« Les globules sanguins des mammifères adultes ressemblent à ceux de l'homme comme forme, mais en diffèrent comme dimensions; les plus petits sont ceux du cochon
d’Inde ; ceux de l’homme (fl g. 14) étant représentés par 7 (comme diamètre), nous trouvons 2 pour ceux du cochon d’Inde, 4 pour la chèvre, 5 pour le mouton, 5 pour le che-
Fie. 14. — Globules sanguins de l’homme.
val, 6 pour le lapin, 7 pour le chien, 9 pour l'éléphant; seuls parmi les mammifères, les caméliens (chameau et lama) possèdent des globules elliptiques, mais toujours sans noyaux. Ceux des oiseaux (fig. 15) sont elliptiques, en
général deux fois plus gros que ceux de l’homme (représentés par la), biconvexes et avec un noyau généralement peu visible.
Ceux des reptiles et des amphibies (fig. 16) sont encore plus elliptiques, plus volumineux (représentés par 20 chez la grenouille) , plus bombés et avec un noyau granuleux très visible. Enfin ceux des poissons (fig. 17) présentent généralement les mêmes caractères, sauf quelques exceptions peu importantes à notre point de vue (cyclostomes) et peuvent atteindre des dimensions surprenantes. » ...
Le microscope permettra donc de reconnaître 1 origine d’un sang examiné; il permettra surtout de différencier le sang d'un homme du sang d’un animal domestique, dont les globules sont d'ordinaire plus petits. On comprend de suite combien ces données peuvent être importantes dans les expertises médico-judiciaires.
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D’ailleurs, si les conditions de l’examen le permettaient, on pourrait faire la numération des globules à l’aide de
Fig. IG. — Globules sanguins des reptiles et des amphibies.
Fig. 17. — Globules sanguins du poisson.
1 appareil du docteur Ilayem ou de celui du docteur Malassez, et même employer le colorimèlre de ce T dernier me-'
decin : cet instrument permet d'apprécier la quantité d’hémoglobine contenue dans un millimètre cube de sang (Société de biologie, octobre 187 G).
M. lourdes, dans l’article Blessures du Dictionnaire encyclopédique, montre que des taches presque imperceptibles de sang ont été démontrées avec certitude par la production des cristaux d'hémine (U Instruction les appelle avec raison cristaux de chlorhydrate d' hématine ; 1 hématine est un produit de dédoublement de l hémoglobine). Voici le procédé d’Erdmann : « Toutes les opérations se passent sur le porte-objet du microscope ; on y place une petite parcelle de la tache à examiner ; on y ajoute un fragment presque imperceptible de chlorure de sodium : avec une baguette, on dépose sur la plaque une gouttelette d acide acétique monohydraté, de telle sorte que, par l’effet de la capillarité, elle se mette en contact avec le sang. On chauffe avec une petite lampe à alcool jusqu’à ce que le sang soit dissous : en tenant la plaque de verre à une plus grande distance de la flamme, on finit par sécher la tache ; on examine, à diverses reprises, au microscope, et bientôt on voit apparaître les cristaux d’hémine. Les cristaux s obtiennent mieux quand la petite plaque de verre qui recouvre l’objet n’est pas trop fortement appliquée.... Les cristaux sont d un jaune clair et d’un brun rougeâtre, ils ont une forme identique de losanges réguliers, de lames rhomboïdales divisées en deux, à lignes très nettes; ils varient de grosseui... Si l’on a obtenu des cristaux d’hémine, on est sûr que les taches sont formées par du sang, et ce procédé fait découvrir les traces les plus petites et les plus anciennes ; les rrictnnv d'hémine ont été retirés de quelques gouttes de
bail i-, dieu — - » . ,
Balley, Valentin Benoît) ; mais l’emploi de ces instruments
emploie un grossissement de oUU n° 8 de Hartnacli, nü 7 de Verick).
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rend ce procédé peu usuel. L’ouvrage de Duval et Lereboullet donne un excellent résumé des derniers travaux publiés sur ce sujet.
Rappelons que le sang artériel jaillit à une grande distance, que ses caillots sont plus épais et plus rouges.
Quant au sang menstruel, il renferme très peu de concrétions fibrineuses. On y remarque des débris d'épithélium utérin et vaginal et on peut y trouver des parasites tels que le Trichomonas vaginalis. La figure 18 montre,
Fig. 18. — Épithélium vaginal.
d’après Tyler-Smith, l’épithélium vaginal à tous les degrés de développement dans la leucorrhée épithéliale ou vaginale. — Si le sang ne provient pas des règles, il est assez difficile de dire si c’est du sang d’homme ou du sang de femme. Notons cependant qu’on a prétendu que le sang de la femme avait une odeur un peu moins forte ou un peu moins aigrelette.