IDENTIFICATION DES RÉCIDIVISTES
Dactyloscopie. — C'est à Galton que Ton doit d'avoir imaginé, en 1888, une méthode de classilicalion dactyloscopique des liches des criminels et délinquants. Mais c'est surtout Vucelich qui a donné à la méthode la forme pratique, sous laquelle elle est appliquée dans les divers États de l'Amérique du Sud.
Les crêtes papillaires, qui existent à la pulpe des doigts, forment des images variées à l'infini chez les divers individus, mais qui peuvent être ramenées à quatre types principaux (fig. 128) :
10 Varc (A ou I), dans lequel les crêtes papillaires 'passent d'un côté à l'autre de la pulpe du doigt sans former do boucle ;
2" La boucle interne (l ou 2), dans laquelle les crêtes, parties du côté interne de la pulpe, s'incurvent pour revenir du même côté. Sur le côté externe de la pulpe se trouve un A au niveau duquel u n
A ou 1 Arc.
I ou 2. E ou 3.
Boucle interne. Boucle exlerne.
Fig. 128. — Les quatre jirincip.uix types d'empreintes dig
triangle ej^t constitué par des crêtes qui passent directement d'un côté à l'autre de la pulpe, sans incurvation ;
3° La boucle externe (E ou 3) ne diffère de la précédente que par le sens delà boucle ;
4° La verticille (V ou 4j forme une image dans laquelle les crêtes papillaires forment un circuit complet autour d'un centre.
Si donc on compose une formule en assignant à chacun des doigts des deux mains le type de son empreinte digitale, on obtiendra, par exemple, en allant du pouce à l'auriculaire :
Main droite.
Main gauche.
(le type répondant à chaque doigt étant indiqué par un chiffre, celui du pouce par une lettre majuscule).
A 2321, I 4232 représente la foi mule dactyloscopique de l'individu examiné.
Il est facile de classer à laide de cette formule les fiches des individus sur lesquelles on a ini|iiimé directement les empreintes digitales et auxquelles on a joint la photographie et diverses indications signalétiques.
La dactyloscopie permet plus d'un million de combinaisons de fiches et suffit donc à tous les besoins d'une classification. Elle présente en outre cet avanlage que l'image des crêtes papillaires ne varie pas depuis la naissance jusqu'à la mort ; le bertillonnage, au contraire, ne saurait ètie pratiqué sur les enfants et les adolescents.
Par contre, l'infériorité de la dactyloscopie est manifeste lorsqu'il s'agit, non plus d'identifier un récidiviste, mais de le rechercher dans une foule et de procéder à son arrestation. Bertillon a solutionné ce dernier problème par une méthode qui constitue, à notre avis, la plus ingénieuse de ses découvertes, le portrait parlé.
Portrait parlé. — Le portrait parlé n'est aîitre chose qu'une description méthodique et précise de la figure humaine, substituée au vague et à l'imprécision des anciens signalements.
Nous ne saurions passer en revue ici toutes les particularités de la physionomie ; nous nous bornerons à signaler celles qui sont la base d'une classification des individus, grâce à laquelle il est possible de retrouver et d'arrêter un individu recherché.
Fig. 1-0. — Formel de l.i crèle nasale vue de proiil.
Examinons d'abord le profil du nez : chez certains individus, la crête nasale, vue de profil, forme un arc concave; chez d'autres, elle est rectiligne; chez d'autres, convexe (fig. 120).
On indique par l'abréviation cav les nez concaves, r les nez rectilignes, vex les nez convexes, et, comme toutes les transitions existent d'une forme à l'autre, on constitue la gamme suivante :
(cav)
(vex)
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L'abréviation cav soulignée indique un nez très concave; (cav), mis entre parenthèses, signifie une forme très peu concave, presque rectiligne, et de même pour les abréviations (vex) et vex.
Une première classification est donc déduite de la forme du nez et permet de diviser en trois groupes les individus :
Nez cav, r, vex.
Le policier chargé de rechercher un individu dont le nez est concave laissera passer, sans prêter aucune attention, tous les individus dont le nez est rectiligne ou convexe.
Les caractères suivants sont tirés des détails de forme de l'oreille droite (fig. 130:.
Considérons {[d'abord le lobe de Toreille : tantôt il s'insère à la joue en descendant ou à angle droit, et est alors dit descendant ou d'équerre abréviation : deqj ; tantôt, au contraire, il s'insère en remontant (fig. 131, contour). Une seconde subdivision dans chacun des trois groupes d'individus dont le nez est cav, r ou vex, résulte donc de la forme du lobule qui est deq ou non.
