IIAI»ITI{K II PREUVES DU MEURTRE DANS L'INFANTICIDE
;: i'^'^. — Infanticide par fracture du crâne.
Les coups purlés sur le iiàne enliaineut avec une grande lacilité, étant donnée la fragilité des os du nouveau-né, la production de fractures. Tantôt un fragment de Tos fracturé, le pariétal dans la majorité des cas, déchire la dure-mère «t dilacère l'encéphale; tantôt une hémoriagie méningée se produit. Dans les deux cas, la mort du nouveau-né survient rapidement.
L'infanticide par traumatisme crânien est fréquent; on l'observe dans 21 p. 100 des cas d'infanticide, d'après la statistique de Brouardel.
Parfois les fractures sont nombreuses et les coups assenés sur la tempe à laide d'un sabot, d'un marteau, ou encore par projection du fœtus sur le sol ou contre un mur, déterminent un éclatement d'un pariétal ou des deux pariétaux. La violence a pour efTet decoml)rimer le paiiétal à sa pailie la plus saillante et tend à redresser ses courbures: il se fait une fracture en étoile, les traits de fracture partant du point d'ossilication central entre les travées osseuses rayonnantes déjà constituées. De cette façon, lacourbure du pariétal change de sens et les fragments fracturés, au nombre de dix, de quinze, présentent une forme triangulaire, les sommets convergeant vers le point d'ossilication central.
Lorsque les fractures du crâne sonl nombreuses, la tète apparaît déformée, en général aplatie latéralement; la palpation produit un crépitement osseux et donne la sensation d'un sac de noix. Malgré ces lésions considérables, les téguments restent intacts dansla majorité des cas: à peine si l'on trouve quelques écorchures et excoriations. A l'ouverture ducràne, on observe la présence dépanchements sanguins abondants, tant au niveau des méninges que dans la substance nerveuse de l'encéphale; le sang est coagulé, au moins en partie.
De telles lésions laissent peu de place au doute quant à la réalité
INFANTICIDli l'AH FRACTURE DU CRANK. 425
de rinfanticidc ; la bi'utalité nécessaire à leur genèse est|>eu compalible avec rhypothî'se que la mère a commis elle-même l'inlanlicide, et souvent, en effet, l'enquête a montré qu'elles avaient été provoquées par un complice.
Les mêmes fractures s'observent également lorsque, pour faire disparaître l'enfant, la mère le jette dans les fosses d'aisances, à condition que l'orilice de la lunette ait des dimensions inférieures à celles de la tète du nouveau-nè. Il se produit alors une compression du crâne à la fois suivant le diamètre antéro-postérieur et suivant le diamètre bipariétal. Deux cas peuvent alors se présenter : ou bien l'enfant était encore vivant au moment où les fractures se sont produites, et l'on trouve sous les téguments crâniens intacts un épanchement de sang coagulé ; oubien l'enfant était mort, et si, au cours de la putréfaction, le sang a retlué vers le crâne et s'est répandu dans les méninges, grâce aux déchirures vasculaires, au moins est-il resté entièrement liquide.
Mais souvent l'expert se trouve en présence de fractures du crâne moins graves que celles que nous venons de rapporter. Surlepariétal, par exemple, existe une fêlure ou une dépression osseuse avec épanchement sanguin sous-jacent qui a plus ou moins décollé la dure-mère et entraîné une compression du cerveau. Peut-il conclure à l'infanticide par traumatisme crânien?
Tout d'abord, il ne faudrait pas prendre poui' des fractures les solutions de continuité qui existent parfois sur les os crâniens non encore complètement développés des nouveau-nés; ces lacunes d'ossification se reconnaissent facilement à la régularité de leurs contours, à la transparence que l'os présente à leur niveau, enlin à leur disposition sensiblement symétrique sur les deux côtés du crâne. Alors même que la réalité de la fracture est incontestable, l'existence de ces lacunes d'ossification suflit pour expliquer la facilité avec laquelle elle a pu se produire au cours d'un accouchement même normal. Et chaque fois, en effet, qu'une fracture du crâne sans grands désordres existe che: un nouveau né, le médecin légiste doit tenir compte de la fragilité des os, fragilité telle que ces os se fracturent parfois pendant l'autopsie ; il est alors nécessaire d'envisager toujours l'hypothèse d'une fracture accidentelle.
Pendant le travail, deux causes prédisposent à la production des fractures du crâne chez l'enfant : le rétrécissement du bassin chez la mère, d'une part; l'exagération des dimensions de la tête du fœtus, comme on la rencontre chez les hydrocéphales, d'aulie pari. Nous n'entendons pas parler d'ailleurs des cas où la disproportion entre les dimensions de la tête fœtale et celles du bassin maternel
esl telle (jue raccouchement ne peut se terminer sans l'intervention (lun médecin ; car, dans ces cas, il ne peut être queslion d'infanticide, laccouchement n'étant plus clandestin.
Lorsque la fracture du crâne est douteuse, l'existence d'une hémorraijie méningée oii de foyers hémorragi([ues dans l'épaisseur de la substance cérébrale et bulbaire ne permet pas daKirmer linfanlicide. C-ouvelaire a rapporté, en oflel, de nombreuses observations d'hémorragies méningées, cérébrales, bulbaires, qui se sontproduites spontanément soit au cours de l'accouchement, soit après la naissance, en général chez dos enfants venus au monde avant terme.
Enfin la femme accusée d'infanticide par fracture du crâne se défend souvent en prétextant qu'elle a été surprise par les douleurs de l'enfantement, qu'elle a accouché rapidement étant debout et que les fractures résultent de la chute du fœtussur le sol. L'existence d'une bosse séro-sanguine volumineuse, incompatible avec l'idée d'un accouchement rapide, est le seul argument (]u'il soit possible dinvocjUer contre le moyen de défense adopté |)ar l'accusée. En dehors de celte circonstance, l'enquête jterinet parfois au magistrat instructeur de repousser ses dires, mais le médecin légiste, surtout si la femme n'est pas primipare, ne peut considérer l'explication comme invraisemblable.
En elfet, bien que Klein nail conslalé aucune fracture du crâne chez 155 nouveau-nés dont les mères avaient accouché debout, il est établi que l'expulsion se produit parfois avec une brusquerie telle (|ue l'enfant peut parfaitement tomber sur le sol. Chaussier, Négrier avaient cru pouvoir déduire de leurs expériences l'impossibilité de la rupture du cordon parle seul poids du fœtus; la chute brusque d un [)oids de 5 kilogrammes, attaché à l'une des extrémités du cordon, n'en amène jamais la rupture. Ov, comme le cordon n'a pas plus de 5U centimètres, ou bien la femme est accouchée debout et l'enfant est resté suspendu par le cordon, ou bien la femme était accroupie, et l'enfant est tombé sur le sol d'une hauteur minime, sa chute ne [)ouvanl expliquer la production des fractures du crâne.
Depuis cette époque, Budin a publié deux observations de rupture s|jontanée du cordon (jui se sont produites pendant le travail sous les yeux de ses assistants, les femmes étant pourtant couchées. Le même fait s'est produit dans le service de Pinard, sans (lu'aucune traction ait été opérée surle cordon.
Si exceptionnelles ((ue soient ces ruptures spontanées du cordon, l'Ues obligent le médecin légiste à admettre, en môme temps que la vraisemblance d'un accouchement rapide, la femme étant debout, la possibilité de la chute sur le sol du nouveau-nc et l'origine non