I. -. IDENTIFICATION DES RÉCIDIVISTES
Les lois ont édicté, dans la plupart des pays, des peines plus sévères pour les individus qui, en récidivant, se montrent plus réfraclaires aux effets que Ion attend de la répression et constituent, par suite, un plus grand danger social.
Mais, pour que ces lois reçoivent leur application, il est indispensable d'identifier les inculpés et de rechercher s'ils n'ont pas commis d'infractions antérieurement.
C'est dans ce but que Bertillon a imaginé la première méthode d'identification, basée sur la mensuration d'un certain nombre de parties du corps, dont les dimensions sont fixes à partir de l'adolescence. Cette méthode a reçu le nom d'anthropométrie.
La méthode de Bertillon a été adoptée en France et dans un grand nombre de pays; elle présente surtout l'avantage de permettre un classement facile des fiches des criminels et des délinquants.
Depuis, surtout à l'instigation de Vùcetich, on a substitué à la méthode anthropométrique un classement des fiches basé sur l'aspect des images formées par les crêtes de la pulpe des doigts, sur l'examen des empreintes digitales. Cette méthode, dont on ne saurait méconnaître l'intérêt, a reçu le nom de dactyloscopie.
Avant d'exposer les procédés de l'anthropométrie et de la dactyloscopie, nous démontrerons l'insuffisance des procédés anciens, basés surtout sur l'examen des photographies.
Identiflcation par la photographie — La photographie a
été utilisée longtemps pour la reconnaissance des criminels; c'est un
Hg. 122. — Photographies du même individu prises à huit jours d'intervalle, destinées à montrer la différcrice d'aspect lorsque les cheveux ont été cou. es et la moustache rasée.
procédé dont on ne peut nier la valeur, mais qui expose à de nombreuses causes d'erreur.
ÎDENTIFICATION DES RÉCIDIVISTES.
On pourra s"en convaincre en examinant les deux photographies, face et profil, du mt-me individu fig. 122 . prises à quatorze jours
Fig. 123. — Photogrâhies de deui individus différents, monlranlune ressemblanre extraordinaire.
dinlervalle. lia suffi de ctuper les cheveux el''de raser la niouî tache pour que l'individu devienne presque méconnaissable.
Au contraire, la figure 123 représente les photographies de deux individus différents, un Anglais et un Français; les ressemblances sont telles qu'un agent delà Sûreté, se liant uniquement à la photographie, n'eût pas hésité à arrêter l'un deux avec la photographie de l'autre.
Il est donc nécessaire, pour l'identification des récidivistes, de recourir à des procédés précis et de ne pas se fier à l'impression souvent inexacte qui résulte de l'examen d'ensemble d'une photographie.
Anthropométrie. — La méthode anthropométrique, ou bertillonnage, est basée sur la fixité des dimensions du squelette à partir de la vingtième année et sur l'infinie variété de dimensions des diverses parties du squelette d'un individu à l'autre.
On pratique les mensurations suivantes, à l'aide de toises, d'équerres et de compas d'épaisseur.
Taille. Longueur de la tête. Longueur du pied gauche.
Envergure des bras. Largeur de la tête. Longueur du médius gauche.
Buste. Diamètre bizygoma- Longueur de l'auriculaire
tique. gauche.
Longueurdeloreille Longueur de la coudée gau-:
droite. che.
Nous indiquons ci-dessous l'approximation de chacune des mensurations et l'erreur permise :
Écart rendant
Approximation.
Erreur permise.
Faute lourde.
impossible l'identification.
mm.
mm.
mm.
mm.
Taille
Mesure!
tginéraies u
[ Envergure ' Buste
Longueur, i Largeur . .
Tête : <
' Diam. bizy,
1 tioue
goma-
' Longueur oreille droite
Longueur
pied
Me
mbres : <
> gauche
\ Longueur iné- / dius gauche..
\ Longueur auri- J culaire gauche
f Longueur
cou-
dée gauche . .
IDENTIFICATION DES RECIDIVISTES.
Sur les 100000 fiches du service d'identité judiciaire de Paris, il n'en est pas deux semblables, pas deux qui deviendraient semblables si des erreui's de mensuration avaient été commises dans les limites permises et nT.cme avec faute lourde ; on en trouverait une trentaine e semblables si l'un avait commis pour lune des mensurations
Voile — |N'V 'i^
C I Te..t
i Bu5to0- 41 I r.rnllc Ir. jEl ' C-wlOo ?. SIH J'
Main dr.
Kig. 124. — Fiche anlhiopoméliique du service d'i leulité judiciaire de Paris.. — Recto.
un écart de l'oidre de ceux de la dernière colonne du tableau cidessus.
Or, il est bien certain qu'il ne faut pas un long apprentissage pour mesurer la taille à 1 centimètre près, la longueur ou la largeur de la tète à un demi-millimètre près.
