‹ Précis de médecine légaleChapitre 125 sur 410 · EN QUEL ENDROIT LA VICTIME A-T-ELLE ÉTÉ FRAPPEE · texte numérisé non relu

EN QUEL ENDROIT LA VICTIME A-T-ELLE ÉTÉ FRAPPEE

ment l'endroit qu'il a taché : s'il est arrivé obliquement, les gouttelettes ont la forme d'un ovoïde allongé ou d'une poire, la grosse extrémité se trouvant à leur partie initiale, les éclaboussures accompagnant chacune d'elles à leur partie terminale ; les gouttes sont disposées en série régulière. On peut ainsi déduire, de la situation et de la forme de ces gouttelettes artérielles, des conclusions relatives à la position du corps au moment où l'hémorragie a eu lieu. Le jet artériel peut atteindre à une distance de plus de 2 mètres.

Dans d'autres cas, on trouve de nombreuses taches de sangdansdes endroits divers d'une chambre, d'une maison ou dans un plus large espace, et il y a quelquefois grand intérêt à savoir en quel endroit la victime a été frappé, où elle a succombé, si elle a parcouru une certaine distance après avoir été blessée ou si le corps a été transporté après la mort. Ces questions sont loin d'être toujours solubles ; mais dans quelques cas particuliers, certaines circonstances permettent une réponse précise. Ainsi une personne atteinte d'une section de la moelle est incapable de marcher et il en est de même pour la plupart des fractures des membres inférieurs *. Certaines blessures entraînent une mort immédiate et excluent naturellement la possibilité de la marche. Une blessure, qui a ouvert et fait communiquer avec l'extérieur un gros tronc artériel, a été faite à l'endroit où se trouve la trace d'une grandç hémorragie ; au contraire, si la blessure, en raison des parties atteintes, n'a saigné que relativement peu à la fois, la victime aura pu tomber à quelque distance de l'endroit où elle a été frappée et venir mourir là où se remarque la plus grande quantité de sang. On peut trouver en plusieurs endroits les traces du jet artériel et prouver ainsi que la victime s'est déplacée après avoir été blessée. On reconnaît facilement les traces produites en traînant un corps ensanglanté.

Dans quelques cas, on trouve aussi la trace des pas du

1. Après une fracture du tibia, les fragments n'étant pas déplacés, et le péroné les maintenant en place, la marche est possible pendant quelques pas. il en est de même après les fractures du col du fémur.

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meurtrier, la marque de ses mains. Ces empreintes peuvent servir à établir l'identité du coupable, si elles sont étudiées convenablement à Taide des procédés indiqués dans la partie de ce livre consacrée à Tidentité.

§ IX. — Recherches relatives à l'inculpé.

I/inculpé peut porter des marques de lutte sur sa personne ou des taches de sang sur ses vêtements. La recherche et l'interprétation de ces indices de culpabilité appartiennent au médecin.

Les traces de lutte consistent surtout en griffures et coups d'ongle qui se trouvent principalement sur la face, sur le cou, sur la partie antérieure de la poitrine, sur les mains et les avant-bras ; l'examen doit toujours porter spécialement sur ces régions. Beaucoup des érosions ou des petites plaies que l'on constate peuvent avoir une origine accidentelle ; les mains des ouvriers en présentent presque constamment. Les caractères des égratignures et des coups d'ongle ont été indiqués déjà ; les premières forment des plaies en sillon, d'une largeur à peu près uniforme, intéressant quelquefois la partie superficielle du derme, de sorte qu'elles laissent des cicatrices persistant plusieurs semaines et môme plusieurs mois. Les coups d'ongle produisent des plaies quelquefois irrégulières, mais le plus souvent linéaires sur une partie au moins.de leur étendue ; elles peuvent intéresser aussi une partie du derme et laisser des cicatrices persistantes. Il convient, du reste, d'interroger l'inculpé sur la provenance des lésions qu'on lui fait remarquer et de vérifier si ses explications sont admissibles. — Nous avons examiné un homme qui, troisjoursaprèsavoir commis un meurtre, avait tenté de se suicider en se jetant sous une voiture. Outre les blessures produites par l'écrasement, on en trouvait d'autres, un peu plus anciennes, et qui sûrement résultaient d'une lutte : des coups d'ongle sur les mains, les paupières d'un œil ecchymosées, et surtout quelques coupures superficielles sur les genoux et la plante des pieds, ce qui résultait de ce que le meurtrier avait lutté avec sa victime, tous deux en chemise, dans une chambre étroite

RECHERCHES RELÀTIYES^ A L*1NCULPÉ 301

dont toute la vaisselle avait été brisée (Affaire Mas-Balardini).