Le pli inférieur (fig. 130, IKj, vu d'avant en arrière ou d'arrière en avant, peut avoir une forme concave ou convexe vers l'extérieur. D'où les nouvelles particularités caret vex de l'oreille, qui sont le point de départ de subdivisions nouvelles.
La fossette naviculaire (fig. 129, LU) s'arrête parfois au niveau du lobe, parfois le traverse jusqu'à son insertion à la joue (fig. 131, modelé), d'où l'épithète de lobe traverse ou non ; abréviation : tra.
Le lobe s'insère à la joue sur un» grande étendue ou, au contraire, il en est séparé ifig. 131, adhérence à la joue); abréviation : sep.
Enlin un dernier caractère est tiré de la saillie plus ou moins prononcée de lantitragus (fig. 131, profil); lantitragus saillant est désigné par sa.
Fig. 1.30. — Oreille droite.
AB, bordure originelle. — BC, bordure antérieure. — OD, bordure supérieure. — DE, Ixirdure postérieure. — G, lobe. — F, point d'attache du lobe à la joue. — FH, zone d'adhérence du lobi à la joue. — HB, tragus. — HI, antitragu?. — IK, pli inférieur. — KL, pli supérieur. — KM, pli médian. — 0, conque. — LU, fossette naviculaire.
Si nous résumons dans l'ordre les diverses particularités de l'oreille, nous obtenons :
Ira £cp"
que Ion résume par la formule mnémotechnique : décavés, tracez ça.
Fig. 131. — Pai-ticularités sigiialétiques de loreille droite, utilisées dans le portrait parlé.
Pour décrire le signalement d'un individu, on examinera donc chacune des particularités, en retenant celles qui e.xistent dans la série ci-dessus. On obtiendra ainsi une formule, par exemple :
Nez vcï, oreille deq-tra-sa
qui constituera un signalement bref, précis, de l'individu, signalement que répétera, que parlera mentalement l'agent chargé d'une recherche éventuelle.
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Certes, un semblable signalement est insuffisant pour identifier à coup sûr un individu; au moins conviendra-t-on qu'il localise les recherches plus approfondies à un petit nombre d'individus, et facilite singulièrement la surveillance, le filage et l'arrestation dans les opérations courantes de police.
D'ailleurs, le portrait parlé peut être complété par l'énoncé de signes particuliers, plus rares et partant plus caractéristiques, tirés de l'étude des rides, de la forme générale du visage, delà couleur de l'iris. Lorsqu'un de ces signes prend par sa rareté ou par son intensité une importance signalétique spéciale, il est souligné sur la fiche du portrait parlé et doit avant tout autre attirer l'attention de l'agent. C'est ainsi que l'on trouve chez un très petit nombre d'individus un tubercule sur le pli postérieur de l'oreille, dit turbercule daiwinien; une semblable particularité serait mise en évidence sur la fiche, soulignée, et constituerait un signe capital pour reconnaître l'individu.
Pour faciliter les recherches policières, Bertillon a groupé dans des albums les portraits parlés de tous les individus contre lesquels un mandat d'amener est lancé, de tous les expulsés et interdits de séjour. Cet album a reçu le nom d'album DKV (décavés). Nous lavons représenté ouvert sur la figure 132.
C'est un album à onglets, divisé en trois parties par des indications placées en haut : nez cave, nez rectiligne, nez vexe. Des onglets latéraux répondent aux subdivisions de l'oreille droite : deq, car, vex, tra, sep, sa; une dernière subdivision X englobe les individus peu nombreux dont l'oreille ne présente aucun des caractères précédents.
Examinant un individu, un agent relève les particularités suivantes du portrait parlé :
N(.z rectiligne Deq Ca Vex
11 ouvre l'album de façon à trouver en haut l'onglet Nez rectiligne, en haut et à droite l'onglet Deq; puis il cherche les indication cav, vex, sur l'onglet blanc en bas et à droite de l'album; très rapidement, il tombe sur la page 38 de l'album, représentée figure 132, sur laquelle se trouvent les fiches de portrait parlé de tous les individus répondant à la formule :
Nez rectiligne Deq Ca Vex.
