ASPECT EXTÉRIEUR IHJ CADAVRE
SOUS forme d'une dépression régulière, d*une sorte de petite rigole, d'autant plus profonde que le lien était plus mince, que la constriction qu'il exerçait était plus forfe et que la suspension a été prolongée plus longtemps. Au niveau de ce sillon, la peau est parcheminée, c'est-à-dire brune, sèche et dure. Ce parcheminement est un phénomène cadavérique, consécutif à l'enlèvement d'une partie de l'épiderme, ou à son froissement violent, ainsi qu'à la compression de la peau ; on comprend par conséquent que le sillon sera parcheminé sur une plus grande étendue et plus complètement, suivant que le lien aura été plus dur, plus rugueux, et qu'il aura comprimé une plus grande partie du cou. Le lien exerçant presque toujours une pression plus énergique à la surface antérieure du cou, c'est là que le sillon est en général plus profond et plus parcheminé.
Quand la pendaison a été effectuée avec un foulard, une serviette, une pièce d'étoffe ou un autre lien analogue, le sillon est en général plus large, moins profond, à bords souvent mal indiqués ; il n'est pas parcheminé et se distingue surtout par sa teinte pâle. Un pareil sillon est souvent très peu accusé, el peut même passer inaperçu, surtout quand le cadavre est dépendu depuis quelque temps. En effet, les vaisseaux cutanés, vidés par Taclion du lien, peuvent se remplir de nouveau quand ce lien est enlevé, et le sillon peut aussi perdre sa teinte pâle quand la putréfaction se manifeste. Le sillon mou cesse fréquemment d'être appréciable après quelques jours, tandis que le sillon parcheminé persiste longtemps, et peut être reconnu quelquefois sur un cadavre après plusieurs mois.
Il arrive souvent que le sillon participe des deux états qui viennent d'être indiqués ; cela s'observe notamment quand par exemple il est constitué par un linge tordu sur lui-même, etc. ; en pareil cas, les parties saillantes du lien laissent des empreintes parcheminées entre lesquelles la peau reste molle et blanche.
Le trajet décrit par le sillon varie suivant la disposition de l'anse du lien de pendaison. Dans la très grande majorité des cas, cette disposition est celle que représente la
i 64 PENDAISON
figure 4. Le sillon passe alors transversalement à la partie antérieure et supérieure du cou, puis, à partir de Tangle des mâchoires, remonte obliquement en passant derrière les oreilles ; il vient se terminer à la nuque où Ton aperçoit quelquefois l'empreinte du nœud, ou bien sa trace se perd en arrière sur le cuir chevelu, soit que le lien ait cessé alors d'être en contact avec la peau, soit que les cheveux l'aient empêché de laisser une marque. — Quand le lien est placé d'une autre façon, Fig. 4. — Disposition la quand le nœud se trouve par exem-
plus fréquente de pje sur le côté ou en avant, la direc-
I anse chez les pendus. .. , .,, ... , ,,
tion du sillon reproduit naturellement cette disposition, le nœud du lien correspondant toujours au point le plus élevé du sillon.
Le plus souvent, le lien se trouve appliqué au-dessus du larynx. On trouve, il est vrai, assez fréquemment le sillon en un pointcorrespondant à la partie supérieure du larynx ; mais il faut remarquer que la peau est ordinairement tirée en hautpar le lien, et par conséquent celui-ci peut occuper pendant la suspension une situation plus élevée que celle indiquée par le sillon quand le cadavre est dépendu. L'oblitération des voies aériennes résulte donc non pas deTaplalissement du larynx ou de la trachée, mais du refoulement de la base de la langue contre la paroi postérieure du pharynx.
Quand on dissèque la peau du sillon, et surtout du sillon parcheminé, on reconnaît qu'elle est amincie et plus transparente; le lissu cellulaire sous-jacent est également aminci, exsangue, et comme desséché.
II est très rare de rencontrer des ecchymoses au niveau du sillon ; les auteurs contemporains qui les ont notées les signalent comme tout à fait exceptionnelles; nous ne les avons jamais rencontrées. Les auleursanciens enseignaient au contraire que le sillon était presque toujours ecchymose ; ils prenaient sans doute pour une ecchymose une mince zone violacée qui souvent borde la lèvre supérieure
ASPECT EXTERIEUR DU CADAVRE i65
du sillon. Il ne s'agit là que d'une accumulation mécanique du sang, arrêté dans sa descente par la constriction du lien ; cependant une autre cause intervient sans doute dans la formation de cette zone, car elle s'observe quelquefois aussi au-dessous du bord inférieur du sillon ^
Quand le lien suspenseur faisait plusieurs fois le tour du cou, on trouve naturellement plusieurs sillons ; la portion de peau comprise entre deux sillons est habituellement congestionnée, et présente parfois des ecchymoses ponctuées. Ilofmann cite môme trois cas où Ton observait à ce niveau des vésicules remplies de sérosité limpide ou sanguinolente.
Aspect de la face. — La face n'offre le plus souvent rien de particulier chez les pendus. 11 est rare qu'elle soit congestionnée, que les yeux proéminents présentent une injection vasculaire ou des ecchymoses ponctuées des conjonctives. Quelquefois le nœud du lien étant placé latéralement, c'est seulement du côté où la constriction du cou a été moins forte que la face est congestionnée, la circulalion en retour étant seule interrompue de ce côté.
La langue est quelquefois projetée et serrée entre les arcades dentaires ; quelquefois aussi les lèvres sont recouvertes d'une petite quantité d'écume. Cet aspect ne s'observe pas exclusivement chez les pendus, et il est loin d'être constant chez eux.
