PÉDÉRASTIE - BESTIALITÉ — ONANISME - OUTRAGE PUBLIC A LA PUDEUR
% I. — Pédérastie.
On désigne sous le nom de pédérastie l'introduction de la verge dans l'anus ; celui qui se livre à cet acte est le pé-
déraste actif, celui qui le subit est le pédéraste passif . La pédérastie est exercée sur des hommes, sur des enfents ou sur des femmes.
La pédérastie n*est pas, par elle-même, un acte punissable par le Code pénal français ; mais elle constitue souvent un attentat ou un outrage public à la pudeur, ou bien elle est compliquée de violences, de vol ou d'assassinat. Dans tous ces cas, il est nécessaire pour l'instruction judiciaire de savoir si des actes de pédérastie ont été réellement accomplis, et un médecin est chargé de rechercher s'ils ont laissé des traces sur les organes des inculpés ou des victimes.
Signes de la pédérastie active. — La plupart des auteurs pensent qu'il n'existe pas de signes de la pédérastie active, que de tels actes ne produisent pas de déformation ni d'autres modifications de la verge. Nous partageons absolument cette opinion.
Tardieu enseignait que le pénis des pédérastes actifs présente des particularités caractéristiques : « Ordinairement très grêle, dit-il, il va en s'amincissant depuis la base jusqu'à l'extrémité qui est très effilée (canum more) ; chez d'autres la verge est au contraire très volumineuse, et le gland, étranglé à sa base, est démesurément allongé ; de plus, la verge est tordue sur elle-même dans le sens de la longueur, de sorte que le méat urinaire paraît dévié latéralement, w
L'observation montre que ces caractères sont illusoires, que la conformation du pénis varie considérablement suivant les individus, mais qu'elle ne présente rien de spécial chez les pédérastes. On comprendrait d'ailleurs difficilement comment un organe aussi élastique et aussi vasculaire que la verge se laisserait déformer par la pression passagère que le sphincter anal lui a fait subir.
Des circonstances particulières permettent cependant quelquefois de reconnaître qu'un individu a commis un acte de pédérastie active. Dans une affaire de meurtre (Mas- Balardini) nous avons trouvé sur la verge de la victime, dans la rainure du gland, un petit fragment de substance brunâtre que l'examen microscopique a montré être de la
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matière fécale. Il y avait aussi, collés sur le gland, trois poils courts provenant sans doute de Tanus. Nous avons conclu que cet homme avait accompli un acte de pédérastie peu de temps avant d'être tué.
Signes de pédérastie passive. — Quand Tacte de pédérastie passive a été commis une seule fois ou un petit nombre de fois, et surtout s'il s'agit d*un enfant, on peut trouver, quand Texamen n'est pas trop retardé, les traces d'une distension violente de Tanus, c'est-à-dire des excoriations et des déchirures superficielles siégeant sur la muqueuse et sur les plis rayonnes de la peau. — Chez une petite fille de 8 ans (Neut) tuée par strangulation et jetée ensuite à l'eau, nous avons trouvé deux déchirures de l'anus dont une de 5 millimètres de largeur intéressant toute la muqueuse ; deux lambeaux de muqueuse, gros comme une lentille, étaient entièrement détachés.
Eu cas de survie, on peut noter aussi la rougeur de l'orifice anal, une douleur que rendent beaucoup plus vive la marche et surtout la défécation ; quelquefois l'inflammation suppurative de l'extrémité inférieure du rectum et de l'anus. Le professeur Brouardel * pense que ces lésions amènent souvent, par voie réflexe, la contracture du muscle releveur de l'anus, et qu'ainsi on peut observer, après un seul acte de pédérastie, la dépression en infundibulum de l'anus, signe sur lequel nous reviendrons plus loin.
Mais il ne faut pas croire que toutes ces lésions, ou môme quelques-unes d'entre elles, existent toujours à un degré plus ou moins marqué, à la suite d'un acte de pédérastie. L'anus est très dilatable, et si l'acte a été consenti, si la verge a été introduite graduellement, sans violence, on peut ne trouver aucune trace de l'intromission, môme quand il s'agit d'un enfant, et quand l'examen n'est pas tardif. C'est ce que nous avons constaté plusieurs fois, alors que les deux individus qui avaient pris part à l'acte l'avouaient. D'après les déclarations de ces individus, il
1. Brouardel, Valeur des signes attribués à la pédérastie (Société de médecine légale, 9 février 1880).
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arrive, assez souvent, que, même la première fois, Tintromission est à peine douloureuse pour celui qui la subit.
