‹ Précis de médecine légale [microforme]Chapitre 60 sur 251 · PLAIES PAR ARMES CHARGE ?S A BALLE · texte numérisé non relu

PLAIES PAR ARMES CHARGE ?S A BALLE

La description qui va suivre, s’applique surtout aux armes courtes, ‘es plus intéressantes au point de vue médico-légal.

On peut voir d'abord un orifice d'entrée et parfois un orifice de sortie.

Ce dernier est en général linéaire, ei la balle ne s’est pas déformée en traversant les tissus: il présente au contraire les irrégularités les plus diverses avec les balles déformées.

L'orifice d'entrée est le plus souvent rond ou ovalaire; mais il Peut être linéaire, notamment lorsquu’il s’agit d'un petit projectile tiré de loin, et enfin il peut présenter plusieurs rayons d’éclatement, en particulier lorsque la Peau repose sur un plan osseux. Cet éclatement est dû aux gaz qui ont pénétré en partie avec la balle, mais qui ont été arrêtés par le plan osseux.

Les dimensions de l’orifice d'entrée nar rapport au projectile sont trés variables. Là où Ja peau est élastique, où elle peut être déprimée facilement, le diamètre de l'orifice d’entrée est plus petit que celui de la balle et il en est ainsi en général toutes les fois que le Coup a été tiré de loin. A courte distance, au contraire, et notamment avec une forte charge, le diamètre de Porifice tend à devenir de plus

en plus grand à cause, sans doute, de la participation des gaz d'ex- ‘ ploaion.

Autour de l'orifice d'entrée existe une zone de contusion noirûtre et généralement purcheminée sur le cadavre. Elle est de peu d'étendue et résulte du froissement de la peau qui s'est déprimée au moment du passage du projectile, Elle «et constante duns les tirs à courte distance, mais se voit aussi dans les coups tirés de loin. Lorsque Projectile arrive obliquement, cette zone de contusion n'est pas centirée et même parfois n'existe que d'un côté,

Il existe en outre au pourtour de l'orifice d'entrée des projectiles trés à courte distanve un certain nombre de stigmates Jus à l'action directe où indirecte de lu poudre, ce sont : le dépôt de fumée, Lincrustation des grains de poudre, la zone de brûlure. Lx dépôt de fumée est abondant avec les poudres noires: il est jaune ou gris avec Los poudres pyroxylées, Dans les deux ens, 1l disparaît par le lavage, ce qui permet de mieux voir la brûlure et les grains de poudre,

Il s'agit évidemment des grains de poudre non brûlés qui sé. chappent du cauon en nombre d'autant plus considérable que ja poudre est de plus mauvaise qualité. A une courte distance, ils s'incrustent dans lu peau, y formant une figure circulaire et concentrique à l'orifice d'entrée dans les tirs perpendiculaires, y for- Bant au contraire une figure semi-ireulaire où ovalaire, entre le canon et l'orifice d’entrée, dans les tirs obliques, Le diamètre de cette sorte de tatouage est d'autant moindre et les grains incrustés y apparaissent d'autant plus nombreux que le coup a été tiré de plus près.

Les grains de poudre s’enfoncent jusque dans le derme, et apnaraissent sous une couleur noire, verte, jaune ou grise, suivant ja poudre.

[ls peuvent traverser un vêtement mince avant de s’introduire dans la peau; mais en général les habits les arrêtent, de méme qu'ils retiennent la fumée et empêchent la brûlure.

Celle-ci est due à la flamme résultant de la déflagration de !a poudre.

La portée de la flamme est médiocre, et si, dans les fusils an- Gens, on estimait égale à Ja longueur du canon, il est certain qu'aujourd'hui avec les armes perfectionnées et en particulier avec les revolvers, son action ne se manifeste qu'à une très courte distance.

La brûlure n'intéresse ordinairement que l’épiderme ainsi que les poils ou les cheveux qui s’y trouvent; rurement ik existe des phlvetenes. Sur le cadavre, cette zone apparait parcheininée, La flamme peut se communiquer aux vêtements où aux objets environnants et donner lieu à des incendies, comme peut faire aussi la vourre en ignition. '

Il nous reste À étudier le trajet de la balle.