La méthode de Bertillon est donc excellente pour obtenir des fiches de classement faciles, toutes difTérentes les unes des autres. Mais elle ne peut suffire à lidentificalicn, puisque les erreurs de
mesure conduisent à établir pour un récidiviste une fiche qui n'est jamais identique à l'une des fiches de la classification, mais qui s'en rapproche seulement. On complète l'identification par l'examen des empreintes digitales et la recherche des signes particuliers, cicatrices niDvus, tatouages, etc.
Aussi a-t-il été indispensable d'établir des fiches sur lesquelle,
., ___l Som fll prénoms ^__^
Surnomi et pieutioni/ineg : ijJ^\^',sî^l/>x^â-t/t-^:>-^^
Fils de . fcCA^UL,
Motil de ta déiencion .
Slarqu^H parlirulièrcii et eiralrires.
Notes relatives aux mensurations. I-^Z^fC^" :fcg^ <^^^ OC
eut. \>o-u.c/x çta^, / W T 'P^ci
MâIN gauche : Impression suceeuu-
ulée fteie duititt '
lFich»îf^^3ei4t>-â classer aàl^^Çonsf'rlque jai?Ti l.-ij Tr io» «i.^ li ■ ji
Flg-. 125. — Fiche anthropométrique du service d'identité judiciaire 'le Paris. — \'erso.
tous les renseignements fussent portés. La figure 124 représente le recto d'une des fiches du service d'identité judiciaire de Paris : outre la photographie de face et de profil, à la réduction d'un septième, on trouve indiquées toutes les mensurations, ainsi que la nuance des cheveux, de la barbe et de l'iris ; à la partie inférieure sont les empreintes digitales roulées des doigts de la main droite, après encrage de la pulpe des doigts à l'encre grasse typographique.
IDENTIFIGATluN DES RÉCIDIVISTES.
Sur le verso de la fiche (fig. 125), on indique le nom de l'individu, les faux noms qu'il a pu prendre, son âge, son lieu de naissance, sa pi'ofession et le motil' de la détention.
Les signes particuliers sont notés en langage conventionnel à l'intérieur du cadre (III. Verrue à 3 centimètres au-dessous de l'angle externe de l'œil gauche). Enfin, à la partie inférieure sont direc-
.^cT./ I / long- /<7. O
cnvcrg. \'^^ buste Vrjf--t--ii
■eillc dr - Z. y/ ie"l'). .
pied s ^ 2? Ç
âge appv - ag<; dcci' ts^b
yf
Impression simultaDée et i
Auriculaire - Annulaire Ye !
de la main GAUCHE
Teint j rir-/--S.-uig" /. F=rr lée des quatre doigts réuc5s
M d us Annula re Ânri ulaira de 1» maia COI"''
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Mcia DROITf. Inp
ï-^-^ te°j=^ \
oreodé à__^iiviv^ ,1e lcr.>ii>.,^ . r . ,' ' ,'^ftxi^„;;-^ *^--'
Fig. 126. — Fiche anthropométrique des services de province. — Reclo.
tement imprimées sur la fiche les empreintes des cinq doigts de la main gauche de l'individu.
Pour les fiches des services d'identité judiciaire de province, on remplace la photographie, dont l'ohtention nécessite un outillage compliqué, par l'impression simultanée, prise à plat sur la fiche, des quatre derniers doigts de chaque main. Le verso de la fiche provinciale ne diffère guère de celui de la fiche parisienne.
Pour la classification des fiches, on divise toutes les fiches en trois groupes, d'après la longueur de la tète :
Petite : de a à 18,3.
Moyenne : d- 18,3 à 18,9.
Grande : de 18, 'J à w.
Chacune des trois catégories est de nouveau divisée en trois, d'après la largeur de la tète. Et ainsi de suite; si bien qu'après avoir passé en revue les principales mensurations, on tonîbe rapi-
Kom et prénoms :
Surnoms el pseudonj-mes : «AU J^^^Jf^ ^^S^C'tjJt-:
Né le J^ <^ln^ ^ 4$ ^ à ^ÛuJ^23i^^ Cant. ^ „ ^
Fils de iÛ^i^e- et de ..^2if^£u^
Ûtta^Û^.:^
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^^lu<^a^:
Profession: J^ C^1^<'kta.,!iiL-ik-&<J^ Motif de la diMntion
IVote^relalÎTo* aux mensurations. — Marques partieclïêres et ciratriees.
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Fig. 127. — Fiche anlhropomélrique des services de province. — Verso.
dément sur un casier oîi n'existent qu'un petit nombre de fiches, parmi lesquelles il est facile de retrouver celle de l'individu examiné, si cet individu est déjà passé au service.
Bertillon ne néglige donc nullement les empreintes digitales, qu'il utilise pour identifier les lécidivistes ; mais il ne base pas la classification des fiches sur l'élude de ces empreintes, contrairement à ce qui a lieu dans la méthode dactyloscopique.