DÉTERMINATION DE LA TAILLE
Pour se servir de ces tableaux, on mesure très exactement, à l'aide du compas d'épaisseur ou de la tablette graduée de Broca, la longueur des os, et on lit en face de la valeur trouvée la taille probable de l'individu à qui ces os appartenaient.
Supposons que l'on ait retrouvé une jambe dontlefémur ait été scié au-dessus du genou. Le tibia et le péroné étant intacts, chacun d'eux
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Courbe indiquant la valeur des diamètres moyens des canaux de llavers de la partie moyenne du tibia, aox différents âges.
peut servir à la détermination de la taille. Le péroné a, par exemple, 0°>,333 de longueur et le tibia O'o,339. La valeur étant exactement intermédiaire pour le péroné entre On*,330 et 0'n,336 de la table, la taille probable sera la moyenne des valeurs t"*,oD6 et i", 'j68 correspondantes, soit 1 "',o62.
Si on détermine la taille à l'aide du tibia, on trouve une valeur très voisine de 1«»,568, soit l"»,b67.
Balth.\zard. — -Méd. lég., 3« édit. 38
594 IDENTITK.
On se rapproche de la véi-ilé en prenant la moyenne des deux valeurs obtenues, en partant de la longueur du péroné et de celle du tibia, soit 1™,564. L'approximation augmenterait encore si l'on disposait d'autres os, tels que le fémur, l'humérus, etc., auquel cas on prendrait la moyenne de toutes les tailles probables obtenues en partant de ces dilTérents os.
Les longueurs osseuses indiquées dans les tables de Manouvrier sont relatives aux os frais, encore pourvus de leurs cartilages épiphysaires. Si l'on avait affaire à des os secs, il faudrait ajouter 2 millimètres aux longueurs mesurées.
Quant à la taille, elle a été mesurée sur des cadavres étendus sur le dos; pour avoir la taille que l'individu avait pendant la vie dans la station debout, il faut retrancher 2 centimètres environ à la valeur calculée.
Les tables de Manouvrier indiquent les rapports moyens qui existent entre la taille et la longueur des différents os longs; on conçoit que ces rapports ne puissent être exacts pour tous le& individus. Manouvrier a déterminé expérimentalement Terreur probable commise en calculant la taille d'après la longueur d'un seul os long.
Sur JOO cas, l'erreur a été 34 fois comprise entre 0 et 1 centimètre.
— 34 — 2 et 3 centimètres.
— iS — 4 et 5 —
— 10 — 6 et 7 —
— 2 — 8 et 9 —
— 2 — 10 et 11 —
En résumé, sur 100 déterminations, l'erreur a été 68 fois inférieure à 3 centimètres, 86 fois inférieure à 5 centimètres. La possibilité d'une erreur de 10 et même 11 centimètres oblige toutefois, en médecine légale, à quelque réserve.
Les tables ci-dessus ne donnent les tailles qu'entre l™,oo et 1"»,83 pour les hommes, t'>i,40 et 1°',71 pour les femmes. Si l'on obtenait des longueurs osseuses inférieures à celles qui sont dans les tables, on obtiendrait approximativement la taille en les multipliant par les coeflicients suivants :
Péroné. Tibia. Fémur. Humérus. Radius. Cubituî.
Hommes. 4,82 4,80 3,92 5,25 7,11 6,66
Femmes 4,88 4,83 3,87 5,41 7,44 7,00
Si, au contraii'e, les longueurs osseuses étaient supérieures à celles de la table, la taille serait le produit de ces longueurs par les coefficients suivants :
Tibia.
Fémur.
Humérus.
Radius.
Cubitus.
SIGiNES CARACTÉRISTIQUES DES PROFESSIONS. 595
Péroné.
Hommes 4,37
Femmes 4,52
La table de Manouvrier pourra être encore utilisée quand il s'agira
de déterminer si deux os longs proviennent du même individu.
