‹ Précis de médecine légaleChapitre 277 sur 410 · PARALYTIQUES GENERAUX · texte numérisé non relu

PARALYTIQUES GENERAUX

mière période de la vie ; elle s observe surtout de trentecinq à quarante-cinq ans ; elle se développe rarement chez les vieillards.

Au début, les troubles intellectuels se traduisent par une diminution de la mémoire portant sur les notions les plus usuelles, par un défaut de l'attention qui fait que les malades commettent dans leur travail, dans leurs occupations, des erreurs grossières et inattendues de leur part, et aussi par les changements du caractère qui devient très mobile, d'une émotivité exagérée et puérile. Cet affaiblissement mental s'accentue graduellement, mais avant d'aboutir à la démence complète, il est compliqué, d'une façjon à peu près constante, par du délire.

La forme la plus anciennement connue et la plus caractéristique de ce délire est la forme ambitieuse. Le malade est d'abord d'un optimisme exagéré ; il a de lui-môme, de ses qualités, de sa position, de son avenir, un contentement parfait ; il est plein de confiance en ses forces et en son intelligence et se trouve ainsi amené à entreprendre des spéculations audacieuses qui souvent, par les pertes d'argent qu'elles entraînent, sont le premier indice qui fait soupçonner aux personnes de son entourage un dérangement d'esprit. Bientôt cet optimisme devient réellement délirant; le malade croit posséder des richesses considérables, des titres, des dignités, des fonctions élevées; il se conduit en conséquence, fait des achats ruineux, prodigue les largesses, etc. ; puis, le malade avançant toujours dans cette voie, c'estenfin de toutes les grandeurs que peutconcevoir une imagination délirante, qu'il se croit possesseur. L'un dit avoir des milliards de milliards ; pour représenter sa fortune, il écrit un chiffre suivi de plusieurs pages de zéros; un autre s'intitule « généralissime des armées de terre, de mer et sous-marines » ; un autre est à la fois pape, roi, empereur ; un autre est le résumé de tous les grands génies de l'humanité, etc., etc. Un caractère qui appartient presque exclusivement au délire ambitieux de la paralysie générale, c'est son incohérence, son universalité, les contradictions évidentes et grossières dans les idées. D'autres aliénés peuvent avoir un délire ambitieux systématisé, localisé ;

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par exemple, se croire Dieu, et alors toutes leurs idées et tous leurs actes sont en rapport avec cetle conceptioD ; le paralytique général porte son ambition sur tout à la fois, et aucun contraste ne le .touche ; un de ces malades, par exemple, observé par M. le professeur Brouardel, se vantail d'être archimillionnaire, roi, et en môme temps interrogé sur la profession de sa femme, il répondait qu'elle était concierge et faisait des ménages.

Dans d'autres cas, le délire est de forme dépressive ; ce sont des idées mélancoliques, hypocondriaques, qui apparaissent et qui se développent aussi d*une façon graduelle. C'est d'abord un état de tristesse, de découragement, d'abattement ou de préoccupations excessives sur la santé ; puis, au bout d'un temps variable se manifestent les conceptions nettement délirantes, tantôt sous forme de délire des persécutions, tantôt sous forme d'hypocondrie ; les malades croient n'avoir pas de bouche, pas d'estomac ou être privés de tel ou tel autre organe, etc.

Enfin dans certains cas, la maladie évolue sous une forme analogue à la manie, et dans d'autres, désignés plus spécialement sous le nom de démence paralytique, l'affaiblissement intellectuel est extrêmement prononcé dès le début et imprime sa marque même sur le délire de grandeur ou d'hypocondrie qui est pauvre et humble : le malade possède un nombre incalculable de pommes ; ses habits sont très beaux; il a la tête bouchée (Weygandt).

Quelle que soit la forme du délire, à mesure que celui-ci évolue, TalTaiblissement mental suit son cours, portante la fois sur les facultés intellectuelles et sur les facultés affectives, pour aboutir à la démence complète ; mais tant que celle-ci n'est pas devenue absolue, on retrouve presque toujours au moins quelques vestiges du délire primitif.

Un point qui intéresse tout particulièrement la médecine légale, c'est la tendance qu'ont les paralytiques généraux à commettre des actes préjudiciables à leurs propres intérêts, nuisibles aux autres ou punis par les lois. Quelquesuns de ces actes : les spéculations insensées et désastreuses, les achats à tout prix des objets les plus inutiles, s'expliquent par le délire seul et la fausse idée qu'a le malade de

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