POILS
L'examen des poils peut fournir des renseignements utiles dans maintes circonstances différentes.
Leur recherche sera souvent facilitée par l'emploi de la loupe. On peut les rencontrer sur le lieu du crime, et notamment sur les draps de lit, l'oreiller, etc. ; sur les vêtements de la victime ou de
l'accusé; sur Parme qui a servi à perpétrer le crime, etc. Ils peuvent ax part'enir au meurtrier et constituer alors une preuve matérielle de sa 'Culpabilité; mais ils peuvent encore provenir de la victime, d'animaux vivants, en général domestiques, et de fourrures diverses.
Des poils trouvés dans la main de la victime ont toute chance d'avoir été arrachés à l'agresseur au cours de la lutte; des cheveux de la victime, au milieu d'une mare de sang, peuvent indiquer l'endroit exact, occupé par le corps à un moment donné ; des poils sur une arme peuvent aider à faire la preuve que c'est bien là l'instrument meurtrier.
Dans les expertises au point de vue du viol et autres attentats à la pudeur, on peut découvrir sur le corps de la jeune fille ou sur sa chemise, parfois au milieu d'une tache de sang ou de sperme, des poils de pubis, ayant appartenu à l'agresseur.
Dans les affaires relatives à l'infanticide, l'examen des poils nous renseigne sur l'âge approximatif du foetus. On sait, en effet, que le duvet foetal fait son apparition vers le troisième mois utérin, qu'il augmente ensuite de façon à recouvrir entièrement le corps vers les cinquième et sixième mois, qu'il disparaît enfin progressivement, dans les trois derniers mois de la grossesse. Au terme de celle-ci le diamètre des poils, (cheveux, cils, sourcils) qui n'ont Apas desquamé, atteint 30/x environ.
La découverte de poils foetaux sur les linges, les draps de lit, etc., infirme l'hypothèse que la mère ait accouchée d'une façon imprévue, iiu-dessus des cabinets.
Rappelons enfin que les cheveux et les poils étant au nombre des derniers tissus à subir la putréfaction, constituent de ce fait, d.es élé* ments précieux d'identification.
a) Examen des poils. Avant d'examiner au microscope, les poils ou les cheveux, on fera bien de les laver à l'eau chaude d'abord, puis de les sécher à l'étuve, et enfin de les plonger dans un bain de térébentine ou d'alcool absolu. Le montage se fait entre lame et lamelle, soit dans du baume du Canada, soit dans une solution de gélatine au 1/1000. Si le poil est très long, on l'enroulera de façon è le faire tenir en entier sur la lame.
Le poil comprend une tige et une racine. La tige, libre et flexible, commence par une rétrécissement près de la racine, puis se renfle progressivement, pour se rétrécir à nouveau près de la pointe. Là racine s'enfonce dans le derme, où elle se termine par un léger renflement qu'on nomme le bulbe et par lequel arrivent les vaisseaux nourriciers du poil.
Histologiquement, le poil est formé de trois couches de cellules épithéiiaïes. Celles du centre constituent la moelle ou canal
médullaire I La couche qui fournit Le - les plus
utiles au point de vue de La provenance du poil; la • ine
de cellule- contient les pigmenté qui donnent au poi] i ration;
i m fin la couche externe ou cuticule, esl formée de ce I .mbriquéee les unes but Lee autrt
On De confondra pas lea poils ayee certaines fibres qui, au premier abord, peuvent leur ressembler.
La fibre de coton esl aplatie et en forme de spirale; elle ne se
colore pas par le réactif de Milion: solution fortement acide des nitrates mercurciix et mercurique.
La fibre de laine est ondulée et d'épaisseur inégale. La fibre «1 • toile est ronde, avec points d'union à des intervalles inégaux; elle n'est point colorée par le réactif de Milion. La fibre de soie est cylindrique et uniforme; elle se colore en rouge par le réactif de Milion.
Différence entre les poils humains et les poils des animaux. La différence essentielle réside dans les rapports des diamètres du canal médullaire et de la tige du poil. En effet, tandis que chez les humains, le diamètre du canal médullaire ne dépasse jamais le quart du diamètre total du poil, chez les animaux au contraire, le diamètre du canal médullaire non seulement dépasse le quart, mais il est même, en général, supérieur au tiers du diamètre total du poil. Il s'en suit que les deux couches épithéliales externes du poil nous apparaîtront toujours plus épaisses, par rapport à la moelle, chez les premiers que •hez les derniers.
On pourra consulter avec profit le tableau suivant, du Pr Balthasr.r (Précis de Médecine Légale, 2ième édition).
Canal médullaire Homme Animaux
Réseau aérien finement granu- Contenu aérien à vésicules plus leux. ou moins volumineuses.
Cellules médullaires très apparentes.
Cellules médullaires invisibles sans dissociation préalable.
