APRES LA MORT
On comprend tout l'intérêt qu'il y a souvent de connaître si les blessures ont été faites pendant la vie ou après la mort, et parfois même si elles ont été faites assez longtemps avant la mort.
Les -blessures post^mortem reconnaissent une origine soit accidentelle, soit intentionnelle.
Au nombre des blessures accidentelles, il faut compter celles qui résultent des manipulations du cadavre jusqu'à l'examen médical; celles que subissent les noyés pendant leur séjour dans l'eau;
celles produites par les animaux: les rats, les chiens, les oiseaux, etc; celles enfin faites à l'autopsie et dues à l'inexpérience ou 1 inattention de l'opérateur.
Quant aux blessures intentionnelles, les unes résultent de l'acharnement de l'agresseur contre une victime déjà morte, les autres sont faites dans le 'but de cacher le crime, tel le dépeçage de noiineau-nés et plus rarement d'adultes, ou de simuler, soit un suicide, soit un accident, tel le transport sur la voie ferrée d'un individu assassiné.
Dans le cas de blessures faites immédiatement avant la mort, les principaux signes sont: l'hémorrhagie, la coagulation du sang, l'écartement des lèvres de la plaie; dans le cas de blessures faites quelques temps avant la mort, ce sont en plus, pour les plaies : l'exsudation de sérosité lymphatique, le début de cicatrisation, la suppuration; pour les ecchymoses: la présence de colorations secondaires.
LL'hémorrhagie, la coagulation du sang et l'écartement des lèvres de la plaie sont les seuls signes qui nécessitent quelques commentaires. Et disons tout de suite, que leur valeur n'est pas absolue, car d'une ipart, ils peuvent être absents dans des blessures sûrement faites pendant la vie, d'autre part, ils peuvent — au moins dans une certaine mesure — se rencontrer dans des blessures post-mortem.
1° Hémorrhagie. — En général, lorsqu'une blessure est faite pendant la vie, elle donne lieu à une hémorrhagie qui peut être, soit interne, soit externe si la blessure s'ouvre à l'extérieur, soit à la fois interne et externe.
Dans le cas d 'hémorrhagie externe, conséquence d'une plaie cutanée, le sang s'infiltre dans les bords et entre les lèvres, dans le tissu cellulaire, dans les muscles, etc., de sorte qu'il ne disparaît pas par le lavage. Il tache les vêtements ou autres objets environnants; il peut même être projeté à distance sous forme de gouttelettes, ou encore se répandre sous forme de trainées, indiquant pan cette disposition, dans le premier cas, un jet artériel poussé par les contractions du coeur, dans le second, le mouvement de la victime elle-même perdant son sang.
Cet aspect ensanglanté de la plaie peut cependant manquer, lors même que l'hémorrhagie s'est produite, quand, à la suite de la section du cou par exemple, le sang s'écoule en entier et librement au dehors.
L'hémorrhagie externe peut elle-même faire défaut, quoiqu'exceptionnellement, dans les circonstances suivantes :
1° Dans les blessures faites par armes à feu ou par instruments piquants très délicats, comme les aiguilles ;
2° Dans les blessures par arrachement, à cause de l'obturation simultanée des vaisseaux;
Dana les blessures produites alors que, par dWtre
m:' i rouve une issue facile;
I Dans Les blessun impegnanl des déchir - ou de L'aorte ;
Lorsque Le choc nerveux ou L'ébranlement ira-
lysé la circulation ( Paltauf).
Par contre, L'hémorrhagie externe peul ilter «l'une
plaie cutanée faite Bur Le cadavre, ei '-II»' a diutant ; " produire que La iplaie a été faite à un moment plu la mort. Elle se prodniil oependanl quelquefois beaucoup plus tafd, à savoir: au moment de la formation des bypoe ►pari-
lion de la putréfaction; L'écoulemeni eei alors d'autant pli dérable que Le sang esi plus abondant et qu'il esi resté plus fluide. Ceat ainsi qu'on voit souvent saigner Les plaies faites dans Les parties déclives chez Les noyés, Les asphyxiés et, en général, chez tous de mort subite.
