‹ Précis de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 12 sur 12 · DES TUMEURS EN PARTICULIER · texte numérisé non relu

DES TUMEURS EN PARTICULIER

Nous venons de traiter des tubercules sous -cutanés douloureux et des névromes. Nous nous sommes occupés dans le second volume des exostoses , des pêriostoses , des kystes osseux développés sur les os eux-mêmes ou bien en dehors de ces os (Voyez les pages 647 et 664), il serait inutile d;y revenir.

Des durillons. — Occasionnés par des frottements ou par des compressions de longue durée, des plaques d'une étendue variée, d'une consistance très-considérable les constituent ; on les attribue a l'épaississement de l'épiderme. « La facilité avec laquelle l'épiderme se régénère fait qu'aussitôt qu'il est détaché du corps rnuqueux ,

il ne peut plus s'y rejoindre, parce qu'il y en a déjà un autre de de formé ; alors cette première peau desséchée ne reçoit aucun suc nourricier ni accroissement 5 les frottements réitérés en détachent plusieurs qui s'unissent ensemble et forment cette espèce de carton que figurent si bien les durillons. » Vart de soigner les pieds, par M. Laforest , page 66. D'après cette hypothèse, il faudrait qu'une matière plastique réunît Jes unes aux autres les couches épidermiques détachées. Les personnes qui marchent habituellement nu -pieds, offrent ordinairement un seul durillon occupant toute retendue de la face plantaire de ce membre; il fait les fonctions de la semelle du soulier ; elles peuvent ainsi faire de l'exercice sans inconvénient même sur un terrain raboteux et tout aussi bien , dit Laforest , que si elles étaient chaussées. Cet auteur a observé la maladie dont nous nous occupons chez les religieux déchaussés et chez ceux qui portent des sandales ; on la voit aux parties latérales du pied en forme de bourrelet. L'usage des pantoufles expose au développement de cette affection morbide, mais uniquement autour du talon. On rencontre fréquemment les durillons à la face plantaire du pied, contre l'articulation phalango- métatarsienne du gros ou du petit orteil. L'étroitesse de la semelle de la botte les détermine souvent en ces points. Devenu ancien et se desséchant de plus en plus, le durillon acquiert la dureté des tissus cornés : c'est alors qu'il peut devenir douloureux \ lorsqu'il ne présente pas une grande surface , il irrite, il contond les parties molles qui rougissent, se tuméfient, et dans l'épaisseur desquelles se développent quelquefois même des abcès. Ces phénomènes morbides se montrent plus spécialement sur la jointure du gros orteil. Laforest attribue au gonflement occasionné par l'humidité et à la rétraction des durillons produite par la sécheresse les douleurs qu'ils font éprouver; lorsqu'ils n'offrent pas une surface considérable, j'ai vu des cas dans lesquels, au bout d'un temps plus ou moins long, il se formait au centre de la plaque épidermique épaissie un véritable cor.

A l'aide d'un bistouri tranchant sur sa convexité et à pointe mousse, on enlève le durillon couche par couche, après avoir fait prendre un bain de pieds. Il ne faut pas pénétrer trop profondément, dans la crainte de produire une plaie, et de rendre la marche douloureuse, parce qu'on aurait trop dénudé la peau. Laforest avance que l'huile de chaux ramollit avantageusement l'épiderme épaissi -, on pourrait aussi attaquer l'affection mor-

bide, en la frottant avec une pierre ponce ou avec de la peau de chien de mer. Un pédiluve préalablement employé, serait encore ici très-avantageux ; l'instrument tranchant est préférable, lorsque le durillon devient très- douloureux, après un exercice prolongé, quand il a été fortement comprimé par un corps anguleux, ou bien, s'il a été divisé-, si du sang s'est écoulé, il se développe quelquefois une inflammation aiguë, un abcès dont le pus, trouvant difficilement une issue pour se porter à l'extérieur, creuse largement ou profondément les parties molles, et peut déterminer des accidents très-graves ; j'ai vu quelques sujets chez lesquels les os et les articulations ayant été intéressés, l'amputation d'un orteil ou la resection de l'extrémité antérieure d'un métatarsien est devenue indispensable. Craint-on le développement d'une vive phegmasie? Existe-t-elle déjà? on doit se hâter de mettre en usage tout l'appareil des moyens antiphlogistiques, afin de tâcher de la prévenir, de la faire avorter ou d'en obtenir la résolution -, si elle résiste, tenez-vous en garde contre les collections purulentes dont nous venons de signaler les dangers; et quoique l'inflammation aiguë ne date que de vingt-quatre heures, enlevez le durillon avec les précautions énoncées plus haut-, continuez d'ailleurs l'emploi des mêmes moyens ; si au bout de trois jours environ la douleur subsiste encore, cherchezle point le plus douloureux-, coupez sur ce point, couche par couche, les écailles épidermiques que vous avez d'abord ménagées : vous arriverez bientôt au siège du pus qui commence à se former. Vous lui donnerez immédiatement issue; le malade sera presque aussitôt soulagé; vous le soustrairez ainsi aux résultats fâcheux que nous avons indiqués. Lorsqu'on est appelé un peu tard, on a sur-le-champ recours au moyen propre à expulser la matière purulente. On voit quelquefois des ampoules autour des durillons; à moins qu'elles ne soient très-étendues, gardez-vous bien d'enlever avec des ciseaux l'épiderme soulevé; il en résulterait beaucoup de douleurs, et souvent, pendant plusieurs jours, Tinipossibilité de marcher. Il faut faire sur ces ampoules, une trèspetite ouverture avec une épingle, ou, mieux encore, avec la pointe d'une lancette; on évacue ainsi le liquide qu'elles renferment; on couvre ensuite la partie malade d'un morceau de diachylum ; bien que le sujet continue à se livrer à l'exercice, il se forme bientôt sous l'ancien un épiderme nouveau; la guérison est obtenue. Les durillons se développent assez fréquemment aux

mains et aux doigts, chez les ouvriers qui appliquent ces membres sur des corps durs, et chez quelques personnes qui jouent beaucoup du violon , ils sont, dans un très-grand nombre de cas, à la face palmaire, le point de départ et la cause des phlegmons violents qui résistent ordinairement aux antiphlogistiques et qui, trop souvent, entraînent après eux l'adhérence, l'exfoliation des tendons, l'ouverture des articulations, la carie des os. J'ai vu, à l'hôpital de la Pitié, des malades chez lesquels des cataplasmes émollients laudanisés, des bains locaux convenablement administrés, une évacuation sanguine locale très-abondante, n'avaient pas enlevé la phlegmasie. En examinant la main avec attention, j'apercevais un petit durillon chez ces malades, que je voyais pour la première fois; une pression même très-légère y déterminait des douleurs intolérables. J'incisais ce durillon : il sortait quelques gouttes de pus, et lorsque l'inflammation n'était pas entretenue par une cause interne, les souffrances diminuaient immédiatement. Le soir même du jour de l'opération , les autres accidents s'étaient déjà beaucoup amendés; bientôt ils disparaissaient, et la maladie était ainsi terminée par résolution, abstraction faite du très-petit abcès que nous venons d'indiquer, et dont la présence, unie à l'espèce d'épine formée par l'épaississement de l'épiderme, était la source de tous ces accidents. Mes élèves ont publié plusieurs faits de ce genre, dans le Bulletin général de thérapeutique, et dans la Gazette des hôpitaux.

Cors aux pieds. — Ils reconnaissent les mêmes causes que les durillons dont nous venons de nous occuper. Ces derniers s'observent plus souvent à la suite des frictions exercées sur la peau, avec des corps durs. Ces deux maladies sont plus spécialement occasionnées par les chaussures trop étroites et trop courtes -, ils ont d'ailleurs le très-grave inconvénient d'exposer beaucoup à l'incarnation des ongles, au chevauchement des orteils, à leur flexion plus ou moins prononcée, maintenue par de fausses ankyloses et quelquefois par des ankyloses vraies. Joignez à ces accidents les exostoses déterminées par la botte ou par le soulier, soit à la face dorsale du pied, soit aux extrémités antérieures du premier et du cinquième métatarsien. 11 n'est pas de chirurgiens qui, ayant parcouru une assez longue carrière, n'ait été obligé quelquefois de pratiquer des amputations ou des resections, pour remédier à ces accidents, fruits de la mode exerçant un empire absolu sur les esprits médiocres. On sait que

César, pour tromper Sylla, suivait cette mode, à laquelle sont forcés , néanmoins , de se soumettre de loin en loin , les hommes qui ne font pas consister leur mérite en de ridicules futilités, et qui veulent se soustraire au caprice et à l'amour-propre de leur bottier. La manie excessivement dangereuse des souliers étroits, chez beaucoup de femmes, est portée à tel point, que le diamètre transversal de la semelle en étant extraordinairement court, la face plantaire de leurs pieds correspond en assez grande partie à l'empeigne de ces souliers. De cette fâcheuse disposition résultent très-fréquemment des meurtrissures, surtout à la campagne. Les voit-on marcher même sur un bon pavé, on dirait qu'elles sont sur des épines, qu'elles sont déhanchées ou désossées, comme le dit Geoffroy , dans le Journal de l'Empire, à l'occasion d'une danseuse de l'Opéra. Elles perdent ainsi tous les charmes et tous les attraits du port souple et élégant dont la nature les a doués. Cette manie va si loin, que si ces femmes viennent nous montrer leur pied, nous trouvons à la ligne médiane de sa face plantaire, une plicature de la peau s'étendant depuis les orteils jusqu'auprès du talon 5 elle est produite par des pressions de la chaussure, exercées sur les bords latéraux du membre; ces pressions rapprochent singulièrement ces bords l'un de l'autre, à cause de la laxité des articulations; elles forment sur la région inférieure de ce membre, une concavité assez profonde, d'où résuite que le poids du corps ne repose pour ainsi dire que sur les parties latérales, antérieure et postérieure de la base de sustentation. Mais la classe laborieuse qui se livre aux travaux de la campagne, porte de très-larges chaussures ; elle est néanmoins souvent soumise au développement des durillons, qui me paraît tenir alors à la dureté du cuir avec lequel ces chaussures sont confectionnées, et au frottement assez violent qu'il exerce sur un pied trop vacillant, dans la capacité où il est logé. Des considérations que nous venons d'établir, concluons que pour éviter le développement des maladies dont nous traitons, il faut que le soulier ne soit ni trop large, ni trop étroit, ni trop long, ni trop court, et que le cuir, abstraction faite de la semelle, en soit doux.

Avicenne dit que le cor est une excroissance constituée par un tissu presque de la nature de l'ongle ; il appelle ce cor corne de pieds. Les Latins le désignaient sous le nom de verrues blanches ou de clous. Celse, Valentin, Juncker, Verduc et Heisler, Col-de- Villars, Pigray^ Lavauguion, Dolceus, Wisemann, etc., se sont

occupés de cette maladie; mais ils n'en donnent que d'assez faibles notions.

On a pensé que les cors aux pieds sont constitués par une humeur épaisse et visqueuse, se durcissant dans les pores de la peau, sous l'influence d'une pression de longue durée et souvent répétée. On a dit que cette humeur se convertissait enfin en une substance calleuse. « Selon le système de Lavauguion, il semble que la cause du cor provienne de la rupture des filaments nerveux, du réseau ou plexus de la peau, et qu'alors le suc nourricier qui se distille continuellement de leurs extrémités, se coagule sous Tépiderme, et forme, par son épaississement, la substance du cor. » L'art de soigner les pieds, par M. Laforest , page 17. On pense assez généralement que le cor au pied est dû à l'épaississement de Tépiderme qui, soumis à la pression, s'enfonce dans l'épaisseur de la peau, à mesure qu'il en écarte les mailles. Si ce cor est récent, on trouve seulement un godet peu profond à la surface des téguments. Plus tard le corps étranger peut s'étendre même jusque sur les capsules articulaires, ou sur le périoste. Nous l'avons vu atteindre les os.

Met-on à découvert superficiellement un cor, on voit un, quelquefois deux , d'autres fois trois points blancs, vulgairement appelés racines de ce cor. Ces racines peuvent être très-dures; c'est alors que les pressions exercées sur elles peuvent occasionner des inflammations et des abcès. Le pus se formant profondément détermine en général des accidents graves qu'il serait inutile d'indiquer, mais il déracine le corps étranger; il l'entraîne avec lui; il peut en résulter une guérison radicale. La substance cornée qui nous occupe, ressemble d'autres fois à de la glu. Laforest avance n'avoir observé cet état que chez les vieillards dont les cors sont fort anciens, et dont les liqueurs sont dans un plus grand degré d'atténuation. Le même auteur a rarement trouvé une espèce de kyste contenant de Veau, après avoir découvert la première superficie du cor. On a vu contre l'extrémité interne du cor une petite poche qu'on a appelée synoviale. Laforest dit qu'on rencontre au-dessous de beaucoup de cors cette poche remplie d'un sang vermeil; il ajoute qu'au moment où ce sang entre en fermentation, de grandes douleurs se développent. Il a encore remarqué que si la maladie s'étend aux capsules articulaires, la peau adhérant à ces capsules, les pressions et surtout les tiraillements exercés sur elles produisent de très-

vives souffrances -, d'ailleurs l'affection morbide ne siège seulement pas aux orteils, on l'observe aussi à la plante du pied et quelquefois sur les parties latérales. C'est alors surtout que comme nous l'avons dit plus haut, on la voit au centre d'un fort durillon, augmentant son volume, et la rendant très-douloureuse. Laforest prétend que la douleur déterminée par les cors est due nonseulement à l'adhérence de ces corps aux capsules articulaires, mais bien aussi et beaucoup plus souvent à une sorte de filtration continuelle dont la source est au fond. Cette filtration tend à se porter au dehors 5 elle occasionne ainsi des élancements violents qui produisent quelquefois une vive inflammation. Les chirurgiens modernes attribuent les souffrances des malades aux pressions exercées sur les parties molles \ ces cors sont hygrométriques. Laforest croit qu'il serait permis de comparer l'humeur excrément euse qui les constitue à une corde à boyau se resserrant dans la sécheresse, et se gonflant dans l'humidité. Ce sont là, selon lui, deux causes de douleur et même fréquemment de phlegmasie. Dionis avance que tous ceux qui en sont incommodés ont aux pieds un almanach qui leur annonce le changement de temps.

Les frottements exercés par les orteils les uns contre les autres produisent assez souvent sur leurs faces correspondantes une maladie de l'épiderme désignée vulgairement sous le nom oVœil de perdrix 5 on explique l'épaississement de cet épidémie par les théories indiquées plus haut. Cette maladie, de la largeur d'une petite lentille est d'un blanc mat et occasionne beaucoup de douleurs; tantôt elle siège d'un côté seulement, d'autre fois des deux côtés en même temps. On enlève l'affection morbide à l'aide d'un bistouri ; elle ne pénètre pas dans l'épaisseur de la peau qu'on trouve sous elle rouge et enflammée. D'après Laforest, on met un peu de mousseline sur l'endroit où l'instrument a agi; un morceau de diachylum est souvent plus avantageux. L'œil de perdrix peut occuper la commissure du quatrième et du cinquième orteil. Il est des sujets chez lesquels il se forme alors en ce point une tumeur dont le volume égale quelquefois celui d'une noisette; on traite cette tumeur comme dans les cas plus simples que nous venons d'énoncer ; le malade garde quelques jours le repos. Si l'inflammation est très-légère, on panse pour fortifier les tissus à l'aide du coton imbibé, soit avec de l'eau-de-vie de lavande, soit avec une infusion de simples à

froid dans ï'alcool. Lorque l'irritation est un peu développée, on fait des lotions d'eau de guimauve; on place entre les orteils des compresses imbibées de ce liquide, qu'on remplace bientôt par l'eau végéto-minérale. J'ai vu des personnes sur lesquelles l'œil de perdrix situé sur la partie antérieure de la commissure des deux derniers orteils était compliqué d'un véritable cor pénétrant à une profondeur variée. Pour combattre la première de ces maladies, on se comporte comme nous l'avons déjà dit ; on attaque ensuite immédiatement la seconde à l'aide des moyens que nous indiquerons plus bas. Il se forme quelquefois sur divers points du pied de petits nœuds (Laforest), c'est-à-dire des tubercules épidermiques , pouvant prendre de l'accroissement ; ils occasionnent de la douleur. Les malades croient qu'ils ont des grains de sable dans leurs bottes; on les enlève complètement avec le bistouri ; on tâche de ne pas intéresser la peau ; une ou deux opérations faites successivement obtiennent une guérison radicale.

On a conseillé de mettre les pieds à l'eau pendant une demiheure environ, avant d'enlever les cors. Laforest rejette ce conseil; il pense que le pédiluve a l'inconvénient de ramollir toutes les parties calleuses, ainsi que les parties molles; il dit qu'il est alors impossible de distinguer le cal des chairs, et qu'il est plus difficile de diriger convenablement l'instrument. Si le cor est superficiel, je crois que ce pédiluve est avantageux; il permettra de le détacher beaucoup plus facilement; mais s'il est profond, l'afflux des liquides déterminé par l'eau chaude, dans les parties molles, les tuméfiera; elles embrasseront plus exactement les racines de la maladie qui, si elles sont d'ailleurs susceptibles de ramollissement, feront éprouver plus de difficultés pour leur extraction, qui pourra même devenir très -incomplète.

