ETAT MENTAL SE RAPPROCHANT DE L* ALIÉNATION
leur résistance indomptable à tous les moyens de répres* sion. Dès leur enfance, ils se font remarquer parleur indocilité, leur méchanceté, leurs colères violentes, leur résistance aux punitions et aux récompenses. Ils se font expulser des maisons d'éducation où ils provoquent un scandale intolérable ; plus tard, leur vie devient une série d'excentricités, de désordres, d'aventures extraordinaires. Leur caractère reste bizarre, fantasque, mobile, exalté ; ils refusent de se soumettre aux règles acceptées par tous, sont en lutte ouverte avec toute autorité ; ce sont eux qui forment, en grande partie, la population des maisons de correction et TeiTectif des bataillons de discipline.
Si Ton étudie de plus près ces individus, on trouve chez eux quelque chose de plus que cette incorrection de conduite, ces étrangetés ou cette perversité de caractère. La plupart sont des héréditaires, c'est-à-dire que l'on retrouve chez leurs parents soit la folie proprement dite, soit l'épilepsie, l'hystérie, l'alcoolisme, soit une forme quelconque de perversion mentale : ilspeuvent présenter en môme temps les obsessions, les impulsions, et rentrer plus ou moins complètement dans le type des dégénérés décrit précédemment. Chez d'autres, les désordres de l'être moral sont, non plus d'origine congénitale, mais acquis, et résultent, par exemple, tantôt d'une fièvre typhoïde, tantôt d'un traumatisme ou d'une autre lésion de l'encéphale.
On se trouve ainsi amené à rattacher les instincts pervers de ces individus, instincts qui sont en somme analogues à ceux de beaucoup de criminels qu'on considère comme sains d'esprit, à une cause pathologique, et à y voir la manifestation, aussi fatale que tel ou tel symptôme physique, d'une influence morbide. Mais cette influence n'est pas toujours facile à dégager et à mesurer, et c'est pourquoi l'on voit un grand nombre de gens traités tour à tour comme des aliénés ou des criminels, passer, pour des actes à peu près analogues, tantôt à la prison, tantôt dans un asile.
A vrai dire, le spectacle donné par ces individus est bien fait pour ébranler la théorie du libre arbitre et de la responsabilité morale. Entre ceux que l'on fait bénéficier d'une atténuation de la responsabilité, parce qu'on a pu recon-
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nattre plus nettement la cause de leur perversité, et ceux qu'on abandonne aux conséquences qu*entratnent pour eux les défectuosités de leur organisation cérébrale, il y a souvent une analogie à peu près complète de Tétat mental, que beaucoup de médecins n'ont pas manqué d'apercevoir et de signaler. Le crime et la folie ont fréquemment une même origine ; les futurs aliénés et les futurs criminels ont souvent le même point dejdépart, inradiceconveniuntysui' vant l'expression de Moreau (de Tours) ^ La distinction que
i . Bien que le sujet ne rentre pas directement dans le cadre de ce livre, nous devons dire quelques mots ici d'une science nouvelle, née et cultivée surtout en Italie ; l'anthropologie criminelle, qui a pour but d'étudier l'homme en tant que criminel non aliéné. A côté des individus qui commettent un crime ou un délit d'une manière en quelque sorte accidentelle, sous l'influence d'une passion vivement surexcitée, il y a le criminel d'habitude, le criminel-né. Cette conception de l'individu voué au crime est très ancienne et enracinée dans notre esprit. Mais Lombroso et son école ont eu le mérite de préciser cette idée, et de s'efforcer, par des études aussi patientes qu'ingénieuses, de dessiner le type du criminel-né.
Ce type se caractériserait par des particularités anatomiques, physiologiques et psychiques.
Au point de vue psychique, le trait le plus saillant est l'absence de la sensibilité affective, le défaut de ce qu'on a appelé depuis longtemps le sens moral. La cruauté, l'absence de remords, le proCpnd égolsme, l'insouciance ne sont que les manifestations les plus frappantes de cette anestbésie morale ; en y regardant de près, on en trouve d'autres. Le criminel reste, en réalité, indifférent à la plupart des émotions qui touchent les autres hommes, bien que profondément remué par d'autres : la vanité, la vengeance, la luxure, le jeu, etc. Le criminel est, sous ce rapport, très voisin du fou moral ; il n'en est même qu'une variété suivant l'École italienne.
Au point de vue physiologique, on note sou ven trémoussement de la sensibilité physique, l'acuité des sens, le daltonisme, l'anomalie des réflexes, le mancinisme. Parmi les caractères anatomiques, les plus fréquents sont : le grand développement de la m&choire inférieure, la grandeur de la cavité orbitaire, du trou occipital, la longueur exagérée des bras, la rareté des poils de la barbe, etc , ainsi que les divers vices de conformation que l'on retrouve chez les dégénérés.
Ces caractères rapprochent le criminel de l'homme sauvage (actuel ou ancien). L'LiCole anthropologique trouve encore d'autres analogies dans l'habitude du tatouage, et même dans Vargoi, qui par son mécanisme de fonnation se rapprocherait du langage des sauvages*.
La criminalité serait, en partie, un fait d'a^visme ; le cerveau subissant un arrêt de développement qui le ramène & l'état de l'homme primitif, en lui faisant perdre le bénéfice de l'hérédité plus récente et les progrès lentement accumulés par celle-ci.
* César Lombroso, Vllomme criminel. Tradact. franc., Paris, 1887.
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Ton établit entre eux est quelquefois un peu artificielle et apparaît comme une sorte de compromis, qui peut choquer la logique pure, mais qui, cependant, est le seul moyen de concilier les intérêts de la société avec le sentiment inné en nous de la justice.
L'expert rencontre parfois de ces cas où rapprécialîon est des plus délicates, et où il ne peut trouver que des vestiges peu probants d'un état pathologique incontestable. Mais souvent aussi il est en mesure d'émettre en toute sûreté une affirmation ; les éléments d'appréciation lui sont fournis par Tétude attentive des antécédents du sujet, de son hérédité, des épisodes pathologiques de son existence, par sa conduite passée et par Texamen des 'circonstances au milieu desquelles s'est accompli Tacte incriminé.
Ces circonstances peuvent môme être telles, dénoter un trouble mental si profond, bien que ne rentrant dans aucune des catégories indiquées dans les chapitres précédents, qu'elles entraînent aux yeux du médecin non plus seulement une atténuation de la responsabilité, mais une irresponsabilité absolue.
Cette conception de Tindivulu fataleiiient voué au criaie amène loij:rquement à riilée d'un changcinontdu système pénal actuel, basé sur Ii responsabilité et l'expiation. On ne comprend guère pourquoi le bénéfice de l'irresponsabilité est accordé à des fous, des épilepliqucs. ik*» hystériques, etc., alors qu'on le refuse à des criminels-nés, qui ob*.M<sent, eux aussi, à des instincts qui sont la conséquence inéluctable th: la structure de leur cerveau. Le système de répression qui apparaît comme l'idéal serait celui où l'on traiterait le criminel, aliéné ou non, non comme un coupable, mais comme un être dangereux que Ion séquestrerait tout le temps qu'il resterait tel, en admettant qu'on puis>e le moditicr par l'éducation ou d'autres moyens. Malheureusement, la réalisation d'un pareil idéal suppose d'abord un critérium certain de l'état d'un individu, au point de vue de sa criminalité latente, et o* critérium, l'anthropologie criminelle parait encore bien loin, malgré tous ses elîorls, de pouvoir le fournir.