ÉTAT MENTAL DES ALCOOLIQUES
et puissante qu'exerce ralcool sur la majorilé des aliénés. En dehors de ces épisodes aigus, il y a chez certains alcooliques chroniques des troubles permanents de Tétat mental qui mériteraient une analyse psychologique approfondie. Nous ne pouvons que signaler brièvement ceux de ces troubles qui intéressent le plus directement la pratique médico-légale.
Il faut mentionner d'abord laltération de la mémoire, qui présente ici certains caractères particuliers. A l'inverse de presque toutes les autres amnésies, l'amnésie alcoolique porte sur les faits anciens autant que sur les faits récents. En outre cette amnésie est fort irrégulière, et varie considérablement d'un jour à l'autre, sans cause occasionnelle appréciable. Enfin Tamnésie est pour ainsi dire incohérente; c'est brusquement, au hasard que réappa* raissent les souvenirs, bien moins que par un effort logique, et à Taide de points de repère convenablement choisis.
Cette amnésie contribue peut-être à amener certaines modifications du caractère que Ton observe assez souvent. Bon nombre d'alcooliques sont insouciants, incapables des longues préoccupations que les soucis de toute nature donnent aux autres hommes. Ils sont assez indifférents aux sentiments qu'ils éprouvaient autrefois ; s'ils peuvent encore sentir vivement, et môme d'une façon très exagérée, certaines émotions, celles-ci ne persistent guère, et Ton voit de ces individus quitter avec une facilité surprenante la haine ou l'affection qu'ils témoignaient avec exaltation à telle ou telle personne. A la mobilité des idées et des sentiments, s'ajoute la rapidité de la décision et de l'exécution. Ce trait de caractère, qui constitue comme une ébauche des véritables impulsions, appartient à beaucoup d'alcooliques. Ils prennent des décisions sans délibération suffisante, sans faire entrer en balance les motifs que le commun des hommes prendrait en considération. Ils passent immédiatement à l'exécution ; mais s'ils échouent, ils renoncent volontiers à leur projet, et souvent l'abandonnent définitivement. On voit ainsi des alcooliques qui essaient de se s-uicider pour les motifs les plus futiles, ou
ÉTAT MENTAL SE RAPPROCHANT DE l'aLIENATION 721
môme sans pouvoir donner aucune raison de leur désespoir, et qui ensuite ne renouvellent plus jamais leur tentative.
Ces particularités de Tétat mental font comprendre certains délits ou certains crimes qui sembleraient difficilement explicables de la part des autres hommes. Elles doivent être recherchées danschaquecas particulier etsignalées quand elles existent, car lorsqu'elles sont très accentuées, elles sont de nature à disposer à une certaine indulgence Jes magistrats et les jurés.
Ajoutons encore que Talcoolique présente parfois un délire chronique, relativement peu accentué, basé moins sur des hallucinations (qui souvent manquent tout à fait) que sur une interprétation fausse des faits. Ce délire est généralement d'une nuance mélancolique, et est assez souvent un délire de jalousie.
} IV. — État mental se rapprochant de l'aliénation.
Il est encore une catégorie d'individus chez lesquels on est obligé de reconnaître que la responsabilité n'est pas complète, parce que toute leur conduite révèle dans leurs idées, dans leurs résolutions, dans leui*s actes, une étrangeté frappante, une discordance évidente avec ce qui constitue les notions et les tendances d'esprit communes aux autres hommes'.
Ces individus ne sont pas des aliénés proprement dits, bien que beaucoup d'entre eux le deviennent par la suite ; ils n'ont pas de conceptions délirantes, quelques-uns sont d'une intelligence remarquable, mais alors le développement exceptionnel de certaines facultés s'est lait ordinairement au détriment d'autres. Ce qui constitue les traits principaux de leur caractère, c'est l'absence ou la diminution de ce que Ton a appelé « le sens moral », l'indifférence devant ce qui est aux yeux des autres hommes « le bien »> ou « le mal », la violence des instincts, souvent, pervers, qui les pousse à tous les désordres, aux actions les plus audacieuses, les plus téméraires, aux délits et aux crimes,. ViBERT. Médecine légale. 7" édit. 46