On découvre superficiellement le cor avec un bistouri tranchant sur sa convexité, et à pointe mousse ; on le promène horizontalement à sa surface; on enlève la plaque épidermique, qui l'environne. On aperçoit ses racines; on les attaque à l'aide d'un petit couteau pointu et tranchant sur sa concavité, à mesure qu'on l'a introduit assez profondément, et qu'on a tourné son tranchant contre le corps étranger, on lui fait exécuter de légers mouvements de bascule, et on enlève le corps étranger par petits morceaux. Si ces instruments se couvraient d'un enduit visqueux, on les tremperait dans l'eau ou dans de l'huile d'olives; on le?

essuyerait ensuite avec un linge fin ; on a grand soin de ménager la peau. Si ce corps étranger est trop dur, on l'humecte, soit avec de l'eau tiède, soit avec des spiritueux. Que le corps soit superficiel ou profond, il faut cesser l'opération aussitôt qu'on voit une couleur de chair au fond du godet où l'on opère. On a conseillé d'ailleurs de circonscrire superficiellement l'affection morbide avec le quadrille, espèce de poinçon carré ; de la saisir avec des pinces à disséquer, et d'achever de la déchausser ensuite à l'aide de poinçons ronds ou aplatis, à sommet émoussé, et nommés furet et navette. Je n'ai pas extrait beaucoup de cors aux pieds, mais j'en ai néanmoins extirpé un assez grand nombre. Je suis convaincu que la dernière manœuvre dont nous venons de nous occuper, est au moins extrêmement difficile, pour n'en pas dire davantage, si l'on ne veut pas intéresser la peau. Toutes les fois que les racines de la maladie seront dures, je donne la préférence au premier mode opératoire que nous avons indiqué. Existe-t-il au-dessous du cor au pied, une petite poche synoviale, elle doit être ouverte. Si l'on rencontre au contraire le kyste sanguin mentionné plus haut, une tache rouge et vermeille annonce sa présence; on suit la même conduite, bien que d'après Laforest ce kyste sanguin puisse spontanément se dessécher. Ensuite on fait prendre un pédiluve pendant environ un quart d'heure; l'eau n'en doit pas être trop chaude, dans la crainte de congestionner trop les parties molles; le reste delà maladie se tuméfie; une élévation très-blanche et spongieuse se montre; on l'enlève immédiatement. Quand les choses se sont passées comme nous venons de le dire, la cure palliative doit se soutenir longtemps, quelquefois les malades sont radicalement guéris. Lorsque le cor au pied est situé sur une articulation, et quand surtout l'orteil demeure plus ou moins fléchi, il faut se défier de cette articulation, qui siège très-superficiellement, et dans laquelle on pourrait facilement pénétrer, si l'on n'avait pas approximativement mesuré son peu de profondeur; on n'oubliera pas- d'ailleurs, que la peau et le tissu cellulaire sous-cutané peuvent avoir été beaucoup amincis par la pression de la chaussure.

11 est des sujets chez lesquels il n'est permis d'enlever qu'une très-petite étendue du cor, et alors pendant la marche ces sujets ressentent encore beaucoup de douleur à cause de la pression et des frottements exercés par la chaussure. Dans ce cas, que j'ai

observé quelquefois , il ne faut pas couper largement Pépiderme épaissi environnant la racine du cor ; on lui fait seulement éprouver autour de cette racine une déperdition de substance circulaire, de manière à produire, avec la pointe du bistouri, un petit godet , dans le fond duquel s'aperçoit la portion de la maladie qu'il n'est pas possible d'extraire ; située dans un enfoncement, protégée par le pourtour de la petite excavation que nous avons pratiquée, elle se trouve ainsi à l'abri de la compression déterminée par le soulier; les malades marchent et ne souffrent point. Ai-je besoin de dire quel'épiderme sacrifié se reproduira, et qu'il faudra assez souvent renouveler la manœuvre que nous venons de décrire, et que nous avons cherchée en vain , même dans les ouvrages spéciaux.

On a fait un très-grand nombre d'essais pour guérir les cors aux pieds, il suffit de parcourir les annales de l'art pour s'assurer que les moyens proposés ou employés, afin d'atteindre ce but, n'ont certainement pas manqué. Personne n'ignore d'ailleurs que les malheureux malades ont souvent été victimes des charlatans. La plupart des arcanes qu'on a vantés sont, tantôt essentiellement infructueux, d'autrefois ils renferment des substances caustiques qui ont trop fréquemmment produit des inflammations aiguës, des abcès, des fusées purulentes 5 ils ont même aussi pénétré dans les articulations; carié et nécrosé les os; quelquefois leur application a été suivie d'un événement funeste. Occupons-nous de quelques-uns des topiques destinés à guérir les maladies dont nous traitons.

Les gommes sont souvent un très-bon moyen pour combattre les cors; Laforest vante beaucoup le galbanum; il avertit que l'odeur de ce médicament est très-fetide; quand on y a recours il faut, dit-il, ne pas aller dans le monde. Le vinaigre sert à dissoudre cette substance ; après avoir découvert le cor on en applique sur lui le volume d'un pois, on met par-dessus de la peau; on renouvelle le pansement toutes les vingt-quatre heures , et Ton enlève chaque fois l'espèce d'onguent préalablement employé. La poix navale peut-être fort utile; on la met en usage comme le galbanum ; n'oublions pas la gomme ammoniac avec laquelle on a obtenu des succès.

Je vais donner quelques recettes d'emplâtres qui m'ont également bien réussi :

Emplâtre composé par Sennert.

Une once de poix navale -,

Une demi-once de galbanum dissous dans le vinaigre;

Un scrupule de sel ammoniac,

Un gros et demi de grand diachylum.

Mêler le tout selon l'art.

Du recueil des méthodes de M. Helvetius.

Une demi-once d'antimoine cru, pulvérisé; Deux dragmes de mercure doux; Et six grains de sublimé corrosif.

Broyez le tout pendant longtemps sur le porphyre , et l'incorporez exactement avec l'huile d'œuf, pour en faire un onguent de moyenne consistance. L'on en applique sur le cor, gros comme une lentille, après qu'il a été bien préparé; l'on réitère toutes les vingt-quatre heures ce même pansement; il m'a souvent réussi.

Je joindrai, d'après M. Rousselet, la recette d'un onguent que feu son altesse séi énissime , monseigneur le comte de Clermont, prince du sang, fit plusieurs fois composer en sa présence, pour le distribuer gratis.

Prenez de la céruse lavée à l'eau de rose, de la litharge broyée à l'eau de muguet, de minium purgé à l'eau de morelle, de chacun trois onces; de l'huile de rose par infusion, vingt-deux onces, de la cire vierge, jaune, une livre ; mettez le tout dans une terrine vernissée, joignez-y quatre onces d'eau de morelle; faire cuire le tout à petit feu, jusqu'à ce que l'eau soit évaporée, en remuant toujours avec une spatule de bois , pour empêcher.la litharge de brûler, et pour qu'elle se communique, quand vous aperceverez que le tout ensemble prendra consistance, vous retirerez la terrine du feu, pour y ajouter sept gros de camphre raffiné, et broyé dans six à sept gouttes d'esprit d'eau-de-vie de lavande, et six gros de térébenthine, alors vous remuerez le tout jusqu'à ce qu'il ait pris une consistance d'emplâtre ; vous retendrez sur un marbre pour en faire des magdaléons. Il faut, pour s'en servir, employer de la peau de gant.

J'ai éprouvé tous ces emplâtres , dans lesquels , s'il y entre des caustiques, il entre aussi assez de correctifs pour que l'on n'ait

rien à craindre , et je puis assurer que les peaux les plus délicates ne risquent point d'en faire usage, au contraire, l'usage réitéré de leur application peut amener la destruction des cors, en ne gênant plus la circulation. L'on peut encore employer avec beaucoup d'efficacité les emplâtres qui suivent :

L'emplâtre de Vigo avec ou sans mercure.

Celui de grenouille avec le mercure.

Celui de ranis, de Mynsicht, le mucilage, le diapalme, etc.-,

et l'on en recevra de grands soulagements , même la guérison , si les cors ont été bien préparés, et pourvu que l'on soit constant dans l'application du remède.

Je vais encore indiquer quelques moyens plus simples , mais desquels il ne faut attendre que des soulagements momentanés, parce qu'il faut toujours en venir à faire extirper le cal.

La cire verte à cristaux , ou la cire molle dont se servent les notaires, le savon de toute espèce, la peau d'empois que l'on trouve chez les chandeliers, la joubarbe pilée, les feuilles de souci , celles de rose , la vermiculaire qui croît le long des murailles, la feuille de lierre et autres adoucissants et émollients, qui maintiennent le cal des cors dans un état de mollesse et de dissolution, peuvent s'employer. L'art de soigner les pieds , par Laforest, page 36. J'ai obtenu la cure palliative et quelquefois la cure radicale d'un assez grand nombre de cors, sur lesquels j'ai fait appliquer la pommade qui se vend à Paris, chez un épicier rue Coquillère; si cette pommade ne réussit pas, elle n'a au moins aucun inconvénient. J'ai cru devoir indiquer les remèdes dont je viens de m'occuper , parce qu'ils peuvent être utiles ; ils ne sont guère connus des médecins ; ils sont singulièrement négligés dans les ouvrages de médecine opératoire ; à la campagne, où n'existent ordinairement pas des hommes spéciaux, on laisse souvent souffrir beaucoup les malades, il en est même qui peuvent à peine marcher. Répétons d'ailleurs qu'en vieillissant, la maladie dont nous traitons produit quelquefois des inflammations violentes , des fusées purulentes, et ouvre les articulations; on a vu des sujets chez lesquels elle a déterminé l'exfoliation des tendons, la carie et la nécrose; elle a exigé dans certains cas l'amputation d'un ou plusieurs orteils, et même la resection des métatarsiens; chez les vieillards surtout, elle a été

parfois funeste. Un principe établi depuis très-longtemps est le suivant : il ne faut pas négliger les affections morbides des pieds , quelques légères qu'elles soient , car elles peuvent à la rigueur devenir excessivement graves.

Les caustiques non mitigés sont certainement les remèdes les plus puissants destinés à détruire les cors aux pieds, lorsqu'ils ont été convenablement préparés pour l'emploi de ce moyen, mais ils sont excessivement dangereux \ à cause surtout de la trop grande profondeur à laquelle ils pénètrent trop souvent, et des ravages qu'ils occasionnent alors.

On a conseillé la cautérisation actuelle pour détruire les cors ; Avicenne veut qu'on dessèche ces cors par degré avec un morceau de bois en ignition, et qu'on approche le plus possible delà maladie ; cette manœuvre doit être réitérée jusqu'au moment où l'affection morbide est emportée; on applique enfin du beurre cuit , afin d'achever le dessèchement de la racine de cette maladie. Il serait inutile d'indiquer les inconvénients et les dangers de ce moyen , que nous citons seulement comme fait historique. Guy de Chauliac propose d'aplanir parfaitement la partie du cor qui s'élève au-dessus de la peau , de mettre une plaque de fer-blanc ou bien un emplâtre, au centre duquel on pratique une ouverture de la largeur de ce cor et qui lui correspond; on verse sur ce trou une goutte de souffre brûlant ; lorsqu'elle est éteinte, on frotte ensuite avec du cérat, on garde le repos; aussi incertain que le précédent, ce mauvais procédé n'est pas sans danger. Rousselot raconte qu'une personne distinguée était renfermée depuis dix ans à la Bastille; que cette personne guérit d'abord, à l'aide du moyen suivant, des verrues qu'elle portait aux mains ; qu'elle employa ensuite ce moyen, très-heureusement , pour se débarrasser de ses cors aux pieds : elle faisait un petit peloton de toile d'araignée; il était appliqué sur la maladie, on y mettait le feu. Le corps en combustion brûlait lentement et produisait les plus vives douleurs : le procédé dont nous venons de nous occuper a réussi à Laforest. 11 conseille d'y recourir avec une grande circonspection : il ajoute qu'il ne faut s'en servir que dans les cas où le cor est insupportable, et que s'il n'est pas très -profond, les souffrances trop fortes produites par l'action du feu doivent, suivant lui, faire cesser cette application. Le moyen, indiqué par Rousselot, est adopté par quelques auteurs modernes. Je le rejette , car de deux choses l'une ; ou bien m 18

la maladie pénètre jusqu'aux tendons, jusque sur le périoste, sur une capsule articulaire , alors personne ne peut songer à l'application de ce procédé , qui serait nécessairement très-dangereux ; ou bien l'affection morbide n'est pas aussi profonde? Je crois qu'encore le feu aurait de grands inconvénients , et je pense qu'on réussirait infiniment mieux en mettant en usage le bistouri , lors me ae qu'on intéresserait la peau; dans ce dernier cas, sans toutefois dénuder les tendons, s'il est possible, il ne faut pas craindre d'aggrandir un peu la solution de continuité , afin d'empêcher linflammation par étranglement. Mais nous ne saurions trop répéter qu'on ne doit employer ce moyen extrême que chez les sujets qui sont beaucoup tourmentés par leurs cors aux pieds , et qui marchent très-difficilement.

Lorsqu'un cor a produit de l'inflammation , il faut se hâter de dénuder sa surface comme si l'on voulait l'extraire ; s'il se formait alors du pus , il s'écoulerait moins difficilement à l'extérieur. On emploie sur-le-champ les antiphlogistiques -, lorsque la suppuration éprouve des difficultés à se porter à l'extérieur , on lui donne issue, afin de l'empêcher de séjourner et de déterminer des accidents graves, qu'il serait inutile d'indiquer. Laforest dit que si l'on se coupe ses cors soi-même, et qu'ils siègent sur les parties latérales des orteils , on ouvre quelquefois une petite artère qui fournit beaucoup de sang dont on arrête l'écoulement à l'aide d'une plaque d'agaric et de circulaires de bande. Il ajoute qu'on pourrait remplacer cet agaric par un morceau de papier brouillard et par une compresse. Tout ceci est sans contredit parfaitement bien ; mais, ajoute-t-il, « on peut encore piquer un nerf ou un tendon; la douleur serait alors horrible et même convulsive ; » il conseille alors V huile des Philosophes , les remèdes balsamiques purs, etc.. Pour la piqûre des nerfs, voyez dans le second volume de cet ouvrage le chapitre ayant pour titre: névralgie.

Oignons. — « Les oignons sont une tumeur contre nature, qui, à proprement parler, est une espèce d "œdème froid, laxe et mou, de couleur blanchâtre, sans douleur par eux-mêmes; leur mollesse est telle, qu'en les comprimant avec le doigt, ils en conservent l'empreinte, pourvu que les mamelons du centre ne soient point desséchés. Ce qui a donné lieu de les nommer ainsi, c'est la parfaite ressemblance de cette tumeur avec un oignon de jacinthe, dont le centre est d'un rouge brun, environné de petites

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pellicules blanchâtres, détachées les unes des autres, en forme de rosace. Leur siège est ordinairement à la partie latérale antérieure du pied, sur l'articulation du métatarse avec le gros orteil,; les femmes en sont plus ordinairement incommodées que les hommes. Leur cause diffère totalement de celle des cors et des durillons ; c'est une trop grande et continuelle trituration de l'humeur synoviale qui leur donne lieu. Cette trituration de la synovie l'appauvrit, l'atténue et la divise souvent, en l'obligeant de sortir de ses capsules, pour se porter, en se coagulant, au centre de la tumeur. Les cartilages qui garnissent intérieurement la tête ou la cavité des os, privés du rafraîchissement que leur fournissait la synovie, se dessèchent et se tuméfient; il survient même gonflement à la tête des os de cette articulation, causé par réchauffement et la dépression des lames osseuses : ils occupent alors plus de place; les tendons qui servent au mouvement de l'orteil se trouvent contraints et subitement tendus les uns contre les autres; ils obligent souvent même cet orteil à se courber, et à se placer dessus ou dessous ceux qui l'avoisinent : alors le pied devient d'une difformité qui paraît malgré la chaussure la mieux faite. » L'art de soigner les pieds, par M. Laforest, page 72. J'ai cité textuellement les passages qu'on vient de lire, parce que j'ai voulu donner un échantillon des explicasseries auxquelles se livraient autrefois en médecine même les hommes de bon sens parmi lesquels on doit compter fil. Laforest. Mais ces passages renferment des faits bien observés que n'auraient pas dû ignorer des auteurs modernes qui traitent des oignons avec une incroyable légèreté, comme si cette maladie était indigne de fixer leur attention. Elle est cependant très-importante : nous espérons en fournir la preuve dans ce chapitre. Ces faits sont la condensation du liquide contenu dans les bourses synoviales. Les lames épidermiques superposées, écailleuses, imbriquées; la tuméfaction des cartilages, celle des os, et enfin la déviation de l'orteil, voilà les caractères distinctifs de l'affection morbide qui nous occupe, si vous y ajoutez la douleur, que le même auteur indique plus loin.

Les oignons étaient autrefois beaucoup plus communs qu'aujourd'hui, parce que les femmes faisaient usage de chaussures à très-haut talon, et que sous le double rapport de la pression et des frictions, la première articulation metatarsophalangienne était excessivement fatiguée. Nos élégants qui veulent paraître des hommes grands portent encore des bottes dont le talon est

exhaussé ; ils sont soumis, à un plus faible degré, au même inconvénient. Nos petits maîtres, qui frisent légèrement le pavé avec la pointe de leurs pieds, dont ils se servent exclusivement pour ainsi dire, afin de cadencer en quelque sorte leur trop frêle et trop fragile stature, encourent davantage ces inconvénients. Les souliers courts, en maintenant les orteils plus ou moins fléchis, font saillir la face interne de l'article phalangométatarsien, d'où résulte encore une cause puissante pour produire la .maladie; elle se fait aussi observer assez souvent sur le côté externe de l'articulation de la dernière digitation du pied avec son métatarsien. Beaucoup d'habitants de la campagne ont la mauvaise habitude de loger leurs pieds nus dans de gros sabots : ces sabots exercent sur ces pieds, à cause des vacillations auxquelles ils sont soumis, des efforts auxquels ils se livrent souvent, de fortes pressions et des frictions fréquentes 5 le cuir épais qui n'est pas convenablement huilé ou graissé est une cause très-commune des oignons, ainsi que les souliers trop étroits de quelque nature qu'ils soient.

