ARTICLE VI. — BLESSURES PRODUITES PAR LES EXPLOSIONS
Les effets produits par la dynamite et les explosifs analogues résultent de la formation subite d'une masse énorme de gaz qui agissent non seulement par eux-mêmes, mais aussi par l'air qu'ils refoulent avec une violence qu'on ne saurait guère concevoir quand on n'a pas constaté de visu les marques. Quand, par exemple, l'explosion s'est produite dans un espace clos, on trouve les murs effondrés, les por-
i. Lassaigne, Examen d'une bourre de fusil (Ann. d'hyg,publ. et de méd, lég,, 2» série, t. XI, 1859).
2. La thèse de Gérard, citée précédemment, donne des détails intéressants sur ce point.
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tes et les fenôtres projetées au loin, tous les meubles brisés et épars dans un désordre inimaginable.
Il est évident que des gaz animés d*une telle force sont capables de produire les plus graves' lésions sur les individus qui se trouvent exposés à leur action. Cependant, à part les déchirures du tympan qui sont fréquentes en pareils cas, il nous a paru difficile de discerner sur les blessés de ce genre que nous avons examinés les lésions qui pouvaient appartenir en propre à l'action des gaz, de celles qui résultaient des projectiles improvisés par l'explosion. Les blessés sont criblés en effet par des centaines de fragments provenant des meubles, des murs, du plancher, etc. Quelquesuns de ces fragments sont très volumineux ; d'autres très petits, presque impalpables, pénètrent cependant sous la peau et vont créer partout des foyers de suppuration chez les individus qui survivent quelque temps. II est probable cependant que c'est à l'action seule des gaz qu'il faut attribuer le broiement et l'arrachement des membres inférieurs qu'on observe très souvent ; le pied, la jambe étant entièrement détachés, ou ne tenant plus que par des lambeaux de chair dilacérésou des tendons dénudés sur toute leur étendue.
Les explosions produites par le gaz d'éclairage, par le grisou produisent des effets mécaniques d'une violence en général moindre ; mais à cette action mécanique s'ajoute souvent celle des brûlures.
ARTICLE VIL — BRULURES
Les brûlures sont produites par la flamme, par le rayonnement ou le contact d'un corps en ignition, d'un corps chaud solide, liquide ou à l'état de vapeur
On divise les brûlures, suivant leur profondeur, en six degrés ; dans le premier degré, il existe seulement de l'éry thème de la peau ; dans le second, Tépiderme est détaché et quelquefois il se forme des phlyctènes ; dans le troisième, une partie du derme est atteinte ; dans le quatrième, le derme est détruit dans toute son épaisseur ; dans
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le cinquième et le sixième, il existe une carbonisation complète et profonde des parties atteintes *.
Après la mort, l'éry thème des brûlures du premier degré disparaît souvent sans laisser de traces, ou seulement une desquamation furfuracée de Tépiderme, qui est souvent difficile à apprécier. Mais il est bien rare qu'il n'y ait pas en même temps sur quelques points des brûlures plus profondes qui permettent tout au moins de présumer par rinspection du cadavre quelle a été la cause de la mort. Au niveau des brûlures du second et du troisième degré, Tépidermc est détaché et le derme sous-jacent présente les modifications qu'il subit toujours sur le cadavre quand il a été dénudé, c'est-à-dire qu'il est sec, dur, jaune brunâtre ou rougeâtre, parcheminé en un mot.
g I. ~ Lésions internes, mécanisme de la mort.
Le danger de mort dépend bien moins de la profondeur des brûlures que de leur étendue. Des brûlures, môme très superficielles, entraînent presque toujours la mort quand elles comprennent la moitié du corps et très souvent encore quand elles ne comprennent que le tiers, le quart, ou môme une portion moindre de téguments.
A Tautopsie des brûlés, on trouve souvent des lésions très graves des organes internes.
Signalons d'abord les cas où il existe une méningite, une pleurésie, une péritonite suppurée, une pneumonie. Il s'est produit alors une infection banale, à laquelle la brûlure fournit'une large porte d'entrée, et qui se développe d'autant plus facilement que les moyens de défense de l'organisme sont amoindris par les altérations sanguines et viscérales qui sont souvent la conséquence directe des brûlures. Ajoutons que cette infection peut se produire assez tardivement, et à la suite de brûlures légères et peu étendues. Un homme de 29 ans, à la suite d'une explosion de gaz, avait été brûlé seulement à la figure et aux mains; ces brûlures étaient superficielles et l'épiderrae n'était
i. Voy. Dclbet et Veau, Nouveau Traité de chirurgie, 1907, fasc. I,