CHAPITRE CINQUIÈME
Dans toutes les expertises relatives au viol et à l'attentat à la pudeur, la recherche du sperme est un point fort important; la présence du sperme sur les vêtements ou d'autres objets constitue, en effet, quelquefois la seule
1. On dernande quelquefois à l'export s'il peut reconnaître approximativement à quelle époque ont été faites des taches de sang, si cUes sont de date plus ou moins ancienne. Cette question ne peut être résolue. Les recherches qui ont été faites sur ce sujet n'ont pas fourni de données qu'on puisse sérieusement utiliser dans la pratique.
preuve, et souventune preuve décisive, de la réalité de Tacle incriminé.
Il est bon que l'expert connaisse Taspect que revêt le sperme desséché sur telle ou telle substance, car il est souvent chargé d'assister aux perquisitions et de désigner les objets qui doivent être mis de côté pour être soumis à l'examen. L'aspect des taches que forme le sperme sur le linge est bien connu. Ces taches sont légèrement grisâtres, quelquefois un peu jaunâtres ; leurs contours sont sinueux, déchiquetés, très nettement dessinés et plus foncés que la partie centrale : l'expression de cartes de géographie par laquelle on désigne ces taches dans le peuple exprime cet aspect d'une façon pittoresque. Cependant il est aussi des taches spermatiques à contours parfaitement réguliers, ce sont surtout celles qui proviennent de gouttelettes projetées ou essuyées sur le méat ; elles sont alors circulaires ou ovalaires et de petites dimensions. Toutes ces taches raidissent rétoflfe qu'elles recouvrent et lui communiquent la même consistance que l'empois. Ces divers caractères leur sont communs avec d'autres taches, notamment avec celles provenant du mucus ou de certains écoulements leucorrhéiques, que, même avec une certaine habitude, on prend quelquefois pour des taches de sperme. Un caractère qui appartient spécialement à celles-ci est la transparence qu'elles donnent au linge qu'elles recouvrent.
Sur la laine et sur les objets imperméables, le sperme desséché forme une sorte de vernis blanchâtre, écailleux, brillant, que Ton a comparé à la traînée que laissent les limaçons sur leur passage. Sur les étoffes spongieuses, il constitue souvent des macules à contours quelquefois assez irréguliers, raidissant le tissu auquel elles communiquent, quand il est d'une couleur claire, une nuance un peu foncée.
Quand on a lieu de supposer qu'un meurtre a été compliqué de viol ou d'attentat à la pudeur, il faut examiner la peau du ventre, du périnée, des cuisses, les poils des organes génitaux, le vagin et le rectum. Sur la peau, le sperme forme une couche vernissée, analogue à du coUodion desséché, quand elle n'a pas été froissée ; dans le cas
contraire, on aperçoit de petites écailles blanchâtres et brillantes qu'on enlève aisément avec un scalpel, et dont Texamen microscopique est en général très facile. Les poils souillés de sperme sont souvent agglutinés par touffes au milieu d'un magma grisâtre. Sur la muqueuse du vagin et de Textréraité inférieure du rectum, rien n'indique à l'œil nu la présence du sperme ; il est nécessaire de racler la muqueuse avec un scalpel et d'examiner au microscope le produit ainsi obtenu.
SI. — Examen médico-légral des taches de sperme.
Recherche du sperme par la réaction de Florence.
— M. Florence a découvert * un procédé expéditif pour reconnaître le sperme. Si Ton ajoute à du sperme liquide ou desséché un peu de la solution suivante :
lodure de potassium 1,56
Iode (préalablement lavé) 2,54
Eau distillée 30
il se produit dans ce mélange des cristaux spéciaux formant des lamelles brunes ou jaunâtres, 5 ou 6 fois plus longues que larges, terminées à leurs deux extrémités par une surface d'inclinaison variable, ou quelquefois par une double facette à angle rentrant qui donne alors à l'extrémité l'aspect d'une encoche. — D'après leur forme et leur couleur, ces cristaux sont assez analogues à ceux de chlorhydrate d'hémaline (p. 592) ; mais ils sont presque tous de dimensions incomparablement plus grandes. On ne conçoit guère du reste comment une confusion pourrait être commise, puisque pour obtenir des cristaux d'hémine, il faut du sang et de l'acide acétique cristallisable. D'ailleurs, entre autres caractères distinctifs, il y en a un très facile à observer. Les cristaux en question se dissolvent dans l'eau chaude, bien avant TébuUition. Il suffit de chauffer assez légèrement la préparation pour les faire dis-
1. A. Florence, Du sperme et des taches de sperme en médecine légale. Lyon, 1897.
paraître ; aussitôt que le liquide se refroidit, ils reparaissent ; nous avons même remarqué qu'ils sont alors plus volumineux que la première fois.
