‹ Précis de médecine légaleChapitre 176 sur 410 · ONANISME · texte numérisé non relu

ONANISME

Chez rhomme adulte, il n'existe aucun signe qui permette de reconnaître avec certitude et d'affirmer les habitudes de masturbation. Peut-être Térectilité très marquée de la verge, la turgescence du gland dont la muqueuse est violacée, la rougeur et la tuméfaction des lèvres du méat urinaire, traduisent-elles dans certains cas Tabus des fonctions génitales ; mais ces signes, alors même qu'ils seraient constants et caractéristiques, ce qui n'est pas, pourraient être aussi bien attribués à des excès de coït qu'à la mastu^ bation. De même, s'il est possible que la masturbation entraîne chez l'homme certains troubles de la santé générale, portant sur le système nerveux, la nutrition, l'état des forces, etc. *, ces troubles ne sont pas absolument caractéristiques, et, le fussent-ils, qu'ils indiqueraient seulement l'abus des jouissances vénériennes, * quelle qu'en soit la nature.

Chez les jeunes garçons, il est aussi presque toujours impossible à l'experl d'affirmer l'existence d'habitudes de masturbation. Cependant chez eux ces habitudes se traduisent souvent mieux que chez l'adulte par la pâleur, l'amaigrissement, la perte d'appétit, les vertiges, la gastralgie, etc., et les modifications des parties génitales sont plus caractéristiques. Il arrive ainsi quelquefois qu'un médecin examinant un enfant dans sa clientèle, ne pouvant trouver aucune autre cause aux troubles qu'il constate, les attribue à l'onanisme et signale ces habitudes aux parents. Mais il ne s'agit là que de soupçons, souvent justifiés d'ailleurs, et qui ont d'autant plus de valeur que le médecin connaît l'enfant, ses antécédents pathologiques, ses conditions d'hygiène, depuis longtemps. L'expert n'est pas autorisé à communiquer à la justice de pareils soupçons qui risqueraient souvent, dans les conditions où il pratique son examen, de n'être pas fondés. Ce n'est que dans certains

1. L'opinion de Lasègue à cet égard est toute différente: « L'onanisme, dit-il, est le symptôme d'un état morbide, d'une névrose cérébrale ; il n'existe pas de folie consécutive à l'onanisme, mais il existe un état cérébral qui a engendré l'onanisme. » Les troubles de la santé f<énérale seraient une manifestation concomitante de cet état cérébral et non pas une manifestation de Tonanisme.

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cas, fort rares du reste, où les dignes Sont très accentués, qu'une affirmation est permise ; c'est ainsi que nousavons examiné un enfant de 8 ans, d'un développement physique ordinaire, dont les testicules étaient dans Tétat normal à cet âge, mais dont la verge entrait en demi-érection très facilement pendant les courtes manœuvres nécessitées par rexamen ; le gland était turgescent, violacé, les lèvres du méat urinaire rouges, saillantes, renversées en dehors ; 410US conclûmes que très probablement cet enfant avait subi des attouchements fréquents (exercés par lui-même ou par d'autres).

Chez la femme, la masturbation ne peut être affirmée que très rarement par un médecin légiste. Il est vrai que divers auteurs, et notamment Martineau *, ont décrit les modifications que les habitudes d'onanisme impriment aux parties génitales. Ces modifications consisteraient en l'augmentation de volume du clitoris, son érectilité, la turge&- -cence du gland, l'allongement des petites lèvres, la rougeur de la muqueuse vulvaire, le relâchement de l'hymen. Il est probable que ces signes, ou du moins quelques-uns d'entre eux, qui ont été indiqués par de bons observateurs, se développent souvent en effet sous l'influence de l'onanisme. Mais cependant ils ne peuvent, à notre avis, permettre une affirmation en médecine légale que dans des cas extrêmement rares, parce qu'aucun d'eux n'est absolument caractéristique. Le volume du clitoris varie beaucoup suivant les femmes, et il y a à cet égard des différences congénitales très marquées ; son érectilité peut tenir à une excitabilité plus grande de la femme, en dehors d'habitudes de masturbation ; la turgescence du gland peut résulter de rapports sexuels fréquents ou d'une inflammation plus ou moins ancienne. On trouve chez une foule de fem-

1. L. Martineau, Leçons sur les déformations vulvaires et anales produites par la masturbation, le saphisme, la défloration et la sodo» mie, Paris, 1884.

L'auteur déclare que la masturbation se reconnaît chez la femme par des signes nets et précis, qui permettent môme de distinguer si la masturbation s'accomplit avec la main ou bien par le frottement des cuisses ou enfm par la succion du clitoris. 11 nous est impossible, comme médecin légiste, d'accepter de pareilles conclusions.

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