IX. — Accident de chemin de fer. Névrose traumatique
— MM. G. BALLET, DESCOUST ET VIBEKT
Le sieur F. a reçu, lors de Taccident de chemin de fer de Saint-Mandé (juillet 1891) plusieurs blessures, et il a été atteint à la suite de cet accident de divers troubles du système nerveux.
Les blessures sont aujourd'hui guéries. La plus grave consistait en une violente contusion du genou droit, avec épanchement dans la bourse séreuse sous-tricipitale. Actuellement, cet épanchement n'existe plus ; les mouvements du genou s'accomplissent librement dans toute leur étendue ; il n'y a pas d'atrophie des muscles de la cuisse ni de la jambe. Le blessé reconnaît d*ailleursque les fonctions du membre sontbien rétablies; il se plaint seulement d'éprouver parfois quelques douleurs dans le genou « quand le temps change », dit-il.
Quant aux troubles nerveux que M. F. accusait au mois d'août dernier, ils subsistent toujours et n'ont subi qu'une légère atténuation. M. F. se plaint de souffrir constamment de la tête. Le siège de cette douleur est très variable. Elle est ordinairement supportable, maisà certains moments, elle s'exaspère et s'accompagne alors d'étourdissements et de vertiges, en même temps que d'angoisse et d'un malaise indéfinissable. Ces sortes de crises surviennent parfois sans cause appréciable ; quelquefois, par exemple, elles réveillent le malade au milieu de la nuit. Mais
elles sont provoquées à coup sûr par la fatigue physique ou intellectuelle, laquelle survient du reste très rapidement.
M. F. ne peut marcher une heure de suite, prolonger quelque peu une lecture, faire plusieurs parties de cartes consécutiveSt tenir quelque temps la tête inclinée, sans éprouver la sensation de fatigue et d'épuisement qui marque le début- des malaises dont nous venons de parler. Il doit mesurer toutes ses occupations, et il ne sait comment remplir ses journées.
M. F. se plaint de dormir peu et mal, d'avoir souvent des eau • chemars, L'appétit serait nul, sans qu'il y ait du reste jamais de vomissements ni de troubles digestifs très apparents.
Peu de signes objectifs accompagnent cet état. Il n'y a pas de (roubles de la sensibilité cutanée ou sensorielle, pas de rétrécissement du champ visuel, les mouvements réflexes sont normaux. On remarque cependant un léger tremblement fibrillaire des muscles de la face, spécialement du côté droit, qui se manifeste à l'occasion d'une émotion. Il existe aussi une grande accéléra^ tion du pouls, que nous avons trouvé constamment entre 415 et 124.
Cette accélération s'accompagne de légères irrégularités, elle n'est pas liée à une lésion matérielle du cœur. Le blessé n'en a pas conscience.
Cette constatation suffirait à établir la réalité des troubles nerveux chez le plaignant. Du reste le récit de M. F., les détails qu'il d.)nne sur son état, et qu'il ne saurait inventer de toutes pièces en restant toujours dans les limites exactes assignées par l'observation médicale aux affections de ce genre, son attitude même. témoignent de la bonne foi de cet homme. Il est certainement atteint de ces désordres du système nerveux que l'on désigne sous le nom de névrose ou de neurasthénie traumatique et cette affection est chez lui assez prononcée pour le rendre incapable de se livrer à toute occupation suivie et régulière lui permettant de gagner sa vie.
Mais nous ne croyons pas que son état soit incurable ni même très grave. Depuis six mois que l'accident a eu lieu, il ne s'est pas produit d'aggravation ; aucun phénomène nouveau n'est apparu ; la maladie est restée limitée à ses traits essentiels fondamentaux ; elle n'a pas dépassé sa première étape. Il est très probable qu'elle ne la franchira plus maintenant et que son développement est arrêté. Déjà même une légère amélioration s'est produite sur quelques points : le sommeil est moins constamment mauvais, les étourdissements paraissent un peu moins fréquents.Mais l'affection dont il s'agit est généralement fort tenace; 1- est lentement et irrégulièrement qu'elle progresse vers la guérison sans obéir à une évolution réglée qui permette d'en fixer à