VIII. — Blessures. — Cachexie conséculive
PERSONNEL
{Examen du !•' juillet \S82.)
Le sieur V.. homme d'équipe au chemin de fer, âgé de 44 an?, déclare qu'avant l'accident dont îl a été victime, il jouissait d'une santé excellente, et qu'il était renommé parmi ses camarades pour sa force exceptionnelle. L'accident est survenu le 24 juillet 1880 ; le sieur V. se trouvait entre plusieurs wagons alignés sur la voie, quand le choc d'une locomotive vint faire heurter ces wagons et le comprima entre les tampons. Il fut atteint ainsi Je très fortes contusions à la partie inférieure de l'abdomen, aux parties génitales, aux régions lombaire et sacrée ; mais il ne se produisit pas de plaie ni d'effusion extérieure de sang. — Le blessé n'aurait pas perdu connaissance, mais il seraitresté étendu sur le sol, dans l'incapacité absolue de se mouvoir. Pendant quinze jours ou trois semaines, il lui aurait été complètement impossible d'exécuter le plus léger mouvement des membres inférieurs; en même temps il éprouvait dans ses membres une sensation de froid glacial, mais il ne peut dire si la sensibilité était abolie. La miction était très difficile. Pendant cette période, il aurait craché du sang à plusieurs reprises, il aurait eu des vomisse > ments alimentaires ; l'appétit aurait été nul, le sommeil très difficile et troublé constamment par des cauchemars. Au bout de six semaines le blessé aurait pu commencer à quitter le lit, et la motilité des membres inférieurs reparaissant très lentement.
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il aurait été en état, après quatre mois environ^ de faire quel* ques pas dans sa chambre. L'amélioration aurait continué pen<* dant quelque temps au point de permettre quelques sorties ; mais depuis un an, l'état se serait aggravé progressivement, tant au point de vue de la faiblesse des jambes qu'à celui de la santé générale.
On constate aujourd'hui que le sieur V., d'une haute stature, ot paraissant avoir été très vigoureux, est très amaigri et présente les signes d'un afiPaiblissement incontestable : la démarche est hésitante, la station debout ne peut être soutenue ; la peau, partout trop large et formant facilement de vastes plis, est sèche, d'une coloration pâle, terreuse à la face : les cheveux sont en grande [)artie tombés et s'arrachent facilement. Les masses musculaires des fesses, des cuisses et des jambes sont notablement atrophiées, flasques et affaissées. Les divers mouvements des membres inférieurs s'accomplissent bien quand le malade est couché, sauf l'abduction qui déterminerait des douleurs dans l'articulation des genoux. Quand on invite V. à rester debout, il cherche promptevnent un appui sur les objets voisins, et l'on voit les genoux fléchir légèrement, les jambes trembler ; la marche s'exécute suivant son mode normal, si ce n'est que les pieds traînent un peu sur le sol ; elle ne peut être continuée plus de quelques minutes. La sensibilité des membres inférieurs à la douleur, au froid, est intacte. V. dit ne pas éprouver de fourmillements ou fie sensations anormales. Il déclare que l'excrétion de l'urine et «les matières fécales se fait actuellement sans difficulté. — Les crachements de sang qui seraient survenus peu de temps après l'accident n'auraient plus reparu ; mais V.' se plaint d'éprouver fréquemment, surtout pendant la nuit, des accès de suffocation qui dureraient 1/2 heure ou 3/4 d'heure. L'exploration des pou- ' inons ne pefmet pas toutefois de reconnaître des lésions matérielles de ces organes. Le timbre de la voix n'est pas altéré, mais l'exercice de la parole serait fatigant, et, chaque fois qu'il a prononcé quelques mots, V. exécute une série de petites expirations convulsives qui s'accompagnent quelquefois de toux.
V. se plaint aussi d'éprouver de temps à autre des palpitations de cœur ; l'examen de cet organe ne montre pas cependant qu'il Hoit atteint de lésions matérielles.
