‹ Précis de médecine légaleChapitre 198 sur 410 · Hamclin, Art. Sabine du Dict. encycl. des se. rnéd · texte numérisé non relu

Hamclin, Art. Sabine du Dict. encycl. des se. rnéd

SUBSTANCES ABORTIVES

iinale : vomissemenls, douleurs abdominales, déjections souvent sanguinolentes, dysenterie ; il peut y avoir en outre des hémorragies par diverses voies, une accélération considérable du pouls, et finalement une sorte de narcotisme. Ces symptômes sont d'ailleurs variables ; dans un cas on a noté du trismus et du tétanos.

Tous les cas d'empoisonnement concernent les femmes qui voulaient se faire avorter ; Tavortement est en effet quelquefois la conséquence de rintoxication, mais il ne s'est produit que chez les femmes qui ont succombé, et, plusieurs fois, il a môme manqué alors que rintoxication avait entraîné la mort. Fodéré cite le cas d'une fille en ceinte de 7 mois, qui avala une forte dose de Sabine en poudre ; elle eut des douleursd'entrailles, des vomissements, du hoquet, une forte ^'«- *'' - Genévrier.

fièvre qui dura quinze jours, mais elle se rétablit et accoucha à terme d'un enfant vivant.

On a trouvé à l'autopsie une inflammation de la muqueuse digestive, notamment du rectum (Orfîla). La présence de la poudre des feuilles ou de l'huile essentielle dans les vomissements ou dans les matières que contient le tube digestif, a permis dans deux cas à Taylor, et dans un cas à Letheby *, de faire le diagnostic de l'empoisonnement.

1. The Lancet, 184 5, et Journal de chimie médicale, octobre 1846.

AVORTEHENT

Genévrier, Thuya. — Le genévrier de Virginie {JunipertLS virginiana) (fig. 40), de la môme famille que la Sabine, possède les mêmes propriétés que celle-ci. Le genévrier n'entraîne pas non plus constamment Tavortement ; Fodéré dit avoir vu une femme qui, après avoir pris tous

les matins pendant vingt jours 100 gouttes d'huile distillée de genièvre, accoucha au terme normal. — Le thuya aurait aussi une action analogue à celle de la Sabine.

It — Vif (Taxas baccata L.) (fig. 41) jouit d'une réputation abortive qui ne paraît pas fondée.

Dans trois observations concernant des femmes enceintes empoisonnées par cette substance, la mort vint avant que Tavortement se produisît*.

Les feuilles de Tif, et non ses baies, paraissent douées de propriétés toxiques assez énergiques. Elles déterminent une gastro-entérite se manifestant par des vomissements et de la diafthée, puis la mort survient brusquement, sans doute quand l'absorption est commencée. Dans plusieurs cas où la mort ne

Fig. 41.

i. Chevallier, Duchesne et Raynal, Mémoire sur l'if et sur ses propriétés toxiques {Ann. d'hyg. publ, et de méd. lég., 2« série, 1855, t. IV, p. 94 et 335).

SUBStANCËS ABORTIVES 446

s'est pas produite ou a été retardée, on a vu se reproduire une éruption pustuleuse, avec chute des poils.

Cantharides. — Les cantharides n'exercent pas une action abortive bien spéciale. Dans les cas où Tempoisonnement a entraîné la mort, Tavortement s'est produit quelquefois, mais non constamment. Des doses non toxiques, môme fréquemment répétées, ne provoquent pas l'avorte^ ment.

Plomb. — Il paraît qu'en Angleterre un abortif assez en usage est le plomb, pris notamment sous forme de diachylon. Le D*" G.-F. Crooke a publié récemment dans Tfie Lancet l'observation d'une femme qui ayant obtenu ainsi Tavorlement, continua pendant, plusieurs jours à avaler du diachylon parce qu'elle croyait avoir gardé une partie du délivre. — Elle mourut avec tous les signes de l'intoxicalion saturnine.

Drastiques. — C'est un précepte médical de ne pas donner à une femme enceinte de purgatif énergique, surtout de ceux qui appartiennent à la classe *des drastiques, parce qu'on craint de produire ainsi Tavortement. Il est probable que ces substances ont réussi souvent, chez des femmes d'ailleurs prédisposées, à procurer un avortement criminel, surtout dans les premiers mois de la grossesse. Nous avons vu une femme au moment où elle venait d'avorter à peu près au deuxième mois, et qui, tout en avouant son intention de se débarrasser de son fruit, affirmait n'avoir fait usage que d'une dose assez considérable de*jalap qui avait produit une dizaine de selles et peu de temps après une hémorragie utérine. — Plusieurs fois nous avons trouvé au domicile d'inculpées, et en particulier chez une avorteu'se de. profession, diverses substances purgatives dont la présence n'était pas justifiée d'une façon plausible, notamment de l'aloès, de la gomme-gutte, de la coloquinte, du jalap et surtout des pilules Morisson auxquelles les avorteuses paraissent accorder une grande confiance. Ces pilules sont composées essentiellement d'aloès, gommegutte, extrait de nerprun et crème de tartre.

ViBERT. Médecine légale. 7« édit.

§ II. ~ Manœuvres mécaniques.

Ces manœuvres peuvent être exercées sar l'utérus à travers la paroi abdominale et coDsisler en coups, chocs, èonslriction, etc. C'est là un procédé grossier et qui manque souvent le but qu'il se propose ; nous avons déjà vu que des traumatismes, même très violents, n'amènent pas toujours Tavortement, et la pratique médico-légale en fournit d'autres exemples. Tardieu cite le cas d'un paysan qui, ayant rendu sa domestique enceinte, la fit monter à cheval avec lui et la lança à terre au plus fort du galop ; il eut recours deux fois à ce moyen, puis il appliqua sur le ventre des pains brûlants, sortant du four ; malgré cela, la fille accoucha à terme d'un enfant vivant et bien constitué *. Hofmann a vu une fille à laquelle on avait appliqué sur le ventre, dans le but de la faire avorter, un coup de battoir si violent qu'elle perdit connaissance ; elle continua cependant sa grosses.se et accoucha à terme.

Le massage et la friction de l'utérus, pratiqués régulièrement et continués pendant un certain nombre de séances, auraient amené, paraît-il, Tavortement dans un certain nombre de cas. D'après Hofmann, des pressions énergiques et répétées sur le bas-ventre auraient été employées avec succès ; ce serait même un procédé assez usité en Suède. — Tardieu a donné l'observation d'une femme qui, à deux reprises, obtint l'avortement, au septième mois environ de la grossesse, en se comprimant très fortement le ventre à l'aide d'une ceinture qu'elle portait constamment.

A côté de ces moyens grossiers et incertains,, il en est d'autres d'une efficacité sûre, d'une exécution relativement facile, que les avorteurs ou avorteuses ont empruntés à la fecience médicale.

On sait en effet que dans les cas où il est certain que la grossesse ne pourrait être menée à son terme normal sans grand danger pour la mère et l'enfant, l'avortement ou raccouchement prématuré s'impose au médecin, et consti-

1. Tardieu, Etude mé lico-légale sur l'avortement^ 4e édition, 1881, p. 198 et suivantes.

Page 1