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MORTS SUBITES

La plupart des auteurs classiques étudient toutes les morts suspectes dans le chapitre des morts subites ; il en réiulte une confusion sur la définition de la mort subite et l'on arrive à décrire comme telle une mort survenue en plusieurs heures, en plusieurs jours même. Le fait que la mort survient d'une façon imprévue ne suffit pas, à notre avis, pour en faire une mort subite et nous conserverons le sens littéral, ne retenant que les cas où la mort se produit sinon instantanément, du moins très rapidement, au cours dune bonne santé apparente.

Dans une statistique personnelle portant sur 100 cas de morls suspectées à tort, nous trouvons So cas de morls subites.

Causes occasionnelles. — La mort subite peut survenir à tout âge, même chez les enfants, mais elle est plus fréquente quand làge est plus avancé.

L'influence de la digestion et des efforts a été souvent invoquée et elle est, en effet, très réelle chez les individus atteints daffections cardiaques et, en particulier, de lésions des coronaires, lien est de même pour les grandes émotions.

L'ivresse favorise la production des lésions pulmonaires ou cérébrales qui sont la cause fréquente de la mort subite, surtout pendant la période de dépression qui suit l'intoxication alcoolique aiguë.

Enfin le coit a été souvent noté comme cause occasionnelle, et nombreux sont les cas de mort subite observés dans les maisons de tolérance ou chez les prostituées ; il est vrai qu'en pareil cas l'ivresse ajoute souvent son effet aux efforts du coït.

Causes efficientes . — Les auteurs s'efforcent de distinguer les morts subites dues aux maladiesjlu cœur, aux maladies des poumons, aux maladies des rtins. En pratique, la distinction est souvent malaisée.

C'est ainsi que dans les 3.i cas de mort subite où nous avons été appelé à pratiquer l'autopsie, nous avons trouvé quinze fois un complexus anatomo-pathologique où s'associaient les lésions des reins, du cœur et des poumons, sans qu'il fût possible d'indiquer auxquelles d'entre elles la mort devait élre rapportée et surtout sans qu'on put déterminer la lésion initiale, il s'agit donc presque toujours d'urémie à forme pulmonaire, œdème aigu greffé sur un œdème avec congestion chronique.

La mort par angine de poitrine ou syncope au cours d'affection cardiaque n'est pas exceptionnelle, car nous l'avons rencontrée huit fois sur 35. Il peut s'agir dans quelques cas d'une brusque insuffisance cardiaque chez des individus atteints de myocardite ou de surcharge graisseuse du cœur, à la suite d'un effort ou sous l'influence du froid. Enfin, dans deux cas, nous avons trouvé un anévrysme de l'aorte rompu dans les bronches ou dans la plèvre.

Les affections du système Herveux' sont rencontrées assez fréquemment : hémorragie cérébrale ou méningée, méningite tuberculeuse ou cérébro-spinale évoluant d'une façon à peu près latente et déterminant la mort très rapidement, silôt l'apparition des premiers symptômes.

11 faut enfin signaler les lésions du ft<fce digestif ^isurloni l'ulcère

APPAREIL CARDIO-VASCULÂlRE. 477

de reslomac et du duodénum, qui provoquent la mort subite ou rapide par hémorragie.

§ I. — Appareil cardio-vasculaire.

11 convient d'envisager successivement les lésions du cœur, des artères et des veines.

Pour le cœur, la mort subite peut être le fait d'une rupture, ce qui est rare, plus souvent d'un arrêt consécutif à une lésion chronique.

La rupture du cceur survient au cours des cardiopathies chroniques, accompagnées de coronarite (Ziegler). Elle est la conséquence d'une thrombose artérielle, amenant la nécrose ou l'infiltration apoplectique d'un petit territoire musculaire ; tantôt ce territoire apparaît à l'autopsie sec, cassant, couleur jaunâtre, tantôt il se montre rouge, infiltré de sang, apoplectique. La rupture se produit au niveau de la zone cardiaque nécrosée ou ramollie. Cette rupture peut être complète ou sous-péricardique ; dans le premier cas, on trouve une petite quantité de sang dans le péricarde, qui, par compression, a amené l'arrêt du cœur ; dans le second, le sang a fusé le long des gros vaisseaux, à la façon des anévrysmes disséquants.