Il est important de déterminer à quelle époque approxi* mativement ont été faites les blessures dont on constate l'existence. Cette détermination ne peut presque jamais être faite avec une exactitude rigoureuse, de façon à préciser le jour même de la production des blessures ; mais on peut très souvent, d'après le degré de la cicatrisation, reconnattre s'il est admissible que les blessures aient été faites le jour du crime ou si elles sont notablement plus anciennes ou plus récentes.

L'examen des ongles de l'inculpé peut aussi donner des résultats utiles. Il est bon de noter leur longueur et leur résistance, qui varie notablement suivant les divers sujets, afin d'apprécier s'ils ont pu produire telle ou telle lésion. Les ongles coupés ras peuvent encore faire des blessures assez profondes, ainsi que nous l'avons remarqué souvent chez des femmes qui avouaient avoir commis un infanticide par strangulation. Les cassures récentes et plaies des ongles fournissent quelquefois aussi des renseignements. M. Coutagne^ a interprété avec beaucoup de sagacité une blessure qu'il avait constatée sur l'ongle d'un homme soupçonné d'avoir pris part à un vol avec effraction. On avait trouvé près de la porte forcée quelques taches de sang et un petit papier ensanglanté paraissant avoir essuyé un doigt. L'examen de l'inculpé eut lieu deux mois après; il présentait au doigt médius de la main droite une plaie cicatrisée de l'ongle et de sa matrice, plaie transversalement dirigée et située à égale distance du bord libre et de la lunule. L'inculpé attribuait cette plaie à un accident survenu six mois auparavant ; or, en étudiant, à l'aide de plusieurs examens successifs, la rapidité de la croissance de l'ongle chez lui, il fut démontré que la blessure, en admettant même qu'elle ait été faite immédiatement au-dessus de la lunule, ne pouvait dater de plus de deux mois.

1. D*" H. Goutagne^ Des blessures des ongles au point de vue des données chronologiques qu'elles peuvent fournir en médecine légale {Lyon médical, juillet 1881).

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Nous avons parlé dans un chapitre précédent du tatouage qui accompagne parfois les blessures par arme à feu. Avec certains revolvers de mauvaise qualité, des grains de poudre peuvent s'échapper, entre le barillet et le canon, et produire ainsi un tatouage sur la main du tireur.

On comprend toute l'importance des taches de sang sur les vêtements de Tinculpé *. Cette recherche exige ordinairement beaucoup d'attention, parce que presque toujours, du moins dans les cas où l'intervention du médecin est requise, les vêtements saisis ont été lavés et n'ont été conservés que parce qu'ils ne semblaient pas tachés à l'inculpé. Sur les vêtements de couleur sombre, le lavage paratt souvent avoir enlevé tout le sang, alors qu'on peut en retrouver des traces avec le gaîac ; dans ces cas, il convient d'imbiber successivement toutes les parties du vêtement avec un peu d'eau et d'en prendre Tempreinte avec du papier blanc non collé. On peut retrouver aussi sur les doublures ua peu de la matière colorante sanguine entraînée par l'eau de lavage.

Le siège et la forme des taches doivent être bien notés, et il est utile, dans certains cas, après en avoir pris l'empreinte, d'en garder le calque. On [peut reconnaître quelquefois ainsi les gouttelettes résultant d'un jet artériel, les taches produites par des éclaboussures, par le contact d'un objet sanglant, etc.

L'inculpé fournit presque toujours sur l'origine de ces taches des explications que le médecin est chargé de contrôler. Dans un cas où un pantalon présentait plusieurs petites taches sanguines au-devant de chaque jambe, l'inculpé expliquait leur présence par des hématuries dont il aurait été atteint; les voies urinaires paraissaient parfaitement saines, et il aurait été étrange que le sang sortant de la verge ait souillé uni([uement la face extérieure du pantalon.

On demande quelquefois si un homicide par plaies peut

1. Tout ce qui concerne la démonstration do la nature sanguine des taches est exposé dans un chapitre spécial de la troisième section de ce livre.

avoir été accompli sans que le meurtrier soit atteint par le sang. D'une façon générale cela n*est pas impossible ; mais dans chaque cas particulier cela dépend de la nature de la blessure, et des positions respectives du meurtrier et de la victime. — Dans TafTaire Anastay, l'assassin n'avait du sang que sur les manchettes de sa chemise, et cependant il avait tué une dame en lui coupant le cou, et ensuite il avait également coupé le cou de la bonne ; ces blessures avaient énormément saigné, mais le meurtrier avait frappé ses vie. times en se tenant derrière elles.

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