Il est le plus foutent unique, mais ji] Peut être multiple si le

Projectile s’est fragmeuté sur Jes 08.

trajet est parfois rectiligne, indiquant alors la direction du tir; le plus souvent il présente Jes déviations — Jont quelques- Unes @eez singulières dues à la rencontre les 08, La balle en effet, parfois longe l'os ou le contourne, ou encore elle rebondit sur lui pour prendre une direction plus ou Moins opposée à celle qu'elle avait Primitivement, On Cunslate que les armes de qualité inférieure et de petit calibre produisent plus facilement ces déviations, justement Parce que la force de Pénétration qu'elles dévelcppent, est boaucoup moindre que celle, par exemple, des armes de guerre modernes,

Le calibre du trajet est tantôt uniforme, tantôt irrégulier, Cette irrégularité est due, soit aux déformations que subit la balle à un moment de son parcours, soit AUX esquilles osseuses ; ‘elle cutrai. ne avec elle,

Outre ces esquil!es osseuses, on rencontre Parfs , dans le trajet, des débris de vêtements, des portions de la bourre, de la fumée et en. fin, du sang noir en Partie coagulé,

Lorsque le COUP a été tiré à une très courte distance et que la Charge tout entière, ÿ compris les gaz d’explosion, a pénétré dans une cavité close, comme le crâne, la bouche, il en résulte d'ordinaire un éclatement des Parties, tel qu'on ne retrouve plus trace de trajet, non Plus que d'orifice d'entrée ou de sortie, Si ea £az n'ont pénétré que les tissus mous, et s'ils sont arrêtés en même temps que les grains de poudre, la fumée, etc. Par un plan osseux plus ou moins profondément situé, le trajet de la balle est remplacé à ce niveau, par une cavité qu’on a appeiée avec beaucoup de justesse, un trou de Mine: Les muscles sont décollés et déchirés, la peau est éclatée, le plan osseux est parfois enfoncé, enfin les dégâts exercés varient avec la qualité et la quantité de la charge, la qualité de larme, là direc. tion du tir, etc.

Dans la cavité à Parois tomenteuses, on trouve un magma noi. râtre composé de quelques uns au moins des éléments suivants ; sang, grains de poudre non brûlés, fumée, portions de la bourre, débris de vêtements, etc.

Les lésions à distance, c’est-à-dire situées en dehors du trajet de la balle, en Particulier au crâne, sont dues à une action indirecte du projectile : “celui-ci Communiquerait une Partie de sa force vive aux liquides ou aux substances riches en liquides qui devicndraient à leur tour de buissants agents,” C’est par cette Pression hydroitatique qu’on explique les fractures du crâne distantes du trajet, les contu. sions de la Pointe des Jubes frontaux, temporaux ou occipitaux, produites par les revolver: usuels tirés À courte distance ; et les désordres

aucoup plus considérables tels que éclatement, fracassement, etc.,

du crâne, produits par lus ñrités de g'ierre (fusils et gros pistolets) üréus même à uue ussez grande distance.

b). PLAIES VAR ARMES CHARGEES À PLOMB.

L'action de ces armes (fusils de chasse) ést facile à comprendre Après ce qui vient d'étre «exposé

À courte distance, la charge entière fait halle et il en résulte des dégits considérables dus surtout aux gaz d'explosion Les plombs se retrouvent ici et là dans les tissus dévollés, déchirés, noireis par la fumée,

Les diverses zones que forment la fumée, les grains de poudre non brûlés, la flamme et les grains de plomb, apparaissent d'abord, puis s'aggrandissent avec Ja distance An tir pour enfin disparaître les unes après les autres, laissant persister seulement les grains de plomb,

e. PLAIES PAR ARMES SANS PROJECTILES.

La poudre et la bourre peuvent à très courte distance fire fonc. tion de projectile.

La première agit par ses produits de décomposition et les dégûts exercés sont en raison directe, d'une part, de la qualité et de !a quantité de ln charge de poudre, d'autre part, de la direction du tir: le tir perpendiculaire paraissant seul actif

d) QUESTIONS MEDICO-LEGALES.

1° A quelle distance le coup a-t-il été tiré?

Cette question a toujours une grande importance pour étabir que la mort est le résultat où d'un suicide où d'un homicide.

La réponse que now ‘oulons formuler, n'est assurément pas tonjours précise, mais elle est suffisante en pratique. Elle se tire des données exposées ci-dessus et notamment des lésions ou stigmates que laissent sur la peau nue et parfois sur les vêtements, les coupe tirés de près, de très-près et de loin.

