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DURÉE DE L*ASPHYXIE

§ II. — Durée de l'asphyxie

Il esl impossible de préciser d'une façon générale au bout de combien de temps survient la mort dans Taspliyxie. Il esl évident que ce temps varie considérablement suivant le mode de Tasphyxie, suivant que Taccès de Tair est plus ou moins complètement interdit, suivant qu'il se joint ou non d'autres causes à la simple privation de Tair. Quand on a recours au môme procédé, et qu'on opère sur une même espèce animale, on observe encore des différences assez sensibles. Chez Thomme il intervient, en outre, des influences morales (émotion^ terreur) qui peuvent accélérer notablement la mort *.

Quelques données, intéressantes sont cependant fournies sur ce sujet par Texpérience, et notamment par les travaux de la Société médico-chirurgicale de Londres *. Voici des chiffres relatifs aux cas où la mort est amenée uniquement par la privation brusque et complète de l'air.

Quand on bouche hermétiquement la trachée d'un chien adulte, les mouvements respiratoires s'arrêtent en moyenne au bout de 4 minutes 5 secondes (minimum 3 minutés SOsecondes ; maximum 4 minutes 30 secondes). Le cœur s'arrête en moyenne au bout de 7 minutes 11 secondes (6 minutes 40 secondes minimum ; 7 minutes 45 secondes maximum).

La mort survient quand la privation d'air a été pro-

i. Les noaveau-nés présentent une résistance toute spéciale à l'asphyxie, comme on le verra plus loin. Chez l'adulte, bon nombre de faitvS semblent montrer que suivant la formule de P. Bert, la résistanco à l'asphyxie est d'autant plus grande, que moindre est la consommation habituelle d'oxygène que fait l'individu au moment où le surprennent les modifications qui tendent à l'asphyxier. Ainsi les individus ayant déjà subi l'action de causes déprimantes supporteraient plus longtemps la privation d'air. Cependant Hofmann a vu que les animaux vieux et affaiblis, ou débilités par un traumatisme antérieur, résistaient moins loogterops.

2. Expériences de la Société médico-chirurgicale de Londres sur la mort ^ppETOnie, MedicO' chirurgical Transactions, London, 1802, vol. XLV, et Tardieu, Annales d'hyg. publ, et de ?néd. lèg., 1863, 2" série, t. XIX^ p. 312 et suivantes.

longée pendant un temps qui varie de 3 minutes 50 secondes à 4 minutes 10 secondes (dans les cas où Ton ne fait pas de tentatives pour ranimer l'animal) ; le cœur continue d'ailleurs à battre un certain temps après la mort.

§ III. — SIgrnes cadavériques.

État extérieur du cadavre, — La face offre le plus souvent son aspect habituel ; il est assez exceptionnel de noter la cyanose, la saillie des yeux et l'injection des conjonctives ; mais ces caractères sont quelquefois extrêmement accusés. Il nous a paru qu'il en était surtout ainsi chez les sujets vigoureux ayant succombé à la suffocation ou à la strangulation. Quelquefois aussi, il existe des ecchymoses sous-conjonctivaleSy ou même un véritable chémosis sanglant, et plus rarement des ecchymoses ponctuées, ne dépassant guère la dimension d'une tête d'épingle, et siégeant sur les paupières, la face et la partie supérieure du tronc. Ce pointillé hémorragique s'observe plus spécialement dans les cas de suffocation par compression du thorax et de l'abdomen *.

1. On comprend que la congestion de la tôte et les hémorragies ponctuées se produisent plus facilement dans les cas où l'obstacle à l'entrée de Tair s'oppose aussi dans une mesure plus ou moins considérable au retour du sang des parties supérieures du corps : dans la strangulation et dans la pendaison. On observe quelquefois aussi une forte* congestion de la face dans des cas où cette explication ne peut être invoquée ; il est possible qu'alors la respiration ait été arrêtée immédiatement après une inspiration et que le retour du sang veineux soit resté' ainsi entravé. 11 intervient du reste un autre facteur dans la production des ecchymoses ponctuées de la peau et des muqueuses. Au cours de l'asphyxie, il se produit fréquemment des troubles vaso-moteurs qui ont pour effet d'amener en certains points une dilatation considérable des capillaires. C'est ainsi que l'on voit se produire en divers points du corps de larges taches rouges qui persistent parfois très longtemps après la mort ; c*est ainsi également que l'on peut expliquer la coloration violacée intense que Ton remarque à l'extrémité des doigta sur beaucoup de cadavres. Quand les capillaires sont ainsi dilatés & un très haut degré, ils peuvent se rompre^ et il en résulte des ecchymoses ponctuées.