Soit un fémur mesurant 0'°,460, prélevé sur le cadavre d'un homme
qui a été mutilé: un bras détaché a été retrouvé. Appartient-il au
cadavre e.xaminé? On mesurera, par exemple, le cubitus de ce
lontrueur du cubitus
bras. Le rapport -, — ■ ; jz représente Imdice cubito-
^ longueur du lemur ^
fémoral. La valeur normale de cet indice pour un fémur de 0'",460
0,266 est donnée par la table; elle est égale à ; soit 0,o8. Si la valeur
OjtoO
normale de cet indice pour les os examinés diffère notablement
de 0,58, on aura tout lieu de croire, abstraction faite des signes
tirés de l'adaptation des parties, que le bras ne provient pas du
cadavre.
.§ 4. — Signes caractéristiques des professions.
A une époque où le développement de lindustrie n'avait pas encore atteint l'ampleur actuelle, les ouvriers et artisans se divisaient en catégories bien tranchées d'hommes exerçant toute leur vie la même profession. Les outils employés toujours de la même façon produisent, au niveau des mains, des déformations caractéristiques, qui avaient permis à Tardieu, à 'S^ernois, de préciser des règles permettant de retrouver la profession grâce à l'examen attentif des mains.
A l'heure actuelle, l'extension de la mécanique dans l'industrie a abaissé la plupart des ouvriers à l'état de manœuvres aptes à toutes les besognes; aussi, si l'on excepte certaines professions, telles que les cordonniers, les tailleurs, les couturières ne piquant pas à la machine), les ouvriers qui manient le marteau ou qui travaillent à genoux, rencontre-t-on rarement des déformations assez caractéristiques pour en déduire des indications sur la profession.
Les ouvriers à marteau ont à la main droite une série de callosités à la racine des doigts et entre l'index et le pouce. Les cordonniers présentent, sur la face exierne de l'index droit, des crevasses imprégnées de glu, dues au frottement du fil; l'ongle du pouce gauche est souvent rayé; dentek- parles coups d'échappement de lalène. et enfin il existe un durillon large à la partie moyenne de la face antérieure de la cuisse gauche.
Chez les couturières, la pulpe de Tindex gauche est épaissie et perforée de nombreuses piqûres d'aif^'uille. Les tailleurs qui travaillent accroupis sur leurs jambes repliées présentent une bourse séreuse molle et fluctuante au niveau des malléoles externes. Enfin chez les ouvriers (|ui travaillonl à genoux, parqueteura, Inlumiers, couvreurs, on observe, au-devant de la rn(ule gauclie, tantôt une callosité épaisse, tantôt une bourse séreuse plus ou moins distendue par du liquide.
Pour les autres professions, il n'est guère de déformations constantes; toutefois les produits chimiques qui teignent l'épiderme, qui s'incrustent sous les ongles, permettent souvent de remonter aux professions qui les emploient.
§ 5. — Détermination de l'identité.
Dans les paragraphes précédents, nous avons obtenu des indications, les unes précises, les autres plus vagues, sur le sexe, l'âge, la taille et même, dans certains cas, sur la profession. Mais les renseignements les plus utiles pour reconstituer l'identité sont tirés de l'examen des tares individuelles, malformations osseuses, cicatrices, tatouages.
L'existence d'une syndactylie, par exemple, facilitera plus que toutes les données précédentes ridentiflcation du cadavre. Il est impossible d'énumérer toutes les particularités sur lesquelles le médecin expert peut avoir à attirer l'attention de la justice; nous nous bornerons à citer les cicatrices, les tatouages et les anomalies de la dentition.
Cicatrices. — On sait que toutes les plaies qui intéressent le derme donnent naissance à des cicatrices fibreuses indélébiles qui rappellent grossièrement la forme de la plaie et dont l'examen permet quelquefois de déterminer la blessure à laquelle elles ont succédé.
C'est ainsi qu'une cicatrice allongée et étroite semble consécutive à une coupure; une cicatrice aplatie et étalée donne l'idée dune plaie confuse. 11 faut penser aussi aux cicatrices spontanées, qui succèdent aux diverses lésions cutanées : acné, ecthyma, syphilides.