Aux symptômes que nous avons déjà indiqués, unissez les suivants : tuméfaction circonscrite et souvent assez considérable ; rougeur prononcée quand l'oignon est irrité; épiderme épaissi, fendillé, et dont un grand nombre d'écaillés plus ou moins redressées appliquent une partie de leurs bords sur le corps muqueux de la peau, et font beaucoup souffrir. Augmentation de chaleur : sentiment d'une espèce de brûlure. Les malades croient que des grains de sable soumis à des pressions siègent sur un endroit très-vif [Laf or est), c'est-à-dire dénudé. Quand une violente inflammation s'empare de l'oignon, le sujet éprouve les douleurs les plus vives du phlegmon. Pendant que je faisais manœuvrer les opérations sur le cadavre, j'ai fréquemment eu occasion d'étudier l'anatomie pathologique de la maladie qui nous occupe. J'ai vu les dispositions épidermiques que nous avons énoncées. J'ai trouvé des bourses synoviales dont l'humeur était épaissie, dégénérée, presque concrète : j'ai rencontré de petits cors compliquant les oignons. Dans des cas fort rares, le tissu cellulaire situé au côté interne de l'articulation métatarsophalangienne paraissait normal sous le rapport de son épaisseur. Il était quelquefois induré, d'autres fois infiltré de sérosité, tantôt ordinaire et tantôt sanguinolente-, niais chez la plupart des sujets ce tissu cellulaire, sorte de coussinet placé sous les téguments, manquait en grande partie et quelquefois en totalité; alors la peau était

immédiatement appliquée sur le tissu osseux auquel elle adhérait même assez souvent, circonstance qui devait nécessairement beaucoup la fatiguer. Les sésamoïdes formaient quelquefois sous elle une saillie 5 ils peuvent seuls occasionner la maladie, ou bien contribuer à la produire. Tuméfaction des os; parfois leur surface offrait même des inégalités qui avaient dû très-probablement contribuer à augmenter les douleurs par les pressions que les téguments exerçaient sur elle; ces os étaient ordinairement plus ou moins ramollis, les cartilages participaient à la tuméfaction que nous venons d'indiquer ; quelquefois ils étaient amincis ; augmentation de l'épaisseur de la capsule articulaire; très-rarement phogose légère dans l'intérieur de l'article ; épanchement séreux, sero-sanguin ou sero-purulent. Les chirurgiens savent que l'oignon peut déterminer à la suite des accidents qu'ils occasionnent la pénétration du pus dans la jointure, l'ouverture de l'articulation, la carie de l'extrémité des os, et enfin chez quelques vieillards un événement funeste, surtout lorsque la gangrène des tissus vient grossir le cortège de tous ces phénomènes morbides.

Pour éviter le développement des oignons il faut se soustraire à l'influence des causes que nous avons signalées et qui agissent d'autant plus désavantageusement que les sujets sont lymphatiques . scrofuleux , vénériens, rhumatisants ou goutteux. « Lorsque les oignons sont encore dans un état de mollesse, que les mamelons du centre ne sont point encore desséchés et durcis, on peut se contenter de faire des frictions-, pour cet effet, on met de la salive , à jeun , dans le creux de la main , et l'on en frotte la partie affligée jusqu'à ce qu'il ne reste plus de salive , ce qu'il faut réitérer plusieurs jours de suite : on applique après , en se couchant , un petit sachet de sel ammoniac , trempé dans de l'eau rose; on l'assujettit pour la nuit, et on l'ôte tous les matins; on y peut encore appliquer l'emplâtre de fiel de porc , qui se fait ainsi : prendre un fiel de porc mâle , le suspendre dans la cheminée , pour le dessécher à moilié de manière que le fiel se réduise à une espèce de pommade compacte; en prendre de la grosseur d'un pois , l'étendre sur du vieux gant , et l'appliquer sur l'oignon en réitérant toutes les vingt-quatre heures. » L'art de soigner les pieds, par M. Laforest, p. 77. Voilà, sans doute, des choses du vieux temps ; néanmoins , elles offrent ceci de trèsremarquable, qu'on a su saisir l'indication et qu'on a appliqué des résolutifs, des excitants dans un cas où il n'y avait pas d'in-

flammation; il serait bien à désirer qu'on suivît ces errements; mais les savants fameux de nos jours disent que ce n'est pas là de la science, comme s'il ne fallait pas essentiellement connaître les nuances d'une affection morbide pour savoir la combattre avantageusement , et comme si l'étude approfondie de cette affection morbide n'était pas de la science, comme si enfin la pathologie n'en était pas une. En vérité, il faut le dire, 'tout cela n'inspirerait que de la pitié si l'on n'exposait pas notre studieuse jeunesse à s'égarer. Ouvrez les livres de certains hommes malheureusement trop nombreux ; vous y verrez qu'après de longues descriptions des maladies et à l'occasion desquelles presque toujours tout semble simple et clair pour le diagnostic , tandis que très- souvent il est fort obscur, on y indique seulement, et en passant pour ainsi dire , les moyens thérapeutiques sans poser la moindre indication ; on ne cesse de répéter à cette malheureuse jeunesse : voilà les antiphlogistiques, les fondants, les astringents, etc. » Employez-les . mais comment faut-il les mettre en usage? quelles sont les circonstances qui les exigent? quelles sont celles qui les font rejeter? quels effets peuvent-ils produire et à quels moyens doit-on recourir suivant ces effets? Que dis-je? voilà qui est trop élémentaire. Est-il permis à des hommes d'un génie transcendant de s'en occuper? Quel génie! ! ! Aussi la coterie tout entière applaudit-elle à leur sublimité , quand elle a prononcé :, c'est de son aréopage que jaillissent des torrents de lumière qui, personne ne l'ignore, néanmoins, perdent entièrement leur éciat aussitôt qu'ils arrivent aux limites du cercle très-étroit dont le centre est l'incomparable foyer; c'est ainsi qu'on se loue et qu'à force de s'encenser mutuellement on forme autour de soi un nuage aussi épais que ses propres idées, et qui masque entièrement! horizon de la vérité tout rapproché qu'il est. Si toutes ces idées ne portaient pas déjà suffisamment leurs fruits , laissez-les vieillir, le temps n'est pas éloigné où elles feront une large justice de beaucoup de choses.

Lorsque l'oignon est enflammé, douloureux, le malade garde le repos absolu ; on applique des cataplasmes émollients faits avec la fécule de pomme de terre ou bien encore avec le riz bien cuit et de l'eau de guimauve ; ils sont dans de la grosse mousseline ; chez les femmes qui ont habituellement les pieds froids on couvre ces cataplasmes à l'aide d'une flanelle par dessus laquelle on met du taffetas gommé : assez souvent même vingt-quatre heures

suffisent pour faire cesser la douleur, pour dissiper, presque complètement la phlegmasie et pour permettre de marcher avec un soulier qui n'est pas étroit-, mais il faut avoir la précaution de mettre sur la maladie un morceau de diachylum bien préparé, car vous devez vous défier de cet emplâtre qui est mal fait dans un très-grand nombre de pharmacies et qui peut produire un érysipèle sur toute l'étendue des points auxquels il adhère. Le cataplasme a non-seulement l'avantage d'agir comme moyen émoilient, mais encore il macère Tépiderme, il le ramollit, il en enlève de minces et étroites écailles, il ôte presque entièrement à celles qui restent leur propriété irritante ; il en facilite d'ailleurs l'ablation-, quand l'irritation n'est plus aussi vive, qu'en d'autres termes elle a beaucoup diminué , comme aussi lorsqu'elle a toujours été légère on doit extirper les callosités de l'oignon et les cors qui peuvent le compliquer; on emploie la thérapeutique énoncée plus haut. « Si une trop grande et continuelle pression a fait coaguler et dessécher dans le centre de la tumeur une humeur gypseuse (ayant la consistance de la chaux), il faut alors en faire l'extirpation avec l'instrument, et lorsque ensuite il sort de la cavité une humeur synoviale glutineuse, il faut appliquer un emplâtre de diachylum gommé , qui dissipera entièrement le mal. » L'art de soigner les pieds, par M. Laforest, p. 78. Si une bourse muqueuse s'étendait jusqu'à une capsule articulaire, il faudrait la respecter afin de ne pas s'exposer à produire une inflammation pouvant pénétrer dans la jointure. J'ai vu mettre en usage, avec beaucoup de succès, le moyen suivant par M. Erlanger, pédicure très- distingué de Paris: l'oignon est entouré par un cercle d'agaric d'une épaisseur convenable pour l'empêcher de s'appliquer contre l'empeigne du soulier auquel ce cercle est d'ailleurs fixé 5 on fend quelquefois le soulier sur le point qui correspond à la maladie , afin d'éviter sa pression douloureuse. Les abcès sont ouverts le plus tôt possible, etc. , et les autres accidents sont combattus par la thérapeutique appropriée.

Verrues. « — Suivant Galien, les verrues sont une matière hétérogène et contre nature, qui se trouve poussée avec violence vers la peau par la force des facultés internes ; d'où il faut conclure qu'elles sont de la nature de tous les autres boutons ou pustules qui paraissent sur la peau. » Laforest, ouvrage cité. Voilà une hypothèse qui tient essentiellement aux idées d humorisme qui ont été enseignées longtemps d'une manière si exclu-

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sive par les écoles. Il ne viendra jamais, je crois, maintenant à l'esprit de personne de l'adopter. Mais en l'examinant sérieusement, et en faisant abstraction de la théorie dégoûtante des humeurs que les médiocrités médicales de Paris, effrayées encore par l'ombre deBroussais, essayent de reproduire dans le domaine des sciences médico-chirurgicales, ne pourrait-on pas admettre que les verrues sont une production organique accidentelle , comme les tumeurs fibreuses, les loupes stéatomateuses, etc. ? Si l'on veut bien se rappeler les hypothèses qui ont été admises pour expliquer la formation de ces dernière maladies, on verra peut-être que celle de Galien n'est pas aussi dépourvue de fondement qu'elle l'aurait semblé à priori. Examinez-vous l'affection morbide qui nous occupe, sur les mains, sur les pieds, vous la trouvez assez ordinairement rugueuse, fendillée, et plus spécialement chez les personnes qui marchent beaucoup, chez celles qui manient habituellement des corps durs, et dont la peau est exposée aux injures du temps. Ce phénomène est dû à Tépaississement et à des sortes de fissures de l'épiderme. On trouve quelquefois au-dessous de lui deux ou trois racines, et davantage, d'un -blanc mat, avec lequel se confond une teinte légèrement rosée ; on peut quelquefois aussi les séparer superficiellement les unes des autres. Elles semblent être réunies par des lamelles celluleuses très-fines et extraordinairement rares; plus profondément encore ces racines conservent le même aspect, pénètrent dans l'épaisseur du chorion, où elles ne le perdent pas. Si le tissu morbide dont nous traitons n'était pas, comme nous le croyons, et comme nous venons de le dire, une production organique accidentelle, si ce tissu appartenait au chorion épaissi et fournissant des prolongements dans l'épiderme, il faudrait convenir au moins que son organisation, abstraction faite de cette dernière membrane, n'est pas l'organisation du derme, qui ne saigne pas lorsqu'on le coupe, tandis que la verrue fournit du sang depuis son extrémité libre jusqu'à son extrémité implantée dans ce derme ; ce liquide est assez abondant, il n'est pas possible de l'attribuer exclusivement à la lésion du corps muqueux-, on le voit sortir du tissu fibreux accidentel qui constitue la maladie. M. Cruveiîhier a vu une seule fois des vaisseaux sanguins bien distincts accompagner le pédicule plus ou moins prononcé de l'affection morbide. Des faits et des raisonnements qui précèdent, je conclus, contre l'opinion généralement admise , que les verrues sont une production organique

fibreuse accidentelle. Cette idée acquerra, je crois, plus de valeur lorsqu'on se rappellera que les verrues pendantes, c'est-à-dire celles qui sont pédiculées , présentent presque toujours une consistance molle, sont recouvertes d'un épiderme normal, et que leur nature intime n'est pas celle du derme: faisons d'ailleurs remarquer que la première espèce de cette maladie a été divisée en plate et en ronde. Est-il besoin de dire que celle-ci, qui est la plus commune, offre une saillie assez marquée à la surface de la peau ; elle fournit plus spécialement les filaments ou racines dont nous nous sommes occupés; Fautre, au contraire, s'élève très-peu à la superficie des téguments; elle présente assez ordinairement une largeur considérable. Celse l'a plus particulièrement observée à la paume des mains et à la plante des pieds, où elle est en effet beaucoup plus fréquente, et où, à cause des pressions auxquelles elle est soumise, elle est très-douloureuse. Dans les autres localités, l'affection morbide ne fait pas souffrir, à moins qu'elle n'ait dégénéré. Mais une preuve qui vient encore à l'appui de l'hypothèse que nous avons imaginée, c'est que, quand des verrues bien caractérisées d'ailleurs siègent à la face, qu'elles sont très-fréquemment irritées, excoriées, elles finissent trop souvent par offrir la dégénérescence carcinomateuse, quoiqu'elles ne soient nullement pédiculées. Il ne faut pas oublier cette circonstance, car il est évident que sous le rapport de l'organisation intime, il existe une grande différence entre les tumeurs dont nous nous occupons, lorsque les unes ont un pédicule et quand les autres en sont dépourvues. En dégénérant, comme nous venons de le dire, et comme le prouve l'expérience, il est certain que la maladie dont nous traitons présente, sous ce point de vue, une identité parfaite avec les autres tumeurs citées plus haut.

Exposons comme fait historique l'hypothèse singulière que nous allons extraire de l'ouvrage de Laforest : « Suivant Juncker, les verrues sont des excroissances extraordinaires, des fibrilles nerveuses de la peau, qui s'attachent surtout au visage et aux mains. Les principes de toutes ces excroissances procèdent d'une humeur grossière, mélancolique ou phlegmatique salée, et convertie en mélancolie, qui, destituée de circulation, s'épaissit insensiblement, et forme ces callosités qu'on appelle verrues. Cette sorte d'incommodité ne produit aucune douleur, en lui laissant un libre cours : elle défigure seulement la partie affectée. » Laforest, ouvrage cité.

On rencontre quelquefois, chezdes femmes enceintes, sur la face interne des cuisses, sur les organes externes de la génération, des tubercules confluents très nombreux, pouvant offrir le volume d'un grain de chènevis; ils. ont une consistance dure^ ils sont d'ailleurs recouverts, à cause de la finesse de la peau, par un épiderme qui n'est pas rugueux. Ces petites tumeurs ressemblent à des verrues, si toutefois elles ne constituent pas cette maladie. J'ai vu des médecins croire qu'elles étaient syphilitiques. Lorsqu'elles se sont développées pendant la grossesse, il est extraordinairement rare qu'elles ne disparaissent pas spontanément après l'accouchement, circonstance importante à connaître miserait inutile d'en indiquer les motifs. Les chirurgiens cliniques ont encore observé au cou, chez les mêmes femmes, à la surface des téguments, des saillies nombreuses peu volumineuses, mollasses, qui me paraissent être des verrues pendantes, et qui naissent aussi durant la gestation. Elles inquiètent singulièrement la malade à cause de la difformité qu'elles occasionnent. Sont-elles attaquées par les moyens thérapeuthiques, abstraction faites des autres inconvénients attachés à ces moyens, ils ont celui de déterminer dans la plupart des cas des cicatrices qui , d'abord rouges , blanchissent ensuite et sont désagréables à voir. Presque toujours ces productions organiques accidentelles se dissipent aussi après la parturition. Elles se flétrissent et ne produisent pas de cicatrisation apparente. Avant de les attaquer, il faudrait donc attendre que les femmes fussent débarrassées depuis quelque temps du produit de la conception. Au besoin, on les détruirait soit à l'aide-de la ligature, soit par l'action des ciseaux à laquelle on unirait l'application du nitrate d'argent fondu, taillé en forme de crayon. Mais pour donner la preuve irréfragable de la supériorité d'un professeur de la faculté de médecine de Paris ; pour démontrer, comme a osé le tenter M. Marchai de Calvi, au congrès médical, qu'il n'existe pas à Paris un médecin capable de faire passer des examens aux élèves, citons entièrement le chapitre suivant : « § 1er. Verrues. On donne le nom de verrues à » de petites tumeurs tantôt étroites et saillantes, tantôt aplaties » et assez larges, qui se remarquent à la surface du derme, et » principalement sur le dos de la main. Ce sont des végétations » indolentes des couches épidermiques et de la couche sanguine » de la peau. Une foule de moyens ont été proposés pour en dé- )> barrasser les malades , mais il n'en est aucun qui réussisse

» généralement, et le mieux, quand les verrues sont très-nom- » breuses, est de n'y rien faire du tout. Nulle infirmité n'a fait )> naître plus de remèdes secrets ou bizarres. Je connais un » grand dignitaire de l'État qui croit fermement posséder un » de ces secrets. Il m'a raconté avec le plus grand sang-froid » qu'au moyen d'un fil de soie rouge , dont chaque nœud doit » entourer et toucher la base de la verrue avant d'être fermé, fil )> qu'il dépose et laisse ensuite putréfier au fond d'une masse de » fumier, on guérit constamment les verrues! » (V. dans ce volume : vous y trouverez la preuve que ce remède apoartient à Juncker, que M. Velpeau aurait dû citer, lui dont l'immense érudition n'est jamais en défaut.) « Sans tenir compte do )) ces rêves insignifiants, le chirurgien peut au moins tenter » quelques remèdes réellement efficaces lorsque les verrues sont » en petit nombre et que les malades tiennent à en être débar- » rassés.

