‹ Précis de médecine légaleChapitre 69 sur 185 · IV. - BRULURES · texte numérisé non relu

IV. - BRULURES

La dénomination de brûlurea doit être éttuidue à toutes les lésions produitespar les radiations physiques et par les substances chimiques dites caustiques.

^ I, — Bnûlurss par la chaleur.

Les symptômes des brûlures aux divers degrés sont étudiés dans les traités de pathologie externe; nous ne les- décrirons pas, non plus que les conséquences et les complications des brûlures. Au point de vue médico-lé.val, il importe surlout de déterminer sous quelle forme la chaleur a produit la lésion, et h quelle température ont été soumis les tissus.

D'une façon générale, la chaleur radiante ne produit que des lésions minimes, que Ton observe à la suite d'exposition prolongée au soleil et aussi chez les ouvriers métallurgistes et les verriers ; elles consistent en un érythème plus ou moins intense, avec parfois craquellement de l'épiderme.

C'est lorsqu'il y a contact direct entre un corps chaud, solide, liquide ou gazeux, que les brûlures aboutissent à la désorganisation plus ou moins étendue, plus ou moins profonde, des tissus.

Avec les corps solides, la brûlure est en général peu étendue, mais elle peut être très proton le. H en est ainsi chez les enfants martyrs que leurs parents brûlent avec des tisonniers chauds. L'ne association de malfaiteurs, que l'on appelait les chauffeurs, a longtemps terrorisé les habitants des campagnes; ces individus masqués enfonçaient des fers rougis au feu dans la chair de leurs victimes pour les obliger à révéler l'endroit oii était caché leur argent.

Les liquides s'élalent sur les téguments, et, si leur température est suffisamment élevée, les brûlures qu'ils produisent ont une grandeétendue, alors que, grâce au refroidissement assez rapide, les tissus ne' sont pas en général très profondément lésés. Au lieu d'être sèche et noiràtie comme dans le cas des brûlures par corps solide, l'escarre est mol'e et grisâtre.

Avec les gaz et les vapeurs combuslibhs, gaz d'éclairage, grisou, acétylène, éther, la surface des brûlures est encore plus grande qu'avecles liquides; mais souvent les lésions sont très superficielles ; l'épiderme est léché par la flamme ; les cheveux, les poils sont brûlés et la peau rest^^ parfois intacte partout où elle e>i protégée par les vêtements. Lorsquela combustion des gaz se prolonge quelquetemps, les lésions peuvent être beaucoup plus considérables, et les flammes pénètrent dans les voies aériennes ; on peut même observer une

BRULURKS PAR LE FROIO. 247

carbonisation plus ou moins complète du corps. Tel est le cas dans les incendies, où la mort est (luelquefois le fait non des brûlures, mais de l'cisphyxie par l'oxyde de carbone et les gaz irrespirables.

Knlin la vapeur d'eau à haute température détermine des brûlures qui présentent quelques caractères particuliers. Grâce à la propriété qu'a la vapeur d'eau de traverser et d'imbiber les vêlements, ceux-ci conservent longtemps une température élevée, et les brûlures sont plus profondes sur les parties couvertes que sur les régions découvertes. Il se produit ainsi une vésication très étendue, à la suite de laquelle l'épiderme tombe, laissant à nu le derme plus ou moins lésé.

11 n'est pas toujours très aisé d'évaluer la température des corps qui ont été en contact avec les tissus d'après l'examen des lésions produites. Tout au plus peut-on dire qu'au-dessous de la température d'ébuUition, leau, par un court contact, ne produit que des lésions légèies, en général un simple érythème. Au dessus de TS", un contact un peu prolongé peut déterminer de la vésication. La formation d'escarre ne s'observe qu'à partir de 100°, avec un contact assez prolongé.

L'examen des vêtements fournil parlbis des renseignements plus précis. Brouardel a pu démontrer, grâce aux craquelures des gants et à l'intégrité du cuir des chaussures cihez les victimes trouvées dans la buvette de l'Opéra-Comique, lors de l'incendie de ce théâtre, que la température en ce point avait atteint 120», mais n'avait pas dépassé 140°.

Les brûlures ont-elles été faites pendant la vie? — Les brûlures, lorsqu'elles sont légères, déterminent seulement une rongeur de la peau due à la vaso-dilalalion des capillaires cutanés, rougeur qui disparaît après la mort. Lorsque la brûlure est plus grave, le sang se coagule dans les vaisseaux de la peau, et la rougeur persiste sur le cadavre. S'il s'est formé une phlyctène, celle-ci est entourée dune auréole rouge séparée de l'escarre centrale par un liséré blanc; entin le contenu de la phlyctène renferme de nombreux leucocytes dont la présence est l'indice d'une réîction de l'organisme et prouve que la brûlure a été faite avant la mort. Rien de semblable ne s'observe lorsque la brûlure est survenue après la mort; les tissus plus ou moins profondément brûlés, parfois même calcinés, ne sont pas entourés d'une auréole rouge, et les phlyclènes qui se forment parfois sur les parties œdémaliées du cadavre ne renferment jamais de leucocytes.