Une plaie peut ne pas saigner au moment de sa produ mortem, une plaie a pu saigner au moment de sa production ante- •mortem, pour commencer ou recommencer à saigner au moment de la formation des lividités. Mais, à moins de l'ouverture des gros troncs veineux, cette hémorrhagie des plaies post-mortem n'est jamais abondante; elle est, en tous cas, toujours moindre que dans les plaies de même nature faites pendant la vie.
Les liémorrhagies internes se font dans les oa\ ians
le tissu interstitiel profond et dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Les liémorrhagies des séreuses résultent sur le vivant, soit de l'ouverture des gros vaisseaux, soit des plaies ou déchirures des organes eux-mêmes. Sur le cadavre, un tel épanchement peut se produire, quoique d'une façon toujours plus discrète, à la suite de l'ouverture des gros troncs veineux seulement, jamais à la suite d'une blessure d'organe.
iLes hémorrhagies interstitielles profondes, c'est-à-dire, celles qui se font dans les muscles, près des os, etc., et qui résultent habituellement des 'blessures de ces organes, ne sont susceptibles de se produire chez le cadavre que d'une façon tout à fait exceptionnelle ; il n'en est pas de même cependant des épanchements sous-cutanés.
II est, en effet, bien établi que des taches d'une coloration tout à fait analogue à celle des ecchymoses, peuvent se produire sur le cadavre, soit spontanément, soit sous l'influence d'un traumatisme.
Les ecchymoses spontanées post-mortem ne se rencontrent qu'au niveau des lividités et résultent de la rupture de petites veinules, sous l'influence d'une hyperhémie intense.
Les ecchymoses dues à un traumatisme post-mortem sont loin d'être constantes. Elles ne se produiraient facilement que sur les parties modérément pourvues de graissse et reposant sur un plan os-
stux; et le sang épanché serait presque toujours liquide et nullement incorporé aux tissus.
2° Coagulation du sang. — En règle générale, le sang qui, chez le vivant, se répand au dehors des vaisseaux, se coagule, que Ffoémorrhagie se fasse à l'extérieur ou qu'elle ait lieu dans les tissus ou les cavités.
' Il existe cependant quelques exceptions à cette règle : le sang des menstrues normales, ne contenant pas de fibrine, ne se coagule pas; le sang épanché dans le péritoine forme des caillots peu abondants ; dans la plèvre, il ne se coagule qu'à demi.
La même règle générale ci-dessus énoncée mais renversée, vaut chez le cadavre, c'est-à-dire que le sang épanché en dehors des vaisseaux après la mort ne se coagule pas.
Mais cette règle comporte aussi une restriction formulée par Vibert de la façon suivante : "Le sang qui s'écoule d'une plaie ne se coagule pas instantanément; en général, ce n'est guère qu'au bout de cinq minutes que la coagulation est complète. Une plaie qui serait faite dans les cinq minutes qui suivent la mort ou même dans un délai plus long pourrait donner du sang qui se coagulerait; mais ce caillot serait peu volumineux, en raison de l'abondance moindre de l'hémorrhagie; il serait plus mou, moins adhérent que si la blessure était faite pendant la vie."
3° Ecartement des bords de la plaie. — 'Certains tissus comme la peau, les muscles, les artères, etc., possèdent sur le vivant la propriété de se rétracter, lorsqu'une plaie est faite à leur niveau. 'Cette propriété rétractile varie suivant les tissus, mais pour le même tissu, elle varie aussi suivant les régions, etc., par exemple : l'écartement cutané atteint son maximum au niveau du cou, il est au minimum au cuir chevelu et au dos.
Après la mort, la propriété rétractile des tissus cesse, mais cesse graduellement, après un temps variable, lequel ne dépasse guère quelques heures. Une plaie faite après la mort, peut donc présenter un certain ecartement de ses bords, mais cet ecartement sera toujours moindre que dans le cas d'une plaie faite pendant la vie.
