HYSTÉRIQUE. — SUPPOSITION D*ENFANT
existerait plutôt des névralgies de la face, des régions pariétales et des nerfs intercostaux.
Prédisposée aux troubles nerveux par des conditions d'hérédité paternelle, M»« X. atteinte déjà dans son- caractère, Test aussi dans son intelligence, et l'examen auquel nous Tavons soumise nous la montre sujette, par accès, à des exagérations sentimentales qui touchent de près au délire. — Mal réglée, ayant des suppressions d'époque qui durent trois mois, quatre mois et plus, elle se croit enceinte et sa conviction s'établit sur le développement progressif du ventre; puis arrive une hémorragie plus ou moins abondante, et tout rentre dans Tordre. Mais pendant toute cette période se manifeste un ardent désir d'être mère ; cette préoccupation devient exclusive ; l'enfant est l'objectif vers lequel tendent toutes les idées, il n'y a plus rien en dehors, et une fois engagée dans cette voie, les mensonges, les supercheries s'accumulent. Mme X. trompe tout le monde, l'on attend une délivrance qu'elle annonce, et pour laquelle elle va jusqu'à faire ostensiblement des préparatifs. Puis comme si elle prévoyait la ruine à brève échéance de cet échafaudage peu solidCf elle disparaît, fait un voyage de quelques semaines, et revient après une perte qu'elle sait très bien ne pas avoir été une fausse couche.
Cette manie de puerpéralité n'a pas été éteinte par la semiadoption d'un enfant pris à l'assistance publique, à N. Le mari s'est volontiers prêté à cette combinaison qui paraissait devoir calmer les appétits maternels de sa femme. Pendant quelque temps il a pu croire qu'il y avait réussi ; mais l'enfant a grandi, et comme c'est le tout petit enfant qui attire M»»* X., un jour elle s'est trouvée compromise par la présence dans son lit, dans sa chambre, d'un petit abandonné sur la venue duquel elle n'a pas pu ou pas voulu nous donner d'explications catégoriques. La justice serait intervenue, mais n'aurait pas poursuivi, en raison de l'état de M»"» X., paraît-il.
Aujourd'hui les faits sont un peu plus compliqués, mais ils sont évidemment sous la dépendance des mêmes dispositions d'esprit, et l'interprétation des actes antérieurs leur est de tous points applicable. M'^^X. est venue à Paris, amenée par son mari, pour être traitée d'une conjonctivite granuleuse chronique. Au moment de son départ de N., elle avait annoncé qu'elle était grosse, et sans 'que sa grossesse s'annonçât par d'autres signes que la suppression des règles si fréquente chez elle, elle avait pris soin de se faire examiner par un médecin qui aurait affirmé, dit-elle, qu'elle était certainement enceinte.
A Paris, Mme X. fut placée dans la maison spéciale de M. le Dr Meyer. Avait-elle déjà un plan arrêté? Nous pouvons le supposer. La surveillance dont elle était l'objet dans la maison ne lui
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permettait pas de simuler aisément une grossesse ; elle prétexta l'ennui^ rinsuffisance du régime alimentaire, et peu de temps après le départ de son mari, elle sortit de la maison du D' Mejer, et s'en alla dans un hôtel meublé. Puis, suivant toujours son idée d'avoir un enfant qu'elle présenterait comme le sien, qui lui permettrait dédire à son mari qu'elle n'était pas a incapable d'avoir un bébé », on la trouve rôdant aux abords de la Maternité, liant conversation avec deux femmes qui se présentaient pour y faire leurs couches, et proposant à l'une d'elles de la prendre comme nourrice de l'enfant qu'elle attendait, disait-elle. Cela serait d'autant plus facile que la fille G. annonçait qu'elle ne voulait pas élever son enfant. Ici les contradictions abondent, et nous renonçons à découvrir la vérité du récit de Mm* X. qvxi, à chaque instant, nous donne une version différente. Ce qui est certain, c'est qu'elle a nourri, logé, soigné la femme G. dont elle a payé l'accouchement, chez elle, à une sage-femme qu'elle a très habilement trompée. Mais l'habileté dans ces conditions n'est preuve de raison, pas plus que la maladresse ne serait preuve de folie. Les actes des hystériques ont cela de particulier qu'ils peuvent être calculés^ combinés, exécutés même avec une suite qui semblerait exclure un trouble dans les idées, et qui n'est, à bien prendre, que la préoccupation d'une idée exclusive, devant laquelle disparaissent les notions les plus élémentaires de ce qui est juste et bien, et de ce qui ne l'est pas. Ce n'est que par une observation prolongée que l'on arrive à reconnaître le désarroi de ces imaginations profondément troublées et à donner leur véritable valeur à des actes qui, au premier abord, paraissent délictueux ou criminels.