^ 2. — Brûlures par le froid.

Les humeurs de l'organisme congèlent à une température voisine de — 0",6; si la circulation, par l'action du refroidissement qui

248 TRâUMATISMES.

produit une vaso-constriction énergique, est interrompue dans une partie du corps, les tissus peuvent congeler. A moins que de grandes précautions ne soient prises pour le réchaulTemenl, ces tissus sont voués à la mortillcation, car, ce qui congèle, c'est Teau des humeurs, et le réchauffement, en faisant fondre les petits cristaux de glace, place les éléments anatomiques au contact de l'eau distillée, qui a sur eux une action nocive bien connue.

Lhémolyse se produit dans les vaisseaux dont on observe la thrombose; les protoplasmas cellulaires subissent la tuméfaction trouble; le tissu conjonctif est atteint de dégénérescence hyaline. L'ne escarre se forme, que Ion peut distinguer de lescarre due à la chaleur, grâce au bourrelet œdémateux, violacé, qui l'entoure.

Sur la peau, l'application d'un froid intense peut n'avoir pas de conséquences fâcheuses, si elle n'est pas trop prolongée. 11 se fait d'abord une vaso-constriclion énergique, accompagnée d'une anestliésie locale que l'on utilise en petite chirurgie, puis la peau rougit et l'on observe de Ihyperesthésie. Si l'application du froid a été prolongée trop longtemps, il se produit une gelure, simple érythème avec rubéfaction tel que celui que provoque le siphonnage au chlorure de méthyle ( — 21°), et, dans les formes graves, ulcération ou escarre. Les gelures spontanées siègent surtout dans les parties mal irriguées, lobule et pavillon de l oreille, bout du nez, extrémités des doigts et des orteils.

§ 3. — Accidents occasionnés par l'électricité.

Depuis la dernière édition de ce Précis, nos idées sur l'innocuité des courants à basse tension se sont complètement modifiées, grâce aux travaux de la commission présidée par 31. Weiss, qui, chargée de rédiger une instru lion sur les soins à donner aux électrocutés, a commencé par étudier les causes de la mort par les courants électriques.

Étiologie. — Les accidents produits par l'électricité industrielle sont fréquents; rien qu'en France, la statistique du ministère du Travail donnait', pour l'année 19u9, 778 cas d'électrocution dont 33 mortels.

iSous verronsqu'il n'est pour ainsi dire pas de courants inoffensifs, puisque la mort a été .provoquée par des courants alternatifs de 40 volts, tel< qu'on les obtient par accouplement en série d'une vingtaine d'éléments Leclanché pour les usages téléphoniques.

Les courants de iiO volts, employés pour la lumière électrique, comptent un assez grand nombre <le morts à leur actif. Le danger

ACCIDENTS OCCASIONNÉS PAFt l. ÉLECTRICITÉ 249

va tlailleurs croissant avec les courants <!•' plus haute tension, courants de 220 volts alternatifs à 42 périodes, utilisés dans certains secteurs de lumière électrique, couiants de 400 à SOO volts des tramways urbains, courants de 3 000 à 5 000 volts des chemins de fer électriques, courants de 50 000 volts des transports de force.

Aux États-L'nis, réleclroculionest^mployée comme procédé d'exécution judiciaire ; on avait d'abord utilisé des courants de haute tension, 4000 volts environ ; nous verrons pourquoi on a dû revenir aux courants de 400 volts.

Enfin, nous étudierons la fulguration, qui a parfois suscité l'hypothèse d'un crime.

Pathogénîe. — C'est en 1887 que d'Arsonval déduisit de ses recherches que les courants continus ou alternatifs provoquent la mort en inhibant le système nerveux. Tatum, en 1890, pense au contraire que la mort est due à une action directe sur le cœur, qui amène sa paralysie; si, en effet, on sectionne les deux pneumogastriques chez des animaux, ou si on supprime leur fonction par l'action de l'atropine, on constate que le passage du courant continue à produire la mort par arrêt du cœur.

Prévost et Batelli ont étudié minutieusement l'action de l'électricité sur les animaux en déterminant avec soin les constantes physiques des courants utilisés.