L'appétit est presque nul ; des vomissements surviennent parfois sans être précédés de nausées ni de douleurs d'estomac; enoutre, V. déclare qu'il lui arrive fréquemment « d'avaler de travers » ses aliments solides ou liquides. 1 Des vertiges surviennent fréquemment, surtout quand le blessé essaie de rester debout ou de marcher pendant quelque temps. Il éprouve aussi des bourdonnements d'oreille ; la vue est restée
intacte. Le sommeil est rare et toujours interrompu par des cauchemars. V. déclare que son caractère a changé, qu'il est devenu irritable, colère et morose, mais ce changement peut être attribué en grande partie au chagrin qu'il éprouve et à l'inaction absolue à laquelle il est condamné depuis deux ans. Bien qu'il assure que sa mémoire a un peu diminué, l'intelligence ne paraît pas avoir subi d'atteintes. — Il n'y a jamais eu de perte de connaissance, d'attaques convulsives, ni, depuis la paraplégie du début, de paralysies limitées à un groupe musculaire.
Conclusions. — lu Le sieur V. est atteint de troubles des diverses fonctions organiques, d'un afiPaiblissement général, et d'une paralysie incomplète des membres inférieurs, qui le rendent absolument incapable de se livrer à aucun travail.
2o Cet état doit être attribué à une commotion ou à une autre lésion de la moelle épinière survenue pendant l'accident du 24 juillet i880, et aux troubles du système nerveux qui en ont été la conséquence.
3o II est possible que le sieur V.» sous l'influence d'un traitement et d'un régime appropriés, recouvre plus ou moins complètement la santé, mais on ne saurait rien affirmera cet égard. En tout cas la guérison, si elle s'effectue, sera longue et demandera plusieurs années pour s'accomplir.
Deuxième rapport en date du V" décembre 1882, sur le même individu.
L'état du sieur V. n'a subi aucune amélioration. La cachexie s'est plutôt accentuée. Il existe au poignet droit et à la face dorsale de la main droite des traces d'une éruption de rupia. La maigreur est excessive; les chairs sont flasques et molles; l'abdomen est très aplati, et l'on peut sentir facilement les battements de l'aorte en comprimant sa paroi antérieure.
L'appétit est presque nul : les vomissements, un peu moins fréquents, se produiraient d'une façon constante quand le malade essaye d'avaler la plus petite quantité d'un corps gras. Il y aurait des alternatives de constipation et de diarrhée. L'urine serait en quantité normale et expulsée sans difficulté.
Bien qu'il n'éprouve pas de suffocation, le malade respire d*une façon particulière ; toutes les minutes environ, il fait une série de petites expirations brusques, saccadées et convulsives. Il a une toux sèche non quinteuse, peu fréquente. L'auscultation et ÏA percussion de la poitrine ne révèlent aucune lésion matérielle des poumons ; le murmure respiratoire est cependant affaibli dans toute l'étendue de ces organes. Le cœur ne présente également aucun signe d'une lésion organique ; le- pouls est petit.
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lent et régulier. Des palpitations surviendraient fréquemment, même sans influence extérieure.
V. déclare qu'il éprouve souvent des vertiges, qu'à deux reprises ces vertiges ont déterminé une chute, qui n'a pas toutefois été accompagnée de perte de connaissance. La station debout ne peut être prolongée plus de deux ou trois minutes ; au bout de très peu de temps elle détermine un tremblement des membres inférieurs qui se propage ensuite au reste du corps. La marche ne peut s'effectuer qu'à l'aide d'un bâton, et ne peut être soutenue que très peu de temps. L'état des membres inférieurs n'a d'ailleurs pas subi de modifications notablesdepuis le premierexamen.
Concltuions. — io L'état du sieur V. n'a subi aucune amélioration depuis le 12 juillet dernier; la débilitation générale et la cachexie dont il est atteint se sont au contraire accentuées depuis cette époque.
2o I] est peu probable que la guérîson survienne» et que le malade soit jamais en état de reprendre son travail. Il est à craindre au contraire que dans un délai impossible à préciser, la mort ne soit la terminaison des troubles de la santé occasionnés par l'accident du 24 juillet 1880.