La rupture survient surtout chez les vieillards à l'occasion d'un effort, d'une émotion (mort de Philippe V, roi d'Espagne, en apprenant la défaite des Espagnols à Plaisance). Tantôt la mort est foudroyante, tantôt elle survient en quelques minutes et au plus deux ou trois heures, au milieu de symptômes angineux, avec dyspnée et syncope finale. Très souvent aucun symptôme morbide ne précède immédiatement la mort, bien que les individus soient des cardiopathes chroniques, si bien que la mort par rupture du cœur donne presque toujours naissance à des suspicions.

Les lésions chroniques du cœur qui déterminent le pluî souvent la mort subite, sans rupture du cœur et par le mécanisme de la syncope, sont l'artérite coronaire, l'insuffisance aortique et la myocardite chronique.

La coronarite consiste presque toujours en un rétrécissement des artères coronaires sur tout leur parcours, mais en général, dans les cas qui ont donné lieu à la mort subite, on trouve en plus des plaques d'athérome rétrécissant notablement l'orifice des deux coronaires, ou de l'une d'elles. 11 est assez curieux de constater que des lésions anciennes d'endartérite oblitérante ont permis une survie prolongée, au cours de laquelle l'individu ne présentait pas de troubles apparents de la santé, pour aboutir à la mort subite, pro-

bablement par suite d'une brusque fatigue du cœur. La coronarite est d'ailleurs rarement isolée, mais le plus souvent associée à l'alhérome de l'aorte, à l'insuffisance aorlique, à l'hyperlrophie du ventricule gauche et surtout aux lésions de néplirite interstitielle chronique. La mort est toujours subite, foudroyante, soit par syncope, plus souvent par le syndrome angine de poitrine ; en pareil cas, l'individu tombe brusquement et peut se faire de graves lésions dans sa chute, et il faut beaucoup d'attention à l'autopsie pour établir que les lésions traumaliques sont la conséquence de la mort et non la cause ; on s'appuiera surtout sur l'insuffisance des lésions traumatiques pour expliquer la mort subite et sur l'absence habituelle de gros épanchements sanguins au niveau de ces lésions quand l'individu était en état de syncope au moment de la chute et qu'il est mort sans en sortir.

L'insufflsance aortique peut aboutir à la mort subite, par suite d'une brusque fatigue du caur, à l'occasion d'un effort ou d'une émotion. En général, il existe simultanément des lésions de coronarite, si bien que la cause de la mort est complexe. Mais la mort subite a été observée chez des individus atteints d'insuffisance aortique valvulaire, sans lésions artérielles, et même dans des cas de rupture traumatique des valvules de l'aorte, au moment même où elle venait de se produire.

Bien que la myocardite chronique provoque habituellement la mort par insuffisance progressive de la circulation, on peut voir survenir, dans certains cas, une fatigue brusque du muscle cardiaque, qui n'est autre chose que le cœur forcé. Parfois la mort est foudroyante, par syncope ; d'autres fois il se produit une insuffisance circulatoire aiguë, avec tendance aux lipothymies, dyspnée vive causée parla congestion et l'œdème pulmonaire, et la mort survient en quelques heures. 11 est parfois difficile à l'autopsie de reconnaître les lésions de myocardite, en particulier la teinte feuillemorte, qui peut être le résultat de la putréfaction ; on se fiera surtout à la surcharge graisseuse du cœur et à la dilatation des cavités droites, parfois remplies de volumineux caillots cruoriques.

Les ruptures artérielles se produisent au niveau d'artères dont la paroi est altérée par desprocessus d'endartérite en général, qui ont parfois abouti à la formation d'anévrysmes. Celte rupture se produit en général à l'occasion d'un effort ou d'une émotion, mais parfois aussi sans cause apparente.