Congestion des membres inférieurs ; état des organes génitaux. — On comprend que si le cadavre est resté pendu un certain temps, l'hypostase ne se manifestera pas dans les parties postérieures du corps, mais que le sang s'accumulera dans les membres inférieurs (et un peu aussi dans les mains). Cette accumulation de sang peut occasionner la rupture des capillaires de la peau, et donner ainsi naissance à des hémorragies ponctuées. — L'intensité de l'hypostase sur les membres inférieurs permet de
1. Un auteur allemand, Neyding, a trouvé dans la peau du sillon de petites extravasalions sanguines microscopiques. Ces cxtravasalions ont été constatées depuis par d'autres observateurs; mais elles se produiraient aussi quand la suspension a été elTectuée après la mort.
i 66 i>endàison
reconnaître avec une certaine approximalion combien de temps le cadavre est resté pendu.
On rémarque parfois une turgescence du pénis, pouvant aller jusqu'à la demi-érection. On trouve plus fréquemment du sperme dans le canal de Turètre, sur le gland, sur la chemise. Cette issue du sperme ne s'observe pas seulement chez les pendus, mais aussi chez beaucoup d'autres sujets, et notamment chez ceux qui ont succombé à une mort violente; mais ainsi que le fait remarquer le P*^ Brouardel, chez les pendus le sperme s'écoule plus facilement au dehors, en raison de la position verticale du corps.
g IV. — Sigrnes internes.
Lésions du cou. — Nous avons signalé la très grande rareté des ecchymoses dans la peau et le tissu cellulaire sous-cutané au niveau du sillon. Des extravasalions peuvent exister dans le tissu cellulaire qui sépare les muscles, I et dans celui qui se trouve k la partie antérieure de la co- i lonne vertébrale ; il est vrai qu'en ce dernier point les extravasations sanguines ne sont pas absolument caractéristi(jues, car nous en avons rencontré chez des sujets qui n'avaient pas subi de violences directes sur le cou.
Les autres lésions que l'on peut trouver sur le cou intéressent les muscles, les artères carotides, l'os hyoïde et le larynx. Ces lésions sont bien loin d'être constantes ; dans bon nombre de cas on ne rencontre aucune d'entre elles *.
Les 'muscles déclarés sont le plus souvent les sternocléido-masloïdiens ; la déchirure est habituellement super-
1. Sur 50 pendus, Lesser a constaté 36 fois des lésions du cou autres <iue le sillon cutané ; dans 11 cas, il existait des ruptures musculaires, intéressant surtout le sterno-mastoïdien ; cette rupture n'a jamais été complète. Les fractures ont été notées surtout sur les cornes supérieures du cartilage thyroïde ; puis sur les grandes cornes de î'oai hyoïde ; dans deux cas seulement la fracture intéressait les lames du cartilage thyroïde. Lesser, l'eberdie localen Befunde beim Selbsmord durch Erhàngen (Vierteljahrschrifl fiir gerichtl. Medic, neue Folge, XXXV, page 201, Berlin, 1881).
Nous n'avons pas fait la statistique exacte des cas que nous avons observés, mais nous croyons que dans 1/3 de ces cas environ il n'existait pas de lésions des parties profondes du cou.
ficielle ; nous ne croyons pas qu on l'ait jamais trouvée complète. Viennent ensuite lethyro-hyoïdien etl'omo-platohyoïdien que nous-mème nous avons deux fois trouvé déchiré.
Les carotides peuA^ent présenter deux lésions différentes, presque toujours situées un peu au-dessous de leur bifurcation, c'est-à-dire préciséraent.au niveau du point d'appli-^ cation le plus habituel du lien. Ces lésions sont : une ecchymose de la tunique externe et la rupture delà tunique interne. Cette dernière lésion, signalée d'abord par Amus-: sat, a été retrouvée par tous les médecins légistes; elle n'est cependant pas très fréquente *. La rupture est dirigée transversalement et occupe une portion plus ou moins grande de la circonférence du vaisseau ; la tunique est parfois décollée sur une étendue notable et s'enroule alors sur elle-même : on note parfois au niveau de la rupture une légère sugillation. Nous avons trouvé une fois une rupture complète, transversale, des deux tuniques d'une carotide dont les deux bouts n^étaient plus reliés que par la tunique externe ; sur l'autre carotide la tunique interne seute était déchirée, mais sur toute sa circonférence. Il s'agissait d'un ouvrier auquel ses camarades, en manière de jeu, avaient attaché une corde au cou sans la serrer ; mais l'un des assistants avait ensuite passé cette corde dans la courroie de transmission de l'atelier, et Ihomme avait été
Fig. 5. — Fracture dos cornes du larynx et do l'os hyoïde, chez un pendu.
4. Pehàm Ta trouvée dans 8 pour cent des cas (au nombre de 186) {^Vierteljahr$chr. fUr gerichtl. Medicin., 1894).
aussitôt enlevé de terre. Il est à remarquer que dans ce cas les muscles du cou ne présentaient que des déchirures peu profondes.
Les fractures deVoshyoïde sont relativement fréquentes, et siègent le plus souvent au niveau des grandes cornes* La ligure 5 (empruntée à Hofmann) montre les deux cornes
de Tos hyoïde fracturées et renversées en arrière ; il en est de même des cornes du cartilage thyroïde.
Les fractures du larynx siègent presque exclusivement sur les grandes cornes du cartilage thyroïde. D'après Hofmann, elles ne résulteraient pas de la compression directement exercée par le lien; celui-ci, en déprimant et en refoulant la membrane l h y r o - hyoïdienne , occasionnerait une forte tension des ligaments thyro-hyoïdiens latéraux, et consécutivement la rupture des cornes thyroïdes. — Les fractures du corps du larynx (cartilages thyroïde et cricoïde) sont très rares, ce qui s'explique par la position habituelle du lien. Une seule fois nous avons observé une fracture du larynx; elle intéressait la ligne verticale et médiane du cartilage thyroïde, mais nous^n'avons pu savoir exactement comment avait été placé le lien suspenseur (il s'agissaitd'un cadavre exhumé). Les fractures représentées dans la figure 6 (Hofmann) se sont produites parce que le
Fig. 6. — Fracture des cartilages lliyroïde et cricoïde, chez un iieiidu.
lien était une large courroie appliquée sur la pomme d'Adam (très saillante) et sur le ligament crico-thyroïdien.