Quant à la pédérastie passive habituelle, on a indiqué, comme pouvant la caractériser, les signes suivants.
La dépression de Voritice anal, qui occupe le fond d'un infundibulum ou d'un cornet dont les parois sont constituées par la face interne des fesses. Le professear Brouardel attribue cet enfoncement de Tanus à la contracture du muscle releveur, quand il existe des lésions anales. Mais ce signe est loin d*être constant, il est même impossible de lui attribuer une grande valeur, parce que la profondeur de Tanus varie considérablement suivant les individus. Chez certains, Tanus est presque au niveau de la rainure interfessière, et apparaît dès que le tronc est incliné en avant; chez d'autres, qui sont absolument à l'abri de tout soupçon de pédérastie, Tanus est très profondément enfoncé et occupe le sommet d'un cornet très accusé. La déformation en infundibulum résulterait dans certains cas, d'après Tardieu, d'une dilatation de la portion la moins profonde du sphincter anal ; nous n'avons pas observé cette disposition.
Relâchement du sphincter et dilatation de Voritice anal. — Le sphincter peut n'être relâché que d'une façon incomplète et se contracter encore vigoureusement sous l'influence de la volonté. Pour apprécier ce premier degré de relâchement, il faut prolonger l'exploration un certain temps ; le doigt introduit dans l'orifice anal éprouve d'abord la résistance qu'oppose la contraction volontaire des fessiers, du sphincter et du releveur anal ; au bout de quelques secondes on sent cette résistance diminuer pour reprendre aussitôt, et après quelques-unes de ces alternatives, la conlraclililc volontaire étant épuisée, le doigt n'éprouve plus le resserrement que la tonicité du sphincter occasionne à l'état normal.
A un degré plus avancé, le relâchement du sphincter s'accompagne d'un état béant de l'anus avec incontinence plus ou moins complète des matières fécales.
Le relâchement prononcé du sphincter constitue un des signes les plus probants de la pédérastie passive. Il ne faut
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pas oublier toutefois que cet état peut être la conséquence d'opérations chirurgicales (fistules, etc.), d'hémorroïdes ou d'un prolapsus volumineux de la muqueuse qui, dans certains cas, laissent en se retirant une dilatation de Tanus. En outre, chez les enfants, chez les paraplégiques, Tanus peut être paralysé, se laisser distendre très facilement par les doigts, être incapable de retenir complètement les matières fécales*.
Il ne faut pas oublier non plus que sur le cadavre le sphincter est toujours relâché et que quelquefois Torifice anal est largement béant. Pour peu que la putréfaction soit avancée, c'est-à-dire deux ou trois jours après la mort en été, on voit la muqueuse rectale former dans certains cas un bourrelet saillant à travers Torifice dilaté. Il importe de ne pas attribuer cet aspect de l'anus sur le cadavre à des actes de pédérastie.
Effacement des plis radiés. — L'effacement des plis radiés de la marge de l'anus s'explique par la perte de tonicité du sphincter; on l'observe, en effet, habituellement dans les cas où Torifice est dilaté, ou très facilement dilatable.
Marisques, végétations, hémorroïdes, etc. — Les marisques se présentent sous forme d'excroissances de la muqueuse, flasques, à surface lisse, de dimensions variables, pouvant atteindre 0m.02 et plus de longueur. Elles s'observent, ainsi que les végétations, chez des personnes qu'on ne peut soupçonner de pédérastie, et on ne saurait par conséquent leur attribuer une valeur diagnostique.
La même remarque s'applique aux hémorroïdes, aux fissures, aux rhagades ; il est possible et môme probable que des habitudes de pédérastie favorisent le développement de ces lésions, mais rien ne permet de reconnaître avec certitude dftns un cas donné que telle a bien été l^r origine.