Ils ont trouvé que pour les courants alternatifs de fréquence habituelle, de tension inférieure à 120 volts, la mort est due à un arrêt du cœur entrémulations fibril'aires; la respiration s'arrête après le cœur.

Pour les courants de haute tension, entre 1200 et bOOO volts, la respiration s'arrête d'abord par action inhibitricesur les centres nerveux ; le cœur continue à battre un certain temps.

Enfin pour les courants de tension intermédiaire, de 120 à 1200 volts, les deux mécanismes paraissent agir simultanément, action sur le cœur dune paît, action sur les centres nerveux d'autre part.

La commission ministérielle française a montré que la question ne doit pas être envisagée sous cet aspect : ce qui importe, ce n'est pas la tension du courant employé, mais l'intensité du courant qui traverse l'organisme.

A condition que le cœur soit sur le trajet du courant, ce qui se produit chez le chien quand le courant passe d'une patte antérieure à une autre patte quelconque, la mort survient presque toujours avec le courant industriel alternatif quand lintensité du courant qui traverse le corps atteint 70 à 80 milliampères. Au bout de quitrc à cinq secondes, le cœur -'arrête en trémulations librillaires;

250 TRAUMATISMES.

à mesure qu'on élève l'intensité, la mort survient plus rapidement, mais jamais en moins de deux secondes. Avec une intensité supérieure à ^ ou G ampères, le cœur ne s'arrête plus, mais il se produit de graves brûlures.

Les courants d'intensité inférieure ta 80 milliampères ne sont pas inofîensifs; avec des courants de 40 milliampères, la mort du chien a pu être obtenue. En pareil cas il ne sagit plus de paralysie du C(tur, mais d'une tétanisation de tous les muscles du corps qui provoque l'asphyxie en un temps variant de quatre à dix minutes. On conçoit que ces cas ofTrent à l'intervention thérapeutique, faite à temps, beaucoup plus de prise que ceux où le cœur sarrète d'emblée.

Quand le cœur n'est pas sur le trajet du courant, lorsqu'on fait agir par exemple ce courant directement sur les centres nerveux, en plaçant une électrode sous le menton et l'autre au sommet du crâne, on constate que la respiration s'arrête temporairement par action inhibitrice sur les centres nerveux, mais qu'elle reprend dès ({ue l'on interrompt le courant. C'est ainsi qu'un courant de 400 milliampères. appliqué pendant une minute, n'a pas amené la mort de l'animal. Des courants encore plus intenses n'auraient pas d'action différente, mais ils produiraient des brûlures plus ou moins profondes aux points d'application des électrodes.

Les courants continus ont la même action que les courants alternatifs, mais pour produire les mômes effets ils doivent posséder une intensité quatre fois plus forte.

Les expériences que nous venons de rapporter établissent nettement que la constante intéressante est l'intensité du courant qui traverse l'organisme. Or cette intensité dépend du voltage du cou-

rant et de la résistance du corps, d'après la formule : I = — •

Or, si Ton cherche à appliquer ces données à l'homme, on constate que la résistance du corps humain esl fort variable suivant l'état de la peau au niveau des points où pénètre le courant. C'est ainsi que lorsque la peau est calleuse, sèche, comme cela arrive chez les ouvriers, la résistance du corps peut monter au-dessus de 33 000 ohms. L'intensité du courant qui traverse le corps lorsque le courant extérieur est au voltage 120 volts, est de 120 Jivisé par 30 000, soit 4 milliampères, et le danger est nul. Si, au contraire, les mains sont grasses ou mouillées, la résistance du corps peut s'abaisser à 1200 ohms; pour le courant envisagé ci-dessus, l'intensité du courant qui traversera le corps sera de 120 divisé par 1200, soit 100 milliampères, c'est-à-dire une intensité qui s'est montrée mortelle pour le chien en quelques secondes.

ACCIDENTS OCCASKIN.NÉS PAR LÉLECTRICITÉ. 251

Les observations rassemblées depuis plusieurs années prouvent que l'homme ie comporte comme les animaux sous l'effet des courants électriques. Une cuisinière, à (ienève, e>t électrocutée par un courant »lft 110 volts, alimentant une lampe électrique qu'elle déplace, en serrant de son autre main le robinet métallique dadduction d'eau ; il y avait sûrement un mauvais isolement du lil de distribution électrique. Jellinek rapporte un cas d'électroculion dune jeune liile dans une baignoire parcourant de 110 volts; observations analoj^ues de Weiss. Dans un cas analosue de Kleury, l'accident se pioduit au moment où la femme, placée dans la baignoire, touche le cordon de sonnette métallique qui communique avec une distribution de lumière mal isolée. In ouvrier, travaillant à lintérieur d'une chaudière, avait le dos couvert de sueur, accolé contre la paroi métallique ; il veut avec sa main grasse déplacer la lampe qui l'éclairé et est électrocuté. Un maçon, chaussé de pantouiles humides et marchant sui" un toit de tùle ondulée, touche du front un cable dans lequel passe un courant de 110 volts ; il est électrocuté. Ketil Motzteld rapporte six cas délectrocution dans des conditions analogues, connus en Norvège. Cappello et Pellegrini citent trois observations, recueillies en Italie, d'éleclrocution par des courants de 117, 110 et 46 volts.

