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ÉTAT MENTAL DES HYSTÉRIQUES

observe quelquefois chez les hystériques, ces malades pré. sentent habiluellemenl certains désordres de Télat mental *,

1. On peut même dire que rhystérie est une maladie surtout mentale, et que même ses manifestations somatiques sont souvent l'expresiyon trouble purement psychique. H en est ainsi par exemple de< anesihésics.M. Janet a montré que les excitations faites sur une partieinsensible, bien que totalement ignorées par la personnalité conscient'' de la malade, sont cependant enregistrées et conservées par les cellulecérébrales. 11 faut admettre en effet, d'après les travaux des psychologues, que la perception d'une sensation se fait pour aJnsi dire en deux étapes; elle est d'abord un phénomène psychique isolé, apersonnel en quelque sorte, et ce n'est qu'après que cette notion brute s'est associée et reliée à d'autres an lérieurenient acquises, qu'elle entre dans le mot qui en prend dès loi*s une conscience nette. Chez les hystériques la seconde phase de la perception est devenue impossible pour tout le groupe des sensations qui se rattachent aux parties anesthésiées ; ces .«ensalions, qui échappent à la personnalité consciente, restent cependant dans l'esprit l'état de phénomènes subconscients, et leur existence ))eut se manifester dans diverses circonstances (somnambulisme, distraction, écriture automatique, etc.).

L^s anesthésies de ce genre traduisent donc une faiblesse spéciale de lespritqui est impuissant à achever les opérations intellectuelles. Une analyse minutieuse de l'état mental des hystériques montre que souvent cette même faiblesse se traduit autrement que par des anesthésies. Ces malades sonl, à un degré plus ou moins accentué, incapables de coordonner les impressions recueillies par les cellules cérébrales, de les l'attacher les unes aux autres en gardant la notion de leurs rapports réciproques, de les synthétiser et de les faire entrer dans le moi. Ce moi se trouve ainsi appauvri, car il ne peut contenir à la fois qu'on petit nombre de phénomènes psychiques. Suivant l'expression de M. Janet. il y a chez ces malades un rétrécissement du champ de la conscience.

Avec cotte donnée, on s'expliquerait certains traits du caractère des bystériciues (P. Janet, Etat mental des hystériques^ Bibliotb. Cbarcot- Debove). Ce caractère est mobile et contradictoire, parce que dans le champ rétréci de la conscience il ne peut entrer à la fois qu'un petit nombre d'idées, de sensations qui, à un moment donné, constituent à eux seuls tout le moi. Les mensonges, ou ce qu'on croit être des mensonges, sont fréquents, parce que tout un groupe de phénomènes psychiques échappent parfois à la conscience (amnésies temporaires ou permanentes', et aussi parce que l'esprit ne sait plus toujours reconnaifre parmi les idées mal assimilées qu'il contient celles qui correspondent à des réalités de celles qui sont le résultat de réminiscences, de rêveries, d'associalions fortuites, de suggestions. Si une hystérique ne juge un individu que d'après le petit nombre d*idée8 qu'elle peut grouper autour de l'image de celui-ci, on comprend le peu de fondement, la mobilité de ses antipathies et de ses sympathies. Enfin le sens moral, qui suppose une synthèse complexe et fortement enracinée de notions lentement acquises^ doit être plus ou moins altéré chez de tels malades.

11 convient d'ajouter que l'affaiblissement du pouvoir de synthèse, le rétrécissement du champ de la conscience ne s'observent pas que chez

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qui parfois sont assez accentués pour entraîner une atténuation plus ou moins considérable de la responsabilité.