Il est alors facile de voir si l'individu suspect a sa fiche sur cette double page, car deux fiches seulement répondent à la formule Deq. car vex, sans addition : celles de la seconde rangée de la page
...... -^.-^ ..,ij|jp.iiii>.i.jiii4Jiiii|>.i.i inr**r Fri. impigito««t«t 1
Fig. 132. — Album DK.V
juvcrl eii\ lion au milieu.
Balthazaui). — Méd. I
• •g . 3^ édil.
(le dioite des nommés Dumonceau [et Subilia (on [leut d'ailleurs retiouver, par l'examen cà l'd'il nu ou à la loupe des photographies, les caractères du portrait parlé de ces deux individus).
Supposons (jue l'individu suspect ressemble à celui dont la fiche existe sous le nom de Subilia; les détails portés sur la fiche sont assez nombreux pour identifier l'individu. On trouve :
En haut et à gaui'lio : 1873, date de naissance. 3U, àye.
+ 1 signifie que la fiche a élé établie un an auparavant.
En haut et au milieu : 1,5(), taille.
En haut et à droite : eh. m., châtain marion, couleur des cheveux. En bas et à droite : eh. r. ni., chiitain roux marron, couleur de la barbe ou de la moustache.
A gauche et au milieu : 5,9, longueur de l'oreille droite.
Au milieu : mar. f. \ marron foncé, répond à la coloration de l'iris et de
mar. f. } sun auréole.
Au milieu et en bas : R, nez rectiligne. En bas et à gauche : De(j-car-vex, formule de l'oreille droite.
Enfin, en bas de la fiche sont les indications suivantes en langage abrégé pour certaines : Subilia Joseph, né à La Valette (.Malte), Anglais, matelot; nawus à 3 centimètres au-dessus de la partie externe du sourcil gauche; petite cicatrice à 3 centimètres en arrière de l'angle externe de la bouche; petite cicatrice h 3e«n,ri audessus du quart interne du sourcil droit.
C'est là, on en conviendra, plus d'indications qu'il n'est nécessaire pour arrêter un individu sans encourir aucun risque d'erreur.
Révélation et itleutificat ion de»» eiuprciiitcui digitales, palmaires et plautaireis. — Nous avons déjà signalé l'importance de l'examen des empreintes laissées par les criminels sur les objets qu'ils ont touchés et abandonnés sur les lieux du crime; l'empreinte digitale constitue souvent en elTet une véritable signature laissée par le meurtrier.
C'est surtout sur les objets lisses et polis, verres, bouteilles, vitres, meubles vernis, etc., que les traces forment une image assez nette pour servir à l'identification. .Mais il est possible d'utiliser également les empreintes existant sur le papier, lorsqu'il s'agit, par exemple, de retrouver l'auteur d'une lettre anonyme.
Le dessin des crêtes papillaires sur les divers objets est constitué par une série de stries graisseuses, visible parfois à l'éclairage oblique, à jour fri>-anf f le plus souvent, il est nécessaire de révéler l'empreinte, c'est-à-dire d'utiliser des procédés chimiques qui la
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rendent plus nette et plus apparente et permettent de la pho^ tographier.
Révélation des empreintes sur verre. — ({crtillon saupoudre
Fi^. 133. — \erre .'ranfJeur iiiluiellei ^ur lequel ont élé révélées les empreintes digitales d'un meurtrier.
l'empreinte de céruse finement pulvérisée qui s'attache aux stries graisseuses; après avoir enlevé l'excédent de céruse, en frottant très légèrement la surface du verre avec un pinceau en poils de
blaireau, on expose l'empreinte aux vapeurs de sulfhydrate d'ammoniaque; l'image des crèles papillaires se dessine aussitôt en noir, par suite de la formation à leur niveau d'un sulfure de plomb (fig. 1331.
Révélation des empreintes sur papier. — Nous recommandons l'un des trois procédés suivants :
Le papier est trempé dans l'encre ordinaire, puis lavé à grande eau; les empreintes digitales se détachent en violet foncé sur un fond violet pâle. Ce procédé ne donne pas des images très nettes,
I''i<T. 134. — Emproiiite digitale de l'index d'un meurtrier, obtenue par conlact direct sur le papier de la pulpe du doigt préalablement enduite d'encre typographique.
faciles à photographier; de plus, il a l'inconvénient de salir le papier soumis à l'expertise et d'effacer en partie l'écriture. .
Le second procédé consiste à saupoudrer la feuille de plombagine et à chasser ensuite l'excédent de la poudre; les particules très fines de plombagine s'altaclient aux stries graisseuses qu'elles dessinent en gris noir. On peut fixer l'image obtenue à l'aide d'un vernis siccatif, la teintuie de benjoin, par exemple.
