MARCHE POUR LES EXPERTISES D*EMP01S0NNEMENT
cyanure de polassium ou l'acide cyanhydrique (odeur ana* lo^e à celle des amandes amères), par le chloroforme, le phosphore, le laudanum, etc. L'odeur apparaît au moment où Ton ouvre Testomac ; elle s'affaiblit ou disparaît ensuite, mais si le contenu stomacal est conservé dans un flacon bouché, en agitant le flacoii quelques instants après, et en le débouchant ensuite, Todeur apparaît de nouveau, et cela à plusieurs reprises. Ces odeurs peuvent être perçues non seulement dans Tesiomac et Tintestin, mais aussi, et quelquefois mieux encore, dans d'autres organes, et notamment dans les poumons, le foie, le cerveau.
La coloration du contenu de Testomac et de l'intestin ou de la muqueuse de ces organes met quelquefois sur la voie du diagnostic ; on peut reconnaître ou soupçonner ainsi le laudanum, l'acide azotique, l'acide chromique (couleur jaune), le sulfate de cuivre (bleu), le vert de Schweinfurth, etc.
Dans le contenu stomacal et intestinal, il faut rechercher minutieusement les débris de plantes, quelquefois très petits, qu'on aura à caractériser ensuite, et qui dans certains cas sont le seul élément de diagnostic certain et précis ; les fragments dé cantharides; les cristaux ou les parcelles solides de diverses substances chimiques peu ou pas solubles. Ces parcelle?, quand elles sont très minimes, sont plus faciles à trouver par le toucher que par la vue.
Les lésions des autres organes ne se produisent guère que dans les empoisonnements qui n'ont pas été suivis très rapidement de la mort. Nous ne pouvons les indiquer dans ce livre.
S il* -^ Marche à suivre dans les expertises relatives à l'empoisonnemeut.
PrécautioDS à prendre en prévision de l'analyse chimique. — Il est indispensable que les viscères ou les liquides destinés à l'analyse soient remis aux chimistes tels qu'ils ont été retirés du corps et sans addition d'aucune substance étrangère; il faut se garder de placer les organes»
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dans Talcool, d'y ajouter des matières antiseptiques comme le font encore quelques médecins dans le but d'arrêter la putréfaction. Il est nécessaire également de recueillir séparément lesdivers viscères, car certains poisons se localisent spécialement dans tel ou tel organe, et d'autre part il peut y avoir intérêt à déterminer en quels points la substance toxique existait en plus grande quantité.
Pour recueillir les viscères destinés à l'analyse chimique, on procède de la façon suivante. On se munit de plusieut^ bocaux en verre, à large orifice, d'une contenance d'au moins deux litres, et fermés par un bouchon s'adaptanL exactement au col. Ces bocaux doivent autant que possible être neufs; s'ils ont déjà servi, il faut qu'ils soient parfaitement propres et avant de les employer on les lave avec de Teau aiguisée d'acide chlorhydrique, ou de l'eau alcoolisée.
Après avoir ouvert le thorax et l'abdomen, et fait les premières constatations sur les organes encore en place, on pose une ligature au niveau du cardia et une double ligature au niveau du pylore; on enlève alors Testomac et on ne l'ouvre qu'après l'avoir placé dans un bocal qui reçoit ainsi directement toutes les matières contenues; l'estomac, dont on examine ensuite les parois, est laissé lui-même dans le bocal. On pose une ligature sur le rectum, on détache l'intestin grêle et le gros intestin ; après les avoir enlevés, on les ouvre et on fait écouler leur contenu dans un second bocal qui reçoit aussi les intestins après que l'on a examiné à loisir leurs parois.
Dans d'autres bocaux, on place séparément le foie, le cœur et les poumons (ou une partie de ceux-ci), la rate, les reins, l'encéphale, des fragments de [muscles (200 à 300 grammes). Il est très important de recueillir toute l'urine qui peut se trouver dans la vessie ; bon nombre de poisons s'éliminent [par il'urine, et c'est quelquefois dans ce liquide qu^ils peuvent être le mieux caractérisés. Du sang doit aussi être mis à part; il faut éviter qu'il soit mélangé à d'autres substances, et pour cela, on le prend, par exemple, dans le cœur ou dans les grands vaisseaux de la poitrine ou de l'abdomen.
