Causes célèbres^ t. X, cahier
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dans rappartement qui semblait avoir été mis au pillage. Madame la baronne de X... reprit ses sens après un certain temps et raconta alors que deux bandits masqués avaient pénétré dans Tappartement, l'avaient terrorisée, s'étaient emparés dé son trousseau de clefs et s'étaient enfuis après avoir dérobé divers objets précieux. Au commissaire de police qui avait été saisi de TafTaire, la baronne de X..., refit à plusieurs reprises le môme récit, maintenant énergiquement ses déclarations qui parurent bientôt absolument invraisemblables ; quelques jours après, elle avoua que pour des raisons quelle ne s'expliquait pas, elle avait simulé l'attentat et le vol.
Ces mensonges, une fois démasqués, ne prennent pas grande importance aux yeux de Thyslérique. A propos de Louise G..., par exemple, P. Garnier fait cette remarque : « Elle restait indifférente devant Ténormité de son mensonge; celui-ci avait Tair de s'annexer au moi conscient, à la manière d'un rêve, d un phénomène mental si vague et si lointain qu'il en devenait presque impersonneL »
Nous avons toujours fait la môme remarque dans les cas assez nombreux de mensonges hystériques observés par nous.
Il y a plus : dans certains cas, il semble que les hystériques croient de bonne foi aux histoires fausses qu'elles ou qu'ils racontent. Nous avons vu par exemple un homme, hystérique à un haut degré, qui déclarait avoir été une des victimes d'un grand accident de chemin de fer, auquel, en réalité, il n'avait pas assisté. Quelques années après, le môme individu prétendit avoir été écrasé par un fiacre ; il le croyait si bien qu'il se laissa pratiquer la laparotomie, opération qui fut suivie d'une large évenlration ; or l'écra ■ sèment qu'il décrivait avec un grand luxe de détails était purement imaginaire. Mais dans ces deux circonstances, le sujet avait eu réellement une hématémèse ; très probablement, c'est sur cette hématémèse qu'il avait échafaudé chaque fois, par une véritable auto-suggestion, son histoire fausse.
La part du mensonge conscient est souvent difficile à
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établir, même dans les cas où rhyslérique a accompli ellemême les actes qu'elle attribue à autrui. Nous avons vu une hystérique qui s'était bâillonnée et blessée elle-même, attribuant ces violences à un voleur, et qui nous a paru être. plutôt qu'une menteuse, une délirante réalisant elle-même ses hallucinations (Rapport à la fin du livre) ^.
A côté de ces cas, où ThystéHque est faussement accusatrice, il en est d'autres où c'est elle qui commet des délits ou des crimes. Certains de cesactes, bien qu'accomplis d'une façon parfaitement consciente et prémédités plus ou moins longuement, sont suggérés par des motifs tellement futiles, dénotent un tel dédain des conséquences, ou contrastent si étrangement avec les habitudes ordinaires de la coupable, qu'il est impossible de ne pas y voir une incapacité maladive de résistance à la tentation. Il s'agit par exemple de vols d'objets de peu de valeur commis quelquefois par des femmes riches, ou du moins très en mesure de payer ce qu'elles ont dérobé ; dans la plupart des cas, le vol a plutôt pour but de satisfaire une fantaisie momentanée que d'obtenir un gain illicite, de se créer des ressources, à la faron des filous et des vulgaires voleurs. — Une proportion notable des vols commis dans les grands magasins de Paris ont pour auteurs des hystériques*.
Dans d'autres cas, il s'agit dé rapts d'enfants commis pour satisfaire un besoin intense et maladif de maternité. Nous avons examiné, avec M. le docteur Motet, une jeûne femme qui à plusieurs reprises s'était crue enceinte, avait adopté un enfant, avait failli une première fois être poursuivie pour rapt d'un autre enfant. En dernier lieu, elle avait simulé une grossesse dont elle indiquait tous les progrès à son mari resté à l'étranger ; au terme normal, elle annonce à celui-ci qu'elle vient d'accoucher et elle lui en-
1. Ch. Vibert, Les mensonges ou prétendus mensonges des hystériques. Ann. d'hyg,pub. et de méd. lég., 1894. On lira avec grand intérêt sur cette question du mensonge pathologique une étude très approfondie de : 1'^. Dupré^ La Mythomanie. Etude psychologique et médico-légale du mensonge et de la fabulation morbides. Paris, imprimerie Gaiche,
2. Des vols aux étalages ou dans les grands magasins. Discussion à Idi Société fie méd, % , 1881 (l. Vil du Bulletin).
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voie en effet rextrait de naissance d'un enfant que, de connivence avec la véritable mère, elle avait présenté à Tétat civil comme étant le sien. Cette fraude avait été accomplie sans aucun but d'intérêt personnel, avec une maladresse telle qu'elle avait été presque immédiatement découverte, sans que d'ailleurs la coupable ait paru éprouver grande inquiétude des conséquences judiciaires qui résultaient de son action.
Des crimes plus graves peuvent être commis par des hystériques. On trouve dans les Annales médico-psychologiques^ l'observation d'une hystérique, exerçant la profession de garde-malade et qui, dans l'espace de plusieurs années, avait empoisonné neuf personnes, sans être poussée ni par la vengeance ni par l'intérêt. — Peut-être était-ce aussi une hystérique que cette fameuse JHélène Jégado * qui, de 1833 à 1851, empoisonna vingt-six personnes dont huit succombèrent, sans avoir obéi à aucun motif explicable.
Examen médico-légal des hystériques.— Nous avons dit déjà que l'influence qu'exerce l'hystérie sur l'état mental est des plus variables suivant chaque cas particulier, et n'est pas en rapport avec le nombre et l'intensité des symptômes physiques.
Il s'en faut de beaucoup que tous les actes délictueux ou criminels commis par les femmes atteintes de l'hystérie la mieux caractérisée portent le cachet de l'irresponsabilité pathologique plus ou moins complète. Sous ce rapport, tout est question d'espèce et il n'y a guère d'indications générales à formuler. Dans chaque cas particulier, il y a à étudier l'état mental de la femme non seulement au moment de l'examen, mais encore, autant que- possible, au moment où l'acte a été commis ; car l'état mental d'une hystérique est très variable, et telle de ces malades, responsable à une certaine époque, ne Test plus à une autre. Les antécédents, les désordres psychiques qui ont pu se manifester antérieurement doivent être recherchés avec