‹ Précis de médecine légaleChapitre 262 sur 410 · RECONNAITRE L*ORIGINE DU SANG · texte numérisé non relu

RECONNAITRE L*ORIGINE DU SANG

active de ces liquides, les conserver à Tétat sec pour les redissoudre au moment de les injecter ^.

Si Ton se sert de sérum sanguin, on en injecte au lapin (dans le péritoine, dans les muscles, ou dans les veines) de 4 à 2 1/2 centim. cubes. La dose doit être quatre fois plus forte si Ton emploie les liquides ascitique ou pleurétique. Les injections doivent être renouvelées quatre ou cinq fois, à quatre ou cinq jours d'intervalle. Cinq ou six jours après la dernière injection, on tue Taminal en le saignant à blanc ; le sang est recueilli aseptiquement, et le sérum, bien séparé du caillot, constitue le sérum précipitant ou antisérum.

Le pouvoir précipitant de cet antisérum varie parfois beaucoup suivant les animaux employés. Il est donc toujours nécessaire de l'éprouver et de mesurer au moins approximativement sa puissance. Dans ce but on prépare des solutions à 1 : 1000, 1 : 10.000, du sang de la môme espèce animale que celle qui a servi à la préparation de Tantisérum. Dans 2 centim. cubes de chacune de ces solutions, on ajoute, sans agiter, 1/10 centim. cube d*antisérum. D'après l'abondance du précipité qui s'est déposé au bout de 24 heures dans chacun des tubes, on juge de la puissance de l'antisérum.

Préparation des taches. — On découpe les taches qui --'-^e trouvent sur les vêtements et on les met à macérer dans l'eau distillée ou mieux dans l'eau salée physiologique qui dissout mieux les albumines. Si les taches siègent sur des objets durs, on les gratte et c'est avec cette poudre qu'on fait la macération.

Il faut employer des solutions de sang peu concentrées pour éviter Terreur qui a été signalée plus haut. C'est-àdire que la solution doitétre très légèrement colorée, assez «eulement pour que la teinte sanguine soit évidente (elle pourrait même l'être moins). La solution doit être filtrée jusqu'à ce qu'elle soit bien limpide.

1. On peut aussi employer pour TinjecUon du sang ancien, desséché, dissous dans l'eau salée physiologique (Uhlenhuth, Ueber den Stand der forensischen BuUuntersuchung, Meditin, Klinik, 1905). De cette façon on a le moyen de préparer, en cas de besoin^ un sérum précipitant pour le sang d*ammaux sauvages qu'il est difficile de se procurer d'un jour à l'autre.

630 TACHES DE SANÛ

On verse deux ou trois centimètres cubes d'une telle solution dans un tube de verre à calibre étroit, et on y ajoute quatre à cinq gouttes d'antisérum. Le précipité ne Se forme pas immédiatement ; il ne commence à apparaître un léger trouble dans la liqueur qu*au bout d'un certain temps (au moins cinq minutes et souvent beauc(5up plus) ; il augmente lentement et ensuite se dépose peu à peu. La réaction est terminée au bout de 24 heures au plus. Une chaleur peu élevée (35 à 45) hftte très notablement la précipitation.

Bien entendu, cette épreuve doit être contrôlée par d'autres essais de Tantisérum pratiqués sur des solutions de sang d'autres espèces animales, solutions ayant à peu près la même teinte que celle qui a servi à la première recherche (voyez un rapport d* expertise sur cette question, à la fin du volume).

Sensibilité de la méthode. Précautions à prendre dans certains cas* — On peut encore obtenir un précipité avec une dilution de sang à 1 pour 20.000, c'est-à-dire que la méthode est encore susceptible de réussite avec des taches extrêmement minimes contenant à peine un milli* gramme de sang.

L'ancienneté de la tache n'empêche pas la réaction ; des taches vieilles de vingt ans ont encore donné le précipité caractéristique. Toutefois, avec les vieilles taches, l'abondance du précipité est très notablement diminuée.