Brouardel insistait sur l'abus que l'on fait du diagnostic de rupture d'anévrysmedans tous les cas de mort subite où la cause n'est pas apparente. 11 est certain qu'un pareil diagnostic ne peut être établi

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que par l'autopsie lorsque l'anévrysnie est resté méconnu pendant la vie, ce qui est rare, mais non impossible. 11 est en effet des anévrysmes qui arrivent à un volume considérable, louten évoluant d'une façon complètement latente, en tout cas sans obliger le sujet à interrompre ses occupations.

In maçon, qui, d'aprèsles témoignages de ses camarades, ne s'étaitjamais plaint et avait continué son travail sans interruption, tombe d'un échafaudage situé à un mètre au-dessus du sol, se relève, porte la main à sa poitrine, fait quelques pas et tombe à nouveau en perdant connaissance ; il succombe quelques instants plus tard. A l'autopsie, nous trouvons un anévrysme de l'aorte du volume du poing, rompu dans le péricarde, oîi nous recueillons 400 grammes de sang. La perforation mesurait un centimètre de longueur et siégeait en une partie très amincie de la paroi anévrysmale, au pourtour d'une plaque athéromateuse.

La rupture de l'aorte peut se produire d'ailleurs sans qu'il existe danévrysme. 8 fois sur 10, la déchirure se produit au niveau de l'aorte ascendante (Kokitansky). Cette ruptuie peut être le premier temps de la formation dun anévrysme, qui se rompt ultérieurement, soit au bout de quelques heures, soit beaucoup plus tard- Un peintre célèbre ayant ingéré un bonbon, qui venait de lui être offert, est pris d'étourdissement et Ton songe à un empoisonnement ; quelques heures plus tard, il succombe brusquement et Ion trouve à l'autopsie une rupture de l'aorte avec anévrysme disséquant, ouvert secondairement dans la cavité pleurale gauche. !Mais d'autres fois la rupture de l'aorte occasionne une mort foudroyante, le sang s'épanchant en masse dans le médiastin et comprimant cœur et poumons. La rupture de l'aorte ne se produit jamais que sur des aortes malades, presque toujours au niveau d'une plaque d'athérome, mais on trouve parfois à lautopsie de personnes mortes lentement des aortes complètement rigides et tapissées sur toute leur étendue de plaques calcaires, alors que la rupture se produit sur des aortes qui ne présentent que des plaques athéromateuses discrètes.

Nous n'insisterons pas sur les ruptures des artères des centres nerveux et reviendrons plus loin sur la mort subite par hémorragie cérébrale.

La rupture se produit exceptionnellement dune façon spontanée sur l'aorte abdominale; elle est presque inconnue sur les autres artères.

Les lésions des veiaes ne provoquent la mort subite qu'à la suite d'hémorragies au niveau de grosses varices et, Ihémorragie se produisant à l'extérieur, il ne peut y avoir doute sur les causes de

la mort. La pénétration d'air dans les veines n'est jamais spontanée et est plutôt une complication au cours de certaines opérations ou même de simples injections intraveineuses, nous en reparlerons plus loin. Enfin la mort subite dans les phlébites sera décrite avec les maladies de l'appareil respiratoire.

§ 2. — Appareil respiratoire.

L'œdème pulmonaire constitue, comme nous l'avons déjà indiqué, la cause de beaucoup la plus fréquente de la mort subite, du moins la cause immédiate, car cet œdème est lui-même sous la dépendance de lésions cardio-rénales.

Le malade est pris subitement d'une dyspnée qui va en s'exagérant, d'une toux quinteuse, et il expectore une grande quantité de mousse aérée, de coloration saumonée caractéristique. La mort survient en quelques minutes ou en quelques heures.

A l'autopsie, on trouve les bronches remplies de spume sanguinolente et sur la coupe, les poumons laissent exsuder une grande quantité de sérosité mêlée à du sang, surtout au niveau des bases {submersion interne de Renaut . Les lésions aortiques sont très fréquentes : dilatation de laorte, alhérome de la paroi et des coronaires, insuffisance aortique; les lésions rénales sont constantes et consistent en néphrite interstitielle plus ou moins accentuée; il n'est pas rare de rencontrer également des lésions hépatiques, les sujets étant en général alcooliques.