Il est à noter que très souvent les déchirures musculaires, les fractures du larynx et de Tos hyoïde ne sont pas accompagnées d'épanrhement sanguin. Le fait peut être dû soit à ce que le lien oblitère tous les vaisseaux de la région ou comprime énergiquement les parties lésées, soit à ce que les lésions ne se produisent qu'après la mort quand la suspension est prolongée plus ou moins longtemps.
On croyait autrefois que la luxation ou la fracture des premières vertèbres cervicales, et la compression de la moelle qui devait en être la conséquence, étaient la principale cause de la mort par pendaison. Peut-être en était-il ainsi chez les pendus par autorité de justice, que le bourreau tirait fortement par les pieds. Les auteurs contemporainsn'ont pas trouvé de lésions de la colonne vertébrale*, et Ton peut dire que dans Timmense majorité des cas elles ne jouent aucun rôle dans le mécanisme de la mort.
Etat des divers viscères, — On trouve quelquefois de Técume dans la trachée, le larynx et les bronches. Cette écume est ordinairement en très petite quantité, à bulles plus volumineuses que celles des noyés, et formée par un liquide plus visqueux et plus résistant. Les poumons renferment une quantité de sang très variable suivanllescas; ils ne présentent que rarement des ecchymoses sous-pleurales. On remarque quelquefois à leur surface un petit nombre de bulles d'emphysème.
On a noté souvent la congestion des parois intestinales chez les pendus ; cette congestion occupe inégalement les diverses anses de l'intestin ; elle est due probablement, en partie au moins, à Thypostase. La congestion de la muqueuse stomacale, qui s'accompagne quelquefois d'ecchymoses ponctuées, paraît due au contraire à un phénomène vital. Nous avons vu plus haut que ces ecchymoses ponc-
1. Sauf deax cas publiés, Tun par le professeur Brouardel, l'aulrc par Lesser (Atlas de médecine légale)^ mais dans ces deux cas il existait des altérations osseuses au niveau de la verlAbre fraclurée ; et un cas du Dr Parisot, concernant un homme de 60 ans.
tuées de Testomac pouvaient se rencontrer aussi dans les autres genres de mort dits par asphyxie. ' La congestion des méninges et du cerveau manque souvent tout à fait; quand elle existe, elle est rarement très accentuée.
§ V. — La mort est-elle bien le résultat de la peodaison?
Il est en général facile de reconnaître, grâce au sillon du cou, qu'un corps a été pendu. Cependant nous avons vu que certains sillons mous sont très peu apparents. Dans quelques cas môme le sillon peut manquer complètement ; il en est ainsi notamment quand le lien n'a pas été appliqué directement sur la peau, et qu'il s'en trouve séparé par la barbe, par une pièce d'étolTe dont le cou a d'abord été entouré, etc.
Il est arrivé quelquefois que des criminels après avoir tué un individu par un procédé quelconque ont pendu son cadavre pour dissimuler le meurtre et faire croire à un suicide. — Les signes qui peuvent indiquer qu'un individu a été pondu vivant sont en petit nombre et ils ne sont pas constants. Il n'y a pas dans la mort par pendaison de lésions spéciales, caractéristiques, des poumons ou des autres organes, et c'est seulement l'état du cou qui peut fournir des renseignements utiles. Malheureusement parmi les lésions qu'on observe sur le cou, plusieurs sont les mêmes, que la pendaison ail été effectuée pendant la vie ou après la mort. Il en est ainsi du sillon dont les caractères dépendent uniquement de la nature du lien, de sa disposition, du temps pendant lequel la suspension a été prolongée, mais restent les .mêmes, que le sujet ait été pendu vivant ou mort. Toutefois dans les cas fort rares où il existe deux ou plusieurs sillons, la rougeur et le pointillé hémorragique de la portion de peau comprise entre deux sillons constitue une forte présomption que la pendaison a été effectuée pendant la vie, et môme une certitude si le pointillé hémorragique est très abondant, la congestion intense, tandis que le reste du cou est pâle.
Les fractures.de Tos hyoïde, du larynx, les ruptures mus-
SUICIDE OU HOMICIDE ili
culaires, les déchirures des carotides ne sont souvent accompagnées d'aucun épanchement sanguin, et les ecchymoses soit au niveau de ces lésions, soit dans les diverses parties du cou, et eh particulier dans la tunique externe des carotides indiquent seules une violence subie pendant la vie ; encore faut-il rappeler, relativement aux ecchymoses prévertébrales, la réserve formulée plus haut.
Il arrive assez souvent que Ton ne peut constater ces signes caractéristiques. Quand ils font défaut, il n'y a aucune conclusion à en tirer, et Texpert ne peut que rechercher s'il existe des indices d'un autre genre de mort violente. Ces indices peuvent être peu caraclérisques, et le diagnostic serait notamment difficile dans le cas où la victime aurait été étranglée avant d'être pendue. On verra plus loin quels signes distinctifs peuvent alors être invoqués.
g VI. — La pendaison cst-cile le résultat d'un suicide ou d'un homicide ?
La pendaison homicide est extrêmement rare, du moins chez les adultes ; cependant dans quelques cas, on a pu tout au moins supposer qu'elle était le résultat d'un crime, et les médecins ont été appelés à donner leur opinion sur ces soupçons.