Les troubles vaso-moteurs se manifestent surtout au cours d'une asphyxie aiguë ; mais ils peuvent aussi se produire dans d'autres circonstances. Aussi observe-t-on le pointillé hémorragique de la peau sur

SIGÎVES CADAVÉRIQUES 425

Les pupilles, très dilatées dans les derniers moments de la vie, sont ordinairement revenues à des dimensions moyennes après la mort.

Les lividités cadavériques apparaissent en général rapidement et occupent une grande étendue, sur les cadavres des asphyxiés. Ce fait s'explique par Tétat du sang, qui, ainsi que nous allons le voir, reste liquide après la mort.

État du sang, — Deux propriétés du sang des asphyxiés ont été signalées depuis longtemps par tous les observateurs : sa liquidité et sa coloration foncée.

La liquidité du sang s'observe, en effet, chez tous les asphyxiés ; on voit à Taulopsie, le sang s'écouler de tous les vaisseaux, petits ou gros, des divers organes que Ton incise, des parois osseuses du crâne que sectionne la scie, etc. Toutefois dans le cœur, on rencontre souvent des caillots, mais ces caillots sont ordinairement peu abondants, et surtout peu résistants, mous et presque diffluents. Le sang épanché hors des vaisseaux se coagule à peu près comme le sang ordinaire, et les ecchymoses, les foyers hémorragiques présentent leurs caractères habituels. La liquidité du sang explique la précocité et Tétendue des lividités cadavériques, l'intensité souvent remarquable de rhypostase dans les divers organes, la rapidité des imbibitions et des transsudations vasculaires et la marche souvent hâtive de la putréfaction.

Mais la liquidité du sang ne s'observe pas chez les seuls asphyxiés ; elle se remarque aussi, avec les mômes caractères et les mêmes conséquences, chez d'autres sujets, et notamment chez ceux qui ont succombé à une mort violente ou extrêmement rapide, et qui ont été frappés brusquement en pleine santé.

La couleur foncée du sang a été signalée aussi depuis très longtemps ; mais ce caractère n'a certainement pas

d'autres sujets que chez les asphyxiés, par exemple à la suite d'une attaque d'épilepsie» de certaines intoxications, etc.

EnOa le pointillé hémorragique résulte parfois d'une rupture des capillaires produite par un violent ébranlement d'une ré/^nou ; c'est celui qu'on observe autour d'une blessure occasionnée par un clioc intense, ou chez les individus morts d'une chute de haut, d'un accident de chemin de fer, etc.

rimporlance qu'on voulait lui attribuer. Casper et Liman font remarquer que sur tous les cadavres, qu'il s'agisse d'asphyxiés ou d'individus ayant succombé à un autre genre de mort, le sang a toujours une coloration d'un rouge foncé noirâtre, analogue à celle que présente le sang veineux chez le vivant. Après la mort, en -effet, tout le sang est dépourvu d'oxygène et présente par conséquent la coloration veineuse, sombre et noirâtre. A l'appui de leur observation, Casper et Liman citent les expériences de Kotelewski, desquelles il résulte que du sang pris sur le cadavre ne contient jamais que de l'hémoglobine réduite. — Hofmann partage la môme opinion, et il s'est assuré, en recueillant le sang sur le cadavre avec les précautions convenables (pour éviter l'action de Tair extérieur), que ce sang était dépourvu d'oxygène *.

