DIAGNOSTIC MEDICO-LEGAL DES BRULURES
Entre autres questions relatives aux brûlures, les suivantes peuvent être posées à l'expert :
1° S'agitil d'une brûlure?
Le dianostic des brûlures faites soit sur le vivant, soit sur le cadavre, est d’ordinaire facile. Le seule erreur à éviter, c’est de
prendre pour des phlretènes de brûlures, celles qui se forment spontanément durant la putréfaction. Ajoutons que la phlyetène putréfactive est gazeuse, tout comme celle faite par la brûlure d'un cadavre; tandis que la phlyctène consécutive à une brûlure chez un vivant est, comme il sera expliqué plus loin, remplie d'une sérosité albu
mineuse.
2° Quel est l'agent qui a produit la brülure?
Seuls, la flamme et les corps en ignition produisent tous les degrés de brûlure; souvent même, dans les brûlures par la flamme, on les trouve tous réunis: érythème en bordure avec recroquevillement des poils, phlyctènes iei et là, escarres au centre et parfois carbonisation. Læs brûlures par la flamme sont en outre, très étendues, mais mal délimitées; leur direction se fait de bas en hant.
Les gaz et les vapeurs produisent des brûlures superficielles (les deux premiers degrés) et de même que la chaleur rayonnante, ils atteignent surtout les parties découvertes et les voies respiratoires,
Les liquides non caustiques produisent des brûlures plus profondes que les gaz et les vapeurs, mais sans pourtant aller jusqu'à lescarre.
Les brûlures par un liquide quelconque ont souvent une dirertion de haut en bas et se montrent sous forme de sillons où de trainées irrégulières, résultant de l'écoulement du liquide,
Les agents chimiques, emplovés dans un but criminel, sont surtout les acides et les alcalis, soit à l'état pur, soit en solutions <on-
centrées. Les brälures qu’ils produisent sont des escarres qui dif-
fèrent des escarres dues à la flamme ou à un corps en ignition, par leur aspect uniforme, par leur coloration, par leurs réactions chimies, enfin par les taches qu’elles laissent sur les vêtements.
Les escarres faites par les agents chimiques, différent aussi entre elles. Les acides, par suite de leur avidité pour l'eau des tissus, donnent ieu à des escarres sèches et dures; les alcalis, au contraire, prodisent des esarres molles, Ces der ters ne coagulent pas lalbumine comme de font les acides; aussi les brûlures faites par les acides, sontelles moins profondes que celles produites par les alcalis: la couche albumineuse opposant comme une barrière à la pénétration de l'a-
cide.
Pour la même raison, ies escarres acides sont opaques, tandis que les escarres des alcalis sont transparentes et en plas, cictueuses par saponification des graisses. Ni les habits ont été imprégné, leur simple lavage dans l’eau donne une solution facile à caractériser par les réactifs chimiques.
Parmi les acides, c'est l'acide sulfurique (vitriol) qui produit la lésion la plus profonde et la plus grave; son escarre est noire, mais sur ‘es habits, cet acide donne une tache rouge. L’escarre de l'acide azo-
tique est jaune par formation d'acide picrique ; le même acide donne
sur les étoffes, des tiches jaunes. L'escarre de l'acide chlorhydrique est brune,
Parmi les alealis, la poiasse est le plus caustique ; son escarre est brunâtre et onctueuse.
3 Les brülures ont-elles été produites pendant la vie ou après la mort?
Il est souvent nécessaire, surtout lorsqu'on soupçonne un cri. ne, d'établir si les brûlures ont un caractère vital ou, dans le cas de carhonisation cadavérique, de déterminer gi l'individu a vécu dans le foyer d'incendie.
Les malfaiteurs, en effet, après avoir aecompli leur crime, cher. chent souvent à cn faire disparaître Jes traces, soit en tentant de brûler directement Ju Victime, généralement après avoir versé un liquide combustible : alcool, huile, pétrole, gazoline, ete., soit en mettant le feu à la maison,
Or, les caractères des brûlures faites pendant la vie sont les Uns locaux, les autres indirectes où à distance,
Parmi les caractères vitaux locaux, il y à d'abord l’érythème ; Mais, nous l'avons dit, clle<i ne persiste Pas habituellement après ]a mort, si ce n'est parfois autour des brûlures du second et du troisième degrés, I! est en outre impossible de la reconnaître lorsqu'elle siège au niveau des lividités.
Les phlyctènes des brûlures peuvent se produire sur le vivant et sur le cadavre; mais dans le Premier cas, il s'agit de phlyctènes sé. reuses, contenant de l’albumine, des chlorures, des leucocytes et parfois du pus (après 36 heures) ; tandis que, dans le second cas, les ph'yctènes sont petites, gazeuses; elles contiennent, elles aussi parfois, un peu de liquide aqueux, lorsqu'elles siègent en territoire infiltré.
Les phlyctènes éclatées ne nous renscignent guère, si ce n'est lorsque le fond parcheminé montre de petits foyers de sang Coagulé. Quelques auteurs ont ob ervé que la phlyctène séreuse montre une base rouge, tandis que la phivetène gazeuse (Post-mortem) laisse voir une base pâle ou grisâtre,
La présence de nombreuses phlyetènes indique en général un Phénomène vital.