La réaction réussit très bien avec le liquide de macération d3S taches spermatiques. Ce liquide étant sous l'objectif du microscope, si Ton introduit sous la lamelle une goutte de réactif, on voit aussitôt se former les cristaux et presque toujours en quantité extrêmement abondante.
A part quelques rares exceptions signalées seulement par un très petit nombre d*auteurSy cette réaction réussit toujours avec le sperme humain, frais ou desséché, même avec de très vieilles taches. En outre la réaction est très sensible. Cruz* l'a vu réussir avec du sperme dilué dans 400 parties d'eau. — Par contre l'addition au sperme de diverses substances, notamment de l'urine, au delà d'une certaine proportion, empêche la réaction. Cruz a vu que l'urine d'un spermatorrhéique, laquelle contenait énormément de spermatozoïdes, ne donnait pas de cristaux avec le liquide de Florence ; il a constaté expérimentalement que la réaction cesse de se produire dans un mélange où il y a trois fois plus d'urine que de sperme. La présence d'une grande quantité de sang empêche aussi la réaction. Celle-ci ne se produit pas non plus avec le sperme putréfié. D'autre part, les cristaux en question peuvent se former aussi non seulement avec le sperme des animaux, mais encore avec diverses substances organiques (par exemple avec Tin fusion de foie, avec le liquide provenant de l'écrasement de divers insectes, etc.). Dans ces cas, il est vrai, les cristaux sont bien moins abondants qu'avec le sperme humain et leur aspect est légèrement différent, toutefois des caractères différentiels certains n'ont pas encore été indiqués.
Malgré ces réserves, on peut dire que la réaction de Florence est pour le médecin légiste une acquisition précieuse. Elle simplifie et abrège le travail en ce sens qu'elle montre immédiatement"quelles sont les taches qui contiennent très
1* Cruz, La Recherche du sperme par la réaction de Florence (Ann, (fhyg.publ. et de méd. lég., février 1898). Voir aussi : A. Metals, Reckerche du sperme au point de vue médico-légal. Thèse de Paris, 1898}.
probablement du sperme et qui méritent les recherches, parfois très longues et très laborieuses, nécessaires pour obtenir la preuve certaine de leur nature spermatique.
Recherche par l'examen microscopique. — Cetfe preuve certaine n'est fournie que par Texamen microscopique. On sait que le sperme contient des éléments particuliers, les spermatozoïdes, qui sont absolument caractéristiques. Ces éléments conservent très longtemps leur forme intacte dans le sperme desséché et ils peuvent être isolés et reconnus, quand, au moyen de Teau ou d'un autre liquide approprié, on désagrège et on dissout la matière qui les englobe et les fait adhérer aux corps sur lesquels ils reposent.
Les spermatozoïdes sont composés d'une tête et d*une queue. La lêle est aplatie, piriforme, sa petite extrémité est tournée en avant ; elle mesure environ 0 mm. 005 de longueur sur 0 mm. 002 à 0 mm. 3 de largeur maxima ; sa grosse extrémité se continue avec la queue. Celle-ci est très longue relativement à la tête, car la longueur totale du spermatozoïde est d'environ 0 mm. 050; à son origine, près de son insertion à la tête, la queue présente ordinairement de un à trois légers renflements ovalaires; elle va ensuite en s'efOlant graduellement et atteint une minceur extrême, de sorte que son extrémité terminale n'apparaît quelquefois que grâce aux mouvements qu'elle exécute. Quand on examine du sperme récemment éjaculé ou pris sur le cadavre quelque temps après la mort (jusqu'à quarante-huit heures), on voit en effet les spermatozoïdes progresser, la tête en avant, avec une vitesse relativement grande, grâce à des mouvements ondulatoires de la queue, mouvements vifs et étendus.