La plus simple observation suffit, en effet, à montrer que le sang de tous les cadavres est d'un rouge foncé et noirâtre. Cependant chez quelques asphyxiés, cette coloration paraît encore plus sombre, et le sang dont sont gorgés les plus gros vaisseaux de la poitrine, par exemple, semble parfois presque complètement noir. Il est possible que, suivant l'explication d'Hofmann, cette apparence soit due à la liquidité du sang qui peut former une couche épaisse, tandis que, sur les caillots, la coloration sombre est moins frappante, les couches de fibrine l'atténuant un peu.

État des poumons, — La congestion pulmonaire est fréquente chez les asphyxiés, mais elle est loin d'être constante dans chaque genre d'asphyxie, ni pour un même genre dans les divers cas particuliers. On trouve même quelquefois les poumons remarquablement pauvres en sang. Toutefois la congestion s'observe le plus souvent et peut être portée à un haut degré ; elle peut s'accompagner d'hémorragies formant des noyaux plus ou moins volu-

4. Quel que soit le genre de mort, la quantité d'oxygène absorbé devient de plus en plus faible pendant l'agonie et ce qui en reste dans le sang est consommé non seulement à ce moment, mais encore dans les premiers instants qui suivent la mort, les oxydations continuant pendant un certain temps.

-mineux. Il semble môme qu'il se produit très souvent dans le parenchyme pulmonaire de très petites hémorragies, sous forme de foyers ne dépassant guère le volume d'une léte d'épingle, et que Texamen microscopique met en évidence ; nous avons vu ces hémorragies dans les poumons des animaux que nous avons noyés ; M. Patenko fen a retrouvé de semblables chez des animaux asphyxiés par pendaison ^.

Quand les poumons sont congestionnés, ils renferment souvent aussi de l'écume en quantité variable» qui occup.e les alvéoles, les petites ramifications bronchiques, quelquefois les grosses bronches, le larynx et la trachée. Il n'y a là rien de spécial à l'asphyxie : l'écume se trouve très fréquemment sur les poumons congestionnés, quelle qu'ait été la cause de la congestion, et la quantité de cette écume est ordinairement en proportion, moins de Tintensité de la congestion, que du temps que celle-ci a duré pendant la vie.

Casper et Liman attachent une certaine importance à la congestion de la muqueuse du larynx, de la trachée et des grosses ramifications bronchiques, congestion se ma-

1. Donders a donné une explication des différences qui existent, sui-^ vont les divers cas, dans le degré de congestion pulmonaire des asphyxiés. La dilatation du thorax non suivie de l'arrivée de l'air dans les poumons, détermine l'afflux d'une grande quantité de sang dans ces organes, en raison du vide virtuel qui tend à se produire. Le degré de la congestion dépendrait non seulement de l'énergie et de la fréquence de ces mouvements respiratoires, mais aussi du moment où a lieu l'occlusion des voies qui donnent accès à l'air; si ce moment coïncide avec la fin d'une expiration^ la dilatation du thorax sera plus considérable et par suite l'afflux du sang plus abondant.

M. Patenko, dans un mémoire intitulé : Étude sur Vasphyxie de coûte mécanique (Annales d*hyg. publ. et de méd. lég,, 3« série, t. Xllï), rend compte d'expériences qu'il a entreprises et qui viennent à Tappui de la manière de voir de Donders. Il a pendu un certain nombre de chiens, les uns immédiatement après une expiration, les autres après une inspiration : les- premiers avaient une forte con« gestion pulmonaire que ne présentaient pas les seconds (dans les deux cas, il a trouvé des foyers d'extravasation sanguine dans les poumons).

Toutefois la théorie de Donders ne rend pas compte de tous les faits ; par exemple elle n'explique pas la congestion pulmonaire qu'on observe presque constamment, et souvent à un très haut degré, chez les individus asphyxiés par compression du thorax (pris dans des éboulements de terre, écrasés dans la foule, etc.).

nifestant par la réplélion des fins vaisseaux et s'accompagnant quelquefois d'ecchymoses. Cet état fait fréquemment déiaul, et il est inutile de dire qu'il peut être observé chez d'autres sujets que chez les asphyxiés.