» Si la tumeur est saillante, et comme pédiculée. on peut » l'étrangler avec un fil, la faire tomber par la ligature.

» Alors il serait encore mieux de la saisir avec une pince, et de » l'exciser d'un coup de ciseaux, en ayant soin de toucher la » petite plaie immédiatement après avec le nitrate d'argent. Si la » verrue n'a point de pédicule ni de collet, on la traite d'une » autre façon. La sucer avec les lèvres pour la retrancher ensuite )> d'un coup de dent comme on le faisait du temps de Galien; la » briller avec les cautères à dents, ou l'enlever lame par lame » avec un grattoir, sont de mauvais moyens, que V extirpation et )> la cautérisation franche doivent toujours remplacer. Uexlir- » pation, qui consiste à enlever d'un coup de bistouri ou de ci- » seaux portés à plat, toute la tumeur, et dont on rend V effet » plus sûr, en touchant ensuite la surface saignante avec la » pierre infernale, ne garantit point encore complètement de la » récidive. Emporter avec la verrue une plaque elliptique de la » peau, serait infiniment plus sûr. Chez les personnes qui redou- )> tent faction de l'instrument tranchant, on aurait recours à la » cautérisation; le bout d'une plume ou un cylindre de verre » servent à transporter sur la tumeur une gouttelette d'acide ni- » trique, qu'on a soin de ne pas laisser étaler sur les tissus voisins. » Cette cautérisation, qu'on renouvelle plusieurs jours de suite, )> agit mieux et réussit plus constamment que la cautérisation » avec le nitrate d'argent (quand on ne sait pas faire cette dernière.

» comme on le verra dans ce volume). Du reste, c'est la simple » excision aidée de la cautérisation avec la pierre infernale )) qui est le plus employée. » Nouveaux éléments de médecine opératoire, par M. Velpeau, t. 1er, page 447.

Rhazès conseille pour les dessécher et les guérir de frotter les verrues avec des feuilles de câprier. On a encore mis en usage, soit isolément, soit ensemble, les feuilles pilées d'herbes à Robert, de pourpier des Indes, de grande scrophulaire, de miilefeuilles, de verrucaires: on a aussi vanté le suc d'alléluia, de tithymale, le lait de figuier. Des frictions faites avec du vieux levain de seigle délayé dans du lait de figuier et de tithymale ont été employées. « On se sert encore d'un Uniment composé de la manière suivante :

R. Trois dragmes d'huile de tartre; Une dragme d'onguent blanc camphré*, Un scrupule de chaux vive.

ou bien encore :

R. Cire neuve, résine, huile de camomille, de chaque un gros; Tacamahaca, deux dragmes;

Orpiment : une dragme-, dont vous faites un emplâtre. »

Laforest.

Ouvrage indiqué. - — J'ai cru devoir citer les moyens qu'on vient de lire-, car l'expérience a démontré qu'ils peuvent réussir : il suffît d'avoir habité la campagne pour s'être assuré que les paysans emploient quelques plantes ordinairement avec succès : ils mettent surtout en usage le suc de grande chélidome après avoir légèrement enlevé l'épiderme qui recouvre la verrue. Je ferai d'ailleurs remarquer que ces moyens simples sont quelquefois couronnés de succès même dans les cas où les verrues sont confluentes et très-nombreuses 5 il n'est pas besoin de dire qu'ils ne peuvent pas déterminer des accidents sérieux, et qu'il faut surtout en tenter l'emploi lorsque la maladie a beaucoup d'étendue. Je suis étonné que des auteurs modernes les aient passés sous silence : j'ai pensé que je pouvais m'abstenir d'indiquer un plus grand nombre de ces topiques. Mais en voilà deux trop extraordinaires pour qu'ils ne trouvent pas place ici. Je les rap-

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porte seulement comme faits historiques. « Etmuller dit avoir fait usage de l'usnée humaine, espèce de mousse verdâtre qui croît sur les crânes des personnes mortes d'une mort violente, et exposées à l'air. Il prétend qu'en appliquant cette mousse sur la verrue, elle doit se guérir en peu de temps. Mais le remède le plus extraordinaire est celui que prescrit Juncker , page 241. Il faut, dit-il, prendre un fil de la chemise d'un patient ou d'un mourant, et le prendre dans un endroit imbu de sueur, par exemple, sous les aisselles ; faire à ce fil autant de nœuds que le malade a de verrues 5 frotter une de ces verrues avec un des nœuds, ensuite enterrer le fil dans un endroit humide, par exemple sous une gouttière, et les verrues tombent à mesure que les nœuds se pourrissent. Juncker assure que ce remède lui a parfaitement réussi, de même qu'à tous ceux qui ont, comme lui, été dans le cas d'en faire usage. Je veux le croire; mais il semble qu'il faut une grande foi pour se le persuader. Au reste, l'expérience n'est ni coûteuse ni difficile à faire 5 toute la difficulté consiste à savoir quel rapport il peut y avoir entre un pendu et une verrue. » Laforest, ouvrage cité.

Galien cite un homme qui, après avoir sucé les verrues avec les lèvres, les faisait, dit-il, suffisamment saillir et les arrachait avec les dents: outre que ce procédé serait trop dégoûtant pour celui qui l'exécuterait, il ne serait pas toujours sûr; il exposerait d'ailleurs à des déchirures assez étendues.

N'oublions pas de rappeler un précepte que des auteurs modernes n'auraient pas dû omettre : c'est, quand il existe de grosses et de petites verrues, d'attaquer seulement les premières pour les détruire, et pour flétrir et faire tomber les secondes, résultat qu'on obtient assez souvent. Mais lorsque la surface occupée par ia maladie offre une grande largeur, faut il abandonner cette maladie à elle-même, comme le conseille M. Velpeau (V. plus haut son texte). Nous avons déjà dit dans ce chapitre qu'à l'aide des moyens simples qui ont été exposés, on guérissait quelquefois radicalement. Si ces moyens échouaient, on attaquerait successivement une certaine étendue des verrues afin que les ayant guéries dans cette étendue, on puisse procéder de la même manière sur les autres points morbides : ainsi, les malades ne portent pas à tout jamais une difformité dégoûtante, produite par une affection morbide qui, soumise à des pressions, peut dégénérer et occasionner des douleurs très-violentes. Ces douleurs

sont niées par M. Velpeau (V. son texte, page 283 de ce volume). Lorsqu'elles existentsur la face plantaire du pied, quelle que soit la circonstance à laquelle elles sont dues, on place dans le soulier une semelle de chapeau et de buffle : on y pratique un trou sur le point qui doit correspondre à la verrue ; il doit être assez grand pour la contenir. On obtient ainsi le double avantage d'éviter les souffrances et de s'opposer à l'accroissement que déterminerait la compression qu'on évite. Ce moyen très- important a été oublié par certain auteur moderne.

Mais un moyen très-efficace qu'on doit employer surtout dans le cas dont nous venons de nous occuper, et qu'on peut mettre aussi en usage lorsque la maladie est moins large et exige suivant les opérateurs , l'ablation avec le bistouri de la portion de la peau sur laquelle elle siège , est le bain prolongé dans une très-forte dissolution de savon noir. Voici comment on procède : Suppo* sons que l'affection morbide est à la face plantaire du pied ; on plonge cette face seulement , et les bords de ce membre dans le liquide 5 n'oublions pas de dire que sa consistance est sirupeuse , que cette immersion est en général d'une demi-heure. Aussitôt qu'on l'a cessée, on promène horizontalement sur la maladie le couteau à tranchant convexe, qu'emploie ordinairement le pédicure 5 on enlève ainsi sans faire couler du sang la superficie des veines, macérées ou plutôt brûlées par la solution dont nous nous occupons. Le malade , qui ne marche pas d'ailleurs, baigne le soir son pied de la même manière. Le lendemain , avant de le soumettre à une nouvelle immersion , on procède avec le bistouri comme la veille ; enfin , cette seconde immersion a lieu , et l'on se comporte ainsi qu'après la première. Ce traitement est en général continué pendant quinze ou vingt jours 5 le plus souvent alors il a réussi : Un des fils de l'une des anciennes familles les plus distinguées de Paris, portait sur la face plantaire du pied, près des extrémités antérieures des métatarsiens, une plaque verruqueuse s'étendant du premier de ces os au cinquième, et dont le diamètre antéro-postérieur offrait l'étendue de cinq centimètres quatre millimètres (deux pouces). La marche était devenue presque impossible : un grand nombre de chirurgiens consultés avaient tous proposés d'enlever, à l'aide de l'instrument tranchant , l'affection morbide et la large portion de peau qui en était le siège -, on sait que cette opération est grave et qu'elle est suivie d'une cicatrice qui dans son principe et même

plus tard, n'est pas sans inconvénient. Je fis appeler M. Eiianger , et nous eûmes bientôt donné une ieçon aux encyclopédistes à la suite , qui voulaient pratiquer l'extirpation de la maladie. La forte dissolution de savon noir fut employée ; guérison au bout de quinze jours. J'insiste sur le moyen dont nous venons de nous occuper parce qu'il est peu connu , et que nous en avons obtenu, mes élèves et moi, de nombreux succès. Si ce moyen produisait un peu d'irritation , on mettrait trois ou quatre jours d'intervalle entre ce'lles de ces applications qui auraient été irritantes, et l'on n'en réussirait pas moins. M. Erlanger, qui l'applique très-fréquemment, ne l'a jam'ais vu déterminer des accidents sérieux ; il n'a pas même été obligé de recourir aux cataplasmes émollients.

Ligature : On emploie un fil de soie, un crin , ou bien encore un fil ciré : on saisit la verrue à l'aide d'une pince à disséquer , afin de la faire saillir le plus possible. On peut ainsi assez souvent agir au delà de sa racine, et alors le caustique devient inutile. Rappelons que la ligature doit immédiatement étreindre assez les tissus pour les désorganiser sur-le-champ. Elle est alors infiniment moins douloureuse ; on la met seulement en usage lorsque la tumeur est pédiculée , et quand cette tumeur tombe, on cautérise au besoin avec le nitrate d'argent fondu dans la crainte de la récidive. On a conseillé ici l'application du feu, je la crois plus douloureuse ; je pense qu'elle peut faire courir quelques dangers : on se servirait des cautères à dents.

Excision : On coupe s'il est possible au delà de sa racine et en un seul coup, la verrue pédiculée avec le bistouri, ou mieux encore, avec des ciseaux courbes sur le plat; on a soulevé préalablement la tumeur à l'aide d'une pince à disséquer; la cautérisation est alors inutile -, quand l'affection morbide n'offre pas de pédicule, on donne la préférence au petit couteau tranchant sur sa convexité : on le fait agir à ras la surface de la peau : mais on n'enlève pas ainsi la totalité de la maladie: il faut donc en Cautériser le reste; le nitrate d'argent fondu est encore préférable.

Extirpation ; Deux incisions semi-lunaires cernent la verrue, et se réunissent par leurs extrémités ; elles pénètrent dans le tissu cellulaire sous-cutané : on continue de se servir du bistouri , ou bien Ton emploie les ciseaux courbes sur le plat , pour achever l'opération ; avec la tumeur , on enlève la portion de peau sur laquelle elle siège; cette opération est très-douloureuse, elle ex-

pose à des inflammations fort dangereuses. Aux mains et aux pieds, elle peut être suivie de cicatrices capables de gêner les fonctions des membres -, je ne l'admets que si les autres méthodes ontéchoué,etque si la venue fait beaucoup souffrir. N'oublionspas de faire remarquer que les racines du tissu verruqueux sont d'autant plus profondes que ce tissu offre moins de saillie à l'extérieur.

Cautérisation : On a conseillé des escarro,tiques violents telsque le soufre , le sublimé : Duclon veut même qu'à la plante des pieds on mette en usage la potasse caustique comme si l'on établissait un cautère ; l'idée seule de ces moyens effraye , car il n'est pas permis d'ignorer les accidents très-graves qu'ils peuvent déterminer; on en trouvera un exemple dans l'observation suivante : « Une fille fort incommodée de venues, sensible aux reproches de malpropreté qui lui furent faits à cet égard , s'adressa , pour s'en délivrer, à un barbier qui, pour un demi-écu, en entreprit la cure. Pour y réussir, il en entoura d'abord plusieurs de terre glaise, couvrit leurs têtes avec du soufre, auquel il mit le feu avec une allumette. La courageuse fille remplie du désir de se voir délivrée de cette difformité, supporta la douleur en héroïne, et dit même au barbier de continuer à brûler ses excroissances, s'il le croyait nécessaire, mais cet empirique l'ayant assurée que celles-là étaient suffisamment brûlées, il lui ordonna seulement de mettre à la place de la terre glaise un peu de beurre frais, et de revenir le lendemain pour en entreprendre d'autres. Elle fut tourmentée par la soif et la chaleur durant toute là nuit, qu'elle passa fort inquiète-, elle trouva le matin la main et le bras enflé jusqu'à l'épaule, avec douleur et inflammation. Dans cet état, elle envoya chercher le barbier , qui, fort surpris de l'accident , fut chercher un chirurgien, qui, un peu moins ignorant que lui, fit une embrocation sur le bras avec l'huile rosat, et appliqua le cataplasme de mie de pain et de lait sur le dos de la main. La douleur fut adoucie et la tumeur désenflée par cette méthode, mais continuant, après la chute des escarres, les applications graisseuses, les tendons découverts dans deux désarticulations des phalanges se corrompirent, comme l'auraient fait les ligaments et les cartilages, si une personne plus expérimentée n'eût été appelée; mais, malgré tous ses efforts, une des articulations resta gênée, et une autre presque sans mouvement. » Tumer , Des maladies de la peau. Les caustiques actifs dont on ne mitigé

pas l'action , soit par les substances inertes auxquelles on les associe, soit par la petite quantité qu'on en met en usage, doivent être proscrits. L'acide nitrique (eau forte des anciens) est souvent employé pour brûler les verrues; les auteurs modernes conseillent, les uns d'en appliquer une petite goutte, les autres une gouttelette^ aussi ce caustique détermine presque toujours alors beaucoup de douleurs, il peut môme occasionner des accidents : pour mieux faire comprendre la prudence avec laquelle il faut s'en servir, citons textuellement l'ouvrage de Laforest. « L'eau forte m'a toujours réussi sans inconvénient, étant appliquée prudemment. Pour l'employer, on trempe la pointe d'un cure-dent dans l'eau forte la meilleure possible , l'on en laisse tomber la première goutte qui serait trop considérable , l'on pose ensuite la pointe du cure-dent au milieu de la verrue; le peu d'eau forte qui s y trouve fermente et désunit toutes les parties de la verrue (on voit donc que l'instrument reste seulement mouillé par l'acide qui est par conséquent employé en moins grande quantité que par ces messieurs ; car il nous paraît au moins très-difficile d'admettre qu'une première goutte étant sortie d'un cure-dent, il y en reste une seconde) ; on réitère cette opération deux fois par jour, et, lorsqu'on aperçoit que la verrue se désunit, il faut quitter l'usage de l'eau forte; la verrue tombera d'elle-même. L'huile de tartre par défaillance opère la même chose -, mais l'effet en est plus long. » Ne perdez pas de vue ces mots lorsque la verrue se désunit, car quel que soit le moyen auquel vous avez recours, cette désunion vous apprend qu'il faut cesser, répétons-le, l'usage de ce moyen : ainsi on évite de cautériser trop profondément et d'occasionner des accidents; on est surpris de ne pas trouver dans les livres modernes cet excellent principe sur lequel nous avons du insister.

On a beaucoup vanté le nitrate d'argent fondu; mais si vous voulez en une seule fois consumer la verrue, vous êtes obligé de cautériser profondément, et cette cautérisation a souvent le trèsgrave inconvénient de produire des accidents, surtout lorsque la verrue siège sur un tendon contre la face dorsale d'une articulation, d'un doigt ou bien d'un orteil. Le caustique est-il moins longtemps appliqué ? N'agit-il pas à une aussi grande profondeur que nous venons de le dire? N'usez-vous d'aucune autre précaution ? Presque toujours la tumeur n'étant pas complètement détruite, repousse sous l'escarre, et quand celle-ci tombe, cette m. 19

tumeur a recouvré à peu près le volume qu'elle offrait préalablement; alors on recommence en pure perte la petite opération. Mais suivez les préceptes suivants : sacrifiez avec précaution, pour éviter la douleur, l'épiderme qui recouvre la verrue ; cautérisezla ; le lendemain, enlevez doucement l'escarre au moins en grande partie avec la pointe d'un bistouri ou d'un canif; procédez tous les jours de la même manière, jusqu'au moment où vous voyez que la verrue se désunit, expression très-heureuse de M. Laforest, V. plus haut, déjà alors elle est morte ; le reste en va tomber, et vous avez obtenu une guérison complète. Si l'escarre n'était pas détachée par le chirurgien toutes les vingt-quatre heures : si Ton ne réitérait pas chaque fois la cautérisation, on donnerait presque toujours le temps à l'affection morbide de réparer la perte de substance qu'on lui a fait éprouver, et l'on réussirait difficilement. J'ai très-souvent mis ce procédé en usage; je l'ai fréquemment conseillé à des femmes auxquelles je l'ai bien expliqué, elles l'ont employé elles-mêmes, et constamment jusqu'aujourd'hui je l'ai vu couronné de succès. C'est le moyen auquel je donne la préférence lorsque les verrues sont profondes, qu'elles siègent sur les tendons contre la face dorsale , des digitations des mains et des orteils ; alors les cautérisations légères et superficielles qu'on pratique produisent très-peu d'irritation , et l'on parvient à détruire la verrue sans l'enflammer pour ainsi dire et sans déterminer une phlegmasie sur les tissus importants qu'on a tant d'intérêt à ménager.