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Pour fermer les bocaux, on entoure le goulot avec une ficelle double que Ton passe ensuite sur le bouchon, suivant un de ses diamètres, et qu'on noue sur la portion de cette même ficelle qui entoure déjà le goulot. La ficelle est, en outre, fixée sur le bocal et sur le bouchon avec de la cire à cacheter, sur laquelle on imprime un sceau. Il ne faut pas recouvrir de cire toute la surface du bouchon, parce qu'une portion de celle-ci tomberait dans le flacon au moment où on rouvrirait, et sa présence pourrait gêner l'analyse chimique *. A l'extrémité libre de la ficelle, on fixe une étiquette qu'on scelle également et sur laquelle on inscrit le nom de la victime et de Tinculpé, la désignation des organes que contient le flacon, la date de lautopsie, et on appose ensuite sa signature.
Dès que l'opération est terminée, il faut informer le magistrat des résultats obtenus, indiquer, s'il y a lieu, la nécessité de l'analyse chimique et faire ressortir l'intérêt qu'il y a à ce que les viscères soient transmis le plus tôt possible à Texpert chimiste, afin d'éviter les inconvénients qui résultent de la putréfaction. — Le médecin doit toujours chercher à se procurer les déjections et les matières vomies dans les derniers moments de la vie. Ces matières peuvent s'être desséchées sur un parquet, sur des vêtements ; ceux-ci seront saisis et les dalles ou les lames du parquet seront enlevées et remises au chimiste.
Quand il s'agit de l'autopsie d'un cadavre inhumé depuis un certain temps, d'autres précautions sont nécessaires. Une partie de la substance toxique peut se trouver dans les liquides qui se sont écoulés du corps et ont imbibé le fond du cercueil. Il faut enlever avec la scie et placer sous scellé les parties les plus tachées de la bière ; on recueille aussi le drap ou les vêtements qui enveloppent le corps. Il est bon également de prendre un échantillon de la terre au milieu de laquelle le cadavre était placé, car on peut soupçonner que certaines substances minérales contenues dans le sol ont été dissoutes
1. Les cires à cacheter sont à bases métalliques très souvent arsenicales.
et entraînées jusque dans Tintérieur du cercueil. Enfin, pour peu que Ton puisse supposer que rempoisonnement a été produit par Tarsenic, et surtout si la putréfaction est très avancée, il est utile de joindre aux organes recueillis des os et des cheveux, car Tarsenic se localise çn partie dans ces tissus, et peut y être retrouvé. , Le rôle du médecin dans Texpertise n'est pas terminé après Tautopsie et la mise sous scellé des organes. Souvent Tautopsie lui a fourni des indices qui lui font présumer la nature de la substance toxique ; il peut ainsi montrer au chimiste dans quelle direction doit ôtre faite d'abord l'analyse et lui éviter des recherches nombreuses qui perdent inulilemcnt une grande partie des substances sur lesquelles on opère. Une fois l'analyse terminée, c'est au médecin que très souvent incombe le soin d'en interpréter certains résultats. C'est lui qui, en cour d'assises, supporte la plus grande partie de la discussion et sur qui pèse la plus grande responsabilité. Si l'analyse a permis de retrouver une substance toxique, on demande au médecin à quelle dose cette substance peut entraîner la mort, en combien de temps elle tue, comment elle a pu être administrée, si la présence du poison dans les organes ne peut pas résulter de l'emploi de certains médicaments, etc. Les poisons végétaux et animaux sont souvent très difficiles à caractériser nettement par l'analyse, et les réactions chimiques doivent être complétées par des expériences physiologiques sur les animaux, expériences qui sont de la compétence médicale *. Si les résultats de l'analyse ont été négatifs, il appartient souvent au médecin de montrer que cela peut tenir à l'élimination du poison avant la mort, à la difficulté des recherches chimiques, et, dans certains cas, il peut encore établir la
i. Bien que nous nopui^^sions qu'indiquer sommairement toutes ces questions, nous devons mentionner la découverte récente de substances présentant une grande analogie avec les alcaloïdes végétaux, substances qui se développent spontanément dans le cadavre, et que l'on désigne sous le nom de piomaînes. Plusieurs de ces ptomalnes ont une action toxique puissante et l'on conçoit combien la possibilité de leur présence doit rendre réservé dans l'interprétation des résultats de l'analyse chimique et des expériences physiologiques.