En dehors des circonstances spéciales à chaque cas particulier, et dont l'expert peut tirer parti sans qu'il y ait de règles générales à formulera cet égard, c'est surtout l'existence de traces de violences que l'on doit rechercher pour reconnaître si la pendaison a été le fait d'un homicide. On comprend en effet que la victime avant d'être pendue a toujours le temps d'engager une lutte qui doit laisser des traces sur son corps, à moins toutefois qu'elle ait été surprise par ruse, ou qu'elle ait déjà perdu connaissance au moment où le crime a été accompli. Mais l'interprétation de ces traces de violences, quand elles existent, peut être délicate. Nous signalerons seulement ici une cause d'erreur assez facile à éviter : les pendus exécutent pendant leur agonie des mouvements convulsifs plus ou moins
violents qui peuvent produire, par le choc contre les objets voisins, des érosions ou des ecchymoses ; ces lésions se distinguent par leur siège, leur irrégularité, leur peu de profondeur, des violences résultant d'une lutte. II faut savoir aussi que certains individus avant de se
P»g- '* ^i;^^. 8, Fig. 9. Fig. 10
Nœud coulanl. Nrr-uiJ «ImU ^>^ nlaL î^œud coulant. Nœud de marine.
Fïg^ IL — NtE^ud (Je baleiii't^
l'ig. 12. — Nœud de tisserand.
pendre ont soin de s'atlachr r les bras et les jambes, ou de se mettre un bnîllon d^ns la bouche, etc., de sorte que lie ieb indices eon^^idtVres isolément sont tout à fait insuffisiuiLs pour <5(îitilir que la pendaison résulte d'un crime. Du reste, le problème est souvent d'une très grande
difficullé, et c'est ainsi que dans une même affaire^ deux médecins légistes éminents, Tardieu et Devergie, sont arrivés à des conclusions diamétralement opposées, sans que leurs arguments entraînent dans un sens ou dans un autre la conviction complète.
Pour la solution de cette question il est utile d'exa* miner de quelle façon le lien a été noué. Il y a en effet plusieurs procédés pour faire des nœuds et certains de ces procédés sont employés presque exclusivement par les gens de telle ou telle profession ; on conçoit le parti que Ton peut quelquefois tirer de cette indication. Les figures 7 à 12 montrent quelques-uns de ces nœuds dont l'usage est le plus répandu.
ARTICLE m. — STRANGULATION
La strangulation peut être définie, à l'exemple de la plupart des auteurs : « Un acte de violence consistant en une constriction exercée directement soit autour, soit au-devant du cou, et ayant pour effet, en s'opposanl au passage de Tair, de suspendre brusquement la respiration et la vie. »
La strangulation est opérée soit avec les mains, soit à l'aide d'un lien : cravate, mouchoir, corde, etc. — Ces deux modes de strangulation comportent assez de différences pour qu'on les étudie séparément.
§ I. — Straug^ulatiou avec un lieu.
Elle est le- plus souvent opérée par un meurtrier. Elle est cependant employée quelquefois comme moyen de suicide (voir plus loin). Enfin en Espagne, c'est le moyen d'exécuter les condamnés à mort, ceux-ci ont le cou placé dans une sorte de cercle métallique dont la partie postérieure, mue par une vis, opère la constriction. C'est la peine du garrot.
1. Affaire Duroulle. Voir Annales d'hf/g. publ. et de méd. It^g., 1S55 ; 2* série, t. \U, p. 445 et IV, p. 433.
Mécanisme de la mort — Il est très analogue à celui de la pendaison. L'étranglé meurt surtout par privation d'air. Si le lien est placé à la partie supérieure du cou, c'est le refoulement de la langue contre la paroi postérieure du pharynx qui occasionne Toblitéralion des voies aériennes, comme cela a lieu chez les pendus. Si le lien est placé plus bas, il produit la fermeture du larynx ou de la trachée. Tourdes* a montré que sur le cadavre une faible pression exercée sur le larynx suffit à empêcher l'accès de l'air ; il a vu aussi qu'en plaçant un nœud coulant au-dessous du larynx, l'afr insufflé cessait de passer dans les poumons quand la corde était tirée par un poids de trois ou quatre kilogrammes ; l'interception est plus facilement produite par une corde mince qu'avec un lien large! D'ailleurs, il n'est pas nécessaire que l'interruption de l'air soit complète pour que Tasphyxie se produise, c'est du moins ce qu'indiquent les expériences sur les animaux 2.
La compresèion et le choc du larynx jouent aussi un rôle car c'est à elle, sans doute, qu'est due la perte presque subite de connaissance que produit parfois ce genre de strangulation. — Le fait est utilisé par certains meurtriers professionnels qui s'arrangent pour surprendre leur victime et lui jeter par derrière un lien qu'aussitôt ils serrent énergiquement. Toute résistance est généralement supprimée dans ces conditions. Nous avons vu par exemple un homme vigoureux qui un soir, en rentrant chez lui, remarqua qu'il était suivi par deux individus à mine fort suspecte. 11 hâta le pas, arriva à la porte de sa maison, et tira le cordon de la sonnette. Juste à ce moment, il perdit connaissance, et le concierge de la maison le trouva quelques minutes après étendu sur le trottoir, un long morceau d'étoffe serré fortement autour du cou. L'auteur de cette tentative de meurtre fut arrêté et reconnut le fait.
Ce genre de meurtre a môme reçu un nom spécial en
i. Tourdes. Art. Strangulation du Dict. encycL des se, mèdic.
2. Faure (Mémoire cité), en introduisant dans la trachée d'un chien un tube dont il diminuait graduellement le calibre, a vu l'animal mourir presque subitement.
Angleterre : c'est le garrote-rohherie, et aussi dans Targot parisien où il est désigné sous le nom de coup du père François.
Le lien peut aussi oblitérer complètement les carotides, car on trouve parfois la membrane interne de ces vaisseaux déchirée comme chez les pendus. Mais cette oblitération n*est certainement pas constante, surtout quand le lien ne fait pas le tour complet du cou. En effet, on remarque souvent chez les étranglés une congestion intense de la tôte qui indique que la «circulation veineuse est seule entravée.