Les préceptes que nous venons d'établir s'appliquent suivant nous seulement aux verrues des mains et des pieds sur lesquelles le cancer survient très-rarement : quant à celles de la face, on sait trop qu'il en est autrement; j'ai beaucoup développé cette idée dans le premier volume de ma clinique chirurgicale (V. le chapitre ayant pour titre : Quelques considérations sur le cancer). Je crois qu'ici le nitrate d'argent fondu dont l'application serait même réitérée, pourrait avoir le grave inconvénient , surtout à cause de l'humidité du tissu morbide, de ne pas le détruire complètement, et de faciliter, de hâter même sa dégénérescence. Lorsque les verrues siègent dans les localités qui nous occupent, il faut , si elles sont pédiculées, les lier ou les exciser : quand on croit ensuite la cautérisation nécessaire, on se sert du proto-nitrate acide liquide d'hydrargyre. S'agit-il au contraire dans cette même localité de tumeurs qui manquant de pédicule

sont petites, on les attaque encore avantageusement avec ce dernier acide ; mais toutes les fois qu'elles sont un peu volumineuses , on doit les extirper à l'aide du bistouri ; ont-elles déjà dégénéré? sont-elles couvertes d'une petite croûte? font-elles éprouver des douleurs lancinantes? on peut les détruire avec le dernier acide que nous venons d'indiquer, lorsque leur largeur et leur profondeur sont très-limitées ; dans les circonstances opposées, on met l'instrument tranchant en usage 5 mais on ne doit pas confondre les verrues avec les tumeurs sébacées des téguments, avec celles constituées par le tissu érectiie, déjà induré, et par l'agglomération des follicules anormalement développées de la peau. N'oublions pas d'ailleurs de rappeler que plus on attaque les verrues par l'instrument tranchant ou par le caustique, sans les enlever complètement , plus elles augmentent de volume quand on les abandonne ensuite à elles-mêmes; les pressions exercées sur elles, lorsque surtout elles sont fréquentes et de longue durée, comme dans la marche et chez les ouvriers qui appliquent leurs mains presque toute la journée sur des corps durs, produisent de semblables effets.

On a conseillé de détruire les verrues par le cautère actuel ; on sait que les écoliers ont fréquemment l'habitude de faire rougir une épingle au feu et de traverser la tumeur avec elle -, l'instrument, perdant immédiatement à cause de sa minceur une trèsgrande quantité de calorique, irrite davantage les tissus, d'où naît une très-vive douleur, assez souvent suivie d'une inflammation qui n'est pas toujours sans danger ; il n'est pas très-rare d'ailleurs de voir la production organique accidentelle résister à l'emploi de ce moyen que je cite seulement comme fait historique. Les chirurgiens veulent qu'on mette en usage les cautères dont se servent les dentistes; ici, celui de M. Champesme (V. dans le premier volume de cet ouvrage le chapitre ayant pour titre : Cautérisation actuelle pratiquée avec des instruments métalliques) mérite encore la préférence ; mais le feu , lors même qu'on y aurait recours après la ligature ou bien encore après l'excision , et lorsque surtout il serait mis en usage comme moyen principal et unique , pouvant agir trop profondément et occasionner des phlegmasies dangereuses, nous le rejetons -, ajoutons qu'il est quelquefois infidèle.

Mais les verrues peuvent être situées sous l'ongle : je les ai seulement observées au gros orteil ; tantôt elles siègent en partie

antérieurement sous le bout du tissu corné , tantôt ce tissu les recouvre complètement. Quelquefois on les voit sous l'un de ses bords latéraux , à son milieu , ou enfin jusque vers sa partie postérieure. Cette maladie est très-douloureuse et susceptible de dégénérer-, elle mérite donc une attention toute spéciale de la part du chirurgien. Elle amincit le tissu corné; elle lui donne une couleur brune noire, jaune ou d'un blanc mat. Elle finit dans certaines circonstances par le perforer ; je l'ai presque toujours vue saigner avec beaucoup de facilité. Convertie en cancer, intéressant la phalange, elle en exige alors le sacrifice. Quand elle est très-étendue , qu'elle se rapproche beaucoup de la matière onguéale , il faut enlever l'ongle ( Voyez pour les procédés opératoires le chapitre ayant pour titre : Ongle incarné). Si au contraire, l'affection morbide est assez limitée, si elle ne se rencontre pas trop en arrière, on la dénude entièrement en enlevant, à l'aide de la lime, de la pierre ponce, du bistouri, ou mieux encore d'un fragment de verre , toute la largeur du tissu corné qui la recouvre : on l'attaque ensuite à l'aide des moyens que nous avons indiqués plus haut.

Le nitrate d'argent fondu mérite encore ici la préférence, à moins que la tumeur ne soit très-sanguine : il faudrait alors en pratiquer l'extirpation et cautériser ensuite au besoin avec la pierre infernale. Nous avons traité, avec beaucoup plus de détail que les chirurgiens qui nous ont précédés, des durillons, des cors aux pieds, des oignons et des verrues-, il était temps enfin d'introduire complètement Fart du pédicure dans les ouvrages de médecine opératoire, où il occupait une place infiniment trop étroite et un rang trop inférieur qu'il ne mérite pas. En procédant comme nous venons de le faire , nous avons surtout servi les intérêts des malades qui , ne pouvant s'adresser à des hommes spéciaux, trouveront chez leur médecin des connaissances profondes des sujets que nous avons indiqués; elles acquerront alors d'autant plus d'importance , qu'elles seront entées sur l'étude de tous les autres moyens destinés à soulager ou à guérir toutes les autres maladies.

Des ampoules. — On les ouvre avec la lancette quand elles ne siègent pas sous un durillon ; si l'on manquait de cet instrument on pourrait se servir de la pointe la plus acérée possible d'une épingle; on évacue le liquide épanché; l'épiderme ancien s'affaisse et bientôt il s'en forme un nouveau qui le remplace; la

douleur disparaît presque immédiatement. Lorsque le sujet est obligé de continuer sa route il souffre peu , car les frictions et les pressions exercées par la chaussure se font d'autant moins sentir que la partie blessée leur offre moins de prise à cause de la disparition de la tumeur ; quand la maladie est située sous un durillon, l'épaississement de l'épiderme exige l'emploi du bistouri: mais il est des cas dans lesquels, bien que cet épiderme ne présente pas chez une personne qui marche à l'ordinaire une épaisseur insolite , l'ampoule présente une grande étendue -, c'est alors que l'incision pratiquée avec le premier et surtout avec le second des instruments que nous venons d'indiquer est insuffisante pour donner issue à la matière séreuse, séro-sanguine et même quelquefois séro-purulente qu'ils sont destinés à évacuer ; il faut, pour faciliter son écoulement, faire éprouver à la couche épidermique à l'aide des ciseaux courbes sur le plat une déperdition de substance convenable pour rendre cet écoulement facile. A la faveur de l'ouverture qu'on a préalablement pratiquée on introduit, en ménageant le plus possible le corps muqueux de la peau, l'une des branches de ces ciseaux dans la capacité de la poche morbide. Suivant les indications, on met en usage soit un cataplasme émollient, soit un pansement simple ou un morceau de diachylum gommé.

Maladies de Vongle. — Elles constituent presque toujours des tumeurs, et par cela même d'ailleurs qu'elles siègent dans les localités où nous avons rencontré les durillons, les cors aux pieds, les oignons et les verrues . nous croyons qu'elles peuvent trouver place ici. L'organisation de l'ongle, son mode de formation, son accroissement sont trop connus pour que nous devions nous en occuper: mais il faut savoir rigoureusement, autant que possible, en médecine opératoire, quelle est l'étendue des diamètres antéro-postérieur et transversal delà partie postérieure de cet ongle qui est recouverte par la peau, afin que si, au besoin, on doit enlever sa matrice pour l'empêcher de se reproduire, on puisse porter l'instrument assez loin. Examinons d'abord les opinions émises par les anatomistes sur le point important dont nous traitons : nous extrairons ensuite d'un beau travail récemment publié par un de nos élèves les plus distingués, M. Bachelay, des données anatomiques desquelles découlent des principes thérapeutiques tvès-împortants. Elles prouvent que ce jeune chirurgien est du petit nombre de ceux qui comprennent Pana-

tomie chirurgicale, tant négligée et si mal faite même de nos jours. Mais s'il est des hommes, quoique haut placés, qui commettent d'énormes fautes en anatomie descriptive , comme nous l'avons prouvé dans cet ouvrage, il est difficile peut-être d'exiger que les idées philosophiques, régissant l'anatomie chirurgicale , occupent leur cerveau.

Envies. — On désigne sous cette dénomination populaire et fort triviale une maladie dans laquelle des languettes épidermiques se détachent par l'une de leurs extrémités de la face dorsale du doigt depuis le point où la peau cesse de recouvrir l'ongle de ces doigts jusqu'à cinq à sept millimètres environ (deux ou trois lignes) au-dessus. Lorsque surtout les ongles prennent un accroissement rapide, c'est ordinairement peu de jours après qu'on les a coupés, ou quand on les mouille très-fréquemment, qu'ils entraînent en bas en le tiraillant assez fortement le demi- cercle d'épiderme épaissie qui leur adhère et qui limite en haut la lunule onguéale. Cette espèce de demi-cercle ainsi entraîné présente bientôt des fissures longitudinales-, il n'offre d'ailleurs plus sa régularité ordinaire, on en voit même quelques traces restées adhérentes à la partie du tissu corné progressant vers le bout du doigt. Alors se détachent des pellicules d'épiderme qui se renversent sur la face dorsale de la phalange et qui arrachées du corps muqueux de la peau, occasionnent d'assez fortes douleurs. Elles deviennent plus vives lorsque les frottements des objets avec lesquels les mains sont en contact exercent sur elles des tiraillements qui tendent à les enlever, en augmentent la longueur et font encore davantage souffrir. La maladie dont nous traitons pourrait être désignée sous le nom de languettes èpidermiques détachées de leurs adhérences à V ongle , et conservant encore celles qui les unissent à Vépiderme situé plus haut. Les tractions que nous venons d'indiquer font même quelquefois couler un peu de sang : l'irritation déterminée sur les téguments produit de l'inflammation, La dénudation du corps réticulaire de la peau facilite singulièrement l'absorption, d'où naît la nécessité de se défier plus spécialement alors des affections morbides contagieuses, des liquides provenant des cadavres en putréfaction, du cancer, etc. J'ai vu de malheureux étudiants en médecine qui s'étant soumis à l'infection cadavérique, ont éprouvé les uns des maladies très-graves, et les autres ont succombé. Je portais l'an dernier une envie au doigt auriculaire \ je fis l'extir-

MÉDECINE OPÉRATOIRE. 29o

pation très-difficile et fort longue d'un carcinome volumineux ulcéré fournissant avec une grande abondance de la matière purulente d'une horrible puanteur. Je fus affecté sur le point où le corps muqueux était à nu d'une sub-inflammation assez douloureuse; elle produisit une légère suppuration et détacha de ses adhérences la partie postérieure de l'ongle. Le cancer dont je me suis inoculé le putrilage siégeait au sein ; aucune cause spécifique ne l'avait déterminé ; l'accident que j'éprouvai ne présenta pas les symptômes qu'aurait déterminés cette cause. Ces envies occasionnent quelquefois le panaris chez les personnes qui manient des malpropretés et chez celles qui comptent beaucoup de monnaie de cuivre, surtout quand cette monnaie est un peu humide. J'ai cru devoir établir et développer un peu les idées qu'on vient de lire, car elles ont été essentiellement négligées -, je laisse aux praticiens le soin de juger leur importance.

Il n'est pas rare de voir se détacher sur les parties latérales de l'ongle, la portion épaissie de l'épiderme qui leur adhère, ou qui sans présenter ces adhérences, est destinée à les empêcher de blesser les chairs. Elle se renverse aussi de bas en haut, mais au lieu d'être minces comme les languettes épidermiques, et de constituer des pellicules, elles sont formées par un tissu véritablement corné dont la circonférence est presque arrondie. Les pressions, les tiraillements exercés sur elles déterminent de violentes douleurs ; elles adhèrent davantage à la peau 5 il faudrait pour les arracher, et déchirer les téguments, un effort assez considérable. Aussi cette dernière maladie est-elle très-rarement accompagnée d'une érosion -, il n'est pas besoin de dire qu'ainsi elle est moins dangereuse sous le rapport de l'absorption.

Je crois avoir observé que les envies sont d'autant plus fréquentes que l'on coupe les ongles plus près. Le moyen de les prévenir, c'est de détacher légèrement de l'ongle de bas en haut avec un grattoir ou avec tout autre instrument de ce genre et sans faire souffrir, le demi-cercle épidermique dont nous avons parlé, de le refouler ensuite très-peu du dernier de ces côtés ; ainsi à mesure que la substance cornée prend de l'accroissement, les adhérences qu'elle aurait désavantageusement détruites , n'existent pas, et cet accroissement a iieu sans inconvénients. Mais si la maladie s'est déjà montrée, il faut se hâter d'enlever la languette épidermique le plus près possible de la peau, et ne pas la

blesser. On se sert à cet effet des ciseaux courbes sur le plat ; ils doivent être très-fins; sans cette condition, ils ne raseraient pas convenablement les téguments; l'épiderme coupé y ferait encore saillie; il offrirait encore aussi prise aux frottements» et l'envie subsisterait. On suit encore les mêmes préceptes pour la seconde variété de l'affection morbide : seulement par cela même, que souvent le point par lequel elle adhère est sjtué à une certaine profondeur, entre les parties molles et l'ongle, on doit employer les ciseaux à pointes mousses, et néanmoins étroites. On comprend aisément combien du jour au lendemain les envies sont suceptibles de se reproduire. Aussi quand on aura négligé le traitement préservatif, faudra-t-il se hâter de le mettre en usage.

Du déchaussement de l'ongle produit par le détachement et le refoulement considérable , en haut , du demi-cercle épidermique qui le recouvre à sa partie supérieure. — Cette maladie peut être déterminée par une cause traumatique dont l'action néanmoins faible a produit, avec le décollement qui nous occupe, une plaie si peu importante qu'ordinairement on ne la soigne même pas; mais alors l'épiderme détaché étant soulevé, offre prise aux agents extérieurs; ils tiraillent souvent les parties molles; il en résulte de la douleur, une sub-inflammation, et un suintement purulent très-léger; ces causes peuvent contribuer à décoller de plus en plus les tissus, et successivement d'un côté à l'autre. Ces phénomènes progressent très -lentement dans la plupart des cas; ils durent longtemps, d'où résulte une incommodité fort désagréable; c'est quand le décollement est complet, comme nous venons de le dire, que les tiraillements ayant cessé avec la douleur, la guérison se fait bientôt observer.

Aussitôt que la maladie se montre , on doit appliquer sur le doigt un bandage roulé qui, agissant de haut en bas, soutient les tissus, les refoule dans cette direction, empêche l'affection morbide de s'accroître et la guérit; il ne doit pas s'opposer à l'écoulement des humidités de la plaie, à moins que la sub-inflammation n'ait acquis un certain développement , circonstance très-rare; on met localement et en même temps en usage le vin aromatique , ainsi le décollement des adhérences à la partie supérieure de l'ongle cesse de faire des progrès, la douleur disparaît, bientôt la guérison est obtenue.

La lourniole. petit abcès formé sous l'épiderme , siège sur les pointsoù la peau recouvre l'extrémité supérieure du tissu on-

guéal. Si vous donnez promptement issue àîa matière purulente, si vous enlevez complètement la couche épidermique qu'elle a soulevée, si elle n'a pas encore pénétré sur la face postérieure des téguments, l'ongle n'est pas déchaussé-, on le conserve entièrement. Dans le cas contraire, nous pensons qu'il est très-difficile d'obtenir ce dernier résultat. On a conseillé de mettre en usage alors la cautérisation avec le nitrate d'argent fondu, taillé de manière qu'on puisse le mettre en contact avec toute l'étendue de la solution de continuité entre l'ongle et les chairs. On a donné beaucoup d'éloges à ce moyen ; mais de deux choses l'une, ou bien vous cautérisez sur-le-champ, et alors la cautérisation porte sur un phlegmon suppuré à l'état aigu , et je demande ce qu'il peut en résulter- ou bien vous attendez, et alors cette cautérisation me semble au moins une bien faible ressource. Je crois, d'ailleurs, que si la maladie était chronique, le nitrate d'argent ne serait pas dépourvu d'utilité. Mais encore il faudrait qu'il n'agît pas trop fortement, dans la crainte d'altérer la racine onguéale. Quant au développement très-considérable des bourgeons charnus, on sait qu'on en fait justice à l'aide des ciseaux ou de la pierre infernale, suivant les indications.

