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DÉLIRE PARTIEL ET SYSTÉMATISE

iefois que l'alcoolique peut avoir un délire de persécuUon d'un autre aspect (p. 684).

Le dégénéré est parfois aussi un persécuté. En ce cas, souvent son délire n'est pas pur de tout mélange ; il s'y joint quelques idées de grandeur et de mysticisme, d'éroiisme, etc. ; il est souvent aussi mal coordonné, inégal suivant les jours ; il n'a pas la régularité, Tégalité, la tenue imperturbable que Ton remarque chez le délirant chronique. Le dégénéré a des antécédents héréditaires et personnels; dès son enfance, il a eu ou d'autres accès de délire, ou des obsessions, des impulsions, ou ces inégalités d'intelligence, ces lacunes, cette déséquilibration dont on peut retrouver la trace jusque dans son délire actuel. Le délirant chronique n'a pas d'antécédents, et ce n'est guère avant l'Age de 30 ans que la maladie mentale apparaît chez lui.

Une variété particulière de ces dégénérés a reçu le nom de persécutés-persécuteurs, c Chez eux, le délire ne se systématise jamais complètement ; il change d*objet et de forme; il ne se complique pas d'hallucinations ni de troubles de la sensibilité générale ; il n'évolue ni vers la mégalomanie, malgré l'immense orgueil dont sont doués ces aliénés, ni vers la démence. Les persécutions dont ils se plaignent sont purement d'ordre moral : préjudices à leur réputation, à leurs succès dans le monde, dénis de justice, etc. Ils sont en apparence lucides, raisonnent correctement ; leurs plaintes quoique fausses ont quelque vraisemblance; enfin ils sont irrésistiblement poussés à l'action, et se livrent à des extravagances incessantes, parfois aux actes les plus dangereux *. » Ils font des procès, réclament justice par tous les moyens, par des pétitions au Parlement, des lettres à la Presse, des proclamations au public, tirent des coups de revolver sur les fonctionnaires, sur les hommes en vue, et cela moins parfois dans le but de commettre un meurtre, que d'attirer l'attention sur euxmêmes et de se fournir le moyen d'exprimer ensuite solennellement leurs griefs devant les juges.

1. Cullerre, Tt*aité pratique des maladies mentales, Paris, 188^, J.-B. Baillière.

Délire ambitieux, délire des grandeurs, mégalomanie. — Un d.es types les plus purs du délire des grandeurs est fourni par les délirants chroniques, parvenus à la troisième période de leur affection, surtout quand le^ idées de persécution ont entièrement disparu. Le malade est alors plusieurs fois millionnaire ; ou bien c'est un grand personnage, un roi, ou bien il a un pouvoir surnaturel, ou bien il est un être surhumain, Dieu même. Ses paroles, ses actes, son attitude, sa conduite, restent toujours en harmonie avec cette conception.

Le paralytique général a les mêmes idées ambitieuses, qui deviennent parfois aussi énormes, aussi démesurées. Mais ces idées se ressentent de Taffaiblissement intellectuel, de la démence qui se constitue rapidement chez lui; elles sont incohérentes, mobiles, contradictoires et sont bien loin de dominer tout Têtre intellectuel et de dicter la conduite. Un paralytique qui vient de se dire maréchal de France, archimillionnaire, et qui offre une fortune à son interlocuteur, lui demande aussitôt après de quoi acheter du tabac.

La même incohérence se remarque dans le délire des grandeurs que présentent certains alcooliques. Mais chez eux les hallucinations visuelles sont fréquentes.

Les dégénérés héréditaires ont parfois aussi un délire ambitieux, dont les caractères sont les mêmes que ceux qui ont été indiqués à propos du délire de persécution de ces mêmes malades.

La folie circulaire ou à double forme est constituée par une série, continue ou interrompue, d'accès d'excitation cérébrale alternant avec des accès de dépression. L'excitation peut arriver d'emblée ou très rapidement à une véritable manie ; mais parfois aussi elle reste longtemps, ou pendant toute sa durée, moins excessive. Le malade sent ses facultés intellectuelles décuplées ; sa mémoire, son activité psychique sont en effet considérablement augmentées. Il a besoin de dépenser les forces qui débordent en lui ; il est d'une activité dévorante, d'une loquacité intarissable. Il fait bon marché des convenances, de la morale, se livre à des excès alcooliques, et satisfait sans vergogne

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ses appétits vénériens, en général fort augmentés. Tout cela aboutit parfois à un véritable délire ambitieux. Le malade n'a plus simplement Torgueil de sentir ses forces physiques et intellectuelles augmentées; il n'est plus seulement entreprenant, hautain, impérieux ; il réclame les plus hautes situations, veut réformer la société, transformer les sciences, etc. Il n'y a pas toutefois dans ce délire d'oubli complet et de transformation de la personnalité : il est bien rare que le malade se croie un roi, un empereur, il garde la notion de son individualité tout en la trouvant considérablement accrue et digne des positions les plus élevées. L'excitation, la loquacité, l'incohérence bien moindre des conceptions différencientaussi ces malades des autres délirants ambitieux.