Outre les spermatozoïdes, on peut trouver dans le sperme éjaculé des cellules épithélialespavimenteuses provenantde la muqueuse urélrale, des cellules épithéliales cylindriques dont les unes sont munies de cils vibratiles (épididyme, utricule prostatique), les autres en étant dépourvues (canal déférent, vésicules séminales) ; des cristaux de phosphate de magnésie, en forme de prismes obliques à base rhomboïdale, sont isolés, soit réunis en étoiles ; des glo-
bules blancs ; quelquefois quelques hématies ((îg. 86). De tous ces éléments, les spermatozoïdes sont les seuls réellement caractéristiques et dont la constatation permet d'affirmer qu'une tache est bien constituée par du sperme.
Voici comment Ton procède à la recherche des spermatozoïdes dans les taches.
Quand le sperme s'est desséché en formant une couche écailleuse, comme cela arrive par exemple lorsqu'il a été
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Fig. 86. — Eléments du sperme *.
déposé sur un objet imperméable, on réussit presque toujours à détacher, avec la pointe du scalpel, quelques-unes de ces écailles. 11 suffit de placer ces parcelles dans une goutte d'eau distillée ou filtrée, pour obtenir une préparation danslaquelle on distingue facilement les spermatozoïdes restés presque intacts.
Mais, dans la pratique médico-légale, il est rare que le sperme se présente à l'examen sous cet état; le plus souvent, il s'est infiltré dans un tissu en l'imbibant ; les spermatozoïdes ont pénétré entre les fibres auxquelles ils adhèrent intimement; ils se trouvent comme perdus au milieu
1. a, 6, Spermatozoïdes entiers. — c, d, Spermatozoïdes brisés. — c,
e, Cellules épithélialespavimenteuses de l'urètre. — g^ g, Leucocytes. —
f, f, Sympexions (d'après Ch. Robin).
de celles-ci et des nombreux corps étrangers mélangés à la tache, qui proviennent de la poussière extérieure ou du contact d'autres objets. De plus et surtout, la tache a subi des froissements, des chocs, des tiraillements * ; il en résulte que la plus grande partie des spermatozoïdes ont été brisés et que ceux qui sont restés assez intacts pour être caractéristiques, sont souvent en nombre extrêmement restreint. Il faut donc que les manipulations de l'expert respectent précieusement ces éléments tout en les détachant des corps auxquels ils adhèrent.
Pour cela, on procède d'une façon un peu différente, suivant les cas. Quand la tache repose sur du linge, on découpe sur l'étoffe une bandelette d'environ un centimètre de largeur, comprenant en longueur toute la tache ou une partie de celle-ci, mais la dépassant en tout cas, au moins à Tune de ses extrémités. On plonge la bandelette, par celte extrémité non contaminée, dans l'eau, jusqu'au voisinage de la tache ; le liquide pénètre par capillarité dans
1 . Dans le but de conserver les taches aussi intactes qve passible, et d'éviter qu'elles ne soient endommagées pendant rempaqueta^ et le transport des pièces à conviction, le parquet de Paris a adressé anx commissaires de police la circulaire suivante, en date du 2 juillet 1864:
« Il est arrivé fréquemment que des expertises ordonnées dans des aiïaires de viol ou d'altentat à, la pudeur n'ont pu être opérées atilement, sur des linges ou vêlements soumis à, Texamen des experts» par saite de l'altération ou môme de la disparition complète des taches spennatiques, sanguinolentes ou autres dont l'existence sur les lingeft et vêtements avait été signalée dans les premiers procès -verbaux d'enquête. La disparition de ces taches résultant évidemment du contact et du frottement des étoffes qui les contiennent, lors de la saisie de ces vêtements et do leur transport au greffe, il importe de ne rien négliger pour préserver les parties de linge maculées de tout contact susceptible de les dénaturer.
(( Dans ce but, et d'après l'avis des experts les plus compétents, je vous recommande, en pareille circonstance, d'enfermer entre deux petits morceaux de carton bien assujettis toutes les parties des vêlements saisis sur lesquelles se révèlent les taches principales de nature suspecte, et je vous prie, en outre, de veiller, lors de la confection des paquets de pièces à conviction, & l'emploi de toutes les autres précautions indispensables pour assurer à l'information la conservation d'éléments de preuve toujours utiles et souvent décisifs dans les affaires de cette nature. »
Cette proscription est en général exécutée, mais le carton est quelquefois remplacé par des feuilles de papier dont l'efficacité est illusoire.