La congestion pulmonaire, souvent invoquée par les anciens auteurs, en particulier par Devergie, dans l'étiologie de la mort subite, ne paraît pas fréquente, à moins d'être associée à l'œdème pulmonaire ; ce n'est guère que dans le coup de chaleur qu'on peut la rencontrer à l'état de pureté.

Par contre, la pnemnonie évolue souvent d'une façon latente, surtout chez les vieillards, les aliénés et les alcooliques; les lésions arrivent ainsi jusqu'au stade d'hépatisation grise, sans même avoir été soupçonnées, et la mort subite peut être alors particulièrement suspecte. Un homme de quarante ans est arrêté à la suite d'une rixe dans un cabaret; il meurt au poste dans la nuit et, à l'autopsie, Vibert trouve une pneumonie suppurée de tout un poumon.

Plus exceptionnellement la pneumonie peut provoquer la mort subite chez des sujets jeunes ou chez des individus ne présentant pas les tares ci-dessus indiquées. Chez un homme de quarantequatre ans,, dont Ihoinot a pratiqué l'autopsie, on trouva des lésions d'hépatisation grise, avec endocardite pneumococcique et de

APPAREIL RESPlUATulKE. 481

ineniiigilc pneumocuccique étendue à toute la convexité «lu cerveau ; l'homme était tombé brusquement dans la lue devant un fiacre et le cocher était poursuivi pour homicide par imprudence, bien (luii se défendît d'avoir écrasé le défunt.

L'embolie pulniouaire est une cause assez fréquente de mori subite, mais non de mort suspecte, car pour qu'il y ait embolie, il faut qu'il y ait phlébite, en général des membres inférieurs ou des vaisseaux péri-utérins, et ce sont là afTections rarement latentes. C'est donc surtout chez des individus atteints de varices anciennes que l'inflammation veineuse peut ne pas mettre d'obstacle aux occupations habituelles et donner naissance cependant à une embolie. Dans d'autres circonstances, l'individu était malade et gardait le lit, soit pour une fracture, soit à la suite de l'accouchement pour la femme, mais la phlébite était ignorée et la mort a paru suspecte à cause de sa brusquerie.

A l'autopsie, on trouve dans l'artère pulmonaire l'embolus, sous forme d'un caillot sec, consistant, qui peut s'adapter, quand on l'a dégagé des coagulations secondaires cruoriques produites dans l'artère pulmonaire oblitérée, sur le caillot rompu de la veine qui est le siège de la phlébite. Il importe de ne pas confondre avec un embolus les caillots fibrineux ou cruoriques qui se produisent au cours de l'agonie ou après la mort dans les cavités du cœur droit ou dans les branches de l'artère pulmonaire ; d'ailleurs, le diagnostic dembolie pulmonaire n'est jamais complet tant que l'on n'a pas retrouvé le point de départ périphérique de l'embolus, qu'il convient de chercher tout d'abord dans les veines des membres inférieurs, dans les veines péri-utérines chez les nouvelles accouchées, et à défaut dans les sinus de la dure-mère. Les thromboses primitives du cœur droit ne s'observent que chez des cardiaques avérés et ne donnent pas lieu à intervention médico-légale.

La pleurésie est encore assez souvent latente, même quand ia quantité de liquide épanchée est considérable. La mort subite peut alors survenir par suite du déplacement du cœur et de la compression du seul poumon servant à la respiration. A l'autopsie, on trouve parfois le poumon sain congestionné, farci d'infarctus ; plus souvent il existe des lésions de mjocardite aiguè, qui rendent compte des causes de la mort subite.

Brouardel rapporte le cas d'un gardien de la paix qui, en arrêtant un individu, est frappé par lui d'un coup de poing à la poitrine et meurt subitement ; à l'autopsie, on trouve une pleurésie avec épanchement considérable et des lésions de myocardite.