1. Nous avons vu un homme qui avait survécu à une fracture de la colonne vertébrale au niveau do la partie supérieure de la réfçion lombaire. 11 est resté paraplégique et, pendant les deux premiers mois, Tanus était béant au point qu'il aurait laissé passer deux doigts sans aucun effort; il existait une incontinence con)plète des matières fécales.
. La rougeur de la marge de Tanus, Tépaississement de la muqueuse et de la peau de Torifiee sont encore des lé* sions qu'on ne peut considérer comme caractéristiques ; tous les médecins ont observé chez des personnes au-dessus de tout soupçon, du prurigo, de rhéryhème et de l'eczéma de Tanus.
. Chancres et blennorrbagie de l'anus et du rectum. — On comprend toute l'importance qu'offre la constatation de ces affections, mais ici encore, il est nécessaire de faire quelques réserves.
Le chancre mou de l'anus peut résulter d'une auto-inoculation par le contact des vêtements, des doigts, etc., et il y a lieu par conséquent de rechercher si le sujet n'est pas atteint, en môme temps que d'un chancre anal, d'un chancre d'une autre région, et si ce second chancre paraît plus ancien que l'autre. Un chancre unique, siégeant entre l'anus et la racine des bourses, peut être attribué à des rapports sexuels normaux. C'est le chancre de l'orifice, et, comme on en a cité des exemples, celui qui siège plus profondément à la partie inférieure du rectum qui sont caractéristiques.
De même le chancre syphilitique qui siège à l'orifice de l'anus ou dans le rectum ne peut guère être attribué qu'à la pédérastie ou à des manœuvres aussi honteuses (transmission par les lèvres ou par la langue).
Il est évident que si, en examinant deux individus suspectés, on trouve chez l'un un chancre anal et chez l'autre un chancre de la verge siégeant du même côté, on ne peut guère conserver de doutes sur la réalité des actes qui leur sont imputés.
La blennorrbée anale ou rectale, c'est-à-dire un écoulement peu abondant, incolore ou faiblement coloré, peut s'observer chez les individus qui ont une cause d'irritation d# l'anus ou du rectum : eczéma, prurigotoxyures, hémorroïdes, polypes, etc. En l'absence de ces causes, elle peut être due au traumatisme qu'occasionne la pédérastie.
La véritable blennorrbagie, ordinairement caractérisée par un écoulement abondant, jaune, verdâtre, épais, avec rougeur et gonflement de la muqueuse, intertrigo des
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fesses, ne peut être attribuée qu'à la pédérastie, à moins toutefois que la coexistence d'une blennorrhagie des organes génitaux ne puisse faire admettre la possibilité d'une inoculation accidentelle parle sujet lui-même.
Les signes de la pédérastie passive sont loin d'être constants ; on les voit souvent manquer tous chez les pédérastes qui avouent ou dont la culpabilité est établie avec évidence par rinstruction judiciaire. Il est même bien rare que l'examen médical fournisse des éléments suffisants pour permettre une affirmation. II faut remarquer d'ailleurs que, dans certains cas, les prévenus se sont livrés à des actes incomplets consistant en frottements exercés avec la verge dans la rainure interfessière, et Ton comprend que de pareilles manœuvres ne laissent pas de traces sur les organes.
Corps étrangers introduits dans Vanus. — Les exemples d'introduction de corps étrangers dans l'anus faîte dans un but honteux ne sont pas extrêmement rares, ainsi qu'on peut s'en convaincre en parcourant les traités de chirurgie. On comprend que l'introduction d'un corps étranger ayant à peu près la forme et les dimensions du pénis en érection peut produire sur l'anus les mêmes lésions que des actes de pédérastie. A moins de circonstances exceptionnelles, telles qu'une dilatation énorme et des déchirures profondes qui ne peuvent être attribuées à l'intromission du pénis, la distinction ne saurait être faite avec certitude.
S II. — Bestialité.
Il s'agit, dans ces cas, du coït exercé soit par un homme sur un animal, soit par un animal sur une femme. Il est extrêmement rare que ces laits se présentent dans la pratique médico-légale ; quelques observations ont été cependant publiées.
Dans un cas observé par Kutter, il s'agissait d'un homme qui avait eu des rapports sexuels avec une jument ; on trouva sur les parties génitales de cet homme, entre le prépuce et le gland, des poils provenant de la jument, et