On observe quelquefois à la surface des poumons des plaqu£$ d'emphysème interstitiel plus ou moins étendues» résultant de la déchirure d'un certain nombre d'alvéoles. Ces plaques, qui témoignent d'efforts respiratoires violents et d'un obstacle à la sortie de l'air, ont dan^s certains cas une réelle valeur diagnostique *.

Ecchymoses sous-pleurales, sous-péricar digues ^ etc. — Les ecchymoses sous-pleurales sont encore appelées taclies de Tardieu, parce que cet auteur les a décrites très minutieusement, a signalé leur rapport avec Tasphyxie et a voulu leur attribuer une importance considérable.

Elles se présentent ordinairement sous forme de taches arrondies, très petites et ne dépassant guère le diamètre d'une lentille ; quelquefois elles sont linéaires ou en coup d'ongle. Leurs bords sont nettement limités, leur couleur rouge cerise ou rouge foncé, brunâtre. Elles apparaissent au premier coup d'œil, à moins que les poumons ne soient extrêmement congestionnés, parce qu'alors elles se détachent moins bien sur le fond sombre de la plèvre ; même dans ce cas il est facile de les apercevoir en regardant attentivement : l'insufflation des poumons, en étalant la surface pleurale, les rend plus apparentes.

Elles sont constituées par de petits épanchements sanguins qui se font exactement à la surface du parenchyme pulmonaire, au-dessous de la surface interne de la plèvre qui se trouve ainsi décollée en ce point. Elles résistent très longtemps à la putréfaction et peuvent être retrouvées plusieurs mois après la mort, surtout si Ton a soin d'insufOerles poumons.

1. Dans une série d'expériences faites sur des chiens dans la trachée desquels on avait introduit un robinet, Legroux a constaté qu'il existait toujours un emphysème pulmonaire énorme quand la fermeture du robinet avait été faite après une inspiration. Dans le cas de fermeture après expiration, l'emphysème était infiniment moindre (Des ecchymoses sous-pleurales et de leur v&leur en médecine légale. Rapport à la Société de médecine légale, 1878.

SIGNKS CADAVERIQUES 129

Leur nombre est très variable : quelquefois on n'en rencontre qu'une dizaine, ou moins encore, sur chaque poumon, et alors elles siègent surtout à la base ou à la partie postérieure de Torgane, ainsi que dans l'intervalle des lobes. Ordinairement elles sont plus abondantes et quelquefois en quantité tellement considérable, qu'elles criblent toute la surface pulmonaire et en certains points se touchent et se confondent les unes avec les autres. On en rencontre souvent aussi sur les plèvres pariétales et diaphragmatique.

Il est inutile de rechercher les ecchymoses sous-pleurales, sur des poumons qui sont reliés au thorax par des adhérences ; pendant l'extraction de ces organes, la plèvre est déchirée plus ou moins complètement, et les ecchymoses n'apparaissent plus, ou bien la déchirure de la plèvre se fait sur des points très petits, au niveau desquels le parenchyme est à nu et peut être pris pour une ecchymose. Il y a là une double cause d'erreur qui fait que le signe ne doit pas être recherché en pareil cas.

Des ecchymoses ponctuées, tout à fait analogues par leur forme et leurs dimensions aux ecchymoses sous-pleurales, se rencontrent aussi sur le cœur, au-dessous du péricarde; elles occupent surtout le voisinage des vaisseaux coronaires et leurs ramifications. On en trouve aussi sur la muqueuse du laiynx et de la trachée, sur le thymus, sous le cuir chevelu ; quelquefois, mais moins fréquemment, sur la muqueuse stomacale et encore sur les méninges. — Toutefois, dans les cas d'asphyxie par obstacle à Tentrée de l'air, les ecchymoses ponctuées sont presque toujours limitées aux plèvres et au péricarde.

Toutes ces ecchymoses ponctuées sous-pleurales ou autres, se produisent toujours beaucoup plus facilement et en bien plus grande abondance chez l'enfant nouveau-né que chez l'adulte.