le tissu, imbibe et ramollit la substance de la tache. Le sperme se trouve ainsi ramené à l'état liquide, tel, en quelque sorte, qu'il a été éjaculé, et contenant tous ses éléments figurés. Pour obtenir ce résultat, il faut attendre en général une heure, quelquefois beaucoup plus longtemps, quand le tissu est sale, gras et s*imbîbe difficilement. On étale ensuite le morceau d*étoffe sur une lame de verre, puis, le maintenant à Tun de ses bouts avec une aiguille, on racle doucement sa surface avec le dos d'une lame de scalpel ; ce raclage exprime en même temps le liquide imbibé qui se trouve ainsi rassemblé en un même point et qu'on n'a plus qu'à recouvrir de la lamelle. On peut aussi, dès qu'on a découpé la tache, la placer directement sur la lame de verre et déposer une ou deux gouttes d'eau sur la partie non contaminée de l'étoffe. A moins qu*on n'ait reconnu avec certitude quel est le côté de l'étoffe qui a été en contact avec le sperme, le raclage doit être fait successivement sur les deux faces du fragment examiné.
Si on opère sur un linge rude, une toile grossière et épaisse, entre les fils de laquelle le sperme s'est profondément infiltré, il est préférable de séparer les filaments du tissu après la macération, de dissocier ces filaments euxmêmes et de faire porter l'examen sur les brindilles ainsi obtenues et sur le liquide qui les baigne. — Si la tache siège sur du velours, le procédé qui nous a semblé le meilleur consiste à enlever les fils tout près de leur base, avec un rasoir bien tranchant, ou à les tondre avec des ciseaux, à les placer ensuite dans une goutte d'eau et à examiner directement le tout. Quand la tache se trouve sur du drap épais, sur du feutre qu'elle a pénétré profondément, on découpe cette tache, on la place sur une lame de verre, la face contaminée tournée en haut ; on dépose sur celte face deux ou trois gouttes d'eau et on laisse la macération se prolon/iiper 24 heures dans la chambre humide. La tache est alors bien imbibée ; on plie le fragment d'étoffe en deux, on le comprime entre les doigts et on examine le liquide qui s'écoule ; la recherche est en général plus fructueuse en procédant ainsi qu'en ayant recours au raclage et à
reffilochage qui, dans ces cas, entraînent trop de corps étrangers dans la préparation et brisent presque tous les spermatozoïdes*. — Enfin, s'il s'agit de taches déposées sur du bois, on réussit quelquefois à enlever avec le scalpel des écailles de sperme desséché ; sinon, il faut enlever des copeaux aux points contaminés et faire macérer ces copeaux dans une petile quantité d'eau.
Il reste maintenant à examiner le liquide que Ton a obtenu et à y rechercher les spermatozoïdes. Cette recherche, très facile pour un micrographe, est souvent Toccasion de grossières erreurs pour les personnes qui ne sont pa» familiarisées avec le maniement du microscope- Ces erreurs sont cependant assez faciles à éviter. Mais il faut absolument que le médecin qui accepte une expertise de ce genre ait vu antérieurement des spermatozoïdes vivants ; une fois qu'on a bien observé ces éléments à l'état frais, on n'oublie plus leur forme si spéciale et l'on évite facilement l'erreur commise par les personnes dépourvues de cette notion préalable, qui prennent pour un spermatozoïde tout assemblage d'une granulation avec un des fins fila, ments provenant du tissu, qu'on rencontre toujours en grand nombre dans le liquide de macération des taches. Ces filaments, de dimensions très variables, ne sont pas les seuls éléments figurés qui encombrent la préparation et masquent les spermatozoïdes ; on y rencontre aussi en grand nombre des corpuscules irréguliers, de dimensions variables, provenant de la poussière extérieure ; des spores de champignons microscopiques ; des grains d'amidon qui se trouvent fréquemment sur le linge, etc. Ces divers élé-
1. Corin, Ann. de la Société de médecine légale de Belgiqtie /janvier 1907), a indiqué récemmment un procédé qui parait très recommandable :
Il place un petit fragment de la tache dans un tube de verre de 5 millim. de diamètre, dont l'eitrémité inférieure est effilée et fermée. Il verse dans le tube, en quantité juste suffisante pour recouvrir toute la tache, de l'eau physiologique thymoléc (pour éviter le développement des bactéries) et il laisse macérer pendant 24 heures, le tube étant bouché. On enlève ensuite le lambeau d'étoffe avec un crochet; le liquide est centrifugé pendant deux minutes, et dans le culot on trouve, paralt-il, des spermatozoïdes non seulement très nombreux, mais encore presque intacls, c'est-à-dire avec une queue très longue.
