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Lesser, Atlas de médecine légale, t. II

Il n'en est pas de même do la strangulation opérée par un lien. C'est même un genre de suicide très répandu dans certains pays * ; il est fréquemment employé aussi par les aliénés. Le sujet a le temps d'assujettir solidement le lien autour du cou, soit par des nœuds, soit à Taide d'un objet quelconque faisant office de garrot, de fai^on que la constriction continue après que la perte de connaissance est survenue 2. C'est môme là une condition indispensable pour le suicide et qui peut fournir un élément important pour le diagnostic. Ainsi que le fait judicieusement remarquer M. Tourdes, un lien lAcha, mal assujetti, suppose un homicide ; au contraire, des tours nombreux et serrés du lien, des nœuds compliqués, la présence d'un garrot, n'excluent nullement l'idée d'un suicide et la confirment plutôt. — Citons encore un cas publié en 1898 par le D*^ Hervé, concernant un individu qui s'est passé un nœud coulant autour du cou, a iixé l'aulre extrémité de la corde à un pied du lit ; puis s'est renversé en arrière en s'allongeant sur le lit, les pieds arc-boutés contre le fond de celui-ci. Dans un autre cas (Causse), un homme, après avoir passé un nœud coulant autour de son cou, avait attaché l'extrémité libre de la corde à son pied et s'était étranglé en tirant ainsi sur le lien.

Plusieurs observations montrent que la strangulation suicide peut s'accompagner de lésions nombreuses et graves des parties profondes du cou ; mais les lésions extérieures, ecchymoses, érosions, se rencontrent plutôt dans la strangulation homicide où l'action des doigts vient souvent aider celle du lien.

On trouve dans les auteurs quelques exemples de strangulation opérée accidentellement par un lien. Un fort de

1, En Espagne notamment et en Italie où, dans une statistique officielle des prisons (citée par Tourdes) on voit figurer 51 suicides par strangulation, contre 5 par pendaison.

2. La perle de connaissante doit survenir très rapidement quand le lien est serré fortement autour du cou, car les expériences montrent qu'ici encore la circulation dans les carotides peut ôtre facilement interrompue d'une fa^on complète. Toutefois le suicidé a le temps d'accomplir tous les actes nécessaires avant que la constriction ne soit assez forte pour amener cette perte de connaissance.

la Halle charge un sac de farine sur son dos ; il Tatlache autour de son cou à Taide d'une ficelle ; le sac glisse en arrière et l'homme meurt étranglé (P' Brouardcl). Dans deux cas cités par Taylor, il s'agissait d'individus qui portaient un fardeau à Taide d'une ficelle ou d'une courroie passée au-devant du front ; le fardeau ayant glissé, pesa de tout son poids, par l'intermédiaire du lien, sur le cou, et les individus furent trouvés morts dans une position qui indiquait comment faccident s'était produit. Ce n'est guère en effet, qu'à l'aide de données semblables qu'on peut reconnaître si l'accident est admissible.

§ V. — Strang^ulation incomplète.

Quand la strangulation n'amène pas la mort immédiatement ou dans un délai très court, l'expert est appelé à constater la nature des violences, leur gravité et les conséquences qu'elles pourront avoir.

La strangulation, surtout quand elle a été opérée à l'aide d'un lien mou, tel qu'un mouchoir, une cravate, etc., peut ne laisser aucune trace extérieure. Mais le plus souvent, on trouve, à la place qu'occupait le lien, un sillon excorié et rougeâtre, ou bien il existe les érosions unguéales et les ecchymoses produites par les doigts. Les ecchymoses ponctuées de la face, les suffusions sanguines des conjonctives signalées plus haut, contribuent au diagnostic.

Les symptômes que l'on observe presque constamment sont la douleur dans les mouvements du cou, la gêne et la difficulté de la déglutition, l'altération du timbre de la voix allant parfois jusqu'à l'aphonie complète. Ces troubles sont naturellement beaucoup plus marqués et plus persistants quand il y a eu fracture de l'os hyoïde ou du larynx.

Ces fractures peuvent entraîner ultérieurement descomplications mortelles ou très graves. On a observé aussi comme complications plus ou moins directes de la strangulation et de la pendaison : un abcès rétro-pharyngien, une parotidite, un phlegmon du cou, une bronchite intense, une gangrène partielle de la langue. Nous avons vu une femme qui, à la suite d'une tentative de strangulation avec

les mains ayant occasionné une perte de connaissance de plus d'une heure, fut prise de congestion pulmonaire dans une seule région du poumon gauche : cette congestion, qui occasionnait ces hémoptysies fréquentes, durait encore au bout de vingt jours.

Ces faits sont assez exceptionnels. Quand il n'y a pas de lésions graves du cou, la guérison survient en général rapidement. Il en a été ainsi pour la plupart des étranglés que nous avons examinés, bien que chez plusieurs d'entre eux la constriction ait été vigoureuse et ait produit un semis d'ecchymoses ponctuées sur la face, ainsi que des sufTusions sanguines plus ou moins étendues des conjonctives.

Il paraît cependant qu'on observe assez souvent chez les pendus et chez les étranglés rappelés à la vie des troubles nerveux plus ou moins graves et tenaces. Ces troubles ont été étudiés surtout par les auteurs allemands. Wagner * les décrit ainsi : le pendu ou Tétranglé est d'abord dans le coma ; sa respiration est très irrégulière ou nulle et doit être entretenue artificiellement ; au moment où les mouvements respiratoires commencent à redevenir normaux, surviennent des convulsions généralisées, toniques, qui peuvent durer plusieurs heures ; elles cessent quand la conscience réapparaît. Le pendu ou l'étranglé aurait en général perdu tout souvenir non seulement de sa tentative de suicide ou de l'agression qu'il a subie, mais encore d'une période antérieure plus ou moins longue. Nous avons nous-méme observé un cas de ce genre chez une femme étranglée avec un lien, rappelée à la vie après une période très courte de coma, et qui assuraitne se rappeler ni qu'elle avait été assaillie le soir par un individu, ni ce qui s'était passé dans tout le cours de la même journée. — Enfin on a noté dans quelques cas un coma très prolongé, interrompu parfois par une courte réapparition de la conscience, et aussi un accès de manie aiguë ou de stupeur mélancolique.

1. Wagner, Jahrb. fur Pxychiat,, 1889. — Voir aussi Seydel, Vierteljahrschr, fur gerichtL Medicin, 1894.

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