Les vieilles taches ne se dissolvent pas toujours dans l'eau dislillée ni dans l'eau salée physiologique. Elles se dissolvent mieux dans la solution de soude à Ip. 100, liquide qui n'entrave pas l'action de l'antisérum.

Avec les très vieilles taches, il peut arriver que la matière colorante du sang transformée en hématine ne dissolve pas du tout dans l'eau distillée, ni dans l'eau salée physiologique, tandis que les albumines du sang se dissolvent. Dans ce cas, le liquide de macération de la tache pourrait être complètement incolore et donner cependant un précipité avec l'antisérum.

Il ne faut pas oublier en effet que la formation du précipité ne caractérise pas la présence du sang, mais seule*

AUTRES QUESTIONS RELATIVES A l'oRIGINE DU SANG 631

ment de certains composants du sang : albumine et globuline. Or ces albumines se trouvent aussi dans d'autres humeurs de l'organisme : le mucus nasal, les liquides d'ascite, de pleurésie, d'hydrocèle, Turine albumineuse, etc. Par conséquent, la réaction précipitante, par elle seule, indique uniquement la présence d'albumines provenant de rhomme (ou de tel autre organisme spécifié) et la nature sanguine de la tache doit être établie par Tundes procédés indiqués dans l'article précédent.

Uhlenhuth avait signalé, presque dès le début de ses recherches, que la réaction réussissait avec du sang putréfié, ou mélangé avec de Teau savonneuse, avec le sang menstruel mêlé à Turine. Il a été constaté depuis que le sang provenant de sujets ayant succombé aux maladies infectieyses ou aux diverses intoxications reste également sensible à Tantisérum.

Mais quand le sang a été mélangé à certaines substances chimiques, notamment à la chaux, la réaction peut faire défaut.

Il y alàune cause d'échec, maisnon pas d'erreur susceptible de porter préjudice à un inculpé.

§ II. — Autres questions relatives à rorig^ine du sangr^

Il est impossible de reconnaître si le sang provient d'un homme ou d'une femme, d'un adulte ou d'un enfant. Du sang de fœtus pourrait être reconnu cependant, grâce au diamètre plus considérable des hématies, qui atteignent quelquefois 1 centimètre de millimètre. — On demande aussi de quelle partie du corps provenait du sang qui a formé une tache. Ce problème peut quelquefois être résolu d'une façon détournée par la constatation d'éléments particuliers au milieu des globules sanguins. Quand on trouve de petits fragments d'une substance desséchée mélangée aux taches de sang, il y a toujours intérêt à examiner ces fragments au microscope ; pour cela il suffit de les ramollir et de les dissocier dans une petite quantité d'eau. On reconnaît ainsi facilement le tissu cellulo-adipeux à ses longs faisceaux entre-croisés et à ses grosses cellules adipeuseSv

632 TACHES DE SPEnMB

et la substance nerveuse à ses tubes caractéristiques qui résistent très longtemps à la dessiccation, etc. Des cheveux, des poils fournissent aussi des renseignements dont on comprend toute Timportance. Enfin la présence de cellules épithéliales mélangées au sang peut indiquer aussi de quelle partie du corps provient celui-ci. . Les caractères indiqués pour distinguer les taches de sang menstruel sont tirés en grande partie de la présence des cellules de Tépithélium pavimenteuxdu vagin et cylindrique à cils vibratiles du col de Tutérus. Mais les cellules cylindriques se trouvent rarement dans le sang des règles; nous n'en avons jamais aperçu sur des taches. M. de Sinéty a recueilli avec une pipette du sang menstruel sur le col de l'utérus et, malgré des recherches répétées un grand nombre de fois et faites avec les précautions convenables, il n'a jamais aperçu de cellules cylindriques à cils vibratiles. La présence dans une tache d'un grand nombre de cellules pavimenteuses à noyau rend probable qu'elle est formée par du sang de règles ; ce caractère est corroboré par le siège et la forme des taches. — La fibrine manque ordinairement ou est en très minime quantité dans le sang des règles *.

Page 1