Corps étrangers situés sous les ongles. — Ils peuvent venir de l'intérieur ou de l'extérieur. L'épiderme placé contre l extrémité inférieure ou antérieure de V ongle 7 et quelquefois même celui situé sous cette extrémité, peut s épaissir beaucoup, et former une espèce de durillon qui ordinairement n'est pas douloureux:, ou qui produit une douleur en général peu développée ; je n'ai observé qu'au gros orteil la maladie dont nous nous occupons. L'ongle très-souvent aminci est jaune ou d'un blanc mat sur les points par lesquels il correspond à la concrétion épidermique 5 on coupe cet ongle à l'ordinaire, et si l'affection morbide ne s'étend pas trop loin, on Feniève avec l'une des branches des ciseaux mousses. Mais si , au contraire , elle pénètre plus profondément, c'est-à-dire entre le tissu onguéal et les adhérences qu'elle lui a fait perdre avec les parties sous-jacentes, on doit se servir d'une petite curette. A mesure que ce tissu repousse, l'état normal se rétablit ordinairement, quand on a soin, après avoir fait prendre un bain de pieds, de nettoyer de temps en temps la .cavité qui résulte de l'extraction du corps étranger. L'affection morbide m'a semblé se développer plus spécialement chez les personnes qui négligent l'usage des pédiluves.

Liquides épanchés sous l'ongle, et capables de produire des concrétions dures. — Les contusions violentes appliquées sur les ongles peuvent faire épancher du sang sous eux; s'il est en grande quantité, en d'autres termes, s'il y forme une couche épaisse et qui ne soit pas située à ras l'un de ces bords, il faut détruire dans une étendue convenable le tissu onguéal , il faut d'abord amincir, et ensuite traverser le tissu onguéal soit avec le bistouri, soit avec la pierre-ponce, soit avec une lime, soit avec un fragment de verre ; on évacue ainsi la matière épanchée \ le dernier de ces instruments me paraît le plus avantageux, car il n'est pas besoin de le dire, plus les pressions exercées par la manœuvre seront légères, moins elles seront multipliées , moins la douleur se fera sentir ou sera facile à développer. Quand l'épanchement sanguin est contre l'un des bords de l'ongle, il faut l'évacuer en divisant les parties molles avec le bistouri. Aussitôt après l'opération, et surtout dans les cas où cet épanchement est formé par une couche mince, et qu'on ne lui donne pas issue, on a recours aux émollients et aux narcotiques locaux. Ces derniers ne sont pas appliqués sur la surface dénudée. Le malade garde le repos absolu. On le soumet à la diète; on pratique au bras des saignées d'abord spoliatives , puis dérivatives ; leur nombre et la quantité de sang qu'on extrait sont en rapport avec les indications; voyez les généralités dans le premier volume de cet ouvrage; voyez encore, pour de plus amples détails, dans le premier volume de ma Clinique chirurgicale, le chapitre ayant pour titre : Quelques considérations sur la phlébotomie en général; redisons que la phlébotomie a surtout le grand avantage de faire résorber promptement le sang épanché, et qu'ici de cette promptitude résulte souvent la conservation de l'ongle. Quand les phénomènes de l'irritation ont disparu, on a recours au besoin aux applications résolutives. Abandonné à lui-même, le sang se convertit souvent en caillot qui peut devenir très-dur, et constituer une concrétion fort douloureuse ; la lymphe et même le pus, situé sous l'ongle, s'épaississent quelquefois, et forment aussi un corps étranger très-solide, et occasionnant beaucoup de douleur surtout à la pression. « Dans le cas d'un choc, comme je l'ai dit, lorsqu'il se détache des superfluités qui prennent la forme pyramidale, et croissent au milieu de l'ongle avec effort et douleur, il n'y a pas de moyen plus certain de les guérir que de les extraire avec un instrument. C'est le plus commun des acci-

dents qui arrivent aux ongles -, on lui donne le nom de cor sous l'ongle; c'est le triomphe des charlatans, parce que ces cors étrangers sont assez faciles à extraire, et qu'aussitôt qu'ils sont extraits, la douleur cesse, s'ils sont bien emportés. » (Laforest, ouvrage cité.)

Avec l'un des instruments que nous venons d'indiquer, on amincit d'abord et l'on traverse enfin toute l'épaisseur de l'ongle sur le point par lequel il correspond au corps étranger; on fait éprouver à cet ongle la déperdition de substance nécessaire pour saisir et extraire, soit avec des pinces, soit avec une petite curette, ce corps étranger dont l'ablation obtient immédiatement l'absence des douleurs même pendant la marche; on vient de le voir dans le texte de Laforest. Un chirurgien-major, ayant fait la campagne trop mémorable et trop funeste de Moscou, y fut soumis à une congélation des pieds; il marchait difficilement, il souffrait beaucoup sous l'ongle du gros orteil gauche. Pendant que nous faisions le cours de médecine opératoire à l'École anatomique des hôpitaux, il se plaignait souvent de ne pouvoir presque pas s'y rendre;. nous l'engageâmes à nous montrer sa maladie; nous observâmes, sous le milieu du tissu onguéal,une tache jaune de la largeur d'une lentille; la pression y produisait de violentes souffrances , nous traversâmes l'ongle en ce point. Nous découvrîmes ainsi le corps étranger dont l'extraction devint alors très-facile. C'était une concrétion d'un blanc jaunâtre, et de la consistance de la gomme arabique. Sa présence avait creusé sur la peau un petit godet. M. le docteur T. . . put immédiatement se rendre chez lui sans éprouver la moindre douleur. Nous le vîmes jusqu'à la fin de notre cours où il arrivait toujours alors le premier. La guérison ne se démentit pas. J'insiste sur toutes ces idées , car leur oubli expose à de nombreuses fautes.

Épines sous les ongles. — Elles ne sont pas rares. On les observe surtout chez les personnes de la campagne occupées à ramasser de l'herbe avec leurs mains, etc. Lorsque les corps étrangers, faisant d'ailleurs toujours beaucoup souffrir, forment à l'extérieur une suffisante saillie, il est facile de les arracher; on emploie immédiatement après les moyens antiphlogistiques destinés à prévenir les inflammations ; mais si ce corps étranger proémine assez peu à la surface de la peau , et qu'il offre cependant encore assez de prise pour son extraction , il faut tâcher de

la faire à l'aide des doigts. Êtes-vous obligé de vous servir d'une pince? l'épine est-elle de bois vert ou de bois très-sec? Serrez-la aussi peu que possible avec cet instrument, car sans cette condition vous la déchirerez ou bien vous la casserez , et alors son extrémité externe étant située à ras les téguments et même dans leur épaisseur, ne vous permettra plus de la saisir qu'en produisant de très-violentes douleurs qui deviendront ordinairement inutiles 5 car vous pourrez moins encore suivre le précepte que nous venons d'indiquer, et vous échouerez. L'incision pratiquée sur le bout du doigt pour découvrir le corps étranger occasionne de grandes souffrances, et la pince portée dans la plaie, souvent à plusieurs reprises, n'en détermine pas de moindres 5 alors le chirurgien ne réussit pas toujours. Lorsque ce corps étranger a pénétré assez profondément pour qu'on ne puisse pas le saisir convenablement, ou quand il est impossible d'appliquer l'instrument sur son extrémité externe, il faut, à l'aide d'un fragment de verre, traverser le bout de l'ongle dans une suffisante étendue après l'avoir coupé à ras les chairs. Suivant l'indication on agirait de la même manière pour l'un des bords latéraux de cet ongle. Mais procédez lentement, car si en amincissant le tissu corné, vous apercevez que l'épine n'est pas située immédiatement au-dessous de lui, qu'elle est aussi placée sous les parties molles, il ne faut pas les intéresser avec l'instrument dont vous vous servez, en les raclant vous les déchireriez, elles seraient très-irritées -, il en résulterait une excessive douleur. Employez pour terminer l'opération la pointe acérée, et néanmoins assez forte, d'un bistouri droit que vous faites agir contre le corps étranger en ayant soin, en arrivant sur lui , de ne pas le diviser de manière à ne pas pouvoir le saisir ensuite convenablement pour l'enlever. Dans tous les cas, alors qu'il est dénudé , son extraction devient facile à l'aide d'une tiès-petite pince. Défiez vous des phlegmasies. A mesure que l'ongle repousse, la difformité que vous avez produite disparaît. En parcourant les annales de l'art on s'assurera que le sujet dont nous nous occupons a été traité comme tant d'autres de ce genre , avec une légèreté et une inexpérience trèsremarquables. N'omettons pas de faire remarquer que si l'épine, nous l'avons déjà dit, est d'un bois très-sec, les tractions qu'on exerce sur elle pour l'arracher doivent être rigoureusement parallèles à son axe dans la crainte de la casser. Ce précepte doit tou-

jours d'ailleurs être suivi afin d'occasionner moins de douleur, et d'être obligé d'employer moins d'efforts, eut- on même affaire à une paille de fer ou à un fragment d'aiguille , etc. La pince à dents de souris est en général très-avantageuse lorsqu'on n'est pas forcé de traverser l'ongle. La pince plate ordinaire est, au contraire, préférable, parce qu'elle ne déchire pas aussi facilement quand il s'agit de l'épine de chardon , etc. Mais M. le docteur Charnaux, qui a longtemps exercé la médecine avec distinction dans le département du Jura, a souvent observé qu'on rendait convenablement saillantes les épines situées sous les ongles en détruisant avec précaution l'épiderme ordinairement épais queles paysans présentent au bout de leurs doigts. Elles deviennent ainsi très-faciles à saisir. Cet excellent principe s'applique à toutes les localités dans lesquelles les couches épidermiques sont épaisses. Au talon, par exemple , on cerne de très-près le corps étranger à l'aide du bistouri n'intéressant que le tissu corné. On peut d'ailleurs facilement l'enlever après l'avoir macéré dans de l'eau, ou après l'avoir beaucoup ramolli à l'aide de cataplasmes émollients. Quant à l'emplâtre de poix de cordonnier que les habitants de la campagne mettent sur l'épine qu'ils ne peuvent pas extraire, c'est un mauvais moyen dont l'application est douloureuse et dont les adhérences au corps étranger ne sont presque jamais assez solides pour pouvoir l'extraire en retirant cet emplâtre. Il est encore employé pour faciliter la suppuration; je cite seulement ce moyen comme fait historique.

Verrues situées sous V ongle. — Voyez dans ce volume le chapitre ayant pour titre Verrues.

Exostose sous-onguèale. — Voyez dans le second volume de cet ouvrage le chapitre ayant pour titre Exostoses du pied.

« Les taches blanches qui paraissent aux ongles, sont causées par la sécheresse des lames dont ils sont composés, et de ce qu'elles ne sont pas intimement liées ensemble. C'est faute de liaison qu'elles paraissent-, elles suivent la croissance des ongles, jusqu'à leur extrémité. Pour les prévenir, il faut faire dissoudre de l'alun dans de l'eau de rivière, et s'y tremper souvent les mains. » Laforest. L'art de soigner les pieds.

Manière de couper les ongles. — A la main on les coupe en rondeur, suivant la configuration des doigts, ou plutôt en demicercle,* dont la convexité est tournée en bas. Après cette section ,

ils ne doivent pas déborder les chairs, ni être dépassés par elles. Mais afin de déformer ces ongles, de donner à leurs bouts un aspect terne et en quelque sorte dégoûtant, malgré tous les soins de propreté, nos petits-maîtres, brillants par leur inutilité, taillent aujourd'hui, à l'imitation des femmes, leurs ongles très-longs, en forme, pour ainsi dire, de serres d'émouchet. Si vous leur serrez jamais la main, prenez garde aux blessures qu'ils pourraient vous occasionner.

Au pied, coupez les ongles transversalement ; abattez les angles de votre section, en les arrondissant très-légèrement; ne divisez pas le tissu corné aussi près des chairs qu'à la main, à cause des pressions exercées par les orteils les uns sur les autres, à cause du refoulement produit par les chaussures ; ces ongles doivent rester un peu longs-, car, sans cette précaution, les parties molles soumises au déplacement que nous venons d'indiquer, les déborderaient, et seraient bientôt blessées. Il ne faut pas laisser le tissu onguéal dans un trop grand état d'accroissement; il pourrait alors toucher le sol, s'arcbouter contre le bout du soulier, et gêner la marche; il offrirait d'ailleurs beaucoup plus de prise aux violences extérieures qui agiraient ainsi en produisant de vives douleurs et en exposant davantage à sa chute. Les chirurgiens qui exercent à la campagne savent que les ouvriers qui, dans leurs travaux, sont fréquemment obligés d'appliquer les extrémités de leurs orteils avec force contre le sol, les ébranlent souvent, les déracinent et les perdent quand ils ne sont pas courts.

Êpaississement, recoquillement, état scabreux des ongles. — u Les vices de conformation des ongles viennent, comme je l'ai déjà dit, de ce qu'il leur afflue plus de substance qu'ils ne peuvent en employer à leur accroissement. Ce superflu se dépose dessous les ongles ou à leurs extrémités, et les force à bomber et à se recoquiller; alors ils deviennent scabreux. Le moyen le plus certain que je puisse indiquer, c'est de les diminuer dans toute leur superficie ; cela les affame, et les oblige d'employer utilement toutes les substances qui se portent à leur accroissement ; je puis même assurer que, dans tous les cas, on obtiendra de grands soulagements des douleurs que l'on éprouve aux ongles, telles qu'elles soient, en les ratissant avec du verre. » Laforest, ouvrage cité. Ce ratissement est très-souvent fort avantageux. Il est des cas dans lesquels l'ongle, présentant

d'ailleurs sa conformation ordinaire, est tellement épais et dur, qu'il n'est pas possible de le couper avec des ciseaux.

Déviation de V ongle. — Je vais citer le texte suivant, dans la crainte de l'altérer en l'analysant : « Si le vice d'un ongle était de se porter tout d'un côté, il faudrait retrancher la partie excédante, qui pourrait piquer l'orteil voisin ; et ensuite, avec l'instrument tranchant, le découvrir du côté opposé à sa croissance, parce qu'alors cette croissance se portera du côté retranché; et si l'on parvient à le mettre en force égale, il se tiendra au milieu de l'orteil. )) Laforest, ouvrage cité. D'après cette théorie, il paraîtrait que le côté dévié de l'ongle étant retranché dans toute l'étendue du point par lequel il excède, prend un grand accroissement, et refoule du côté opposé la portion onguéale qui a été déchaussée, et qui, ne croissant pas, se laisse déplacer, et peut permettre le redressement du tissu corné. Je n'ai jamais observé les faits dont nous venons de nous occuper. Je suis donc forcé de m'en rapporter aux idées de Laforest. Leur singularité me commande de rester dans un doute philosophique -, on sait d'ailleurs que l'ongle se porte plus spécialement dans la direction du point où il est souvent coupé. En traitant de l'ongle incarné, nous indiquerons des procédés à l'aide desquels on rétrécit et l'on redresse le bout de cet ongle.

Ablation de la presque totalité de V ongle par un instrument tranchant. — On fait un pansement simple; on a soin de réprimer, avec la pierre infernale, les bourgeons charnus, afin qu'ils n'atteignent pas un niveau trop élevé, et sur lequel la reproduction de la portion sacrifiée de cet ongle, ne pourrait pas s'appliquer. Voilà une précaution indispensable à laquelle il semble qu'on n'a pas même songé ! A mesure que le tissu onguéal prend de l'accroissement, on le protège à l'aide des moyens que nous allons indiquer dans le chapitre ayant pour titre : Chute des ongles. Mais est- il besoin de dire que si la plaie a trop diminué l'épaisseur de la phalange 5 que si elie Ta raccourci, l'ongle présentera une conformation plus ou moins vicieuse?

Section de l ongle dans toute son épaisseur et dans toute Vètendue de son diamètre transversal, plus ou moins près de sa racine. — A mesure que cet ongle s'accroît, sa portion postérieure peut chasser l'antérieure devant elle, et peu à peu le tissu onguéal reprend sa conformation ordinaire. C'est le résultat

qu'on obtient nécessairement quand son diamètre dorso-palmaire n'est pas complètement coupé. Mais si l'on rencontrait des cas dans lesquels, au bout d'un temps assez long, l'ongle restât difforme, il faudrait enlever sa partie antérieure, résultant de sa section, et Ton devrait alors réussir à le rendre normal.

Chute des ongles. — Laforest a observé des sujets qui perdaient tous les ans les ongles de leurs pieds. Il dit qu'il en venait sans douleur de nouveaux qui repoussaient- entièrement les anciens. Suivant le même auteur, le tissu onguéal, bien conformé, se renouvelle au bout de quatre mois. La chute consécutive de ce tissu est plus spécialement déterminée par les causes traumatiques ; lors même qu'il est complètement arraché, au moment où ces causes agissent sur lui, sa reproduction n'en est pas moins certaine-, mais quand il adhère encore assez fortement, bien qu'il doive tomber, on le respecte jusqu'au moment où il est assez ébranlé pour pouvoir être enlevé sans douleur 5 s'il était abandonné à lui-même, il pourrait nuire à la bonne conformation de celui qui le remplace. Quand l'ancien ongle, ayant perdu une partie de ses adhérences, est soulevé, il faut en réséquer la portion décollée, en la coupant le plus près possible du point où elle adhère; la renaissance d'un ongle exige qu'on porte un doigtier; Laforest veut qu'on emploie un cataplasme fait avec deux ou trois poignées de quinte-feuille pilée et unie à de la panne de porc mâle; il est infiniment préférable de mettre sous le premier des moyens que nous venons d'indiquer, de la cire à mouler, à l'aide de laquelle on enveloppe la presque totalité du doigt; cette cire a l'avantage de préserver le nouvel ongle du contact de l'air et des violences extérieures; elle jouit d'ailleurs d'une mollesse assez grande, pour ne point gêner l'accroissement de cet ongle renaissant; je l'ai vue parfaitement réussir. Plusieurs charlatans ont annoncé qu'au moyen d'un emplâtre appliqué sur les ongles viciés dans leur conformation, ils les feraient tomber, et qu'ensuite ils reviendraient beaux et bien faits. J'assure au contraire que l'on est fort heureux quand ils ne reviennent pas plus mal conformés; mais comme il est des cas où il faut procurer la chute des ongles des pieds, j'aurai occasion, à leur article, d'indiquer les moyens de les faire tomber. » Laforest, ouvrage cité. J'ai vu un sujet ayant complètement perdu l'ongle du gros orteil ; celui qui le remplaçait avait déjà pris la moitié de son accroissement ; mais alors, sans qu'ils eussent suppuré , les tissus situés

au devant de lui, s'élevaient d'une demi-ligne environ au-dessus de son niveau. Je craignis qu'ils ne pénétrassent dans leur épaisseur; je proposai de consulter un pédicure habile, M. Erlanger, qui nous rassura; l'ongle, en effet, acquit bientôt son développement et ses dispositions normales.