Le caractère des hystériques est fantasque, bizarre, mobile, inconséquent ; elles ont des amitiés et des haines extrêmement vives, que souvent rien ne justifie, qui apparaissent et disparaissent quelquefois sans motifs appréciables ou raisonnables, et qu'elles cherchent à satisfaire à tout prix. Un trait qui leur appartient en propre, c'est le besoin de se mettre en évidence, d'appeler l'attention, d'exciter Fintérêt et la curiosité, de jouer un rôle romanesque, de se mettre en scène sous un aspect quelconque. Pour satisfaire à ce besoin, certaines hystériques inventent les histoires les plus étranges ou les plus compliquées, et pour remplir le rôle qu'elles ont choisi, elles ont recours à des mensonges habilement combinés, et ne reculent devant aucune des conséquences de la comédie qu'elles jouent *. On connaît la tendance qu'ont beaucoup d'hystériques à exagérer leurs souffrances, à simuler des troubles de la santé qu'elles n'ont pas, mais qu'elles supposent de nature à exciter l'étonnement des médecins ou des personnes de leur entourage. — Quand, au lieu de symptômes plus ou moins bizarres, l'hystérique se décide à feindre qu'elle a été victime de persécutions, d'attentats, elle pousse souvent les choses jusqu'au bout, poursuit son prétendu agresseur devant les tribunaux, en s'arrangeant pour donner à sa plainte toutes les apparences de la vérité Quelques exemples montreront à l'aide de quels moyens ces accusalions mensongères peuvent être soutenues.

En 1834, une jeune fille de 16 ans, Marie M..., habitant avec son père, général commandant l'Ecole de cavalerie de Saumur, est trouvée une nuit dans sa chambre, étendue sur le sol, en chemise, tachée de sang, un mouchoir serré autour du cou. Elle déclare qu'un officier de l'Ecole, qu'elle a reconnu pour être le lieutenant de la Roncière,

les seules hystériques. On les retrouve chez les neurasthéniques, les dégénérés et beaucoup d'autres aliénés. Malgré cela, il y a, croyonsnous, avec la majorité des médecins, un état mental propre à certaines hystériques, que nous essayons d'indiquer dans ce paragraphe. 1. Ann. (fhyg, publ, et de méd. lég,, 1894.

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malgré les soins qu'il prenait pour cacher son visag-e, a pénétré dans sa chambre, par escalade, en brisant un carreau, a essayé de la violer, et Ta frappée de coups de couteau dans les parties génitales. Depuis quelque temps, la famille de Marie M... recevait une quantité de lettres anonymes, pleines d'outrages ou menaces pour Marie M..., el qui en réalité étaient l'œuvre de celle-ci, ainsi que toute la mise en scène du prétendu attentat. On crut cependant le récit de Marie M..., qui était, à n'en pas douter, une hystérique : le malheureux de la Roncière fui? condamné à dix ans de réclusion *, subit sa peine en entier, et fut ensuite réhabilité (en 1849).

Un cas absolument analogue a été observé, il y a quelques années, sur une fille Louise G... par P. Garnier qui obtint en temps utile Taveu du mensonge.

Parfois aussi, des hystériques offrent à certains hommes, spécialement à des prêtres, à des médecins, de se livrer à eux, les poursuivent de leurs obsessions, et les accusent ensuite faussement de les avoir violées, d'avoir eu des rapports sexuels avec elles. — 11 ne faudrait pas croire toutefois, d'après ces exemples, que Thystérique soit portée particulièrement aux désirs vénériens ; l'accusation de viol est souvent adoptée, surtout parce qu'elle permet un récit plus dramatique, et plus capable d'exciter l'intérêt.

Dans ces cas et dans beaucoup d'autres semblables, l'hystériqup cherche à nuire à une personne déterminée, en vue d'assouvir une vengeance ou une antipathie.

11 en est d'autres où elle ne vise personne, où le seul mobile paraît être d'exciter l'étonnement, Tintérôl. Suivant i[\ie l'hystérique est plus ou moins intelligente, suivant que les circonstances sont plus ou moins favorables, le mensonge apparaît plus ou moins vraisemblable.

La littérature médicale contient beaucoup de faits de ce genre. En voici un récent :

Le baron de X..., en rentrant un soir chez lui, trouve sa femme étendue dans un fauteuil, le cou serré par une ficelle, paraissant sans connaissance. Un grand désordre régnait

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