B. ELEMENTS PARTICULIERS DU DIAGNOSTIC
Les éléments spéciaux du diagnostic médico-légal sont fournis par les différents genres de blessures :
1° Blessures par instruments tranchants. — Les plus intéressantes de ces blessures sont regorgement et la section des vaisseaux au niveau des membres, notamment au poignet et au pli du coude.
'Ces sections sont souvent symétriques, et elles sont alors assez caractéristiques du suicide.
Quant à regorgement, il est aussi souvent le résultat d'un meurtre que d'un suicide.
Les hommes et les femmes ont également recours à ce mode de suicide, et les instruments employés sont, le rasoir surtout, les. couteaux, les ciseaux, les éclats de verre, etc; l'acte a lieu, soit debout, soit assis, quelquefois devant un miroir, rarement dans la position couchée.
Le meurtrier, lui, s'attaque à sa victime, soit par devant — ce qui est difficile, à moins que la personne soit ivre, endormie ou surprise— soit par derrière.
Le diagnostic entre regorgement-suicide et regorgement-homicide n'est pas toujours facile. Outre les éléments d'ordre général, exposés dans les paragraphes précédents, des éléments spéciaux sont tirés de la situation de la blessure, de sa direction, de sa profondeur, enfin du nombre de coups successifs.
On a dit que la situation de la blessure dans le cas de suicide,, était plutôt médiane et plus près du maxillaire que dans le cas de meurtre, mais cela est contestable.
lia direction de la blessure faite par le meurtrier serait horizontale, ou de bas en haut, tandis que celle faite par le suicidé droitier aurait une direction de gauche à droite et oblique de haut en bas, enfin le début de la blessure serait marqué par une section plus profonde que la fin.
La profondeur de la blessure jusqu'à la colonne vertébrale, ne serait pas nécessairement le fait du meurtrier. Plusieurs cas rapportés, entre autres, par Vibert, Marc, Glaister, démontrent d'une façon indiscutable, qu'en effet la profondeur ne prouve rien.
Le nombre des coups dans la même plaie, est marqué par des hachures de directions diverses; il n'a guère de signification si ce n'est lorsqu'on peut établir que le premier coup a sectionné les gros vaisseaux. Il s'agit alors d'un crime.
On se rappellera que la disposition du sang sur les parties latérales du cou et en arrière, indique que regorgement a été accompli dans la position couchée; tandis que sa disposition sur la surface antérieure du corps, indique que la victime était debout ou assise.
Un individu ne saurait se couper la gorge sans que sa main reste souillée de sang; mais il ne faut pas oublier jion plus, que dans le meurtre, la victime peut porter la main à son cou.
2° Blessures par instruments tranchants et contondants. — Ces instruments dont le type est la hache ou la hachette, ne seraient qu'exceptionnellement employés dans le suicide. Les quelques exemples de ce mode de suicide que l'on trouve dans la littérature médicale se rapportent surtout à des aliénés.
Les circonstances telles que, les troubles mentaux du sujet, la
localisation des coups, leur multiplicité en même temps que 1 * • t j r peu de gravité relative, serviront ;ï établir le diagnostic.
3° Blessures par instruments piquants, piquants et ttUnchants, — Les instruments à tige cylindrique ou conique tels que, épingl aiguilles, poinçons, clous, ei ■.. ei ceux à arêtes tek que, lune compas, etc., donnent, .surtout des blessures accidentelles.
On a cependant rapporté des cas d'infanticide au moyen d'aiguilles.
Dans les asiles, certaines classes d'aliénée sont souvent .-urpris eu possession d'armes de ce genTe, fabriquées en mê-
mes, grâce à une patience toute pathologique, ei destinées, soit au meurtre, soit au suicide.
Les instruments à la fois piquants et tranchants, comme le couteau et le poignard, donnent lieu, comme l'on sait, très- fréquemment à des blessures criminelles qui peuvent siéger à un endroit quelconque da corps et présenter une direction incompatible avec l'hypothèse du suicide, etc. (voir éléments généraux du diagnostic). Ils sont moins suivent employés pour commettre le suicide, mais les blessun -nt
alors en des points d'élection : coeur, gorge et plis articulaires. Enfin, ces instruments peuvent donner lieu à des blessures accidentelles, ausfl l'inculpé tente souvent, pour excuser son crime, d'alléguer cette possibilité, disant que la victime est venue se jeter sur l'arme qu'il tenait dans le but de se défendre. La grande profondeur de la plaie, le double trajet qu'elle peut avoir dans la profondeur, sa direction de haut en bas (indiquant que la victime n'est pas tombée sur l'arme), aideront à contredire les allégations du meurtrier.
4° Blessures par armes à feu. — -Les accidents ne sont pas excessivement rares. Le meurtre et le suicide sont également fréquents; ils s'exécutent avec les armes courtes surtout.
Pour 'le diagnostic entre le suicide et l'homicide, les données générales exposées ci-dessus et relatives au siège de la blessure, au nombre des blessures — les blessures sucessives n'excluent pas toujours le suicide, même lorsque la «première' en date semble mortelle — à la direction du tir, trouvent ici leur application la plus complète.
Les signes spéciaux seront déduits de la distance du tir et des stigmates que l'arme peut laisser à la main du sujet: blessure, noircissement par la poudre, etc.
o° Blessures par corps contondants. — Les contusions peuvent être accidentelles, mais elles sont pins souvent d'origine criminelle; elles sont très-rarement à l'origine du suicide, excepté cependant dans les cas de chute et d'écrasement.
La chute ou précipitation d'un lieu élevé et l'écrasement sont en effet deux modes de suicides assez fréquents, i's sont même parfois le dernier acte d'une série de tentatives destinées à atteindre cette fin.
Parfois le meurtrier, après avoir tué sa victime par un procédé
quelconque, la précipite d'un lieu élevé ou la dépose dans un endroit où elle peut être écrasée; ce double acte criminel sera marqué par la présence d'une part des lésions vitales et étrangères à la précipitation ou l'écrasement, d'autre part, 'par les énormes lésions postmortem.