Dans le tir de près ou à bout portant — distance comprise entre la surface frappée (ou mieux 5 à 6 centimètres près) et le moment de disparition du tatouage formé par les grains de poudre, c'est-à-dire environ 50 centimètres (20 pouces) — on trouve d'ahon] Vorifice d'entrée dont le diamètre est égal et souvent plus grand que celui de la balle, puis à son pourtour la zone de contusion qui est constante, la zone de fumée qui ne se manifeste guère au delà de 10 centimètres, la zone de brûlure (cheveux, poils, vêtements, ete), et enfin le tatouage dû à l'incrustation des grains de poudre, qui dépasse rarement la distance de 50 centimètres avec les armes courtes usuelles, (‘es trois dernières zones se superposent et occupent un epace d'autant plus étendu que le coup a été tiré à une distance plus grande, Dis sans dépassr une cériaine limite variable pour chacune

d’elles.

Dans le tir de loin — j] faut ente Cobque au-delà de 50 centim rifice d'entrée et la zone de contusion, c Peu susceptibles de varier avec la

Notons toutefois que ln zone les tirs de loin et que l'orifice calibre de la balle,

Dans le tir de très Prés ou à bout touchant — distance n'excédant &uère 5 à 6 centimètres rour les armes courtes … toutes les zones sont réduites au minimum. c'est-à-dire que tout pénètre en bloc: projectile, fumée, Ba4, grains de poudre, débris de vêtements, ete, et il en résulte un véritable trou de mine. Lorsque le canon est placé dans la bouche, les dégûts sont encore plus considérables,

Avec les armes longues très Puissantes (fusils, «rmes de guerre), l’action des gaz d’explosion se traduit Par des lésions orgar.iques ef. froyables : éclatement et broiement à une courte distance, mais aussi parfois à une distance suffisamment longue pour permettre aux gaz leur libre expansion, Les lésions, dans ce dernier cas, sont attribuables à la pression hydrostatique.

L'expert n’oubliera pas d'examiner avec soin dans chaque cas, * vêtements, car ils peuvent fournir des indications très précieuses fait qu'ils sont noircis ou brûlés, qu'ils ne présentent qu'un oria. qui ne peut alors être que celui d'entrée,

2 Dans quelle direction le COUP a-t-il été tiré?

Dans le tir à bout touchant, donnant lieu, comme on sait, à un trou de mine, la direction est facile À apprécier, même lorsqu'il existe un orifice de sortie; il est au contraire, le plus souvent impossible

de déterminer cette direction à la suite des dégâts considérables qu'entraînent les armes puissantes tirées à urès courte distance,

Dans les tirs à longue distance, le problème est encore facile s’il a existe qu’un orifice, celui d'entrée. L'axe de cet orifice est, soit perpendiculaire, soit oblique par rapport à la surface frappée ; la bande. lette de contusion est bien centrée ou bien elle est plus prononcée sur sur l’un des côtés de l'orifice.

Il ne faut pas trop compter sur des indications très précises tirées de la direction du trajet dans les tissus ; car la balle est susceptible de dévier étrangement dans Son parcours. S'il existe à la fois un orifice d'entrée et un orifice de sortie, il est évidemment de preiière importance de pouvoir les différencier, ce qui est, en général,

facile pour les tire à courte distance, à cause de la présence des stigmates Caractéristiques de la poudre, etc; ce qui est, au contraire, parfois fort difficile dans les tirs de loin.

On se basera dans ce dernier cas sur les données suivantes :

La forme de l'orifice de sortie est souvent irrégulière, les bords sont parfois éclatés et renversés en dehors.

tire pur là une distance quel- “tres — j] pe reste à apprécier que l'o-

'est-èdire deux éléments distance du tir.

de contusion peut Manquer dens d'entrée est souvent, plus petit que le

it

La dimension de l'orifice de sortie est d'ordinaire plus grande que celle de l’orifice d'entrée, mais elle est particulièrement grande lorsqu a balle s’est déforme dyrant le parcours, ou qu’elle a entraîne vec elle des esquilles osseuses, La position de ces esquilles abandonnées dans le trajet donne aussi la direction suivie par la balle. Lorsque le crâne a été traversé, la balle détermine presque toujours un éclatement de la table interne au niveau de l’orifice d'entrée, tandis que cet éclatement a lieu à la table externe au niveau de l’orifice de sortie.

La présence de la zone de contusion manque rarement à l’orifice d'entrée.

On pourra souvent rencontrer dans les cas d’espèce, d’autres caractères pouvant nous indiquer la direction de la balle, pa exemple: la présence d'un seul orifice sur les vêtements.

