ARTICLE IV, EPOQUE DE LA MORT
Jusqu'à l'apparition de la Putréfaction, les éléments sur lesquels on s'appuie pour déterminer la date de la mort, sont tirés des phénomé:.es cadavériques et de Pétat de digestion des aliments contenus dans l'estomac,
Ce dernier moyen donne des indications fort Peu précises, parce que d’une part, le Pouvoir digestif des individus et la digestibilité des divers aliments sont très-variables : d'autre part, parce qu'il est bien établi que les phénomènes digestifs se continuent après la mort et d'autant plus longtemps que la température du cadavre demeure énffisamment élevée : toutefois, si l'estomac contient des aliments peu digérés et partant reconnaissables, il est raisonnable d’admettre que Ï\ mort à suivi de Près le dernier repas dont l'heure a pu être fixée Par l'enquête; si au contraire, l'estomac est vide d'aliments ou que ceux-ci sont réduits en bouillie, on peut croire à un délai plus long entre la mort et le dernier repas,
Pour ce qui est des Phénomènes Cadavériques, nous ayons déjà Doté qu’ils étaient susceptibles de varier tant dans leur manifestation que dans leur durée, suivant une fou!e de circonstances ; aussi est-il nécessaire d'apporter une grande réserve en évaluant Par ce moyen l'époque de la mort.
Dans les conditions ordinaires cependant, on peut affirmer que la mort est tout à fait récente lorsque le cadavre est encore chaud, qu’il n’y a ni lividités, ni rigidité Cadavérique. Si la chaleur ne se Manifeste plus au toucher et que la rigidité est dans la Phase d’aug. Mentation, la mort r:monte À plusienre heures Probablement à moins d’un jour, Si le cadavre est froid et absolument rigide, ou si la rigidité a corimencé à disparaître, la mort remonte à deux, trois ou
quatre jours. Si enfin la rigidité est disparue et que la tache ?erte de l'abdomen n’est pas encore visible, la mort date de 3 à 4 Jours,
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Lorsque la putréfaction est commencée, la difficulté de fixer la date de la mort augmente encore et d'autant plus que la décomnosition est plus avancée. Les indications suivantes sont un exerr'ple tiré de la putréfaction dans l'air: de 3 à 5 jours, apparition de la tache verie dans la fosse iliaque droite, son extension à une grande vartie de l’abdomen, gonflement des parties génitales par les gaz; de 8 À 10 jours, distension considérable de l’abdomen et liquefaction de l'œil; de 14 à 20 jours, formation de phlyctènes de différentes gran-
. Geurs au niveau de la peau, boursoufflement de tout le corps; la colo-
ration vert foncé s'est étendue considérablement, les ongles s’arrachent facilement.
Lorsqu'un cadavre est resté à l'air ou bien encore inhumé à une faible profondeur dans la terre, on peut parfois arriver à fixer d’une manière approximative, l’époque de la mort, même après des mois ou des années, grâce à l'étude des insectes qui viennent en aide aux mirobes dans la destruction des cadavres.
Ces insectes d'espèces un peu différentes suivant les climats sont der mouches et des vers. Ils constituent un certain nombre d'escouades qui, poussées par des besoins différents, apparaissent chacune à son heure, mais laissent cependant après elles des traces de leur passage sous forme de larves, de pupes, etc.
C'est à un savant Français du nom de Méguin (1891) que nous devons cette application de l'entomologie à la médecine légale et voici d’après cet auteur, la date d'apparition et l’ordre de succession de ces travailleurs de la mort,
Lorsque le cadavre est encore frais, ce sont des diptères (insectes À deux ailes) du nom de musca domestica ou mouche domestique, de cyrtoneura stabulans où mouche à abdomen vert des étab'es (qni généralement dépose ses œufs sur le fumier), de calliphora vomitoria où mouche bleue, qui viennent d’abord déposer leurs oeufs au niveau des orifices naturels.
Ces œufs deviennent, après huit jours environ, des larves on asticots qui à leur tour passent par l’état de nymphe ou chrysalide, avant de devenir adultes : de sorte que si, sur un cadavre, on ne trouve ni œufs, ni larves, ni nymphes, ni pupes ou coques, on est en droit de conclure que la mort est survenue pendant les temps froids, c’est-à. dire, quand les mouches n'existaient pas. Si, au contraire, on trouve qu’il existe des œufs, des larves ou des nymphes, comme l’évolution de ceux-ci se fait dans un temps déterminé, on peut déduire qué la mort a eu lieu au commencement ou à la fin de la saison chaude.
Lorsque la putréfaction commence, ce sont encore d’autres diptères: Lucilia cæsar ou mouche dorée vulgaire et sarcophaga ou mouche grise à viande, qui anparaissent, Cette dernière étant vivipare et non pas ovorivinare, dépose des larves toute formées de sorte que son évolution est rapide. Ils s’attaquent aux muscles et aux ma-
tières albuminoïdes, tandis que les graisses restent et se transforment en adipocire ou gras de cadavre.
Mais alors, c’est-à-dire vers le troisième mois, apparaît une autre sorte d’insectes, les colévptères (de koléos: étui et ptéron : aile, i.e. qu'ils ont deux paires d'ailes dont une sert à voler et l’autre plus dure sert d’étui aux premières) du genre dermestes, et des Kpidoptères du genre aglossa, qui dévorent les graisses et disparaissent avec elles.
La substance semi-caséeuse qui persiste encore chez le cadavre, appelle la pyophila casei ou petite mouche noire, luisante qui fréquente les habitations et s'attaque au fromage, en particulier au roquefort, <. les corynètes ou petits insectes bleu-acier qui sortent des parquets ‘u printemps. Cette escouade arrive vers le quatrième mois et avant le départ des précédentes auxquelles elle fait la chasse.
Lorsque la fermentation ammonicale se développe et que la substance cadavérique devient noire et liquide, apparaît la cinquième escuuade qui dure de quatre à huit mois. Les insectes qui la composent, appartiennent les uns à la classe des diptères, les autres à celle des coléoptères, en particulier les nécrophores ainsi nommés, parce qû'ils vivent sur les charognes sur lesquelles ils déposent leurs veufs,
La sixième escouade des travailleurs de la mort est constituée par des vers qui apparaissent au moment de la dessiccation, i.e, du 6 au 12ème mois, et dont les principaux sont les uropodes (de oura : queue et podos: pied) et les tyroglyphes ou acariens à 8 pattes, vivant sur les vieux fromages.
Lorsque la dessiccation du cadavre eit complète, la septième es- <vuade composée encore d'acariens, vient s’attaquer aux débris. L’an- ‘urenus moseorum, cette plaie des musées au printemps, est le plus inportant. .
Enfin la huitième escouade qui apparaît après trois ans, vient détruire tout ce qui reste: débris de tissu, nymphes, larves, etc, de sorte qu’il ne se trouve plus rien pour faire des recherches,
Sur les sept expertises dont Mr. Méguin a été chargé, il ne s’est as trompé de plus de quinze jours, \
il faut bien se rappeler toutefois que, pour que ces divers insectes re succèdent ainsi à des époques déterminées, le cadavre doit rester exposé à l’air. <
Dans le cas d’un noyé, par exemple, les insectes n’apparaissent Pour pondre leurs oeufs sur le cadavre qu'au moment où le gonflement des gaz le ramène à la surface.
De même si le cadavre a été enterré, ou s’il a été déposé dane tre bière hermétiquement fermée, ies mouches ne peuvent y arriver, mais il suffit d'une exposition de deux heures à l'air pour que les mouches viennent y déposer leurs œufs.
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