PRÉSOMPTION DE SUICIDE PAR BLESSURES
Toutefois il faut compter avec les exceptions qui résultent d'une idée bizarre du meurtrier. Hofmann cite un homme qui s'est tué dans un café rempli de monde en se tirant un coup de revolver derrière le crAne ; la balle avait perforé l'occipital.
Un élément important d'appréciation dans les blessures par armes à feu est fourni par les signes du bout portant, et notamment par Tincrustalion de grains de poudre dans la peau. Toutefois, dans beaucoup de cas, on peut admettre qu'un meurtrier a tiré de très près sur la victime, et d'autre part les coups à courte distance ne donnent pas toujours le tatouage, soit que la partie atteinte ait été protégée par des vêtements ou par les cheveux, soit que Tarme et la poudre employée ne permettent pas facilement la production de ce tatouage.
§ III. — Autres indices à reelierclier dans le cas de présomption de suicide par blessures.
. On peut trouver sur la main du suicidé des traces de remploi d'une arme à feu : taches noirâtres provenant de la fumée de la poudre ; et même incrustation, ou dépôt sur la peau, de grains non brûlés de la poudre. Cela peut arriver avec des revolvers dont le barillet ne joint pas exactement, ou avec des armes très courtes ayant tiré de très près, parce que dans ce cas quelques grains de poudre peuvent sauter en arrière, circonstance qu'il peut y avoir encore lieu de vérifier directement avecTarme quia servi. La fumée et les grains de poudre peuvent aussi se rencontrer sur la main, parce que celle-ci se trouvait au voisinage immédiat de la partie blessée, au moment où le coup a été tiré. — On peut trouver encore sur la main, et notamment sur le pouce et sur Tindex, des contusions ou des érosions
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produites par le recul de l'arme, par le choc de la gâchelte, etc.
La présence dans la main du cadavre de l'instrument (arme à feu ou autre) qui a produit les blessures peut être considérée en général comme une preuve de suicide. Il est vrai qu'on peut supposer que Tarme a été placée dans la main après la mort, et s'y trouve maintenue quand la rigidité cadavérique raidit les doigts dans la flexion. Casper s'est assuré par Texpérience qu'il n'en était pas ainsi, une arme maintenue dans la main d*un cadavre à Taide d'un lien qui entourait celle-ci est tombée quand ce lien a été enlevé, la main étant en rigidité. Au contraire on trouve quelquefois sur le cadavre d'individus dont le suicide n'est pas douteux l'arme assez solidement tenue pour qu'il faille un certain effort pour l'enlever. Il semble que la forte contraction qui a eu lieu pendant la vie s'est maintenue, en partie au moins, jusqu'à l'établissement de la rigidité. — Il ne faut pas oublier que l'arme qu'on trouve dans la main du cadavre peut dans certains cas avoir servi non à commettre le suicide, mais à se défendre contre un meurtrier, fait dont on cherche à s'assurer parla comparaison de Tarme et des blessures. — Dans tous les cas de suicide, il est du reste toujours utile non seulement de faire cette comparaison, mais de noter, s'il en est temps encore, l'endroit où l'arme a été trouvée.
Les traces de lutte constituent un signe d'une grande valeur, et elles doivent être recherchées avec soin (voir page 300). Quelquefois la victime d'un meurtre s'est efforcée de détourner l'arme tranchante en la saisissant à pleines mains, et l'on trouve alors sur la face palmaire des doigts des coupures dont la disposition est caractéristique. — Quelquefois on trouve des cheveux du meurtrier dans la main de la victime. L'empreinte d'une main sanglante sur les vêtements ou le corps du cadavre est encore un indice grave de meurtre, à moins que la victime n'ait ellemême les mains ensanglantées ; on a fait remarquer que même dans ce cas la disposition de l'empreinte peut indiquer qu'elle n'a pas été faite par la victime, par exemple si une main gauche était dessinée sur le bras gauche.
L'examen des vêtements a aussi une grande importance; le suicidé a souvent soin de les écarter s'ils recouvrent la partie qu'il frappe ; un meurtrier ne peut prendre cette précaution que dans des cas exceptionnels. Les déchirures et le désordre des vêtements indiquent une lutte ; la situation des taches de sang, la comparaison du siège des blessures avec la disposition des trous faits sur les vêtements par Tarme, peuvent indiquer Tattitude du corps au moment où le coup a été porté.
§ IV. — Suicide ou accident.
Il n'est pas très rare qu'un individu se blesse mortellement en maniant maladroitement une arme à feu ; on voit aussi, mais à titre tout à fait exceptionnel, des exemplesde blessures produites accidentellement par des couteaux ou instruments analogues tenus à la main, et qu'une chute, le choc d'une porte brusquement ouverte, ou une autre circonstance fortuite, ont fait enfoncer dans le corps.
En pratique, la distinction entre le suicide et l'accident a de l'importance quand le décédé était assuré surla vie, parce qu'il est ordinairement convenu dans ces sortes de contrats que la prime n'est pas payée par la Compagnie quand la mort de l'assuré est le résultat d'un suicide. La Compagnie, pour résilier le contrat, est tenue de faire la preuve du suicide, et elle a quelquefois recours pour cela à un médecin légiste ; mais la démonstration ne peut que bien rarement être obtenue en pareil cas, et cela se comprend parce que l'assuré a soin de prendre toutes les précautions pour faire croire à une mort accidentelle.