Brouardel, Ouvrage cité
d'une néphrite chronique assez bien supportée jusque-là, et qu'elle présente la marche que Ton qualifie de «foudroyante » pour marquer la brusquerie du début et la rapidité de la terminaison mortelle. L'urémie foudroyante revêt habituellement la forme comateuse. — Ajoutons qu'il n'est pas très rare de voir la néphrite chronique, môme parvenue à une période avancée de son évolution, rester à demi latente, du moins quand elle revêt la forme scléreuse. Les accès de céphalalgie, de dyspnée, de vomissements qui surviennent à intervalles plus ou moins rapprochés sont pris pour de la migraine, de l'asthme, de la dyspepsie, et les individus peu soucieux de leur santé supportent ces malaises sans consulter de médecin et sans guère interrompre leur travail et leurs occupations.
Les néphrites chroniques qui se terminent de cette façon sont presque toujours compliquées d'autres lésions organiques : d'artériosclérose plus ou moins généralisée, et des cardiopathies qui ont été étudiées dans un précédent paragraphe. Dans bon nombre de cas, il est bien difficile de reconnaître si le sujet a succombé du fait de ces dernières lésions, qui sont une cause fréquente de mort subite, ou du fait de l'urémie. Nous croyons que l'examen anatomique des reins est presque toujours impuissant à fournir la preuve que ces organes sont devenus brusquement incapables de remplir leurs fonctions d'une manière suffisante. Dans quelques-uns des cas qui nous semblaient bien atlribuables à l'urémie, nous avons pratiqué un examen très complet des reins, et nous n'avons pas trouvé d'altérations récentes de ces organes, sauf une seule fois où ils présentaient une congestion intense. Néanmoins, on peut conclure avec vraisemblance à l'urémie quand les lésions rénales sont beaucoup plus accentuées que les autres, quand la mort est survenue non pas immédiatement ou en quelques minutes sans phénomènes précurseurs, comme cela s'observe souvent quand il s'agit de cardiopathies, mais qu'il y a eu une agonie d'une certaine durée, car l'épithète de « foudroyante » appliquée à l'urémie est empreinte de quelque exagération ; enfin quand on peut relever de l'influence de certaines causes occasionnelles.