EXAMEN MÉDICO-LÉGAL DES TACHES DE SPERME Ç4i,
ments sont quelquefois tellement abondants, qu'ils se tour chent de toutes parts et qu'il serait impossible d'apercé* voir les spermatozoïdes au milieu d'eux ; dans ce cas, on dilue la préparation en y ajoutant une goutte d'eau, qu'on dépose au bord de la lamelle. Il s'établit d'abord un courant qui entraîne et roule tous les éléments ; en les observante ce moment au microscope, on les aperçoit, successivement sous toutes leurs faces, et on apprécie bien mieux leur nature ; au bout de peu de temps, le courant cesse, les éléments reprennent leur immobilité, mais sont suffisamment écartés pour être tous observés nettement. Une précaution qui doit être indiquée aux personnes peu familiarisées avec les examens microscopiques, c'est d'avoir soin que le liquide ne soit pas en couche trop épaisse. Quand il en est ainsi, les éléments les plus légers de la préparation viennent adhérer à la lamelle recouvrantje, tandis que les plus lourds restent sur la lame de verre ; on a, de la sorte, deux plans distincts qui ne peuvent être vus* en môme temps.
Il convient de se servir d'un grossissement de 500 diamètres ; un grossissement de 300 permet déjà d'apercevoir nettement les spermatozoïdes dans du sperme pur, mais est insuffisant pour les rechercher au milieu de nombreux corps étrangers ; un grossissement supérieur à 500 aurait le double inconvénient de restreindre le champ du microscope et de ne permettre qu'un faible éclairage. Il ne faudrait pas croire cependant qu'un éclairage intense soit toujours une condition de succès ; quand la lumière est par trop vive, il est, au contraire, souvent difficile d'apercevoir les queues des spermatozoïdes ; aussi est-il avantageux de changer fréquemment la position du miroir et d'avoir recours de temps à autre à l'éclairage oblique.
On s'est efforcé de rendre les spermatozoïdes plus apparents en ayant recours à des réactifs colorants ; un des meilleurs est Tiode dissous dans l'eau à la faveur de l'iodure de potassium, qui a été préconisé par Roussin. On peut aussi se servir du carmin, de l'éosine, etc., qui colorent la tête du spermatozoïde, ce qui facilite la recherche.
De quelque façon que l'on ait procédé, la présence dans ViBBRT. Médecine légale, 7* édit. 41
\e liquide de macéralion de tôtes isolées ou de queues seules n'autorise pas à conclure à la nature spermatique de la lâche. Un spermatozoïde n*est bien caractérisé et ne doit être admis comme tel que lorsqu'il présente, outre la tête, un fragment de queue égal à trois ou quatre fois au moins la longueur de celle-ci. Il est alors nettement reconnaissable pour quiconque a vu cet élément à l'état frais ; la Continuation directe de la tête avec la queue» la diminulioD graduelle d'épaisseur de celle-ci qui arrive vers sa terrai* naison à une minceur extrême, la parfaite netteté de son contour, les sinuosités qu'elle présente quelquefois permettent de le distinguer sûrement, sans hésitation, des fibres accolées aux granulations ; cet accotement est du reste facilement mis en évidence par un changement de point ou par un léger choc imprimé à la lamelle.
Nous avons longuement insisté sur les précautions à prendre dans la recherche des spermatozoïdes, parce qu'il arrive souvent que le nombre de ces éléments qui sont restés conservés dans les taches avec leur aspect caractéristique est extrêmement minime. Quelquefois, il est vrai, ils sont très abondants et on en aperçoit dix ou quinze dans chaque champ microscopique ; mais quand la tache est ancienne et a subi beaucoup de froissements, il faut souvent des recherches très prolongées avant de trouver un seul spermatozoïde ou même un débris qu'on puisse considérer comme lui appartenant, et cela n'a du reste pas lieu de surprendre quand on songe à l'extrême délicatesse de ces éléments. Ce qu'on s'explique moins bien, c'est la grande différence des résultats obtenus avec des taches provenant d'un môme vêtement ; sans doute on peut invoquer des éjaculations successives dont la dernière contiendrait moins de spermatozoïdes ; on peutattribuer certaines petites taches arrondies (qui souvent, en effet, ne donnent pas de résultats) au liquide bulbo-urétral qui s'écoule avant l'éjaculation et qui est normalement dépourvu de spermatozoïdes : mais il est certain qu'avec des échantillons traités d'une façon identique, pris l'un à côté de l'autre sur une môme tache dont les diverses parties ne paraissent pas avoir été plus froissées les unes que les autres, on ob-
tient souvent des liquides d'une richesse extrêmement variable en spermatozoïdes. Aii point de vue pratique, ce fait montre qu'il faut apporter dans les recherches beaucoup de ténacité et de patience. Il nous est arrivé de ne rencontrer des spermatozoïdes qu'après des examens répétés pendant deux ou trois matinées.