Lorsqu'un corps a été l'objet de grandes mutilations, que les membres ont été séparés du tronc ou divisés eux-mê-mes en plusieurs fragments, la présence ou l'absence de la rétraction au niveau des sections, nous aidera à établir que celles-ci ont été faites pendant la vie ou après la mort: une section uniforme, c'est-à-dire sans rétraction, indiquant une mutilation post-mortem ; une section dont les muscles, la peau, les artères, etc., sont inégalement rétractés, indiquant au contraire, une blessure vitale.
§11. DIAGNOSTIC MEDICO-LEGAL DES BLESSURES-, HOMICIDE, SUICIDE, ACCIDENT.
'•■'i solution «lu problème appartient, comme l'on -ait. en définitive, au\ magistrats e1 aux jurés; mais, dan rande majo cas, les arguments devanl servir de base à leur jugement, Boni tirés des constatations médics
Ces constatations se fonl sur les lieux on r- adavre, sur
le cadavre lui-même el quelquefois suir l'inculpa C?es1 de là q perl devra tirer les éléments généraux de son diagnostic, que . le genre de blessures en cause. Les éléments particuliers, en fournis par chaque genre différent de blessures.
k.—ELEMENTS GENERAUX PI' DIAGNOSTIC.
1° Examen des Ueux. — Le désordre des meubles,
etc., est la première constatation qui s'impose, et il indique ordinairement un homicide.
Le désordre des vêtements chez la victime est un - g; le lutte; leur absence sur la région blessée, comme, par exemple, sur la poitrine, milite plutôt en faveur du suicide. On notera ave- soin les taches de sang, de graisse, de terre ou de cendre, etc., que les vêtements peuvent iporter.
Ces taches peuvent en outre, se rencontrer sur le parquet, les murs, les journaux, les verres, etc. ; elles 'peuvent représenter des empreintes de mains ou de pieds, et il faudra rechercher si ces empreintes appartiennent à la victime, à l'inculpé, ou à des personnes étrangères (policiers, simples curieux, etc.). Si la victime n'a pas les mains ensanglantées et qu'elle porte sur elle une empreinte sanglante, il y a lieu de souoçonner un meurtre ; il en est de même lorsque l'empreinte sanglante d'une main gauche, par exemple, siège sur le bras gauche.
Outre le siège de ces taches de sang, on notera leur disposition, en jets, en traînées, en mares plus ou moins abondantes, etc., qui nou> renseigne sur les agissements de la victime; on notera la direction du jet ou des traînées. Il faut se .'rappeler qu'un jet artériel peut atteindre jusqu'à deux mètres et plus. La présence d'une hémorrhagie abondante près de la victime, indique généralement qu'elle est morte à cet endroit, mais si le cadavre est trouvé gisant loin d'une mare de sang, il reste à décider si le sujet a pu se transporter lui-même ou s'il a dû être nécessairement transporté déjà mort.
Quelquefois, il sera possible d'indentifier les cheveux du meurtrier, trouvés dans la main de la victime.
L'absence de l'arme productrice de la blessure près de la victime, indique en général un homicide, mais il ne faut pas oublier qu'une
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blessure par suicide, même mortelle, peut parfois laisser au suicidé ie temps de disposer -de son arme.
La présence de Parme fortement serrée dans la main de la victime est une* bonne preuve de suicide, mais non une preuve absolue, êar le sujet a pu être tué par un coup étranger alors que l'arme qu'il tenait devait servir à sa défense. On conçoit que pour simuler un suicide, le meurtrier puisse placer dans Ja main de la victime, ou dépo-. ser iprès d'elle, l'arme dont il s'est servi.
2° Examen du cadavre. — 'Certaines constatation- relatives au cadavre seront plus facilement faites sur le lieu où il a été trouvé d'abord, tels le désordre des vêtements, la présence dans la main du sujet d'une arme, etc.; mais, pour la majorité de^ autre- constatations, il y aura avantage à les faire après le transport du cadavre dans un endroit approprié, bien éclairé.
iToutes les grandes villes possèdent un endroit spécialement destiné à recevoir les cadavres des personnes mortes dans des circonstances suspectes, c'est la morgue.