Aspect extérieur du cadavre. — Fréquemment la face des étranglés est tuméfiée, d'un rouge intense ou violacé. Cet aspect, qui d'ailleurs peut manquer totalement, est quelquefois extrêmement prononcé, et alors on trouve en même temps des ecchymoses ponctuées des conjonctives, des paupières, de la face, du cou et de la partie supérieure du tronc ; les yeux paraissent saillants ; la langue est tuméfiée et projetée entre les arcades dentaires. Les ecchymoses des conjonctives doivent être signalées d'une façon spéciale ; on peut observer non seulement des hémorragies ponctuées, mais des suffusions sanguines étendues et un véritable chémosis sanglant. Ces lésions ont été notées par tous les auteurs, et nous- même les avons vues souvent, notamment chez une femme étranglée avec un mouchoir, qui a survécu, et qui présentait des ecchymoses sous-conjonctivales très étendues sur les deux yeux *.
On a hoté aussi un écoulement de sang par l'oreille ; dans deux cas cités par Taylor, il y aurait eu en môme temps rupture du tympan (?).
1. U va sans dire que ces ecchymoses peuvent se produire en dehors de la strangulation. Sans parler des cas où elles résultent de violences exercées directement sur les yeux, de fractures du crâne, etc., elles peuvent apparaître dans tous les cas où il y a une congestion violente ou répétée de la tête. Chez un malade de notre clientèle, honnno très vigoureux, atteint d'une toux spasmodique revenant par crises intenses, nous avons vu d'abord des ecchymoses ponctuées des conjonctives et des paupières, et au bout de quelques Jours un chémosis sanglant des deux yeux, formant une tumeur qui faisait une saillie relativement considérable tout autour de la cornée.
Le signe caractéristique est évidemment le sillon produit par Tapplication du lien sur le cou. Mais avant de décrire ce sillon, nous devons faire remarquer que le plus souvent il existe d'autres blessures sur le corps.
En effet, sauf les cas de surprise signalés plus haut, la victime s'oppose de toutes ses forces à Tapplication du lien, et l'agresseur n'y réussit qu'après Tavoir étourdie ou affaiblie par des coups, ou grâce au concours d'un ou plusieurs complices qui maintiennent les bras ou les jambes. Parfois même la victime ne donne déjà plus aucun signe de connaissance^ quand le meurtrier, pour être certain qu'elle sera bien morte, lui serre le cou d'un ou plusieurs tours de corde.
Revenons maintenant au sillon du cou. En général il offre les mêmes caractères que celui des pendus; cependant il est ordinairement moins profond, moins accentué et moins souvent parcheminé *. Mais il peut en différer surtout par les particularités suivantes :
En règle générale, le sillon des pendus n'est pas horizontal, il remonte du côté où se trouve le nœud du lien (c'est-à-dire vers la nuque dans l'immense majorité des cas) ; il est plus marqué au niveau du plein de l'anse, tandis qu'il est peu accentué ou fait défaut au voisinage du nœud. Pour qu'il en soit autrement, il faudrait que l'anse ait été bien assujettie autour du cou avant que la pendaison ne soit effectuée, ce qui est fort rare. Enfin le sillon des pendus se trouve presque toujours à la partie supérieure du cou.
Chez les étranglés, le lien est placé, suivant tes hasards des cas, au milieu, au bas ou en haut du cou ; il peut être disposé lout à fait horizontalement et faire le tour complet du cou en exerçant partout une pression égale et en laissant par conséquent un sillon uniformément marqué (par exemple quand les deux chefs sont ramenés au niveau du plein de l'anse) ; il peut aussi agir de façon que le plein de
1. Cela tient à ce que le lien se relâche facilement après la mort, landis que chez les pendus la constriclion s'exerce avec une intensité plus grand*' qui résuUe du poids du corps, et qui reste la même tant que le corps n'est pas dépendu.
Tanse soit situé plus haut que les bouts, et alors la portion la plus marquée du sillon est aussi celle qui occupe la position la plus élevée. Enfin le sillon peut n'occuper que la partie antérieure du cou. C'est ce que nous avons vu chez une femme dont le sillon, très accentué, ne mesurait que 9 centimètres de longueur. Le meurtrier expliqua que cette femme étant à plat-ventre sur le sol, fort affaiblie par d'autres coups, il avait passé le lien au-devant du cou, tiré fortement avec la main droite sur les deux bouts ramenés en arrière, pendant que de la main gauche il appuyait sur la partie postérieure de la tête.
Ces particularités du sillon ne caractérisent pas la stran* gulation d'une manière absolument certaine; mais elles ne sont compatibles avec Thypothèse de la pendaison que si celle-ci*a été effectuée dans des circonstances exceptionnelles qu'il faut alors soigneusement étudier.
Le sillon des étranglés est plus souvent multiple que celui des pendus; la portion de la peau comprise entre deux liens présente souvent la congestion et les ecchymoses ponctuées que nous avons déjà signalées, en pareil cas, chez les pendus.
Lésions internes. — Les plus importantes sont celles que Ton rencontre dans les parties profondes du cou. Ces blessures du cou sont les mêmes que dans la pendaison, avec cette différence qu'ici les fractures du larynx et de la trachée ont plus de chance de se produire, parce que le lien est assez souvent appliqué au niveau de ces organes. Les épanchements sanguins sont aussi plus fréquents, parce qu'il est rare que la circulation artérielle soit aussi complètement interrompue que chezlôs pendus.
On trouve fréquemment des ecchymoses dans les interstices musculaires, dans la gaine externe des carotides, et quelquefois aussi une rupture de la tunique interne de ces vaisseaux; nous en avons rencontré un bel exemple sur un nouveau-né *. — Il importe d'ajouler que dans quelques cas il n'existe aucune lésion du cou.
État des organes respiratoires. — La muqueuse du
1. Voir robservation à la fin du livre. ViBEiiT. Médecine légale. 7« édit. 12
ilS STIIANGULATIO.N
larynx, de la Irachée et des bronches est souvent très congestionnée ; nous avons vu une fois de nombreuses ecchymoses ponctuées sur le larynx.