Valeur de l'indice médullaire
(rapport du diamètre de la Valeur de l'indice médullaire sumoelle au diamètre de la tige) périeure à 0.50. inférieur à 0.30. Moelle en échelons ou monilifor-
Poils de duvet dépourvus de mo- me dans les poils de duvet, elle.
Substance corticale Homme Animaux
Forme un manchon épais. Constitue un cylindre creux as-
Pigments en granulations homo- sez mince, gènes, très-fines. Pigments en granulations irrégu-
lières, toujours plus grosses que chez 'l'homme.
Cuticule.
Ecailles minces, peu saillantes, Ecailles épaisses, saillantes, moins fortement imbriquées. fortement imbriquées que chez
l'homme. ■"**]
Les poils ont-ils été coupés, arrachés, cassés, ou sont-ils tombés* d'eux-mêmes? Les poils tombés spontanément ont un bulbe plein; au contraire, les poils qui ont été arrachés, ont un bulbe creux. La surface de section d'un poil récemment coupé est plus nette- que celle d'un poil coupé depuis quarante-huit heures et plus. Avec le temps* les cellules prolifèrent et arrondissent progressivement les angles.
De quelle partie du corps les poils proviennent-ils? Les éléments d'appréciation sont tirés de la longueur et de la largeur des peils, puis des caractères de la pointe.
D'abord, on peut difficilement méconnaître les cheveux, lorsqu'ils sont longs comme les porte habituellement la femme. Lorsqu'ils sont courts, comme c'est le cas ordinaire chez l'homme, on les reconnaîtra d'abord par le fait qu'ils ont été coupés, puis par leur diamètre qui est toujours inférieur à celui des poils de barbe, si bien qu'on peut dire qu'un poil dont le diamètre 'dépasse 80/* n'est pas un cheveu.
Les poils longs (au-dessus de 8cm.), sectionnés et à large diaèrre (menton: 125/x, joues: 104/x, moustache: 115/a) sont en général des poils de barbe.
Les poils de longueur moyenne (3 à. 8cm.) sont, à part les cheveux et la barbe, ceux du pubis, de l'aisselle, du scrotum et de l'anus.
Les poils du pubis sont des poils épais (121fi) comme ceux de la barbe, mais ils s'en distinguent par leur extrémité libre renflée en massue et par le fait qu'ils sont crépus et non-coupés.
Les poils de moustache qui ne sont pas coupés, montrent une pointe effilée.
Les poils des aisselles ont un diamètre inférieur à 100/*, de même que ceux du scrotum ; ils ont une couleur particulière due au contact des acides gras; leur surface est rugueuse et desquammée par l'action de la sueur et du frottement.
Les poils courts sont les cils, les sources, et les poils des membres et du tronc qui sont pigmentés. Leur longueur ne dépasse guère J cm., sauf pour certains poils des sourcils chez les personnes âgées.
Les cils <mt une forme arquée et une pointe très effilée. Chez
l'homme, leur diamètre est d'environ 60/*, bandit que Lei wnrcili nièrent 90fi d'épai ur. Chez la femme, au contraire, le ont un
diamètre de 95i< el bea sourcils de 60/* wu'ement. ( ifférei
d'épaisseur des cils e\ des sourcils chez l'homme et chez la femme, ])ciit au besoin servir à la détermination du
lies poila des membres et du tronc -•• ne onnaisaeni surtout h leur pointe fendillée, ou encore brisée ar le frottement des vêtements.
Lies poils de duvet, tant chez l'adulte que chez 1*- présen-
tent les caractères suivants: longueur I cm. au plus, diamètre 25 à 40/z, absence de pigment <'t de canal médullaire- I>-> poils de duvet de l'adulte montrent parfois des pointes fendillées qui ne se rencontrent jamais dans les poils du foetus.
Préparation utilisée pour modifier la couleur des cheveux. — Il arrive souvent que certaines personnes, soit dans le but de se déguiser, soit par un sim-ple goût de parure, changent la couleur de leurs cheveux. (Les teintes obtenues sont variées; mais, en général, on teint des cheveux gris on blancs, en noir, et des cheveux noir- en blond, ou châtain clair.
iLe changement du blanc au noir s'obtient au moyen du nitrate d'argent, de l'acétate 'de plomb, du. citrate de bismuth, de l'acide pyrogallique, de la paraphénylène-diamine, etc. La coloration blonde, châtaine, ou rousse, est obtenue par l'eau oxygénée, Te. m rie chlore et le henné.
On reconnaîtra facilement les teintures à base de plomb, d'argent et de bismuth, en procédant de la manière suivante : on plonge une mèche de cheveux dans l'acide nitrique concentré, on évapore à siccité, on reprend par l'eau les nitrates formés et on caractérise par le réactif voulu.
ARTICLE IX