COUPS TIRÉS A COURTE DISTANCE
de la charge et aussi sa qualité, les poudres avariées, humides, brûlant plus mal et permettant Tincrustation d'un plus grand nombre de grains. Aussi, chaque fois qu'en pratique la question présente un intérêt particulier, est-il nécessaire d'avoir recours à des expériences faites, autant que possible, avec la môme arme, les mômes cartouches ou la môme poudre et le môme projectile que ceux qui ont produit la blessure. Ces expériences réclament une compétence particulière qui n'est pas celle du médecin ; celui-ci doit donc en pareil cas demander que cette partie de l'expertise soit confiée à une autre personne (armurier, officier d'artillerie, etc.), et borner son rôle à constater les lésions anatomiques et à en interpréter la signification.
Sous ces réserves, voici quelques données qui pourront servir de points de repère. M. Tourdes*, expérimentant avec un revolver Lefaucheux, de Om. 009 de diamètre, a noté qu'aune distance de Om. 50, quelques grains de poudre s'incrustaient dans la peau, mais en très petit nombre; à partir de Om. 75, il n'y avait plus d'incrustation. La teinte noire produite par le dépôt des produits de combustion était très prononcée quand le coup avait été tiré à Om. 15 ; cette tache noire s'élargissait et devenait moins foncée à mesure que la distance augmentait; à Om. 40, il n'existait plus qu'une légère apparence de cercle noir.
Avec un revolver Lefaucheux de 0,007 millimètres, M. Desfossés^ a vu que le tatouage pouvait se produire jusqu'à une distance deOm. 32, la brûlure des poils jusqu'à 0 m. 08, celle des vêtements jusqu'à 0 m. 18.
A propos de l'affaire Godefroy^ MM. Leroux et Gastinne- Benette, expérimentant avec un pistolet de poche à deux coups, rayé, à bascule du système Lefaucheux, se chargeant avec la cartouche à broche, à balle conique de 0 m. 009 de diamètre, sont arrivés à des résultats qu'ils
1. Tourdes, Observation de blessure mortelle faite au moyen d*un revolver, avec quelques remarques médico-légales sur ce genre de blessures (Gaz, méd. de Strasbourg, 1870).
2. Desfossés, Etude médico-légale sur les blessures par revolver [Thèse de Paris, i886j.
3. Du Mesnil, Relation médico-légale de l'affaire Godcfroy (Annales d^hyg. pubL etde méd. lég , i877^ l'o série, t. XLVU).
résument ainsi : « Il est certain qu'à 0 m. 13, le tatouage et môme la brûlure resteront faciles à constater, même après le lavage. Il est fort probable qu'il en sera de même le plus souvent à 0 m. 20 ; à 0 m. 30, les traces diminuent considérablement ; elles disparaissent à peu près à Om. 50, et à 0 m. 80 on ne constate plus que des traces presque nulles (fig. 17, 18, 19, 20). »
Mais avec d'autres armes, le tatouage peut se produire
Fig. 17. — Tatouage produit par un coup de revolver tiré à 0 m. 03.
à une distance beaucoup plus considérable, et être extrêmement abondant.
Nous avons vu chez une femme le visage absolument criblé de grains de poudré depuis la racine des cheveux jusqu'au bas du menton. La blessure avait été produite avec un mauvais pistolet chargé de quelques très gros grains de plomb et d'une énorme quantité de poudre grossière. Des expériences que nous avons faites, M. Gastinne Renette et moi, avec ce pistolet chargé de la même poudre et des mêmes plombs, nous ont montré que le coup