Les ecchymoses sous pleurales et sous-péricardiques sans être constantes, surtout chez les adultes, sont cependant plus fréquentes et plus nombreuses que dans la pendaison. Sur des adultes nous avons trouvé plusieurs fois ces ecchymoses en grand nombre.
Les poumons contiennent une proportion très variable de sang ; la congestion peut être nulle, ou au contraire très prononcée, et s'accompagner de la production de noyaux hémorragiques. — On trouve assez souvent dans le larynx, la trachée et les bronches de Técume blanche, rosée ou rouge, en quantité variable, mais généralement assez minime.
L'emphysème pulmonaire est signalé comme fréquent dans la mort par strangulation ; nous l'avons rencontré nous-méme assez souvent, surtout chez des nouveau-nés. Il se présente sous forme de plaques assez bien limitées, et quelquefois très étendues.
Les lésions pulmonaires sont quelquefois nombreuses et très accentuées. Ainsi chez la femme dont il a été parlé p. 177, et qui portait de nombreuses blessures au cou, il existait une iorte congestion pulmonaire, de nombreuses ecchymoses sous-pleurales ponctuées, un décollement de la plèvre par du sang coagulé formant un épanchement de 3 cent, de diamètre près du hile du poumon gauche, enfin plusieurs plaques d'emphysème sous-pleural, atteignant jusqu^à 4 cent, de diamètre, et couvertes de fines ecchymoses.
État de ïencéphale. — L'encéphale et les méninges ne sont pas constamment congestionnés ; mais la congestion peut être très prononcée, et Ton a observé quelquefois <les hémorragies des centres nerveux ou des méninges. Dans une autopsie faite par nous, les vaisseaux des méninges otMicnt gorgés de sang, uniquement du côté où se trouvaient sur le cou des marques décompression.
§ II. — Strang^ulation à la main.
Mécanisme de la mort. — Deux causes principales interviennent ici, sans parler de la. compression des carotides qui est sans doute rarement complète des deux côtés quand la strangulation est opérée avec la main.
La première de ces causes est Toblitération du larynx ou de la trachée. Que le larynx soit simplement comprimé entre les doigts, ou qu'il soit refoulé contre la colonne vertébrale, il se ferme assez facilement, ainsi que cela a été constaté expérimentalement sur le cadavre. Langreuter *, après avoir enlevé la base du crâne, observe avec le laryngoscope les cordes vocales, et voit la glotte se fermer complètement d>s qu'une compression même peu intense est exercée extérieurement sur le larynx. Tourdes* ouvre le thorax pour mettre à nu les poumons; il voit ces organe» se gonfler quand on insuffle de Tair dans la bouche, les narines et les lèvres étant étroitement fermées ; mais une faible pression exercée latéralement sur le larynx et avec une seule main met obstacle au passage de l'air et les poumons ne se dilatent plus. Le même effet s'obtient par une pression un peu plus forte sur la trachée.
D'un autre côlé, la commotion et le choc du larynx jouent aussi un rôle qui peut être dans certains cas tout à fait prépondérant ; la mort survient alors par action réflexe ou inhibition. Claude Bernard ^ a montré depuis longtemps qu'un traumatisme du nerf laryngé supérieur pouvait déterminer un arrêt subit de la respiration. P. Berl* a déterminé la mort immédiate en resserrant brusquement la trachée d'un canard, et il attribue aussi ce fait à l'excitation des terminaisons nerveuses. Falk et Hofmann ont amené l'arrêt subit de la respiration, en comprimant le larynx de chiens trachéotomisés. Brovvn-Séquard a repris récemment
i. lAUj^reuier (Veirteljalschr. fdr gerichtl. Med,^ Band. XLV).
2. Tourdes, Art. Strangulation du Dici. encycL des se. médic.
3. Cl. Bernard, Leçons sur laphysiologieet la palholoyiedu système nerveiÂX.
4. Bert, Leçons sut* la physiologie comparée de la respiration.
ces expériences, et a trouvé que dans ces cas les efTets étaient à peu près les mêmes qu'après la piqûre du bulbe rachidien*.
Ces faits s'appliquent à Thomme. Tardieu relate le cas suivant : Un jeune garçon achète du tabac à une marchande qui était une vieille femme maigre, au cou décharné ; le gamin, amusé de voir le larynx de cette femme monter et descendre à chaque mouvement de déglutition, cherche à rattraper et l'atteint d'un coup brusque. La marchande tombe morte. Maschka^ a rapporté trois observations concernant un adulte et deux enfants de 12 ans, où la mort est survenue immédiatement après un choc sur le larynx, sans qu'on ait même trouvé à l'autopsie de lésions de cet organe. En ce qui concerne la strangulation, on a noté plusieurs fois qu'elle a produit une perte de connaissance tout à fait subite. Hofmann cite par exemple le cas suivant : une femme fut surprise dans son magasin par un individu qui la saisit
i. Voici comment s'exprime Brown-Séquard : « Le larynx surtout, mais aussi la trachée, et probablement ia peau qui les recouvre, sont capables, sous l'influence d'une irritation mécanique, de produire l'inhibition du cœur, celle do la respiration et aussi celle de toutes lesaclivités cérébrales. 11 peut donc y avoir tout d'un coup, sous Tinfluence d'une irritation mécanique de ces parties, une perte complète de connaissance et une syncope respiratoire et cardiaque plus ou moins complète. Des expériences très nombreuses m'ont montré qu'il y a entre les elTets de cette irritation et ceux de la piqûre du bulbe rachidien une très grande analogie. En effet, dans les deux cas il y a : 1" perte do connaissance; t^ diminution, et même (mais assez rarement) perle soudaine ou très rapide de l'action du cœur; 3^ diminution ou perle complète des mouvements respiratoires; 4o arrêt des échanges entre les tissus el le san^
Lorsque j'ai tué des chiens par suite d'un coup sur la régit>n cervicale antérieure, presc^ue toujours la mort a eu lieu sans convulsions, sans agonie, dan.s un état syncopal complet, permettant aux tissus de conserver très longtemps leurs propriétés spéciales, le sang passant rouge des artères dans les veines, et présentant un contraste absolu avec ce c^ue nou.s montre l'asphyxie franche où le sang est rapidement nijir dans les artères.
