‹ Précis de médecine légaleChapitre 377 sur 410 · XXI. — Question (Tidentilé · texte numérisé non relu

XXI. — Question (Tidentilé

— PERSONNEL

« Nous, juge d'instruction...

« Attendu que le squelette dont les ossements sont annexés à la présente commission rogatoirea été mis à découvert dans la matinée du 8 avril.

(( Qu'il importe de constater s'il est un squelette de femme et de spécifier les signes distinctifs^ de dire autant que possible la taille et l'âge de la personne à laquelle appartiennent ces ossements, à quelle époque peut remonter l'enfouissement; — si à la mâchoire supérieure existent, comme l'a dit un témoin qui a re* connu à ce signe la femme S., trois dents gâtées d'un côté, deux de l'autre ; si à la mâchoire inférieure, au fond de la boiiche, deux dents manquent de chaque côté ; — de dire si la mâchoire inférieure, par sa conformation, devait être en avant de la mâchoire supérieure; si le trou existant au temporal droit qui gisait contre terre, peut avoir une cause accidentelle, ou s'il n'est pas plutôt la conséquence d'un coup porté du vivant de la femme.

« Attendu que trois échantillons de terre ont été saisis, l'un provenant du tas où les ossements charriés ont été trouvés, l'autre provenant de la fouille faite pendant les travaux; le troisième recueilli à l'endroit exact où gisait la tête du squelette; qu'il importe de vérifier si la terre ' provenant du sol dans lequel a été enfoui le cadavre, et prise à l'endroit où a été recueilli le crâne, Contient, eu égard au terrain calcaire, une quantité de chaux normale ou supérieure, auquel cas l'on serait autorisé à admettre que le cadavre a été recouvert de chaux: — si d'autre part l'aspect des ossements dénote qu'une couche de chaux a été jetée sur le cadavre, ou s'ils ont Taspect que doivent avoir des ossements ayant séjourné environ trois ans à 15 ou 18 centimètres sous terre, dans un terrain calcaire dont la composition sera déterminée par l'examen préalable ci-dessus...»

QUESTION d'identité 903

Serment préalablement prêté, nous avons procédé aux opératroDS pour lesquelles nous étions commis.

A. Examen du squelette. — Le squelette soumis à notre examen est presque complet. Il manque seulement une vertèbre dorsale; trois côtes, tous les os des mains et des pieds, sauf deux meta* carpiens et cinq métatarsiens.

Le tibia droit est fracturé au niveau de l'union du tiers inférieur avec son tiers moyen ; le cubitus est également fracturé un peu au-dessous de sa partie moyenne. Ces fractures ne présentent pas de traces d*épanchement sanguin ; au contraire la surface de section est d'un blanc pur, exempt de souillures, et qui contraste avec la teinte jaunâtre de la surface des os ; leurs bords sont très irréguliers, mais très nets et très aigus. Ces caractères indiquent que les fractures ont été produites récemment, probablement au moment où le squelette a été découvert. — Cinq des côtes sont également fracturées complètement où incomplètement.

Sur le crâne on remarque, au niveau de l'os temporal droit; un trou dont la description sera donnée plus loin. — Sur Tos coxal droit, il existe, près de l'articulation avec le sacrum, un trou de forme carrée, mesurant 2 centimètres de côté ; ce trou a été produit par un coup porté de dedans en dehors, car la substance osseuse n'a pas été complètement détachée, et se trouve reportée sur la face externe de l'os. Il n'existe pas de traces d'épanchement sanguin à ce niveau.

Les autres os sont intacts ; aucun d'eux ne présente de cal^ de déformations, ni d'autres traces de lésions. Tous ces os sont détachés les uns des autres et complètement dépourvus de parties molles ; muscles, tendons, ligaments, périoste et cartilages. — Sur le crâne, il existe en plusieurs points des cheveux coupés très court (environ 1 centimètre) mais sans qu'il reste de vestiges de cuir chevelu. On trouve aussi dans quelques-uns des paquets où sont enveloppés les divers os, des morceaux d'adipocire ou gras de cadavre, matière qui résulte de la transformation des parties molles de l'organisme par un mode particulier de putréfaction. Cette transformation est ici complète, et il est impossible de reconnaître aucun des tissus qui entrent dans la composition du corps humain ; les plus gros de ces morceaux d'adipocire ont environ le volume du poing; ils sont complètement détachés des os.

Avec quelques-uns des morceaux de gras de cadavre, on trouve un fragment d'étoffe de drap (appelé, parait-il, satin de laine), ce fragment a la forme d'une sorte de patte de vêtement, et porte trois boutonnières. On y rencontre aussi des morceaux d*une toile blanche très grossière.

EnfÎD^ on trouve un paquet de cheveux très fins, de couleur châtain foncé, disposés en mèches de longueurs variables, mais dont les plus longues ne dépassent pas 10 centimètres : Ces cheveux sont devenus très friables et se cassent à la moindre traction. Ils sont mélangés de quelques brins de paille, plusieurs sont encore attachés par un cordon noir, en lacet de coton.

Les diverses constatations faites sur le squelette vont être exposées successivement dans Tordre où elles pourront servir d'éléments de réponse aux .questions posées par M. le ju^e d'instruction.

Première question. — Le squelette pron'eniil cTune femme ?

De.tous les signes qui peuvent permettre de reconnaître sî un squelette provient d'un homme ou d'une femme, le plus caractéristique, celui qui possède à lui seul une valeur presque absolue, est tiré de la conformation du bassin.

Le bassin est 1h cavité qui se trouve à la partie inférieure du tronc, et qui est formée par la réunion de quatre os ; le sacrum et le coccyx en arrière, des deux os coxaux sur les côtés. l.es figures 90 et 91 (p. 903) montrent la différence de conformation du bassin dans les deux sexes. — Chez la femme, le bassin est. dans son ensemble, plus large et moins haut, le sacrum est plus large et plus recourbé, les os coxaux sont plus larges et plus aplatis, l'espace compris entre les branches du pubis est plus considérable, l'arcade sous-pubienne plus ouverte, les trous souspubiens sont plus grands et se rapprochent de la forme triangulaire, au lieu d'être ovalaires comme chez l'homme, les angles latéraux du détroit supérieur sont plus arrondis et plus écartés, ce qui donne à ce détroit une forme plus elliptique.

Or, sur le squelette soumis à notre examen, bien que les os qui compcseni le bassin soient disjoints, et qu'on ne puisse les réunir assez exactement pour mesurer les dimensions d'ensemble, tous les caractères qui viennent d'être énumérés se présentent avec une grande netteté; ils s'imposent avec évidence quand on compare ce bassin avec celui d'un squelette d'homme.

A côté de cette différence essentielle, il est plusieurs autres signes distinclifs entre le squelette de l'homme et celui de la femme, caractères qui, réunis, présentent une grande valeur. Le squeletle soumis à notre examen offre tous ces signes indiquant une origine féminine; ce sont : la gracilité des divers os, ceux des membres surtout, le peu de relief des saillies osseuses donnant attache aux muscles et aux tendons, la longueur relativement peu considérable de ces mêmes os, qui ont cependant atteint leur complet développement (ainsi que cela sera établi plus loin). Le crâne offre aussi une conformation féminine ; nous indiquons seulement les indices les plus caractéristiques : le très petit dcve-

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