Dans les premiers mois de leur apparition, les cicatrices subissent des modifications qui permettent (l"indi(j[uer approximativement à quelle date remonte la blessure; rouge violacé au début, elles pâlissent progressivement, jusqu'à devenir moins coloiées que la peau environnante. Au bout de trois à quatre mois, cette transformation est opérée, et l'aspect ne se modifie plus.
Tatouages. — Les tatouages constituent des cicatrices de piqûres
DÉTERMINATION l'E L'IDENTITÉ. 597
avec introduclion dans le derme de poudres inertes, charbon, carmin, faites de façon à dessiner des symboles, des inscriptions, des portraits. Ces tatouages, colorés en bleu, en général, plus rarement en louge, sont indélébiles; seuls les tatouages roUges jjâlissent un peu avec le temps. Pour les faire dis|)araîtie, il est nécessaire d'employer un caustique, auquel cas la chute de l'escarre laisse une cicatrice étendue. Les tatouages sont intéressants à deux points de vue : d'abord parce qu'ils constituent des signes d'identité réellement particuliers à l'individu, ensuite parce que les sujets qu'ils représentent fournissent des renseignements parfois très précis sur le passé, les mœurs ou la profession de l'individu dont on cherche à établir l'identité.
Les tatouages s'observent surtout chez les individus qui ont été marins et chez les militaires qui ont servi aux colonies; ils sont très répandus dans les compagnies de discipline. Us évoquent presque toujours des idées erotiques ou amoureuses; ce sont des portraits de femmes plus ou moins dévêtues, des cœurs percés dune flèche, des bouquets avec inscriptions comportant des serments de fidélité.
D'autres fois on trouve des emblèmes patriotiques, plus ran-nienl religieux. Chez les criminels, qui souvent ont passé par les bataillons d'Afrique, les inscriptions rédigées en argot témoignent de la haine de ceux qui en sont porteurs pour l'autorité civile ou militaire; certains ont le corps entièrement recouvert de tatouages bleus ou roses dont quelques-uns ne sont pas dépourvus de caractère artistique; les devises : enfant du malheur, bon cœur mais mauvaise tête, sont habituelles. Les ouvriers ont coutume, dans certaines professions, de faire tatouer sur leurs bras les outils ou objets qui leur servent ordinairement : fer à cheval fjour les maréchaux, marteaux pour les serruriers, etc. Enfin, chez les pédérastes, dans les basses classes de la société, il n'est pas rare de voir tatouée, sur la peau qui recouvre la verge ou sur le prépuce, une botte, qui constitue l'emblème grâce auquel ils désignent leurs goûts pour l'amour mascuhn.
Anomalies de la dentition. — L'usage de plus en plus répandu des dentiers, surtout dans la classe aisée, est parfois précieux pour reconstituer l'identité d'un cadavre défiguré ou carbonisé. Après l'incendie du Bazar de la.Charité, un certain nombre des victimes furent reconnues grâce à ces pièces de prothèse, dont les dentistes avaient conservé la description dans leurs livres.
Les altérations de lémail. surtout marquées à la face postérieure des dents, [trouvent souvent que l'on est en présence du cadavre d'un
fumeur; l'usage habituel do la pipé s'arcompapne, en général, de l'usure de l'incisive externe supérieure du côté gauche.
Enfin, chez les individus édentés depuis longtemps, les alvéoles dentaires se résorbent, disparaissent complètement, si bien que le maxillaire inférieur présente une hauteur beaucoup moindre qu'à l'état normal.
Comme on le voit, nombreux sont les renseignements qu'un examen attentif du cadavre fournit au médecin relativement à l'identité; il y faudrait ajouter encore ceux que l'on peut tirer de l'étude des cheveux et des poils, sur lesquels nous avons déjà insisté (p. 526).
Mais les circonstances se présentent en pratique avec une telle diversité que c'est surtout de l'ingéniosité et des qualités d'observation du médecin que dépendra le succès des recherches de la justice.