Conclusions. La peau du cou possède, comme le larynx, mais à un moindre degré, la puissance d'inhiber la sensibilité ; le larynx-, la trachée, et peut-être la peau qui les recouvre, possèdent la puissance de causer la mort sous une irritation mécanique de la môme manière que lebulbo rachidien. » (Acad. des sciences , mars et avril 1887).
3. In Minovici. Mort subite produite par des coups portés sur l'abdomen ou sur le larynx [thèse de Paris, 1888),
STRANGULATION A LA MAIN ifii
brusquement au cou, la renversa immédialement à terre, pril Targent dans la caisse et s'enfuit. Quelques instants après la femme fut trouvée sans connaissance et on la ranima aussitôt ; elle se rappela tous les détails de son aventure, jusqu'au moment où elle avait été saisie au cou, et déclara qu'à partir de ce moment elle avait perdu connaissance, sans avoir ressenti ni anxiété ni douleur. On ne trouva aucune trace de compression prolongée, de sorte que, dans ce cas, c'est évidemment le resserrement brusque du larynx, et non Tasphyxie, qui aurait déterminé la perte de connaissance et la chute. — Taylor cite le cas d'une femme ftgée qui fut étranglée dans son magasin par un apprenti, dans un temps si court et si silencieusement, que son mari, qui n'était séparé d'elle que par une mince cloison, n'entendit ni bruit ni désordre pendant que le meurtre se commettait. Nous avons vu nous-méme deux faits analogues, et où il n'existait pas de lésions des parties profondes du cou.
Mais la mort par inhibition pure est en somme fort rare. Il est probable aussi qu'il arrive rarement que les voies aériennes soient oblitérées continuellement par Tapplication des doigts depuis le début de la strangulation jusqu'à la mort. 11 faudrait pour cela de la part du meurtrier une habileté spéciale qui a été acquise, paraît-il, à de certaines époques, par des étrangleurs qui savaient repousser avec le pouce et l'index le larynx et la langue vers la voûte palatine.
D'après ce qu'on voit dans la pratique médico-légale, les choses se passent habituellement d'une façon un peu différente. Le meurtrier est incapable de maintenir ses doigts longtemps appliqués au même endroit, il les déplace, recommence à plusieurs reprises à serrer le cou, et parfois aussi cherche en môme temps à étouffer la victime en lui serrant la bouche et le nez. Il arrive ainsi que la mort résulte d'un mécanisme complexe dans lequel l'asphyxie, interrompue par quelques reprises d'air, joue sans doute le rôle principal, mais dans lequel interviennent aussi des actes réflexes, et les lésions parfois fort graves, produites sur les organes du cou.
Signes de la strangulation à la main. — On trouve presque toujours sur la partie antérieure du cou, et principalement au niveau ou autour du larynx, des traces de la violence exercée. Ces traces consistent soit en des ecchymoses, correspondant plus ou moins exactement par leur forme et leurs dimensions à l'extrémité de la pulpe des doigts, soit en des érosions produites par les ongles. L'érosion unguéale type est linéaire, légèrement curviligne, et reproduit exactement Tempreinte de l'extrémité libre de Tongle, de sorte qu'on peut reconnaître dans quelle direction a été appliqué le doigt qui Ta produite. Très souvent l'empreinte n'a pas cette netteté ; par suite des mouvements soit de la victime, soit de la main du meurtrier, Tongle glisse el produit une écorchure plus ou moins longue, plus ou moins élargie, à Textrémilé de laquelle on retrouve quelquefois le petit fragment d'épiderme détaché par le grattement. — Dans quelques cas, les empreintes unguéales sont nettes, peu nombreuses, et Ton peut déterminer ainsi dans quelle position la main a agi : généralement on trouve alors une empreinte unique sur le côté droit du cou, et trois ou quatre empreintes sur le côté gauche. On enseigne dans les traités classiques qu'une telle disposifion indique que la strangulation a été opérée avec la main droite, et qu'une disposition inverse prouve que c'est la main gauche qui a agi, que par conséquent le meurtrier était sans doute gaucher. Cette conclusion ne nous semble pas toujours légitime, car on conçoit qu'une main droite, portée sur le cou en pronation forcée, produise une empreinte analogue à celle de la main gauche placée dans la situation ordinaire, intermédiaire entre la pronation et la supination.
Le plus souvent les empreintes sont nombreuses parce que la victime se débat et que le meurtrier réitère ses efforts. Parfois ces lésions sont innombrables et existent également sur la face, autour de la bouche et du nez, car il arrive fréquemment que le meurtrier, en même temps qu'il étrangle sa victime, s'efforce de l'étouffer, en lui fermant les orifices de la bouche et du nez.
Pour la môme raison, les lésions profondes du cou sont souvent nombreuses et graves. Les ecchymoses sous-
DIAGNOSTIC MÉniCO-LÉGAL 183
cutanées et inlermusculaires sont presque constantes. Une lésion que nous avons rencontrée assez souvent, et qui nous paraît presque caractéristique est le décollement de la trachée, ou même du larynx ou d'une portion de muscle. Ces organes sont arrachés en partie de leurs connexions naturelles, et dans la cavité ainsi formée se trouve un épanche ment sanguin parfois fort abondant. — Les ecchymoses et la déchirure des carotides, les fractures de l'os hyoïde, du larynx ou de la trachée sont plus rares. On a vu aussi le larynx déformé, aplati transversalement, sans être fracturé. Quant à l'élat des organes respiratoires et de Tencéphale, nous renvoyons à ce qui a été dit à propos de la strangulation avec un lien.