A la prison de Saint-Lazare, Mme X. a été attentivement surveillée; nous savons comment elle s'y est comportée dans les premiers jours, et les renseignements qui nous ont été fournis sont du plus haut intérêt. Tout d'abord elle s'est montrée difficile, exigeante, se plaignant de tout le monde^ accusant les religieuses, les filles de service, et ses codétenues, de la maltraiter^ de l'injurier. Elle a prétendu qu'elle manquait de soins, elle a demandé son transfèrement dans une maison de santé. Dans ses conversations avec l'infirmière qu'on avait plus spécialement préposée à sa garde, elle parlait de ses enfants, disant qu'elle en avait perdu trois, qu'il lui en restait un seul, qu'elle appelait son petit Charles. La nuit son sommeil était très agité, elle prononçait le nom de son mari, de ses enfants et toutes les personnes qui l'approchaient étaient unanimes à la considérer comme une femme très exaltée, et dont « la tète était malade ». Puis, nous avons vu cette surexcitation se calmer, etM">e X. devenir en même temps d'un caractère plus facile et d'une intelligence plus correcte. Elle
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a rectifié sans efifort tout ce qu'il y avait d'exagéré dans ses allé* gations, et sans nous donner d'explications nouvelles sur ses ra[>ports avec la fille G., elle nous a affirmé qu'elle n'avait jamais pensé à recueillir l'enfant de cette fille que parce qu'elle croyait à un abandon certain, elle n'a pas pensé qu'elle agissait mal en donnant son livret de famille pour la naissance de l'enfant, et qu'elle supposait que son mari serait enchanté d'être père. Une fois sur (^ette voie^ il nous a été facile d'obtenir les confidences de M*« X. La vue d'un enfant la met hors d'elle-même ; plus il est petit, plus elle se sent invinciblement attirée. Elle éprouve en le tenant une sensation indéfinissable, elle le presse sur elle, et l'emporterait, si elle le pouvait. Elle aime toujours beaucoup, dit^elle, son petit Charles, mais elle l'aimait mieux quand il était plus petit. Il ne lui est pas plus possible de définir ce sentiment que d'expliquer sa conduite à différentes périodes de sa vie.
Notre observation prolongée, aidée de la connaissance des antécédents, nous permet aujourd'hui de dire que Mme X. est une hystérique dont l'intelligence et les sentiments sont aussi peu en équilibre que le système nerveux. Elle procède par accès : les voyages, les fugues, les appétits de maternité correspondent à de véritables crises, et des actes déraisonnables apparaissent toujours à ces périodes de trouble. Dans les accalmies la raison parait plus saine, mais ce ne sont que des apparences; un examen attentif révèle de profondes lacunes. — Nous avons, à Tune de nos visites, trouvé M^'^ X. beaucoup mieux, nous avons pu appré-» cier la différence entre son attitude passée et son état présent ; nous n'avons pu méconnaître sa légèreté de caractère, son indifférence pour sa situation, le peu de conscience de ce qu'elle doit à son mari et à elle-même. Elle reçoit de N. des lettres, de l'argent, et n'a pas un mot de reconnaissance : elle se propose de demander encore, sans souci des sacrifices qu'on s'impose pour elle et des tourments qu'elle a causés. Ce qui la préoccupe c'est le moyen de dégager ses bijoux qu'elle a mis au Mont-de-Piété sans que son mari le sache. C'est moins par défaut d'affection qu'elle agit ainsi que par indifférence; c'est en raison d'un trouble, que nous croyons irrémédiable, dans son caractère, dans son intelligence.
Si ces défectuosités se doublaient de la méchanceté, de la perversité si communes chez les hystériques. M"** X. serait une femme des plus dangereuses, et nous réclamerions son internement dans un asile d'aliénés. Elle n'est qu'une malade, non pas inoffensive, mais qu'une surveillance attentive peut encore maintenir.
Nous la considérons comme irresponsable de l'acte pour lequel elle est poursuivie, qu'elle a accompli sans conscience de sa
valeur morale, sans qu'il lui fût possible de trouver en ellemême un appoint suffisant de résistance à des sollicitations tout instinctives. Mais cette part faite à un trouble mental qui n'est pas douteux il reste un devoir à remplir vis-à-vis d'elle et vi»4Lvis de la société dont elle compromet l'ordre et la sécurité ; c'est de soustraire Mme X. par une surveillance continue et sévère à des entraînements qui se reproduiront tôt ou tard, et auxquels elle est incapable de résister.
XXX. — Vols dans les magasins. — Dégénérée, Responsabilité atténuée.
PERSONNEL -
La femme V. a été surprise en flaji^ant délit de vol dans un magasin de nouveautés. Elle reconnaît qu'elle a commis plusieurs larcins de ce genre, mais elle ne paraît pas y attacher une grande importance» et en donne une singulière explication : (( Je suis très nerveuse, dit-elle, et quand les commis ne veulent pas s'occuper de moi, je n'ai pas la patience de les attendre, et j'emporte les objets dont j'ai besoin. »
Dans cette bizarre déclaration^ il y a au moins une chose vraie. Il est certain que la femme V. est névropathe à un haut degré. Nous en avons la preuve dans les constatations que nous avons faites, et aussi dans les renseignements que l'inculpée donnesur elle-même, renseignements dont la plupart sont confirmés par le médecin qui la soigne depuis plusieurs années, et par d'autres personnes.
La femme V. appartient à une famille dont tous les membres auraient été plus ou moins nerveux. Son père était d'un caractère violent, était affecté d'un tic des paupières, et est mort subitement à l'âge de 40 ans. Sa mère avait fréquemment des pertes de connaissance. Son frère esta très nerveux et obligé de se doucher "», Ses deux enfants seraient également très nerveux et la plus jeune aurait des tics de la face. — Quant à elle, elle a présenté une série de troubles pathologiques qu'on trouve fréquemment associés chez une même personne, à savoir des douleurs articulaires, de la chorée et des désordres nerveux. Les douleurs articulaires se sont manifestées à plusieurs reprises et ont laissé une ankylose du poignet gauche. La chorée est survenue à deux reprises, entre 13 et 15 ans, et chaque fois elle aurait été accom> pagnée et suivie d'une diminution très notable de la mémoire. Plus tard, la femme V. a été atteinte d'attaques convulsives, qui, plusieurs fois, l'ont prise dans la rue. Sur les trois accouchements qu'elle a eus, deux ont été accompagnés d'une perte de