RÔLE DU MÉDECIN LÉGISTE. — DES EXPERTISES EN GÉNÉRAL
tt La médecine légale, dit Marc, est Tapplication des connaissances médicales aux cas de procédure civile et criminelle qui peuvent être éclairés par elle. »
Cette définition nous semble une des meilleures de celles qui ont été données de la médecine légale, telle que nous l'entendrons dans ce livre, celle qui précise le mfeux son but et limite le plus exactement son domaine.
Le rôle du médecin légiste, du médecm expert, est donc celui de conseiller de la justice ; c'est d'après son opinion que le juge apprécie certains faits qui échappent à sa compétence, et il lui délègue en quelque sorte une partie de son autorité, car, suivant Texpression d'Ambroise Paré, le père de la médecine, légale en France, € les magistrats jugent suivant qu'on leur rapporte ».
Il serait superflu d'insister sur l'importance et la gravité de ce rôle. Le médecin expert se livre à des constatations qui généralement, en raison de leur nature même, ne peuvent être renouvelées par d'autres ; il discute au nom d'une science dont les principes sont ordinairement inconnus de ceux à qui il s'adresse, de sorte que ses affirmations sont souvent sans contrôle, et doivent être acceptées telles qu'elles sont formulées. Or, ses déclarations ont souvent une importance capitale dans le débat, et l'on peut dire que dans bon nombre de cas c'est ViBBaT. Médecine légale. 7* édit. i
d'elles que dépend Tacquittement ou la condamnation d*un accusé.
La grandeur de ces fonctions, la responsabilité qu'elles comportent vis-à-vis de la conscience de tout honnête homme, réclament impérieusement de celui qui les remplit une compétence particulière et une préparation spéciale. C'est là un point qui n'est peut-être pas assez compris de tous les médecins, et c'est pourquoi l'on voit quelquefois des praticiens, bons cliniciens d'ailleurs, s'acquitter d'une façon un peu insuffisante de la tâche d'expert qui leur est accidentellement confiée.
C'est, en effet, une erreur de croire que la médecine légale n'a pas besoin d'être étudiée, qu'elle n'est que la facile application à des cas particuliers des connaissances qui constituent les diverses branches de la science médicale. La médecine légale comprend un certain nombre de questions, celles, par exemple, relatives aux asphyxies, aux attentats à la pudeur *, au viol, etc., qui lui sont propres ; et, d'autre part, si elle emprunte à la pathologie, à l'anatomie, à la physiologie, etc., presque tous ses éléments, son rôle est précisément d'utiliser ceux-ci d'une façon particulière, de discuter le parti qu'on en peut tirer pour le but spécial qu'elle poursuit, de signaler les difficultés et les causes d'erreur qu'on ne peut prévoir aprioviy ni résoudre sans étude particulière.
Faute de cette étude préalable, certains médecins formulent hardiment, sans arrière-pensée, des conclusions beaucoup trop affirmatives, qui pourront égarer la justice
1. Dans un mémoire intitulé : De Vorganisation et de la pratique de la tnédecine légale en France (Société de médecine légale, 14 janvier 1884 et Annales d'hyg., 1884, t. XI^ p. 157), M. le professeur firouardel, insistant surTinsuffisance de l'enseignement delà médecine légale, citait l'anecdote suivante. Un jeune médecin qui, à propos de l'examen d'une petite fllle, avait commis une erreur complète, que d'ailleurs il reconnut en cour d'assises, expliquait ainsi à l'audience comment il s'était trompé : « Monsieur le Président, je n'ai jamais vu de membrane hymen ; dans les hôpitaux, lorsqu'on examine une femme devant les élèves, c'est qu'il y a une vaginite, une métrite, et depuis longtemps la membrane hymen n'existe plus. Si je m'étais permis de rechercher comment est faite cotte membrane sur des jeunes filles non détlorées, j'aurais moi-môme commis un attentat à. la pudeur. »