Les meilleurs résultats sont obtenus par l'exposition prolongée du papier aux vapeurs d'iode, à froid; il suflit de placer de l'iode métallique dans une cuvette pholographiciue et de mettre au-dessus le
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papier, la face où sont lesempreiiiles tournée en bas. Les images des crêtes, dessinées en brun rouge, sont souvent d'une netteté parfaite. Elles sont assez fugitives, mais on peut les photograpbier immédiatement après leur obtention, et d'ailleurs leur révélation est possible par une nouvelle exposition aux vapeurs d'iode. Ce procédé a l'avantage de ne pas altérer le papier, qui se décolore rapidement et conserve seulement une teinte jaune très pâle.
Identification des empreintes digitales. — On identifie les empreintes révélées en les comparant à celles obtenues par contact
W'c:jm^
Fig. 135. — Empreinte digitale laissée par le meurtrier sur un verre, révélée" par la cèruse el le siilfhydrale d'ammoniaque. Identification avec l'empreinte de la figure 134.
direct de la pulpe du doigt de l'individu soupçonné, pulpe préalablement enduite d'encre typographique; dans certains cas, on est conduit à rapprocher les empreintes de celles qui sont imprimées sur les fiches des criminels, conservées au service d'identité judiciaire.
Il conviendra d'examiner tout d'abord la foi^me générale de l'empreinte; si l'on a affaire à une boucle, on cherchera le centre du delta fig. 134, //) qui sera également repéré sur l'empreinte examinée (fig. 13o, /7;. Puis on cherchera le centre de la boucle 1 ; la ligne qui joint les points 1 et 17 doit rencontrer le même nombre
Fig. dSiî. — Empreinte <le la paume de la main souillée de snng, iclevée sur un drap fin.
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Erapi einte de la paume de la raain du criminel, enduite d'encre typographique. Identification avec l'empreinte de la figure 136.
(le crèles papillaires ^9 dans l'exemple représenté sur les figures 134 et 135). Toutes les particularités nettes de limage seront alors repérées et recherchées comparativement sur l'empreinte de comparaison : arrêts de crêtes (6, 9, 11), hifurcation des crêtes (2, 5), hifurcation et jonction ultérieure (11, 14), etc.
Pour conclure à l'identité des deux empreintes, il est nécessaire de relever au moins une quinzaine de particularités nettes, séparées par des crêtes papillaires en nombre égal sur les deux images, et de ne trouver aucune dissemblance.
Identification des empreintes palmaires et plantaires. — Le procédé d'identification des empreintes palmaires est le même que pour les empreintes digitales, lorsque les traces relevées sur des glaces, sur un sol carrelé, ont une netteté suffisante et laissent voir les crêtes papillaires de la paume des mains et de la plante des pieds.
Il arrive pourtant assez souvent que les images manquent de netteté, en ce qui concerne les crêtes papillaires. Il convient alors de recourir à l'examen des gros plis de la paume des mains et de la plante des pieds. Un trouvera figures 136 et 137 un exemple d'identification de la paume de la main du jeune Courtois, l'assassin de la rue de la Pépinière. L'empreinte sanglante avait été relevée sur le drap du lit; on y remarquait une série de lignes rouge sombre, numérotées de 1 à 11, laissées par le sang qui s'était accumulé dans les plis de léminence hypothénar. L'identification fut achevée par la constatation d'un durillon professionnel lo que l'on retrouve sur les deux images.
Étude des empreintes des pieds nus et chaussés. — L'examen des empreintes des pieds nus ou chaussés peut fournir d'utiles renseignements sur l'occupation à laquelle se liviait l'individu qui les a laissées.
Il est possible, en particulier, d'établir si l'individu était immobile dans la station debout, s'il marchait ou s'il courait. On remarque, en effet, sur la figure 138, que dans la station debout (a) l'empreinte des orteils est courte et présente une forme arrondie à son extrémité antérieure; dans la marche [b], cette empreinte se prolonge en avant par une petite traînée triangulaire, due au roulement de l'extrémité antérieure des orteils sur le sol lorsque le talon se soulève; enfin, dans la course (c), le talon ne laisse pas son empreinte sur le sol, le corps i-epose seulement sur le talon antérieur et l'empreinte est d'autant plus réduite que la course est plus rapide.
Des indications analogues peuvent être tirées de l'étude des em-