Là, l'expert pourra de nouveau examiner les vêtements, constater leurs déchirures, rechercher les taches de toutes sortes qu'ils peuvent porter, en prélever des parties pour les soumettre à. l'analyse, étudier lts orifices qu'ils portent, par rapport au siège, au nombre et à la nature des blessures du cadavre, etc.
Les traces de lutte, de résistance et de défense, sur la victime ont une grande importance, car elles indiquent presqu'indiscutablement le meurtre. Elles siègent sur les parties découvertes surtout, et consistent clans des égratignures, des écorchures, et des contusions diverses.
Les traces de violence siégeant autour des orifices respiratoires sont bien caractéristiques de l'acte du criminel désirant empêcher sa victime de crier.
Dans les rixes où les armes tranchantes ou piquantes entrent en jeu, on observe parfois sur la victime, des blessures occasionnées par se? propres mouvements de défense; elle- siègent surtout sur la face externe des avant-bras, à la paume des mains et à la face palmaire des doigts.
Le nombre des blessures peut fournir certaines indications. La multiplicité des blessures indique plutôt l'homicide, tandis que, dans le suicide, on trouve en règle générale, une seule blessure.
Mais cette irègle souffre de nombreuses exceptions. On a vu, par exemple, des aliénés se donner la mort au moyen d'un nombre extraordinaire de coups de couteau : 285, dans un cas rapporté par Masdikâ; 157, dans un autre cité par Laugier.
Le fait qu'urne (ou plusieurs) de ces blessures a atteint une région dangereuse ou même un organe important comme le coeur, le cerveau, les vaisseaux, etc., n'est pas toujours à l'encontre de l'hypo-
thèse du suicide; car la survie aux bl< Ktra-
ordinaire e\ souvenl suffisante pour la ctime, le temps de
faire certains actes et, en particulier, de continuer ses h suici'lc; la blessure mortelle ipeul d'ailleurs être La [ornière en
La multiplicité des blessures fait* des armes différentes:
arme à feu, couteau, etc., ou leur association avec des pi tels
que, la pendaison, la Bubmersion, l'empoisonnement, etc., indiquent le plus souvent, le suicide.
\a> siège des blessures a un*' gran l<i importance. Tan lis q effet, les blessures d'origine criminelle peuvent siéger en n'importe
que] endroit du corps, celles ayant pour origine le BUicide — à moins de circonstances exceptionnelles — ne peuvent pas siéger dans les parties postérieures du corps. (\>* dernières ont en outre, des lieux d'élections qui sont les régions réputées mortelles: la tête (bouche el tempes) et le coeur pour les coups de feu; le cou et les poignets pour les armes tranchantes; la région précondiale pour les armes x>iquantes.
La multiplicité des blessures situées à ces points d'élection est assez caractéristique du suicide.
'Les tdessures de la région abdominale, des parti érieures
du corps, la nuque exceptée, ont d'ordinaire, une origine criminelle.
La direction de la ou des blessures dans le s'ui< t naturelle-
ment d'avant en arrière; mais elle peut être de gauche à droite et de bas en haut ou inversement, suivant, d'une part, la région atteinte, et d'autre part, la main employée.
;Les b-lessures d'origine criminelle peuvent prendre les directions les plus variées.
3° {Examen de l'inculpé. — Sur l'inculpé, on peut trouver des blessures, du sang, etc.
Les blessures consistent surtout dans des traces de lutte : égratignures sur les mains et sur la figure, contusions, morsures, etc.
Le sang trouvé sur l'inculpé provient, soit des blessures dont il est porteur, soit des blessures infligées à la victime et, dans ce dernier cas, le siège des taches sera surtout sur les vêtements. Les taches de sang sur l'inculpé seront difficiles à reconnaître par le fait qu'il aura eu soin d'essayer de les faire disparaître.