Dans les tirs à courte distance, on trouve en plus des données précédentes, les diverses zones dues à la fumée, à la flamme, à l’incrust: “on des grains de poudre, qui indiquent suffisamment l'orifice d'entrée.

La zone de tatouage en particulier, a pour centre l'orifice d’entrée dans le tir perpendiculaire, tandis qu’elle se montre en partie ou totalement sur un seul bord de l'orifice et du côté du canon, si le coup a été tiré obliquement,.

3° Quelle a été l'arme à feu employée?

D’après la seule appréciatica de la blessure et des stigmates qui l'accompagnent, l'expert peut évidemment établir que larme était chargée à balle ou à plomb. Entre deux armes chargées à balle, il pourra souvent établir qu'il s’agit d'une arme longue, puissante, Pouvant ineruster des grrins de poudre dans la peau à environ 3 mètres de distance, déterminant même de loin des blessures beaucoup plus considérables que les armes courtes ordinaires tirées de près; mais il agirait témérairement en voulant être plus précis.

Si l'expert est mis en possession de la balle qui a causé la blessure, des indications précieuses, relatives à l'arme recherchée, pourront être tirées du poids, des dimensions et, s’il n’est pas trop déformé, du nombre des rainures du projectile.

I! se rappellera toutefois que les balles en plomb sont susceptibles de perdre quelque peu de leur poids dans le parcours, et en outre qu'avec la même arme, plusieurs variétés de balles peuvent être utilisées.

Si enfin l'expert est mis en possession d’une arme enlevée À l’accusé ou trouvée près de la victime, il se gardera bien de toujours affirmer que c’est bien }à l’arme qui a déterminé la blessure ou qui a viré la balle fatale, même après des expériences avec cette arme chargée de balles analogues à cette dernière.

4° La balle a-t-elle traversé le vêtement ?

Un tissu est constitué par une chaine et une trame plus ou moins fine, dont la marque se fixe généralement sur les balles en plomb; on en fait une photographie que l’on peut agrandir au besoin.

La peau, grâce à son élasticité, constitue le substratum le mieux fait pour permettre cette fixation de l'image sur la balle,

5 À la seule lumière d’une arme à feu tirée dans ln nuit, la personne utilisant cette arme peut-elle être reconnue ?

Il résulte des expériences de M. Desgranges, de Lyon, que par une- nuit très sombre et en l'absence de toute autre source lumineuse, l'identification d'une personne tirant une arme à feu est possible à une distance modérée, Une fumée très dense et une trop grande distance empêchent naturellement cette indentification.

6” L’arme à feu a-t-elle été tirée récemment ? (1)

J/examen de l’arme peut assurément fournir quelques indications relatives au moment de sa décharge. L'un des produits de la poudre est le sulphure de potassium mélangé à du charbon de bois. Le sulphure de potassium exposé à l'air se transforme en sulplate qui, dans l’eau distillée, donne une solution alcaline et produit au contact de l’acétate de plomb un précipité blanc de sulphate de plomb.

Semple cité par Herold dit que, si la fumée du canon est suffisante pour noircir le doigt, si le canon lui-même ne contient ni rouille, ni cristaux de sulphate ferreux, si enfin, la solution obtenue par le lavage du canon est jaunâtre après filtration, dégage une forte odeur d'hydrogène sulphuré, et donne un précipité voir au contact de l’acétate de plomb, l'arme a été déchargée depuis deux heures au plus. Si le canon contient une fumée moins abondante, en l’absence encore de rouille et de cristaux de sulphate ferreux, et si la solution telle que faite ci-dessus, montre des traces d'acide sulfurique au contact du chlorure de barium, la décharge de l’arme peut remonter jusqu'à 24 heures. S’il existe dans le canon des taches de rouille facilement mises en évidence par le ferrocyanure de potasse, l’arme n’a pas servi depuis 3 à 6 jours. Enfin si la rouille e’y trouve en grande abondance, il s'est écoulé au moins 10 à 15 jours depuis que l’arme a été utilisée.

N. B. Les questions relatives aux conséquences des plaies par armes à feu, à leur production avant ou après la mort, à leur origine au point de vue accident, suicide ou homicide, seront traitées dans la partie réservée aux blessures en général.

1. Sur ce sujet, on consultera avec profit: Gérard, Etude médicolégale sur les armes à feu courtes, Thèse de Nancy, 1906.

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