La bronchite capillaire, spéciale à l'enfant et sur laquelle nous

BAt,THAZAI\li. — Mrd. Irir., 3^ édil . :{|

482 PHENOMRNES CADAVÉRlOUES.

l'pvienHrons, [teul être rapprochée du catarrhe suffocant, «iéciil fhez If vieillard et inèino chez Ia<!ul(e à la suite de l'action du froid. Le plus souvent l'individu était atteint d infection pulmonaire, de bronchite, de grippe paraissant légère et qui ne l'empêchait pas de vaquer à ses occupations: brusquement il est pris d'étouffement et succombe, l'écume à la bouche, et Ton trouve à l'autopsie des noyaux apoplectiques multiples dans le poumon, de la grosseur d'une noisette, des ecchymoses sous-pleuiales, qui traduisent lasphyxie teiminale. 11 s'agit en somme d'un œdème aigu du poumon, provoqué non plus par les lésions cardio-vasculaires chroniques, mais par l'infection broncho-pulmonaire. Le catarrhe sufîocant a été observé fréiiuemment chez les soldats de faction par les grands froids et la nioit est survenue tantôt subitement, tantôt après quelques heures détouffement.

ii 3. - Tube digestif.

L ulcère de l'e^iitoiiiae peut provoquer la moi-l subite ou rapide par le mécanisme de l'hémorragie ou de la perforation. 11 est rarr (]ue dans le premier cas la mort soit suspecte. Il n'en est pas de même en cas de péritonite par perforation survenant chez des sujets vigoureux lorsque l'ulcère a évolué d'une fa-^on latente, ce •lui n'est pas rare, .lusqu'à ( ruveilhier, les suspicions d'empoisonnement étaient habituelles en pareil cas ; la description précise des lésions qui constituent l'ulcère a permis d'éviter des erreurs judiciaires.

On sait qu'Henriette d'Angleterre, dite Madame, belle-sœur de Louis XIV, succomba en quelques heures après avoir ingéré un verre d'eau de chicorée. On pensa à un empoisonnement par le sublimé; à l'autopsie faite par sept médecins, on trouva une perforation de l'estomac; cette découverte semblait confirmer les soupçons, car on pensait à cette époque que le sublimé donne des perforations immédiates de l'estomac, ce qui est complètement faux. <)béissant au désir d'éviter des complications diplomatiques avec l'Angleterre, les médecins déclarèrent que la perforation avait été pioduite par un coup de ciseau au cours de l'autopsie. Or il existait dans la cavité péritonéale une grande quantité d'huile que l'on avait fait absorber à Madame à titre de contrepoison. La perforalion était donc bien aiite luortcm et la mort était le résultat d'une péritonite consécutive à la perforation d'un ulcus gastrique.

L'ulcère duodénal donne lieu j)lus fréquemment à l'intervention médico-légale, cai- il est presque toujoui-s méconnu jusqu'au

SYSTEME >ERVëUX. 483

moment où son existence se traduit par une héniorraf<ie ou une perforation. Thoinot, qui devait être victime lui-même dune hémorragie due à un ulcus duodénal latent, rapporte le fait suivant : un ouvrier, victime d'un accident du travail qui a occasionné une fracture de jambe, reprend son travail au bout d'un mois ; trois semaines plus tard, il tombe brusquement malade au coui"? du travail et succombe après quelques heures ; la veuve n'hésite pas à rapporter la mort à l'accident, mais à l'autopsie on trouve une péritonite généralisée consécutive à la perforation d'un ulcère duodénal.

Un homme est ramassé ivre-mort sur la voie publique et conduit au poste, où il passe la nuit. Le lendemain des agents le reconduisent chez lui, mais il marche péniblement et doit être soutenu. Le soir il est conduit à l'hùpital où il succombe au bout de quelques heures. A l'autopsie, nous constatons qu'il existe un double ulcus duodénal et que le fond de ces ulcères, réduit à la séreuse péritonéale, est perforé. Cette double perforation de deux ulcères contemporains, ayant subi la même évolution, a dû se produire sous l'influence d'un excès de tension intra-duodénale consécutif à l'absorption d'une grande quantité de liquides alcooliques. Il existait une péritonite et la cavité péritonéale contenait un litre environ de pus mal lié, roussâtre.