Dans le cas d'escarres, on donne comme caractères vitaux, la rougeur périphérique et la coagulation du “ang dans les petits vais. seaux sous-jacents, Ceux-ci, d'ordinaire fortement injectés, se voient déjà à l'ocil nu à travers l’escarre parcheminée : mais on les aper- Soit mieux encore à la loupe ou à l'examen microscopique.
Les caractères indirects où à distance des brûlures faites pendant ja vie sont tirés du fait que la victime respirait encore au moment de la production des brûlures,
On pourra souvent trouver dans les voies respiratoires, de la euie, des particules de charbon ou de Papier brûlé, ete: on pourra
même rencontrer des produits de combustion jusque dans les voies digestives
La présence d'oxyde de carbone dans le sang et notamment, dans le sang du coeur gauche, constitue une autre preuve irréfutable que l'individu respirait encore au moment de l'incendie, Ni, en effet, le sang d'un cadavre, épanché au dehors et en contact avec une atmosphère d'oxyde de cabrone, peut se charger de ce gaz, :l n'en saurait être ainsi du sang contenu dans les vaisseaux où dans le coeur.
4° Les brûlures élaient-elles suffisantes pour entrainer la mort?
Quelle est la cause véritable de la mort?
Rappelons d'abord que, dans les incendies, la mort à souvent lieu, soit par suffocation causée par la fumée, suit par asphyxie due à l'oxyde de carbone, soit enfin par blessures accidentelles: chute de l'individu lui-même, chute d'une poutre, d'un mur, ete. sur la tête,
Ces lésions traumatiques doivent être distinguées des violences d'origine criminelle :—blessures par instruments piquants, traaichants, contondants, par-arme à feu, ete., qui possèdent des caractôres vitaux, et des blessures post-mortem résultant directement de l'action de la chaleur (voir earbonisation ).
Quant à la mort due aux brülures elles-mêmes, elle est ou rapide où tardive.
Lorsque l'individu suecombe tardivement, il est emporté, soit par une infection locale ou générale (pyémie, septicémie, ete), soit par le progrès de complications telles que, pneumonie, méningite, néphrite, ukérations duodénales où gastriques, dues à la thrombhose des vaisseaux, ete,
Les causes de la mort rapide sont encore peu connues. On sait er expérience, que le danger des brûlures dépend plus de leur étendue que de leur profondeur: ainsi lorsqu'une brûlure, même au premier degré, s'étend au tiers de la surface du corps, elle entraine presque toujours la mort, et ce, plus sûrement encore, chez l'enfant que chez l'adulte. Les brûlures qui siègent à l'abdomen, sont particulièrement graves.
Dans les cas de mort très rapide, l'autopsie ne révele souvent d’autres lésions que les brûlures; dans d'autres cas et particulièrement, lorsque la victime a survécu quelqges heures ou quelques jours, on rencoatre de la congestion des organes, notamment du rein, du cerveau, des poumons, ete: des ecchymoses au niveau des muqueuses de l'estomac et de l'intestin et au niveau des séreuses: des altérations du sang qui sont surtout: le changement de coloration (couleur chocolat), l'épaississement, enfin la coagulation partielle à laquelle on doit attribuer la production de thromboses et d’embolies,
Ajoutons que la néphrite parenchymateuse déjà notée parmi Îles causes de la mort tardive, se rencontre aussi dans la mort rapide.
J1 semble done que le mécanisme de la mort rapide dans les
brûlures, est variable suivant les cas et que chacune des théories pré. sentées à ce sujet Peut contenir une part de vérité, Les uns attri. ouent la mort au choc nerveux suraigu (frayeur, etc,) ou lent (épuisement nerveux causé par l'excès de douleur) ; les autres l'attribuent aux Jésions du sang: altération hématique ayant Pour conséquence d’une part, la diminution de l'hématose, d'autre part, la formation de thromboses et d'embolies, et l'obstruction des canalicules rénaux.
La théorie toxique compte quelques partisans : et Je poison en cause (sels de potasse, btomaïine, bases Pyridiques, ete.), Proviendrait de la décomposition par la chaleur de Ja matière organique,
Enfin, o1 a découvert par des expériences, que la suppression des fenctions de la Peau sur une large surface du Corps, entraînait ra. Pidement la mort,
5° Les brülures sont-elles le résultat d'un accident, d'un sui. cide, ou d'un homicide ?
La question Peut se poser à propos des brûlures communes, de celles résultant Jus liquides Caustiques ct enfin à Propos de la car. bonisation,
dentelle, eur laquelle il n'y à pas lieu d'insister; le suicide de cette façon est exceptionnel et ne parait se rencontrer que chez certains aliénés ; quant au meurtre par brûlures communes, voici comment i] s'opère le plus souvent : Je criminel arrose sa victime ou le lit, par exemple, où elle repose, avec un liquide combustible tel que, alcool méthvlique, pétrole, gazoline, ete., et y met Je feu.
