‹ Précis de médecine légaleChapitre 383 sur 410 · MM. OGIER ET VIBERT · texte numérisé non relu

MM. OGIER ET VIBERT

Notes de M, te Juge d'instruction de Joigng. — Le 11 décembre 1903. une femme de 67 ans a été assassinée dans son domicile, le crâne fracassé à Taide d'un instrument lourd et tranchant que Ton a supposé devoir être une forte serpe de bûcheron. Une perquisition effectuée au domicile de l'inculpé a amené la découverte de deux serpes ensanglantées (scellés 1 et 2) et de linges (scellé 3). Au cours de cette même perquisition, il a été trouvé dans le foyer de la cheminée un morceau d'étoffe à moitié carbonisé, présentant certaines taches roussâtres, pouvant être également des taches de sang. Le scellé contient un prélèvement du sang de la victime à l'endroit où la femme a été frappée, et destiné, si besoin est, à servir de pièce de comparaison.

La première partie du rapport décrit les scellés, et indique les procédés employés qui ont permis de reconnaître que les taches étaient bien formées par du sang. Il continue ensuite de la façon suivante, en ce qui concerne les recherches destinées à recor.naitre s'il s'agissait de sang humain.

Les expériences ont été faites successivement avec deux sërums provenant de lapins injectés avec du sérum humain.

Les solutions sanguines, formant un volume de 2 à 3 ce, ont été filtrées et introduites dans de petits tubes bouchés. Dans chacun de ces tubes on a versé une même quantité de sérum précipitant, cinq gouttes.

Les tubes conlenaient :

A. Une solution diluée de sang humain ;

B. Une solution de sang prise dans l'une des bouteilles du scellé 5;

C. Une solution faite avec le sang desséché faisant partie du scellé 5;

D. Une solution de sang de bœuf;

E. Une salutîoQ de sang de porc;

F. Une solution obtenue par la macération de l'une des taches de la serviette dite « nid d'abeilles » (scellé 3);

G. Une solution obtenue par la macération des taches de la serpe (scellé i) ;

H. Une solution obtenue par la macération des taches de la serpe (scellé 2);

Après Taddition de sérum, les tubes ont été chauffés vers 40».

Il s*est formé au bout de 25 à 30 minutes:

Un précipité abondant dans le tube A (sang humain) ; dans le tube B et dans le tube C (sang de la victime) ; résultats qui montrent l'activité du sérum employé vis-à-vis du sang humain ;

Après le même temps, il ne s'est pas formé de précipité apparent dans les tubes D (bœuf) et £ (porc); d'autres essais avaient été faits antérieurement avec du sang de chien, de cobaye, de lapin, de mouton, qui n'avaient pas non plus donné de précipités dans les conditions indiquées ; le sérum employé n'est donc pas actif pour le sang de ces divers animaux domestiques ;

La solution F (taches de la serviette) a donné un précipité aussi abondant que ceux obtenus avec les solutions de sang humain ;

Pour les solutions G et H (taches des serpes), la quantité de sang dissoute était infiniment faible et les solutions étaient à peu près incolores < ; l'observation était donc beaucoup plus difficile que dans les cas précédents; cependant, en examinant à la loupe ou au microscope les solutions, on a vii^ se former dans le sein des liquides des flocons de très petites dimensions, qui ont commencé à paraître une demi-heure après l'addition du sérum, et qui à la longue se sont rassemblés en un léger dépôt.

Les conclusions à tirer de ces expériences sont les suivantes :

Les taches de sang de la serviette sont très probablement da sang humain ;

Il est probable également que les taches de sang des serpes sont formées par du sang humain*.

i. Il arrive souvent que les taches de sang déposées sur des objets de fer fortement rouilles sont très difficiles à dissoudre.

â. Nous pensons qu'il ne convient pas, dans ce genre d'expériences d«'li<ates et encore insuffisamment étudiées, d'émettre des conclusions absolument fermes. Une objection résulte de ce que le sérum précipitant pour le sang humain peut donner à la longue, c'est-à-dire après quelques heures, des précipités faibles avec le sang de divers animaux domestiques : la cause de ces précipitations tardives n'est pas encore bien élucidt «'. C'est là une cause d'erreur dont il faut tenir grand compte : toutefois elle ne semble pas devoir être prise en considération dans les expériences ci-dessus rapportées, où tous les précipités se sont

MEURfRE COMMIS PAR UN ÉPILEPTIQUE 921

Conclusions. — !• Il existe des taches de sang sur les deux serpes, scellés 1 et 2. Le saDg qui a formé ces taches est proba^ blement' du sang humain. Sur chacune des deux serpes, il existe quelques fragments de plumes d^oiseau, collées dans la matière qui forme les taches.

â* Sur la serviette de coton, scellé 3, il existe des taches de sang, formées très probablement par du sang humain. Le torchon à liteaux rouges, qui fait partie du même scellé, porte de très petites taches de sang, formées par une quantité de matière trop faible pour que nous ayons pu en déterminer la nature.

3*- Nous n'avons pas constaté de taches de sang sur le morceau d'étoffe partiellement brûlé (scellé 4).

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