ARTICLE III. — MORT NATURELLE DE L'ENFANT
L'expert ne peut pas toujours reconnaître à quelle cause a succombé un enfant nouveau-né ; souvent il doit se borner à dire qu'il n'a pas trouvé d'indices d'une mort violente. Il est évident qu'une plus grande précision est désirable et qu'il faut toujours chercher s'il existe des indices d'une mort naturelle. L'enfant peut succomber à des causes naturelles avant, pendant ou après l'accouchement.
§ I. — Mort de l'enfant avant sa naissance.
Ce n'est pas ici le lieu d'exposer les diverses causes qui peuvent faire succomber l'enfant dans le sein de sa mère. Il suffit de rappeler qu'en général un fœtus mort dans l'utérus n'est pas expulsé immédiatement, et que lorsqu'il naît quelques jours ou plus longtemps après sa mort, il à subi certaines modifications qui lui donnent un aspect
niveau de l'apophyse zygomatique. Après avoir ponctionné le tympan sous l'eau, on ouvre avec des ciseaux la partie supérieure de la caisse. 11 peut y avoir intérêt à recueillir les malières contenues dans cette cavité pour les examiner au microscope (matières fécales, méconium, ^ etc.).
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caracléristique ; on dit alors que le fœtus est macéré, qu^il a subi la macération.
La macération difTère très notablement de la putréfaction ordinaire *. Ici la décomposition s'effectue sans qu'il se produise de gaz, sans teinte verte de la peau, sans odeur. Le corps est très mou, sans consistance ; quand on le place sur une table, la poitrine et Tabdomen s'affaissent et s'étalent, la tête s'aplatit sur elle-même ; les articulations relâchées permettent aux membres de garder toutes les positions qu'on leur donne. La cornée et les liquides de l'œil ont une couleur rose sale. Il en est de même de la peau qui présente aussi en quelques points, principalement autour de l'ombilic, une teinte d'un gris ardoisé. L'épiderme s'enlève facilement, sauf à la face et sur le cuir chevelu; en quelques points, il forme des bulles remplies de sérosité sanguinolente. Les os du crâne chevauchent fortement les uns sur les autres ; leur périoste est décollé. Le cerveau est ramolli; les divers viscères le sont également. Les cavités pleurales, péricardique et péritonéale, contiennent de la sérosité sanguinolente.
Cet état est celui d'un fœtus mort depuis environ huit jours ; avant ce délai, les effets de la macération sont moins marqués. La flaccidité du corps et la teinte rosée de la peau se manifestent en premier lieu et sont déjà appréciables au bout de deux jours. Après huit jours, les altérations indiquées plus haut s'accentuent. L'épiderme a disparu ou s'enlève au moindre frottement; c'est au cuir chevelu qu'il reste le plus longtemps adhérent. La teinte ardoisée de la peau se généralise ; le cuir chevelu est décollé par un liquide rougeâtr.e. Les os du crâne sont disjoints, leur périoste détaché, le cerveau est liquide. Le tissu cellulaire de tout le corps est imbibé de sérosité sanguinolente qui le colore en rouge {fœlu8 sanguinolentua). Tous les viscères sont très ramollis.
Quand les fœtus macérés restent exposés à l'air, la pulré-
1. Voir: Sentex, Des altérations que subit le fœtus après sa mort dans la cavité utérine, et «le leur valeur médico-légale. Paris, 1868.) ' Loiupereur, Des altérations que subit le fœtus après sa mort dans le soin maternel, thèse de Paris, 1867.
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faction continue chez eux suivant la forme vulgaire, et au bout de quelques jours leuraspecl devient beaucoup moins caractéristique.
§ II. — Mort de l'enfant pendant la naissance.
La mort de Tenfant pendant Taccouchement est presque toujours causée soit par l'interruption de la circulation placentaire, soit par une compression ou des lésions trauma tiques du cerveau ou du bulbe rachidien. Ces deux causes agissent quelquefois simultanément.
L'interruption de la circulation * placentaire peut être amenée par divers mécanismes : par des contractions trop fortes et trop prolongées de l'utérus, qui occasionnent une compression du placenta ; par le décollement prématuré de; celui-ci, par procidence et compression du cordon. L'interruption de la circulation placentaire a pour effet d'amener des mouvements respiratoires prématurés; et il peut s'introduire ainsi dans les bronches une certaine quantité de liquide amniotique niélangé quelquefois d'enduit sébacé ou du méconium expulsé par l'enfant. En même temps, il se produit une congestion des poumons, souvent très prononcée et pouvant s'accompagner de noyaux hémorragiques ; il se forme des ecchymoses souspleurales et sous-péricardiques. Quand on trouve à l'autopsie des poumons vides d'air et présentant cet aspect, et surtout quand on reconnaît dans les bronches du liquide amniotique mélangé d'enduit sébacé ou du méconium, on possède la preuve que l'enfant est mort pendant l'accouchement ou tout au moins qu'il a subi une asphyxie plus ou moins complète, étant encore renfermé dans l'utérus.
La compression de la tête et (dans certaines présentations vicieuses) le tiraillement des vertèbres du cou, peuvent amener des troubles fonctionnels des centres nerveux, qui ont pour conséquences soit ici encore des mouvements respiratoires prématurés, soit une impossibilité définitive de l'établissement de la respiration. Celte compression du cerveau et du bulbe peut ne se traduire à l'autopsie que par une congestion peu significative de ces organes. Mais
souvent aussi elle détermine des épanchemenis méningés plus ou moins abondants qui occupent ordinairement la base du crâne ou la convexité des hémisphères cérébraux et qui résultent sans doute de la déchirure des vaisseaux des ménii:ige$ sous Tinfluence d'un chevauchement trop considérable des os du crâne. Il est certain que ces épanchements sanguins, même assez abondants, n'amènent pas toujours la mort, du moins immédiatement. Nous avons trouvé de larges lamelles de sang coagulé à la surface du cerveau, à Tautopsie d'un enfant qui était mort plusieurs jours après sa naissance, et par suite d*un accident.
En l'absence de ces lésions intra-crâniennes, l'existence d'une bosse séro-sanguine volumineuse au-dessous du cuir chevelu indique aussi une compression énergique de la tête. Mais cette compression peut ne pas avoir retenti d'une manière fâcheuse sur le cerveau, et l'on voit très fréquemment des enfants survivre sans présenter de troubles appréciables de la santé, bien qu'atteints d'une bosse sérosanguine énorme.
On trouve très souvent, à l'autopsie, des bosses sérosanguines très volumineuses» Il est facile de ne pas confondre celles-ci avec un épanchement sanguin produit par des coïips ou des heurts. Dans ce dernier cas, l'épanchement est constitué par du sang pur, dans le premier, il s'agit d*un mélange de sang et de sérosité infiltrant le tissu cellulaire et formant une tumeur molle, tremblotante et à demi transparente ; en comprimant cette tumeur entre les doigts, on en exprime la sérosité, et il ne reste plus qu'une très petite masse formée par le tissu cellulaire.
Il ne faut pas non plus se méprendre sur la signification des ecchymoses épicrâniennes qui se rencontrent à peu près constamment sous le cuir chevelu, sous forme de petits épanchements arrondis dont les dimensions varient entre celles d'une tête d'épingle et celles d'une pièce de 50 centimes. Ces ecchymoses sont produites par la déchirure des petits vaisseaux sous l'influence du chevauchement des os du crâne.
Des fractures du crâne peuvent aussi se produire pendant Taccouchement (voir plus loin).