S III. — La mort est-elle bien le résultat de la
strangrulation ? Dia^nostie difTérentiel
avec la pendaison.
La strangulation peut passer inaperçue si elle a été elîecluée avec un lien mou tel qu*un foulard, un linge, etc., qui n'a pas laissé de sillon, mais seulement quelques traces à peine appréciablcset d'une interprétation douteuse. Cependant le diagnostic peut souvent encore être fait grâce à la réunion des signes que nous avons indiqués ou de quelques-uns d'entre eux : congestion de la face avec pointillé hémorragique, suffusions sanguines des conjonctives, ecchymoses et autres lésions des parties profondes du cou, congestion et emphysème des poumons, ecchymoses souspleurales.
La strangulation a été quelquefois diagnostiquée par erreur. Cette erreur tient à ce que le col de la chemise ou de la cravate, ajustés d'une façon un peu étroite, laissent sur le cou un sillon analogue à celui de la strangulation. Ce sillon.d'abordtrèssuperiiciel, devient plus profond à mesure que les parties se tuméfient par le fait de la putréfaction. L'origine du sillon peut être reconnue par la situation qu'il occupe et qui correspond exactement à la partie resserrée des^vêtements. Il est inutile d'ajouter que celte constriction post mortem n'occasionne pas de lésions profondes du cou.
184 STRAXGVLATIOIf
— Sur les cadavres de nouveau-nés et de petits enfants, on aperçoit souvent aussi sur le cou des pseudo -sillons qui se forment au niveau des plis de flexion et d'extension de la lêle (voir le chapitre de V infanticide).
La strangulation à la utain produit presque toujours un assez grand nombre de blessures du cou que nous avons indiquées plus liauL Elle ne pourrait guère être méconnue que dans les cas d'inhibition, d'ailleurs fort rares, signalés au paragraphe précédent. L'erreur inverse, qui consiste à diagnostiquer à tort la stangulation, est plus facile. On rencontre en effet quelquefois, notamment chez les individus qui ont succombé à une hémorragie cérébrale ou méningée, à une fracture du crâne, des ecchymoses plus ou moins étendues et abondantes dans le tissu cellulaire prévertébral du cou et aussi en divers points de la gaine des carotides *. D'autre part, ainsi que le fait remarquer Hofmann^ on trouve quelquefois le larvnx fracturé chez des individus écrasés, tombés de haut, soit que le larynx ait été atteint directement. î-oit qu'il ait été violemment tiraillé par une extension brusque et considérable de la tête sur le cou. On pourrait supposer en pareil cas que la victime a été étranglée, puis soumi-^e à d'autres violences pour faire croire h un suicide ou à un accident ; un tel diagnostic ne serait légitime que si Ton avait constaté sur la peau des traces bien nettes de l'action de la main.
Il peut arriver que le cadavre d'un individu étranglé soit ensuite pendu pour faire croire à un suicide.
Ouand la strangulation a été opérée avec les mains, il y a des élcmcnls sérieux de diagnostic. A côté du sillon et des autres lésions produites par le lien suspenseur, on
1. Chfzun vieillard aiiionê à la Morgue comme étranglé, et qui était mort en rêalilt' d'un»» va'.te hémorragie cérébrale de l'hémisphère droit, nous avons trouvé à la parlie postérieure du pharynx une ecchymose de 3 ci'nlim. do iiiannjtn*,i-J plusieurs ecchymoses sur toute l'étendue de la^'ainc de lacarotidegaurhe. — Le soupçon de strangulation ne reposait «jue sur les (:omniéra<^M's de deux femmes qui avaient remarqué que la cravate du défunt était serrée, et qui en avaient conclu qu'il s'était sans doute étranglé.
2. Conditions dans lesquelles se produisent les fractures du larynx. (Arch. de CAnthr, crimin., juillet 1886.)
trouve sur le cou les traces des ongles et des doigts, et en outre les lésions des parties profondes du cou, lesquelles sont presque toujours plus nombreuses, plus accentuées que dans la pendaison, toujours accompagnées d'un épanchôment sanguin, et dont le siège ne coïncide pas avec le sillon de pendaison.
Lorsqu'il s'agit d'un individu étranglé avec un lien, le diagnostic peut être très délicat. Quand le lien a été déplacé ou remplacé par un autre, il est difficile que le sillon de strangulation coïncide exactement avec celui de pendaison, et l'examen de ces deux sillons comparés à la disposition de l'anse qui suspendait le corps met sur la voie de la vérité- Mais il arrive quelquefois, ainsi que Lesser * en rapporte des exemples, que le lien qui a opéré la strangulation soit suffisamment serré pour qu'il ne se déplace plus du tout quand on attache ses bouts à un objet pour suspendre le cadavre et simuler une pendaison.
En tous cas, le diagnostic différentiel peut s'aider des constatations faites d'une part sur les parties profondes du cou où les ecchymoses, les décollements, les fractures du larynx s'observent bien plus souvent chez les étranglés que chez les pendus, et d'autre part de la congestion de la face avec pointillé hémorragique, suffusions sanguines des conjonctives, de l'emphysème pulmonaire, signes qui n'appartiennent guère à la pendaison.
l IV. — La strang^ulatlou résulte-t-elle d'un homicide, d'un snicide on d'un accident ?
Il est impossible qu'un individu parvienne à s'étrangler en s'appliquant les mains autour du cou ; la constriction cesserait au moment où surviendrait la perte de connaissance et la respiration se rétablirait bientôt. Du reste, bien que des aliénés aient souvent essayé de se suicider par ce moyen, on n'a jamais vu qu'une de ces tentatives ait réussi. La strangulation effectuée avec les mains est toujours le résultat d'un homicide.