L4s brûlures par les liquides cAustiques sont d’origine accidentelle surtout; le suicide se fait par ingestion seulement. Quant aux brûlures criminelles, elles résultent ordinairement de la projection au visage du liquide caustique; on a pourtant vn des cas où le liquide nvait été versé dans la bouche, dans l'oreille, sur le mont de Vénus.
Nombreux sont jes cas de carbonisation accidentelle dans les in. cendies; la plupart ne donnent lieu à aucun SOUPÇon ; mais il arrive aussi que les criminels tentent de faire disparaître leur victime en la brûlant. morte ou vive, Tantôt, comme il a été dit plus haut, ils Parrosnt d'un liquide inflammable — souvent à l'air libre; tantôt ils mettent le feu à la maison elle-même après le crime. ‘antôt enfin ils brûlent le cadavre dans un poêle, une fournaise, un four, etc., Souvent après dépecage,
Dans le cas d'un cadavre carbonisé au cours d'un incendie, la 'remière question qui se pose, est celle d'établir si l'individu a respiré (U partant, s'il a véeu dans Je foyer d'incendie cette question a été discutée ci-dessus, Paragraphe 3ème: “Brûlures produites pendant la vie ou après la mort.) — Il s’agit ensuite de rechercher si le cadavre porte des blessures faites pendant la vie, non explicahles par l'action seule de la chaieur et capables de déterminer Ja mort, telles
les fractures du crâne comminutives ave enfoncement, déterminées par l’action des corps contondants, telles les plaies Par instruments Piquants ou par arme à feu, ete., avec leurs trajets hémorrhagiques, en général, parfaitement reconnaissables,
On se souviendra que certaines blessures (contusions, plaies contuses, fractures, ete.), avec caractères vitaux, peuvent aussi avoir Une origine accidentelle: chute d'un mur, d'une poutre, etc.
Dans le cas de cadavres comburés à l'air libre, la carbonisetion
est très lente et toujours incomplète, même avec l'emploi de liquides combustibles,
Pour apprécier Je temps nécessaire à la combustion complète d’un cadavre dans un appareil de chauffage donné, il faut savoir que dans le four spécial utilisé pour la crémation officielle, la carbohisation a lieu en quelques minutes, tandis que la transformation en cendre prend au moins deux heures. Dans un poêle ordinaire, l’incinération d’un cadavre de nouveau-né prendrait au moins deux ou trois heures, tandis qu'il en faudrait au moins vingt-quatre pour Un cadavre d’adulte préalablement dépecé,
On a prétendu à tort qu'un alcoolique était susceptible de combustion spontanée; il ne semble même pas que son cadavre soit suscoptible de brûler plus rapidement que les autres.
LESIONS DE CARBONISA TION ET IDENTITE DES j CADAVRES CARBONISER.
Les cadavres retirés d’un incendie sont, non Pas incinérés, mais carbonisés en entier ou partiellement.
La peau devient noire, sèche et dure; les muscles en se desséchant, font fléchir les membres et les fixent dans des attitudes bizarres: les mains sont fermées, les bras fléchi+, relevés et écartés du turps (attitude de lutteur).
La bouche est ouverte : la cornée devient opalescente et le cristal. lin se trouble au point de simuler une cataracte. L'ensemble du Corps est déjà diminué de volume d’une façon considérable.
Dans une seconde phase, surtout sous l’action prolongée d’une Chaleur élevée, la peau éclate sous forme de fentes régulières pouvant simuler une plaie par instrument tranchant, n'était l'intégrité des nerfs et des Yaisseaux qui forment des ponts dans la plaie; les muscles se carbonisent : les os deviennent friables, se fissurent, se rompent, et la disjonction des membres en particulier se fait, soit au niveau des articulations, soit en pleine diaphyse: enfin les cavités abdominale, thoracique ct surtout crânienne, éclatent et les organes
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internes soumis à leur tour, à l'action de la chaleur, perdent leur eau et diminuent de volume au point que les viscères d’aduite apparaissent comme ceux d'enfant.
Les poumons sont denses et dessé hés ; le coeur est parfois rouge vif comme les muscles et le StK, Iais sans pourtant qu'il y ait toujours présence d'oxyde de carbone ; je sang, outre sa couleur car. lin, est épais et même solidifié das les petits vaisseaux ; l'utérus et la vessie persistent assez bien.
On comprend toute la difficulté que présente l'identification de cadavres ainsi carbonisés; mais la connaissance des modifications que nous venons de noter, et en particulier, ln réduction des viscères et du squelette dans son ensemble, Je changement de coloration des Jeux, etc., devra permettre d'éviter les plus grosses erreurs,
Lorsqu'il n'existe plus que des fragments isolés de cadavre ou que celui-ci a été incinéré dans un appareil à combustion, les diffi. cultés d'identification sont naturellement plus grandes encore. Ces ici surtout qu'il faut éviter de confondre des débris d'ossements humains, ordinairement de nouveau-né, avec ceux d'animaux dames. tiques (poulets, moutons, lapins, ete.)