INTOXICATION AI6UE PAR L ALCOOL il9
réalité de Fempoisonnemenl uniquement à Taide des symptômes observés pendant la vie et des constatations faites à Tautopsie. Enfin, c'est au médecin qu'il appartient de coordonner les divers éléments de 1 expertise et de formuler les conclusions générales du rapport i.
I III — Intoxication aig^uë par l'alcool.
La mort par ivresse occasionne assez souvent des autopsies judiciaires. 11 n'est pas rare, en effet, qu'avant de tomber ivres-morts, des individus aient pris part à des rixes dans lesquelles ils ont reçu des coups, et l'on soupçonne alors que ce sont ces violences qui ont entraîné la mort. En hiver, il arrive aussi que des individus quittent le cabaret après avoir trop bu, et que sous l'influence du froid les symptômes de l'ivresse s'aggravent rapidement et entraînent une perte de connaissance ; l'ivrogne succombe alors sous l'action du refroidissement et sous celle de l'alcool ; mais cette mort frappant un individu qui, quelques heures auparavant, n'avait pas paru très fortement pris par la boisson, éveille quelquefois des soupçons.
L'estomac peut contenir du liquide alcoolique, et parfois en assez grande quantité pour qu'il soit facile do reconnaître par l'odeur, la couleur, qu'il s'agit de telle ou telle boisson : eau-de-vie, rhum, absinthe, etc. Mais souvent aussi le liquide alcoolique a été totalement absorbé avant la mort, et il n'en reste plus dans l'estomac. Le vin rouge, qui s'absorbe en général assez vite, abandonne sa matière colorante aux matières alimentaires restées dans Testomac. — La muqueuse stomacale est souvent rouge, injectée et ecchymosée, recouverte de mucus, surtout dans les cas où le liquide a été ingdré à jeun et
i. Comme exemple d'une expertise ayant nécessité les recherches les plus variées, on nous permettra do citer : Sextuple empoisonnement par Taconitine, par Lhole et Viberl (Atin. cChyg. etde méd. lég.^ 1892).
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ments réflexes disparaissent, d*abord sur les membres inférieurs, puis sur le thorax, et enfin sur la cornée où ils persistent en dernier lieu.
Dans une dernière période, séparée de la précédente par une cotu'te accalmie, les inspirations deviennent très faibles et ne se font plus que par séries qui deviennent de moins en moins nombreuses et séparées par des intervalles de plus en plus longs ; elles cessent définitivement au bout d*un temps qui varie beaucoup suivant les circonstances.
Les mouvements du cœur continuent toujours après que la respiration a cessé, et ils persistent même quelquefois très longtemps. D'abord un peu ralentis, ils deviennent ensuite irréguliers, en même temps qu'ils perdent graduellement de leur intensité ; dans la période terminale ils subissent des arrêts fréquents et assez prolongés ; ce sont les oreillettes qui cessent de battre en dernier.
L'ordre chronologique suivant lequel les grandes fonctions sont atteintes* est ainsi résumé par Paul Bcrt* : fonctions cérébrales (intelligence, instinct^ ; fonctions médullaires (actions réflexes), mouvements respiratoires, mouvements cardiaques 2.
1. F. Bert. Art. Asphyxie du Nouv. Dict. de mèd, etdecMrurg, pratiques.
2. Les recherches des physiologistes montrent que l'accumulation de Tacide carbonique dans le sang occasionne une excitation du centre respiratoire du bulbe suivie au bout d'un certain temps d'un épuisement qui devient peu à peu définitif.
La môme stimulation est exercée par le sang chargé d'acide carbonique sur d'autres centres bulbaires, notamment sur le centre vasomoteur ; on constate en etTet une augmentation de la pression sanguine pondant les deux périodes de l'asphyxie, excepté si l'on administre préalablement à l'animal une dose do chloral, ou de curare, suffisante pour paralyser ces centres et les rendre ainsi incapables de répondre à l'excitation apportée par l'acide carbonique (Gorin).
Les convulsions elles-mêmes seraient dues à l'excitation du bulbe par le sang veineux. C'est ce que prouve le fait qu'elles ne se produisent pas loi*squ'on a divisé la moelle au-dessous du bulbe, et qu'elles se produisent encore quand on a enlevé toutes les parties du cerveau audessus du bulbe. Il y a donc dans le bulbe un centre convulsif (yidiuM et Jolyet). Cependant, d'après Brown-Séquard, les mouvements convulsifs de l'asphyxie se manifestent dans le train postérieur d*un anima! dont on a préalablement sectionné la moelle lombaire.