Enlin Toeclusion intestinale aiguë a pu éveiller dans nombre de cas l'idée d'un empoisonnement, mais plutôt à cause de la brusquerie du début de la maladie que de la rapidité de la moti.

.ï 4. — Système nerveux.

L'hémorrag^ie cérébrale, bien quelle cause exceptionnellement une mort foudroyante, donne souvent lieu à des suspicions à cause de la brusquerie du début des accidents; dans les cas rapides, la mort survient au bout de quelques heures. L'intervention médicolégale est d'autant plus fréquente que l'hémorragie se produit en général à l'occasion d'efforts, pendant le travail, sous l'influence de la colère, au cours d'une rixe.

Les hémorragies célébrâtes, cérébelleuses ou protubérantielles s'observent surtout chez les vieillards, mais la syphilis peut en provoquer l'apparition chez des sujets jeunes, ainsi que des hémorragies méningées.

Un homme de vingt-quatre ans, tapissier, quitte son travail en se plaignant d'une migraine du côté gauche; il achète deux cachets antimigraineux chez un pharmacien et les ingère sitôt rentré chez lui; quelques instants après, il tombe dans le coma et succombe au

PHÉNOMÈNKS CADAVÉRUjUES.

Ituul (le ciiKj heures. On pense à une intoxication médicamenteuse. .\ iautopsie, il existait une lupluie d'un anéviysme de l'artère sylvienne, de la grosseur dune noix, qui s'était creusé une logettc dans le pôle antérieur du lobe occipital gauche ^Personnellej.

Au dixième round d'un combat de boxe, un individu semble complètement désempaié ; son adversaire lui porte un coup violent sur le menton; il tombe à terre sans connai.ssance et succombe au boni tie (|uelqiies heures. Ladversaiie est arrêté et inculpé d'homicide par imprudence. A lautojjsie, nous trouvons une hémorragie protubérantielle, qui a dillusé dans les méninges, sans fracture du crâne. Ces lésions se sont produites évidemment d'une façon spontanée chez un syphilitique, sou? l'influence des eflbrls au cours d'un combat très dur.

Si siu'prenante que la chose puisse paraître, on a dans un certain nombre de cas vu la inéiunt/ite ai(jui' évoluer d'un»* façon presque eomplèleinenl laleiile. ne donnant lieu qu'à dos céphalées qui

Fig. 02. — Mort par suffocalioii d'iiii (-iiileptiiiuc (fiiiaii li.

n'obligeaient pas les individus à interrompre leur travail. Dans les observations d'OIlivier d'Angers, de Tardieu, la mort est survenue subitement et l'on a trouvé à l'autopsie une couche épaisse de pus h la suiface des deux hémisphères cérébraux. Dans une observation de Viberl, il s'agissait d'une fille publique trouvée agonisante dans

FOIE. REINS, RATE, PANCRÉAS. 48"j

une chambre d'hôtel où elle avait passé la nuit avec un amant de rencontre; mêmes lésions a l'autopsie que dans les cas précédents. Jusqu'à présent il n'a pas été fait de recherches bactériologiques dans ces cas de mort subite au cours des méningites aiguës.

Brouardel a rapporté plusieurs cas de mort subite causée par des abcès du cerieaw d'origine otique, ayant évolué dune façon latente. On a rapporté également quelques exemples de tumeurs cérébrales, gliorne et cysticerques.

L'attaque (ïépilepsie peut aboutir à la mort rapide par suite de la constriction des muscles de la glotte et de l'asphyxie qui en résulte. D'autres fois l'asphyxie est provoquée par le reflux du contenu intestinal dans le pharynx, puis dans les voies respiratoires. Enfin l'asphyxie peut être favorisée, comme lavait déjà indiqué Brouardel et comme Briand en a rapporté des exemples incontestables, par l'obturation des voies aériennes, l'épileptique ayant la face accolée contre un oreiller, par exemple, au cours de la crise. On sait que la crise d'épilepsie provoque souvent un commencement d'asphyxie, dont on a la preuve par l'existence d'ecchymoses sous-conjonctivales, par le piqueté hémorragique sur les épaules ; dans les crises mortelles, les lésions asphyxiques sont encore plus accentuées et, à l'autopsie, on peut retrouver les ecchymoses sous-pleurales, les noyaux apoplectiques des poumons, la spume bronchique. Si donc la mort est survenue alors que l'individu se trouvait seul, si l'on ignore les antécédents épileptiques, on pourra être conduit à évoquer l'hypothèse d'une strangulation ou d'une suffocation. Il est nécessaire en pareil cas de procéder à une enquête et de rechercher les crises antérieures d'épilepsie, les traitements anti-épileptiques qui ont pu être prescrits au défunt, enfin d'examiner avec soin la langue pour y retrouver des traces de morsures.