Nous avons insisté sur ces lails. dont on pourrait ras.sembler à l'heure actutjlle une trentaine de cas indubitables, parce qu'il sera toujours fort difficile de faire admettre par les ingénieurs électriciens, adjoints au médecin comme experts, la possibilité d'accidents mortels causés par les courants industriels à bas-se tension ; ils invoqueront le grand nombre de cas dans lesquels ces courants ont montré leur innocuité pour l'homme, sans se rendre comple qu'il est en effet rare, mais non impossible, que la résistance du corps humain s'abaisse suffisammentpour rendre les courants de 110 volts dangereux.

Avec les courants de 400 à 300 volls. le danger est naturellement beaucoup plus grand, puisque les mêmes effets (jue pour les courants de 110 volts pourront être obtenus alors même que la résistance du corps serait voisine de 5000 ohms. Le danger atteint son maximum avec les courants de 1 200 volts, qui peuvent entiaîner la mort quand la résistance du corps est de 12000 ohms, ce qui est une valeur moyenne et habituelle.

Knfin, quand augmente encore l'intensité du courant qui traverse le corps, les brûlures se produisent au point de contact des électrodes et amènent rapidement la production descarres offrant une grande résistance au passase du courant. Si bien que, pour les cou-

252 TRAUMATISMES.

rants de très haute tension, la gravité même des brûlures produites est la cause que le courant ne traverse le corps avec une intensité dangereuse que pendant un temps très court et que le cœur peut continuer k battre. C'est ainsi qu'un ingénieur, traversé par un courant de 10000 volts, eut les deux bras carbonisés, mais survécut. De même aux États-Unis, nombreux ont été les cas de survie chez les condamnés électrocutés avec des courants de trop haut voltage; il a été nécessaire d'augmenter les dimensions des électrodes, d'assurer un meilleur contact en les mouillant et d'abaisser le voltage du courant à 400 volts pour éviter les brûlures ou même la dessiccation rapide des points de contact.

Les décharges électriques, dont l'intérêt industriel est à peu près nul, provoquent une contraction musculaire quand l'énergie électrique enjeu est faible ; mais lorsqu'il s'agit d'électricité atmosphérique, la mort résulte de l'inhibition des centres nerveux et la rigidité musculaire peut èlre immédiate, immobilisant les individus dans l'attitude qu'ils avaient au moment où la foudre les a frappés; de plus, la décharge électrique provoque des efTets calorifiques puissants et l'on trouve sur le cadavre des brûlures étendues.

Symplômes. — Les courants électriques manifestent leur action sur l'organisme par des symptômes locaux, qui sont les brûlures électriques, et par des symptômes généraux.

Les bnîlures électriques s'observent au point de contact avec le conducteur électrique, c'est-à-dire le plus souvent aux mains. L'individu qui touche un conducteur traversé par un courant électrique conduit en effet ce courant à la terre, d'où il retourne à la source, d'éneigie électrique; on pourrait donc toucher impunément tous les conducteurs électriques, au moins avec une seule main, si l'isolement des distributions était parfait, ce qui n'est jamais réalisé en pratique, toutes les distributions ayant des fuites à la terre.

Il arrive qu'au moment où le courant traverse l'individu, les doigts se contractent fortement sur le câble électrique, par exemple; la biûlure se produit et l'ouvrier reste accroché, parfois même suspendu au câble. Il faut prendre alors les plus grandes précautions pour le détacher si l'on ne veut pas être électrocuté soi-mènTe, opérer avec un isolant, long Ifàlon sec, etc.

Les brûlures électriques ont pour caractère essentiel d'être nettement limitées, comme taillées à l'emporte-pièce. Quand elles sont de petites dimensions, on les a comparées aux lésions que produiraient des coups de curette. Les brûlures superlicielles sont de couleur gris ardoisé, avec un petit liséré blanchâtre ; desphlyctènes apparaissent à la périphérie au bout de quatre à cinq jours. La

Page 1