Ongle ramolli; fongosités ; suppuration abondante dêve* loppée au-dessous de lui. — La phalange est alors ordinairement tuméfiée, cariée-, son tissu, qui a d'ailleurs perdu en grande partie sa consistance, est souvent raréfié 5 il faut retrancher cette phalange et emporter quelquefois même entièrement l'orteil, si la maladie s'étend plus loin ; mais il est des cas où l'os n'est que supeificiellement malade; on le rugine; ce moyen peut réussir. Dans d'autres circonstances on enlève seulement l'ongle, soit en partie, soit en totalité, suivant l'étendue du mal, et l'on obtient parfois un succès complet. Il est des sujets chez lesquels la portion d'ongle saine épargnée par l'instrument repousse parfaitement. Pour les procédés destinés à sacrifier le tissu onguéal, voyez le chapitre qui suit.

Ongle incarné. — Cette maladie peut être déterminée par les vices de conformation du tissu onguéal. Ces vices sont tantôt accidentels, d'autres fois les enfants les apportent en naissant. La convexité transversale très-prononcée de ce tissu expose beaucoup à l'affection morbide dont nous nous occupons. Elle est plus spécialement produite par les chaussures trop étroites ; les trop larges y disposent aussi par les pressions désavantageuses qu'occasionnent les vacillations du pied. Refoulées alors vers les ongles, les chairs marchent donc autant sur eux qu'ils progressent sur elles.

Lorsque les ongles ont seulement de la tendance à entrer dans les chairs ou quand ils commencent à les entamer et qu'elles ne forment pas pies d'eux un bourrelet bien prononcé, on peut empêcher le développement de la maladie, ou bien la faire avorter. On porte un soulier qui n'est ni large ni étroit; on place entre ces chairs et le tissu corné soit quelques brins de charpie, soit un morceau de diachylum qui doit quelquefois être roulé sur lui-même : on se sert d'un stylet boutonné ou de la tête d'une épingle fine. A mesure qu'il se déplace ou qu'il se salit, on renouvelle ce corps étranger. Si en coupant les ongles, on aperçoit sur leurs côtés de l'épiderme épaissi siégeant entre eux et les m. 20

chairs qui s'en rapprochent trop, il faut soigneusement respecter cet épiderme, car s'il était enlevé, ces chairs s'appliqueraient contre ce tissu corné qui les entamerait bientôt et pénétrerait ensuite dans leur épaisseur. Lorsqu'avec une longue bandelette dediachyium roulé à deux globes on fait des circulaires sur l'orteil, que ie premier couvre le bout de ce membre, et qu'il commence à sa face dorsale pour se terminer à sa région plantaire, les chairs sont comprimées latéralement et de haut en bas -, on les refouîe ainsi vers cette région; elles forment une moindre saillie aux côtés de ce membre, et elles échappent souvent aux lacérations du tissu onguéal qui finit souvent aussi par les recouvrir. On pourrait encore employer une bande étroite disposée de la même manière. Le bandage unissant des plaies en long, dont les extrémités de l'un des chefs sont engagées dans les perforations que présente l'autre contre la partie inférieure de la digitation du pied sur laquelle on opère, peut remplir l'indication. J'ai mis tous ces moyens en usage; ils m'ont fréquemment réussi, quand leur application a été exactement faite et bien soignée ; on a conseillé d'user l'ongle à l'endroit par lequel il correspond aux chairs qu'il menace, ou qu'il a déjà excoriées. Je rejette ce procédé si ces chairs sont très-près du point où cet ongle a perdu ses adhérences. Car alors il est fort difficile de placer de la charpie ou du diachylum entre elles et lui. Les sucs nourriciers se portent d'ailleurs davantage du côté où il est attaqué, et, malgré qu'on le racle souvent, la maladie finit par se développer ou par s'aggraver davantage. Mais quand l'ongle a blessé les tissus à une certaine distance du point où il cesse d'adhérer aux parties sousjacentes, on peut s'en assurer par la vue, par le toucher et surtout en passant un stylet très-fin sous lui, il faut le couper à ras ces adhérences; au besoin on l'extrait ensuite des chairs dans lesquelles il a pu pénétrer très -profondément . et dont la solution de continuité se trouve à une distance qui est assez souvent considérable, de l'endroit où la resection a été pratiquée. Si ces chairs sont trop luxuriantes, si le nitrate d'argent fondu ne suffit pas, on les enlève avec des ciseaux. On emploie les moyens appropriés pour cicatriser la plaie ou l'ulcère. On exerce la compression à l'aide des circulaires de bande dans l'intention indiquée plus haut, et afin aussi d'empêcher l'hypertrophie des tissus, et même d'en déterminer l'atrophie. J'ai fréquemment mis ce procédé en usage-, toujours jusqu'aujourd'hui il m'a réussi. Il n'est pas be-

soin de dire qu'on fait ici une opération qui n'est pas douloureuse, à moins qu'on ne soit obligé d'extirper le tissu corné divisé pénétrant à une assez grande profondeur : si, à mesure que l'ongle prend un nouvel accroissement, il menace de la reproduction de la maladie, on le coupe souvent ainsi que du côté opposé, afin d'égaliser la répartition des matériaux de nutrition destinés à l'allonger. Lorsque les chairs ne sont pas exubérantes, que le tissu corné les menace ou que déjà il les a entamées et qu'il existe un intervalle entre ces chairs et les adhérences de ce tissu, on a conseillé de l'amincir avec un morceau de verre : il est permis alors de le soulever plus facilement; comme Desault on glisse sous lui une plaque de plomb laminé par-dessus laquelle il s'accroît; il vient recouvrir les parties molles qu'il ne peut alors plus lacérer : ce procédé a été beaucoup blâmé ; on a même prétendu qu'il devait toujours échouer; nous venons de prouver qu'en saisissant les indications, il est ordinairement couronné d'un plein succès.

Paul d'Ègine et Dalechamps ont indiqué de soulever avec un stylet le bord de l'ongle incarné et de le couper ensuite.

Tumeurs cornées. — J'ai fait un grand nombre de fois dans mon laboratoire de l'école anatomique des hôpitaux, l'anatomie pathologique de ces tumeurs, et j'ai toujours vu que. s'implantant dans le derme, elles ne traversaient que la face interne de la peau. Les opérations que j'ai pratiquées à lhôpital de la Pitié m'ont fourni les mêmes résultats. On a avancé que quelquefois ces tumeurs dépassaient les téguments, pouvaient s'étendre jusqu'aux os et à la dure-mère. Tous les points de l'enveloppe cutanée sont susceptibles de les offrir. D'après mes propres observations, je crois qu'elles sont plus communes à la face et au crâne; il en existe ordinairement une seule. Il est des cas dans lesquels elles sont multiples, et alors leur nombre peut être trèsconsidérable. Leur forme est presque toujours à peu près celle de l'ergot du coq ou du bec de perroquet. Il est des sujets sur lesquels elles présentent beaucoup de largeur et d'épaisseur. Un accident avait fait perdre une grande partie du pied à un jeune homme chez lequel la plaie se couvrit dans toute son étendue d'un tissu corné dont les diamètres transversal et dorsoplantaire égalaient ceux du membre du côté opposé. La base de la tumeur adhérait aux chairs; son extrémité antérieure était pour ainsi dire conique ; il existait entre cette base et cette extrémité

quatre centimètres un millimètre (un pouce et demi) d'intervalle -, tantôt du pus était abondamment sécrété : d'autres fois il s'en montrait à peine et souvent même il n'y en avait pas, mais toujours la marche était très-difficile, douloureuse et fréquennient impossible. Le tissu corné tombait de temps en temps-, les parties molies qu'il recouvrait présentaient un mauvais aspect; je fis l'amputation à la méthode de Chopart', et je réussis, bien que les lambeaux destinés à s'appliquer sur la surface dénudée ne fussent pas assez longs à cause de l'état morbide.

Si le tissu corné offrait une largeur très-considérable et qu'il n'occasionnât pas des accidents sérieux, il faudrait le respecter dans la crainte de produire, en l'enlevant, une plaie trop étendue et capable de compromettre les jours du sujet. Lorsque les tumeurs ne sont pas trop nombreuses, on peut les extirper en pratiquant successivement plusieurs opérations. Dans les cas contraires, on doit les abandonner aux soins de la nature. Pénètrentelles jusqu'aux os, ou sur la dure-mère, ont met en balance les accidents qu'elles déterminent avec ceux qu'occasionnerait leur extraction, et l'on prend le parti qui paraît le moins désavantageux. On conseille d'ailleurs en général au malade de les garder tant qu'elles n'entraînent après elles aucune gêne, aucune difformité, et qu'elles ne s'accroissent pas trop. On a proposé la ligature pour les détruire, mais elle n'agit pas à une profondeur convenable ; je l'ai vue échouer une fois chez une femme qui ne voulait pas se soumettre à l'instrument tranchant. On sait qu'elle expose à la récidive-, elle est très-douloureuse, bien qu'elle étreigne assez fortement les parties qu'elle embrasse pour les désorganiser au moment de son application. Elle produit une déperdition de substance présentant des conditions moins avantageuses que celle faite par le bistouri. On rejette également l'usage des ciseaux courbes sur le plat : ils pratiquent une plaie trop étendue ; ils coupent la peau en biseau aux dépens de sa face interne d'où résulte plus de douleur. Voyez dans le premier volume de cet ouvrage les généralités sur les incisions. Cette plaie n'offre pas des dispositions aussi favorables pour la cicatrisation ; on donne la préférence au bistouri à l'aide duquel on pratique deux incisions semi-lunaires, se réunissant par leurs extrémités, cernant la tumeur et avec elle cinq millimètres environ (deux lignes) de la peau qui l'entoure, afin d'empêcher la repullulation de la maladie. On dissèque ensuite à l'ordinaire-, on a soin de

faire agir l'instrument dans le tissu cellulaire sous-cutané ; on sacrifie ainsi toute l'épaisseur des téguments où siège l'affection morbide. S'est-elle développée à la surface d'une plaie, il faut enlever, pour éviter la récidive, neuf à quatorze millimètres (un tiers ou un demi-pouce) des parties molles qui lui ont donné naissance, surtout quand elles ne présentent pas un bon aspect. Une amputation dans l'article devient quelquefois nécessaire, V. plus haut. Il est bien entendu que si la maladie pénétrait très-profondément, on devrait l'y suivre, et enlever quelques millimètres (quelques lignes) des tissus où elle paraîtrait s'être développée. Disons, en terminant, qu'on a vu assez souvent l'affection morbide dont nous nous occupons, être arrachée par des violences extérieures, que racontent les malades lorsqu'ils viennent demander qu'on les débarrasse de la reproduction de la tumeur. Un homme avait au front une production cornée en forme d'ergot de coq ; il nous assura qu'elle tombait de temps en temps spontanément pour se reproduire. Aussitôt qu'elle avait pris un peu d'accroissement, elle gênait beaucoup cet homme quand il portait un chapeau dont l'usage devenait ensuite impossible. J'extirpai la maladie d'après les principes que j'ai établis; je réussis. J'ai enlevé cette année à l'hôpital de la Pitié, une tumeur du même genre, siégeant sur l'un des os propres du nez: légèrement recourbée, elle offrait quatre centimètres un millimètre (un pouce et demi) de longueur. La plaie oblongue résultant de l'opération présentait la largeur de sept millimètres (un quart de pouce) et la longueur de douze millimètres (cinq lignes). Le malade, d'une bonne constitution, était âgé de soixante ans; il n'a guéri qu'au bout de six semaines, bien que le tissu osseux n'eût pas été dénudé et que le tissu cellulaire couvrît même le périoste, les bourgeons charnus se sont développés avec une excessive lenteur. D'après les faits que j'ai observés, les vieillards me semblent beaucoup plus exposés que les adultes à l'affection morbide dont nous traitons. Elle m'a paru être enchâssée dans la peau à la manière de l'ergot du coq. On a conseillé, quand on enlève des tumeurs cutanées, de faire avec les téguments dans l'épaisseur desquels elles siègent, un pli qu'on traverse sous cette tumeur, à l'aide d'un nombre convenable d'épingles. Ce pli continue d'être soutenu par ses deux extrémités, tandis que le chirurgien divise l'enveloppe tégumenteuse entre la maladie et les corps étrangers : il se sert des

ciseaux. Ces corps étrangers restent en place; on les embrasse avec des fils pour pratiquer la suture entortillée. Ce moyen me paraît avantageux lorsqu'on opère sur des localités où, après l'ablation de l'affection morbide, le passage des aiguilles à travers les bords de la solution de continuité est difficile, comme aux paupières, par exemple. Mais il n'est pas besoin de dire qu'il est des endroits dont le peu de laxité de la peau- ne permet pas de la plisser, et que s'il existe beaucoup de tissu cellulaire souscutané, la plicature trop épaisse exige une très-grande déperdition de substance.

Tumeurs sébacées. — Elles sont formées par un kyste renfermant une matière qui est la source de leur dénomination. On a émis plusieurs hypothèses sur la formation des kystes. Les anciens et surtout Malpighi, pensaient que dans l'épaisseur des membranes séreuses, synoviales, dans les lames du tissu cellulaire, il existait des glandes destinées à sécréter la sérosité; que cette sérosité ne pouvant pas être portée au dehors, distendait les parois de ces corps glandulaires, augmentait leur volume, constituait ainsi les espèces de poches dont nous traitons. Mais personne n'ignore que Panatomie ne montre pas l'existence des organes sur lesquels est fondée la futile opinion qui nous occupe. Haller, Louis et Bordeu croient que les kystes sont dus à la dilatation d'une ou de plusieurs cellules du tissu cellulaire, et que comprimées en tous sens, elles s'accolent aux parois des cellules voisines, et forment ainsi des sortes de sacs plus ou moins étendus. Bichat admet que les kystes sont de création nouvelle; il avance que par aberration des propriétés vitales, la nature vient déposer dans un point de l'économie où ils prennent naissance, les matériaux destinés h les développer et à les faire croître. La preuve, ajoute Bichat, que ces kystes ne sont pas le résultat du développement du tissu lamineux, c'est qu'on en voit dans les reins, le foie, les ovaires, où le système lameîleux est pour ainsi dire nul, que d'ailleurs la matière qu'ils contiennent étant absolument différente de la lymphe, il n'est pas possible qu'elle puisse être sécrétée par le tissu cellulaire , qu'enfin ils ont une grande analogie avec les membranes séreuses, et que celles-ci ne pouvant être forméees par la pression de ce dernier tissu, les kystes ne peuvent pas être le résultat de cette pression.