Tardieu attribuait aux ecchymoses sous- pleurales une importance énorme ; il avait voulu en faire la caractéristique d'un seul genre d'asphyxie, la suffocation *. C'était là

1. Tardîea, Elude médico-légale sur la pendaison, ViBERT. Médecine légale. 7^ édit. 9

une erreur, ainsi que l'ont démontré tous les travaux ultérieurs. En réalité, si les ecchymoses sous-pleurales sont, en effet, surtout fréquentes et abondantes dans les genres d'asphyxie rangées par Tardieu sous le nom commun de suffocation (terme qui comprend d'ailleurs des faits assez disparates), on les rencontre aussi dans les cas où Tasphyxie s'est produite suivant un autre mode. Il y a plus, les ecchymoses sous-pleurales ont été rencontrées bien des fois chez des sujets qui n'avaient pas succombé à l'asphyxie ou, du moins, à l'asphyxie telle qu'on l'entend en médecine légale. On les a notées chez des enfants morts dans le sein de leur mère ; elles sont très fréquentes chez le nouveauné, quelle qu'ait été la cause de la mort, mais spécialement quand l'accouchement a été difficile et a occasionné une compression forte ou prolongée de la tête. Chez lesadultes, il n'est pas rare de les rencontrer quand la mort a été le résultat d'un grand traumatisme (chute, écrasement) ou bien d'une attaque d'épilepsie, d'éclampsie, de tétanos, de l'apoplexie consécutive à une hémorragie cérébrale, et d'une façon générale, quand la mort est survenue rapidement, à la suite d'une cause agissant brusquement ^ Elles peuvent se manifester aussi dans le scorbut, le purpura, la variole hémorragique, l'hémophilie. On lésa encore observéeschez les sujets empoisonnés par l'oxyde de carbone, le phosphore, l'arsenic, le mercure, le plomb. — EnQn, les ecchymoses sous-pleurales peuvent faire complètement défaut dans chaque genre d'asphyxie, même dans la suffocation etmême chez les nouveau-nés, de sorte que ce signe de l'asphyxie,

1. Les recherches des expérimentateurs montrent que les ecchymoses sous-pleurales se produisent instantanément, et qu'elles ne sont pas en rapport avec la gène mécanique des mouvements respiraluircs.

Il semble que dans la plupart des cas elles sont occasionnées par un spasme plus en moins localisé des fins vaisseaux. D'ailleurs les autopsies montrent que les ecchymoses ponctuées ne sont pas toujours accompagnées de congestion de l'organe sur lequel elles siègent. Le fait n'est pas souvent facile k vérifier sur les poumons qui renferment ordinairement beaucoup de saqg, mais quand les ecchymoses ponctuées siègent sur le péricarde, les plèvres costale ou diaphragmalique, le mésentère, etc., on constate presque toujours que ces membranes ne sont nullement congestionnées.

n*étant ni constant ni caractéristique, e^t loin d'avoir une yaleur absolue.

. État du cœur et des gros vaisseaux de la poitrine, — Presque toujours les cavités droites du cœur sont remplies de sang, tandis que les cavités gauches en renferment à peine ou sont tout à fait vides ^.

Pour constater le contenu du cœur, il faut avoir soin d'ouvrir cet organe sur place, les autres viscères n'ayant pas encore été déplacés ; sinon le sang passe du cœur dans les gros vaisseaux ou réciproquement, et cela d'autant plus facilement qu'il est resté en grande partie liquide.

L'artère pulmonaire, les veines caves et leurs branches d'origine sont ordinairement gorgées de sang. Cette réplélion des gros vaisseaux et des cavités droites du cœur est la conséquence du trouble des mouvements respiratoires et de la gêne considérable apportée à la petite circulation, gêne dont les effets se font d'autant plus sentir que généralement le cœur continue à battre un certain temps après que la respiration est définitivement arrêtée.