I III. — Délire diffkis, polymorphe.

Entre le délire systématisé, limité à un seul ordre d'idées, et le délire général où le désordre intellectuel est complet ou total, on peut distinguer un autre groupe de cas dans lesquels le délire n'est pas absolument généralisé, permet quelques conceptions, quelques paroles et quelques actes lucides, mais porte cependant sur une foule d'idées de divers ordres, est incohérent et diffus.

Les dégénérés héréditaires présenieni fréquemment cette forme de délire. Â un degré atténué, l'accès comporte quelques idées de grandeur, peu excessives en général, oubliées et reprises, non pas toujours présentes à l'esprit, mélangées parfois d'idées de mysticisme religieux, bien plus souvent d'idées de persécution avec ou sans hallucinations terrifiantes. Une certaine lucidité subsiste, et parfois au point que certains malades sont capables de vaquer encore à leurs occupations; mais au moindre incident leurs idées délirantes peuvent se traduire par des actes extravagants, délictueux ou criminels. A un degré plus accentué, les idées délirantes sont non seulement plus nombreuses, mais plus incohérentes ; à certains moments, le malade semble même avoir perdu toute lucidité ; excité ou déprimé, il paraît à peu près étranger à ce qui l'entoure.

Ce délire est en général mobile el d'une intensité très variable suivant les jours, suivant les heures même.

Certains alcooliques ^ chez lesquels on ne trouve cependant aucune trace de dégénérescence héréditaire, présentent parfois aussi cette même forme de délire.

Lo, délire hystérique qui accompagne ou suit une attaque, et 'parfois la constitue à lui seul, est aussi un délire polymorphe, mais à caractères spéciaux. Il apparaît brusquement, cesse de môme, et sa durée totale dépasse rarement quelques heures. C'est un délire hallucinatoire et la malade se comporte vis-à-vis de ces hallucinations comme si elles étaient des réalités. Elle répond de la parole et du geste à ses interlocuteurs, tantôt ravie ou attendrie devant un beau spectacle, tantôt injuriant ceux qui Tinsultenl, tantôt exprimant sa terreur devant les dangers qui la menacent.

Le délire est polymorphe, parce qu'il traduit des hallucinations qui, elles-mêmes, se succèdent sans se ressembler ; habituellement du reste, ces hallucinations ne sont pas incohérentes, au moins dans un môme moment.

Parmi les délires diffus et polymorphes on pourrait encore ranger la catatonxe, étudiée et décrite par les auteurs modernes (depuis Kahlbaûn, 1874). Mais d'autres traits plus spéciaux et plus caractéristiques appartiennent à cette affection. Ce sont surtout des troubles psycho-moteurs qui se manifestent tantôt sous forme de stupeur, tantôt sous forme d'agitation.

La stupeur s'accompagne quelquefois de négativisme ^ c'est-à-dire que le sujet se décide quelquefois quand on le presse d'accomplir un acte, à exécuter l'acte exactement contraire. Ces malades restent inertes, sans réagir à aucune excitation, pendant des jours et des semaines; parfois ils prennent d'eux-mêmes des attitudes absurdes, et des plus anormales qu'ils gardent ensuite à la façon des cataleptiques *.

L'agitation consiste tantôt en la répétition incessante de

4. On trouvera une histoire détaillée de la catalomie, illustrée de nombreuses figures, dans la traduction française i\q V Atlas manuel de psychiatrie de Weygandt J.-B. Baillièro, 4 904.

ACTES PAH IMPULSION IRllÉSlSTlBLE 701

mouvemenls stéréotypés, tantôt elle est constituée par les mouvements les plus violents, les plus désordonnés et tellement incohérents qu'ils ne semblent pas dictés par une conception quelconque, môme délirante.

Chez les calatoniques, la mémoire et les notions anciennes sont conservées, mais non pas l'aptitude à les utiliser. Use produit chez eux un grand affaiblissement mental qui aboutit ordinairement à la démence (voir chapitre VI).

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