Tardieu a rapporté l'observation d'un horloger de la rue du Bac, trouvé mort dans sa boutique avec un pointillé hémorragique audevant du cou et sur les épaules. La même nuit on avait arrêté trois cambrioleurs dans la même rue ; ils avouèrent avoir pénétré dans la boutique de l'horloger et s'être sauvés précipitamment à la vue du cadavre. L'horloger était un épileptique et avait succombé le soir en fermant sa boutique, au cours dune crise.

.5 5. — Foie, reins, rate, pancréas.

Au cours de la cirrhose du foie, il survient parfois des épistaxis assez abondantes pour provoquer- des syncopes mortelles. Si l'individu était seul au moment où l'hémorragie est survenue, on

W> PHI^NOMF.NES CAnAVÉRIQUES.

Iioiivo son radavfo dans une mare de sanu' et lun sonpc à uno nioif violente.

La bonne d un médecin est ainsi Iruuvée morle dans son lit, le» draps souillés de sang ; le concierge, qui avait remarqué depuis quelque temps l'augmentation du volume du ventre de cette femme, accuse le médecin de l'avoir engrossée, puis de l'avoir fait avorter. P.rouardel trouve à l'autopsie une cirrhose atrophique du foie, avec dix ou douze litres de liquide dans la cavité péritonéale ; la femme n'était pas enceinte.

La colique hépatique est plus rarement cause de la mort subite ou rapide, soit à la suite de la perforation du canal cholédoque et du passage du calcul dans la cavité péiitonéale, soit plutôt par un mécanisme d'inhibition ayant son point de départ dans la violente irritation des nerfs du plexus solaire.

On a signalé un certain nombre d'observations de rupture de kystes liydatiques méconnus, qui ont provoqué la mort en deux ou trois heures au milieu de vives douleurs simulant l'empoisonnement. Dans un cas de Tardieu, il sagissaitd'une femme surprise en flagrant délit d'adultère par son mari; après une violente querelle, au cours de laquelle, le mari et l'amant sont d'accord pour le déclarer, il n'y a pas eu de voies de fait, la femme tombe dans le collapsus; l'autopsie montre que la mort, survenue au bout de tntis heures, est due à la rupture d'un kyste dans le péritoine ; on ne trouve aucune trace de violences.

On a vu la rupture se produire à l'occasion d'un effort minime, en se baissant, en se déshabillant, au cours du co'it (Dévé;. La mort est le fait de la péritonite suraigué, plus souvent de l'intoxication hydalique.

Les maladies des reins, surtout la néphrite chronique, sont une cause fréquente de mort subite ou rapide, simulant l'empoisonnement par les convulsivants ou les narcotiques, suivant la forme clinique de l'attaque d'urémie. Nous avons déjà signalé la Iréquence de la forme pulmonaire, dans les cas où les lésions des reins sont associées à des lésions cardio-vasculaires accentuées. La crise d'urémie peut encore éclater sous l'influence du froid, de la fatigue, de l'émotion ou encore d'excès alimentaires ou alcooliques.

Dans la forme convulsive, J'individu peut se blesser contre les objets environnants et l'on pense à un meurtre. Un journaliste se rend dans une -maison de tolérance, où il offre du Champagne aux tilles; puis il monte avec l'une d'elles. Mais bientôt il perd ses matières et la fille dégoûtée le laisse seul. Le lendemain on le trouve mort, le côté cauche couvert de contusions. L'autopsie a

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