ÉtcU de Vencéphale, — On trouve quelquefois une congestion très marquée des parois du crâne et des méninges. Cette hyperhémie semble être surtout passive et due à la stase veineuse par gêne de la circulation. Mais il n'est pas rare que la congestion fasse complètement défaut, et que

Ton trouve au contraire une anémie très marquée des mé-

i. Cet état du cœur est d'ailleurs l'état normal sur le cadavre. Que le cœur se soil arrêté en diastole ou en syslole, il ne tarde pas, k moins de ci rcoQstaaces particulières (lésions du myocarde, intoxication?), à être envahi par la rigidité cadavérique, qui apparaît très tôt sur cet organe, si nous en jugeons d'après plusieurs expériences analogues à celle rapportée page 4i. Le ventricule gauche chasse ainsi le sang qu'il pouvait contenir, sauf lorsqu'il s'agit de gros caillots fibrineux. Quant au ventricule droit il reste plein parce que ses parois moins épaisses agissent moins énergiquement et parce que le sang trouve une issue moins facile dans les vaisseaux pulmonaires. Lesser fait remarquer qa*on trouve ordinairement la cavité du ventricule droit ciïacée par la contraction des parois chez les individus qui ont succombé à une hémorragie, parce que, la masse du sang étant alors moindre» la contraction du muscle peut s'effectuer librement. Chez le nouveau-né, le eœur droit est également vide^ parce que ses parois sont relativement plus développées que chez l'adulte.

Quand la rigidité cardiaque a cessé, c'est-à-dire quand la putréfaction est établie^ on trouve les cavités du cœur relâchées.

ninges et des diverses parties de Tencéphale. Celte anémie est due, sans doute, à la contracture des vaisseaux sous Faction des nerfs vaso-moteurs excités par le sang asphyxique ; plusieurs expérimentateurs ont vu, en effet, le resserrement des vaisseaux se produire d'une façon très manifeste pendant Tasphyxie, non seulement sur les méninges, mais aussi sur les divers organes de Tabdomen ; la rate, notamment, subit une contraction et une diminution de volume considérable.

§ IV. — Valeur des sigrnes de l'asphyxie.

Aucun des signes qui viennent d'être énumérés n'a par lui-môme une valeur absolue. La réunion de plusieurs d'entre eux n'estmôme pas toujours démonstrative. Us n'appartiennent pas exclusivement à l'asphyxie, telle que nous l'entendons en médecine légale ; on les rencontre ordinairement aussi chez les sujets morts de froid, de chaleur, de fulguration, d*attaques épileptiques, d'intoxication aiguë par l'alcool, l'opium, le cyanure de potassium, etc. C'est que, dans tous ces cas et dans bon nombre d'autres circonstances, la mort se produit, comme dans l'asphyxie, au milieu de troubles de la respiration et de l'hématose survenus brusquement et rapidement, et que ce point commun dans la physiologie pathologique entraîne l'analogie de l'aspect cadavérique. L'expert n'a donc rempli sa tâche que d'une façon insuffisante quand il a déclaré que la mort a été produite par asphyxie. Pris dans son sens large, dans celui qui résulte des constatations anatomiques, ce mot a une telle extension qu'il peut supposer les causes premières les plus diverses.

D'un autre côté, il faut reconnaître que les signes de l'asphyxie font quelquefois défaut dans le cas où l'on serait en droit de les attendre. Nous les avons vus manquer plus ou moins complètement chez des étranglés, et chez des individus étouffés en très peu d'instants par un bol alimentaire arrêté dans l'œsophage. Strassmann * a autopsié

i. Strassmann, Die subpleuralen Ecchymosen und ihre Beziehung zur Erstickung (Viorteljahrschr. f. gerichtl. Medicin, 1898).

un enfant de 2 ans, étouffé par un bouchon tombé dans le larynx ; il n'y avait pas de congestion ni d*œdème 'pulmonaires, pas d'ecchymoses sous-pleurales, mais seulement un peu d'emphysème sous les plèvres.

Ces exceptions n'ont guère été notées chez les animaux. Elles existent certainement chez l'homme, sans doute parce que chez lui la complexité de l'appareil ner\eux rend plus faciles les effets réflexes d'inhibition générale ou de syncope.

. Quoi qu'il en soit, les signes étudiés plus haut conservent une certaine valeur ; ils peuvent tout au moins compléter très utilement des constatations d'autre nature,, et ils doivent être recherchés dans tous les cas.

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