II peut arriver que Ton trouve des corps étrangers d'une nature particulière mélangés au sperme, et ce fait peut permettre d'apprécier nettement les circonstances dans lesquelles Tacte incriminé a été commis. En voici deux exemples : Roussin *, chargé d'examiner des taches de sperme sur un vêtement, remarqua qu'elles étaient mélangées d'une quantité abondante de grains d'amidon provenant les uns du blé, les autres de la pomme de terre ; il fit part de cette constatation au juge d'instruction qui ordonna des recherches dans la chambre où Ton présumait que le viol avait été commis ; on y trouva un sac ouvert contenant de la farine constituée par des grains d'amidon de blé et de pomme de terre. L'expertise avait ainsi démontré, avec une vraisemblance bien voisine de la certitude, l'endroit môme où avait eu lieu Téjaculation.
Dans une affaire d'assassinat dont la relation a été publiée par le professeur Brouardel*, on avait trouvé au domicile de la victime, qui était une femme, une serviette tachée de sperme, et l'on se demandait si l'acte vénérien n'avait pas précédé ou suivi le meurtre. Or, l'examen microscopique montra que les taches renfermaient, outre les spermatozoïdes, des cellules épithélialescylindro-coniques à cils vibratiles provenant de la muqueuse des voies aériennes et des grains de tabac à priser. Le sperme avait donc été craché sur la serviette et non pas déposé directement après éjaculation. L'enquête ayant établi que la victime prisait, il était facile d'en conclure la nature de l'acte auquel elle s'était livrée.
1. Roussin, Examen microscopique des taches de sperme (Ann, ^d'hyg. publ. et de méd. lèg , 2* série, 1867, t. XXVII).
2, Commentaires de la traduction française du Traité de méd.lég, d'Hoffmann, Paris, J.-B. Bailli^re.
Toutefois, la présence d'éléments étrangers mélangés au sperme doit toujours être interprétée avec beaucoup de circonspection; il faut se rappeler que des taches peuvent être simplement superposées, ce qu*ùn examen attentif à Tœil nu permet en général d'apprécier assez facilement ; il faut connaître aussi les éléments qui se trouvent d'une façon banale dans beaucoup de taches : grains d'amidon, cellules épithéliales pavimenteuses provenant de la desquamation de la peau. Ces remarques ont d'autant plus d'importance que la plupart des vêtements soumis à Texamen des experts sont dans un grand état de malpropreté et ont été portés longtemps.
§ II. — Taches pouvant être confondues avec cellei« du sperme.
Taches provenant d'un écoulement muqueux de Vurètre. — Il n'est pas rare d'observer un écoulement de ce genre qui se produit le plus souvent, sinon toujours, à la suite d'une blennorrhagie ancienne. Au microscope ces taches sont généralement constituées presque uniquement par du mucus, c'est-à-dire par une substance incolore, transparente, légèrement striée, et dont les stries sont rendues plus apparentes par l'action de l'acide acétique ; çà et là, on peut rencontrer quelques rares leucocytes.
Taches d'urine. — L'urine forme sur le linge des taches d'un jaune plus ou moins foncé, d'un aspect analogue sur les deux faces de l'étoffe qu'elles ne raidissent pas; leui-s contours sont généralement mal indiqués et ne séparent pas nettement la tache de parties voisines non contaminées. Examinées au microscope, ces taches montrent souvent un très grand nombre de bactéries, mais on n'y rencontre pas d'autres éléments anatomiques que quelques cellules épithéliales pavimenteuses provenant de la desquamation de la couche superficielle de l'épiderme ; ces cellules sont dépourvues de noyau, et se colorent uniformément en jaune •sous l'action du picrocarmin. On en rencontre presque toujours de telles sur les linges qui sont restés un certain temps en contact direct avec la peau. •