Les deux dernières hypothèses que nous venons de citer ne

sont ni Tune ni l'autre dépourvues de fondement. Les arguments opposés par Bichat à la première ne paraissent pas suffisants pour l'exclure. U est vrai que le foie, les reins et les ovaires contiennent très-peu de tissu cellulaire; mais n'est-il pas possible qu'une irritation en détermine l'augmentation par un accroissement de nutrition, comme on l'observe pour les bourgeons charnus naissant à la surface des plaies. Quant à la matière trouvée dans les kystes, elle peut être séreuse-, car les vaisseaux peuvent aussi continuer de verser la lymphe, comme dans le tissu cellulaire normal. Mais n'est-il pas permis d'admettre que l'état morbide ait fait acquérir à ces vaisseaux d'autres propriétés, ainsi qu'on l'observe, suivant Bichat lui-même, pour la sécrétion du pus ; on sait que les cellules du tissu lamelleux renferment des vaisseaux exhalants et absorbants ; analogie frappante entre ce tissu et les séreuses. J'ai vu sur plusieurs soldats des balles qui s'étaient enkystées ; la face interne de leurs kystes était lisse, polie, resplendissante et d'un blanc presque nacré -, on voit très-souvent se développer sur la face interne des fistules un tissu ayant une grande ressemblance avec celui des muqueuses; personne n'ignore que Dupuytren l'a désigné sous le nom de tissu muqueux accidentel; on trouve dans certains kystes une organisation essentiellement identique; or, l'hypothèse admise par Haller, Louis et Bordeu n'est pas dépourvue de valeur, et je crois qu'il est des kystes qui se développent comme ces auteurs l'ont indiqué. Par cela même d'ailleurs qu'on a observé à la surface de quelquesunes des poches dont nous nous occupons, de petites vésicules qui devaient former de nouveaux kystes. L'opinion de Bichat ne doit pas toujours être rejetée, à moins, ce qui nous semble trèsdifficile, si ce n'est impossible, d'admettre que ces petites véhicules ne soient encore dues à la dilatation d'une ou de plusieurs cellules du tissu lamineux dont les parois d'abord appliquées les unes contre les autres se seraient de nouveau éloignées pour produire des cellules : ajoutons d'ailleurs qu'en enflammant les kystes, on les convertit, quand ils ne s'exfolient pas, en tissu lamineux. Le dernier phénomène s'observe même sur la tunique vaginale, lorsque l'hydrocèle guérit à la suite de la ponction et de l'injection. J'ai toujours jusqu'aujourd'hui rencontré ces faits très-remarquables sur un assez grand nombre de sujets que j'ai disséqués et qui étaient morts d'autres maladies, quand depuis longtemps ils avaient été guéris des tumeurs enkystées dont nous

venons de nous occuper. J'ai prouvé par l'anatomie pathologique, à l'occasion des cancers du sein, que presque toujours les ganglions lymphatiques qu'on trouve engorgés au milieu des graisses du creux de l'aisselle, sont logés dans un véritable kyste dont la face interne est très-lisse, très-polie et offre avec celle des séreuses au moins une fort grande analogie; ces kystes, adhérant avec force au tissu lamelleux environnant, sont évidemment dus à ce tissu transformé par les pressions qu'exerce la tumeur sur lui ; on n'y trouve d ailleurs aucun vestige de sérosité, ses parois sont appliquées sur la maladie qui n'adhère à l'économie qu'à l'aide d'un pédicule plus ou moins étroit formé par les nerfs et les vaisseaux destinés à la nutrition de l'affection morbide. Répétons en passant qu'en ouvrant ces kystes on évite une dissection très-laborieuse, fort dangereuse et en général indispensable, car l'énucléation en dehors du kyste est trop souvent impossible ; à sa face interne, elle est inutile puisque la tumeur sort avec la plus grande facilité de la poche qui la contient, et que pour achever de l'extraire il suffit de tordre le pédicule dont nous avons parlé et d'exercer ensuite sur lui de légères tractions. Tout transformé qu'il est, le tissu cellulaire constituant les kystes dont nous nous occupons revient à son état normal avec une facilité et une promptitude vraiment remarquable : l'anatomie pathologique m'en a fourni la preuve. Si les derniers faits d'anatomie pathologique n'étaient pas ignorés par beaucoup de chirurgiens, bien que nos prosecteurs les aient plusieurs fois et depuis longtemps publiés dans les journaux de la science, que je les aie consignés dans mon ouvrage de clinique chirurgicale, ils ne renonceraient pas à enlever les tumeurs lymphatiques engorgées par la présence du cancer mammaire, et siégeant jusque sur le plexus brachial, sur les vaisseaux axillaires, contre la tête de l'humérus, et même audessous de la clavicule. Les élèves qui suivent la clinique de l'hôpital de la Pitié savent que nous avons un grand nombre de fois pratiqué cette opération, sans qu'il soit survenu aucun accident et qu'elle a été même exécutée avec une certaine facilité.

« L'humeur que sécrètent les follicules sébacées de la peau se concrète souvent dans l'épaisseur de cette membrane et à sa surface. L'un des inconvénients de cette maladie est de faire naître sur la face un grand nombre de boutons dont la cause est essentiellement locale: circonstance importante que les médecins n'ont pas assez appréciée puisqu'ils veulent guérir ces boutons à

l'aide des médicaments internes. Quand ils tiennent à la cause que nous venons d'indiquer, on est sûr de les détruire en faisant disparaître 1 humeur sébacée concrétée. Lorsque cette concrétion de l'humeur sébacée de la peau forme des points isolés et rares sur la face, on les prend peu en considération, et tout le monde sait comment on doit les combattre -, mais il est des cas assez nombreux dans lesquels ces points sont confluents et forment même sur le nez, sur le front, sur les pommettes, sur le menton, des plaques noires ou jaunes extrêmement difformes. Il est presque toujours impossible, dans ces cas, d'extraire, par des pressions exercées sur les téguments, cette humeur sébacée concrétée à la surface et dans l'épaisseur de la peau. M. Lisfranc fait alors appliquer, pendant la nuit, des cataplasmes de riz entre deux linges 5 il fait oindre la partie avec de l'huile d'amandes douces. Le premier avantage de ces moyens, c'est de dissoudre la matière qui existe à la surface de la peau, et de remédier à la difformité. Le second, c'est de rendre la souplesse à cette membrane, de diminuer et de détruire la tendance que l'humeur sébacée peut avoir à se concréter. Quand ces moyens n'agissent que comme palliatifs, on leur fait succéder, par cela même qu'ils ont amené la peau à de meilleures conditions, des applications de cérat légèrement soufré, qui, agissant comme résolutif, réussit quelquefois. Enfin, si la maladie résiste, qu'elle donne à la face un aspect trop désagréable, dont le malade veut absolument se débarrasser, M. Lisfranc applique un petit vésicatoire volant sur l'affection : il a mis en usage trois fois ce moyen, et trois fois le plus heureux succès a couronné ses essais. » Note sur le furoncle et sur la concrétion de l'humeur sébacée de la peau, par M. E. Margot, Revue Médicale, mars 1827. Depuis que cette note a été publiée sur les plaques sébacées dont nous venons de nous occuper, sous lesqueles il n'y a pas de boutons, et qu'on observe plus spécialement dans les pays chaudsr j'en ai traité un assez grand nombre. J'ai vu la peau affectée d'une subinflammation que les cryptes sécréteurs de l'humeur concrétée ainsi que leurs petits conduits, m'ont semblé partager; quand cette subinflammation n'a pas disparu ou bien n'a pas été suffisamment diminuée par le cataplasme émollient, et par les onctions oléagineuses indiquées plus haut, j'ai fait appliquer des sangsues sur les apophyses mastoïdes; si je n'ai pas toujours détruit la phlegmasie et obtenu la guérison, je l'ai davantage flétrie, et j'ai ainsi

mieux préparé les voies aux moyens résolutifs, que j'ai choisis parmi les pommades destinées à combattre les affections herpétiques. L'application du vésicatoire volant, qui m'a encore réussi, est devenue beaucoup plus rarement nécessaire; mais assez souvent les boutons produits par l'accumulation de l'humeur sébacée concrétée dans l'épaisseur de la peau sont confluents, les cercles inflammatoires qui partent des uns se réunissent aux cercles inflammatoires des autres. Ces boutons suppurent; ils donnent aux parties de ia face où ils siègent, c'est plus spécialement au front, un aspect granulé rouge et fréquemment parsemé de points noirs multipliés. Je répète que leur cause est essentiellement locale : on les combat à l'aide des moyens ci-dessus indiqués, et par cela même que l'inflammation est plus développée, on doit insister davantage sur les cataplasmes émollients, sur les onctions oléagineuses et sur l'usage des sangsues. On réussit presque toujours en continuant longtemps l'emploi de ces moyens qui échoueraient presque nécessairement, si l'on ne suivait pas ce dernier précepte. Ainsi l'on débarrasse le sujet d'une affection dégoûtante qui inquiète singulièrement et plus spécialement les femmes. Faisons remarquer que la persistance de la maladie la convertit quelquefois en une dartre. Des aliments doux et des tisanes émollientes sont avantageux.

Mais l'humeur sébacée concrétée dans l'épaisseur de la peau , peut s'y accumuler en assez grande quantité pour former de véritables tumeurs , dont le volume varie depuis la grosseur d'un pois jusqu'à celle d'un œuf de poule , et davantage. Ces tumeurs siègent plus spécialement à la face, elles sont un peu moins communes au cou ; on les a observées aux membres, je ne les y ai jamais vues, j'en ai rencontre une sur le scrotum-, il en existe au crâne. Warren a détruit un des kystes dont nous nous occupons : il était situé contre la face antérieure du grand trochanter. Rarement multiple, la poche sébacée est ordinairement unique, à moins que l'humeur renfermée dans sa capacité , n'y ait produit par une trop forte distension , une inflammation ; la maladie n'est pas douloureuse; arrondie et circonscrite, elle n'offre pas d'inégalités à sa surface; elle est molle, pâteuse, indolente sous la pression. On y aperçoit souvent, surtout à son centre, et plus spécialement quand eile est très- avancée \ un point brunâtre ou jaunâtre, que la compression peut rompre en faisant sortir de la matière sébacée. J'ai vu beaucoup de malades qui à plusieurs re-

prises avaient ainsi fait disparaître momentanément l'affection morbide. J'en ai soigné un chez lequel le kyste s'enflamma spontanément 5 la guérison eut lieu. Il est des cas dans lesquels soit h la suite de la fermentation de l'humeur sébacée , soit à l'occasion d'une phlegmasie déterminée sous l'influence d'une autre cause, une fistule fournissant des humidités plus ou moins abondantes s'établit. J'ai observé quelquefois ce fait sur des sujets qui n'ayant pas voulu consentir à une opération , sont venus nous demander des soins , lorsque cette fistule existait.

Employés contre les tumeurs sébacées , les résolutifs et les fondants sont inutiles. On a proposé d'amputer ces tumeurs ou de les extirper, on a encore conseillé de les ouvrir largement et de cautériser leur face interne 5 en faisant l'anatomie pathologique, toujours jusqu'aujourd'hui je me suis assuré qu'elles siégeaient presque en totalité dans le tissu cellulaire sous-cutané, et qu'elles s'étendaient par un prolongement même assez mince, à toute l'épaisseur du derme : on ne peut pas concevoir en effet qu'il en soit en général autrement, car ce derme ne doit guère être capable de les contenir complètement, et s'il les renfermait constamment , ne formerait-il pas à l'intérieur une saillie assez considérable capable de les appliquer sur les veines superficielles, de les faire adhérer même très -intimement à ces vaisseaux qui alors, dans l'extirpation ou dans l'amputation de ces kystes, seraient beaucoup exposés à être lésés quoi qu'en dise certain auteur moderne, qui n'a pas indiqué la profondeur à laquelle la maladie peut pénétrer. L'amputation des tumeurs sébacées produit une cicatrice vicieuse , elle est douloureuse. Les mêmes reproches doivent être adressés à i'extirpation, quel que soit le nombre d'incisions qu'on pratique. Si le kyste est peu volumineux, on l'ouvre convenablement, afin de pouvoir le distinguer dans le point où il a été divisé ; il suffit souvent alors de le saisir avec des pinces à disséquer , pour qu'en exerçant sur lui de légè res tractions combinées, on l'enlève complètement, et quelquefois avec facilité. Au besoin, et surtout quand il est un peu plus développé , on emploie en même temps une petite spatule qu'on glisse entre lui et les tissus ambiants-, si les manœuvres que nous venons d'indiquer ne réussissaient pas, on cautériserait sa face interne avec le nitrate d'argent fondu *, on le remplirait de charpie qui ne serait pas trop comprimée dans sa capacité; on obtiendrait ainsi soit son exfoliation , soit une inflammation qui

produirait aussi la guérison : quand ce kyste est très-volumineux, on l'incise encore seulement, mais plus largement. On se comporte d'ailleurs comme nous l'avons dit ; en suivant cette conduite , toujours jusqu'aujourd'hui j'ai évité des douleurs aux malades , et j'ai obtenu des cicatrices moins étendues.

Furoncle : « Les auteurs qui ont écrit sur le furoncle , n'en décrivent qu'une seule variété ; c'est celle qui se montre sous l'aspect d'une tumeur plus ou moins volumineuse, dure, circonscrite, ayant la forme d'un cône, etc. Cependant, ce n'est pas toujours ainsi que commence la maladie : assez souvent elle débute par de petits boutons qui , au bout de deux ou trois jours, déterminent un prurit très-incommode : vient-on à ouvrir les petites vésicules, il s'écoule une humeur roussâtre; bientôt tout disparaît, il y a seulement un peu de cuisson sur ce point. Au bout de deux ou trois jours , de nouveaux boutons , plus volumineux que les précédents, se montrent, ils déterminent les mêmes phénomènes : on les ouvre de nouveau, immédiatement après le furoncle commence. Quels sont les moyens propres à combattre le furoncle? Les antiphîogistiques , même les plus actifs , font rarement avorter la maladie, mais ils ont l'avantage, lorsque la tumeur est volumineuse, de diminuer les douleurs et l'engorgement qui entoure le furoncle. On conseille en général de le laisser suppurer; mais lorsque la maladie siégera près d'organes importants, tels que les paupières, le pourtour de l'anus, etc., et que la tumeur est considérable, on s'exposera, en la laissant marcher, à voir la peau se frapper de gangrène dans une plus ou moins grande étendue, avoir survenir des décollements peut-être dangereux. M. Lisfranc, toutes les fois que l'affection siège près d'un organe important, incise la tumeur crucialement (c'est quand elle est très-volumineuse); la section doit commencer un quart de ligne au delà des limites du mal , et finir à la même distance du côté opposé. (Ainsi l'étranglement des tissus cesse , et l'on évite les accidents qui viennent d'être signalés.) S'agit-il de la seconde variété ? On évitera avec soin que le liquide contenu dans les vésicules ne s'écoule; il devra, au contraire, séjourner jusqu'à ce qu'il ait détaché le petit bourbillon. A cet effet, pour les préserver des frottements du linge, on mettra sur les boutons un large morceau de diachylum gommé, qu'on laissera séjourner sept à huit jours , de telle façon que quand on l'enlèvera, le petit bourbillon ayant été cerné par la matière puru-

lente qui n'a pas pu s'écouler trop tôt, sortira immédiatement, et les malades seront guéris. M. Lisfranc emploie avec succès cette méthode de traitement, dans tous les cas où les furoncles commencent superficiellement. » Note sur le furoncle , etc., par M. E. Margot; Revue médicale , mars , 1827.

Anthrax bénin : Cette maladie est très-anciennement connue , mais elle a été confondue tantôt avec le charbon , d'autrefois avec la pustule maligne , dans certains cas même avec des bubons , des abcès ; l'ouvrage de A. Paré , en fournit la preuve. Guy de Chauliac dit que l'anthrax constitue une pustule maligne grave. Le diagnostic de l'affection morbide qui nous occupe a été trèslongtemps fort obscur, puisqu'en 4780, l'Académie de Dijon couronna deux mémoires, l'un de Chambon , ayant pour titre, De l'anthrax, ou pustule maligne; l'autre de Thomassin , intitule Pustule maligne. Lassus s'est le plus rapproché des idées qu'on possède aujourd'hui sur la nature de l'anthrax bénin, et que l'expérience a sanctionnées. Hévin avance que cet anthrax ne diffère du furoncle que par son volume, et que par sa terminaison gangreneuse plus fréquente. Dupuytren donne le nom d'anthrax bénin à une tumeur vraiment inflammatoire , produite par le développement phlegmasique d'un grand nombre de flocons de tissu cellulaire situés dans les mailles de la peau 5 d'où résulte un étranglement et la gangrène. Cette tumeur gagne consécutivement les graisses sous-cutanées. Personne n'ignore maintenant que l'anthrax bénin n'est pas contagieux 5 Tincise-ton crucialement de bonne heure, c'est à-dire, le deuxième ou le troisième jour après son invasion? On voit seulement enflammés dans l'épaisseur des téguments , les prolongements celluleux qui s'y engagent. Mais quelques considérations sur l'organisation de la peau ne seront peut-être pas inutiles ici, afin de mieux faire comprendre la nature de la maladie. Le chorion de cette membrane présente des variétés suivant les âges; chez les enfants , il est beaucoup moins résistant que chez les adultes -, il l'est en général davantage chez l'homme que chez la femme-, la propriété dermique qui nous occupe est plus marquée au cuir chevelu, à la paume des mains, à la plante des pieds, à la partie supérieure et postérieure du tronc, qu'aux membres thorachiques, abdominaux, etc.. Le derme est une membrane blanche, élastique, composée de mailles ou plutôt de fibres qui s'enlacent, s'entre-croisent de diverses manières, et constituent par leur ar-

rangement de petits espaces triangulaires de forme conique , dont la base correspond au tissu cellulaire sous-jacent , et le sommet au corps muqueux de la peau. Ce sommet présente une ouverture étroite donnant passage aux poils, sa direction est variée. Examine-t-on un lambeau de tégument où ces cellules sont trèsmarquées, à la fesse, par exemple? Râcle-t-on sa face interne avec un scalpel? On voit que le tissu cellulaire fournit des prolongements qui s'engagent dans ses mailles \ bien qu'elles soient élastiques, elles ne lui permettent guère, quand il est enflammé, d'augmenter de volume 5 d'où naît un étranglement qui occasionne la gangrène. Mais voulez-vous une preuve plus convaincante encore de la vérité de la théorie que nous soutenons? La voici : Un homme entra à l'Hôtel-Dieu , portant à la région postérieure et supérieure du tronc, un anthrax de grosseur ordinaire. Dupuytren divise la tumeur en deux parties égales par une incision transversale ; une seconde incision parallèle à l'axe du tronc et intéressant seulement la moitié supérieure de l'anthrax , vint se rendre à angle droit sur le centre de la première solution de continuité , et forma avec elle un T renversé : le lendemain , la portion supérieure de la maladie avait considérament diminué-, elle n'était plus douloureuse, l'inflammation y était flétrie, tandis que la portion inférieure, qui, il n'est pas besoin de le dire, n'avait pas été incisée de la même manière , avait acquis un plus grand développement, et occasionnait beaucoup de douleurs. Le surlendemain , elle fut soumise à son tour à la section longitudinale -, les accidents s'y dissipèrent aussi. Si d'ailleurs l'incision cruciale est pratiquée quand les flocons du tissu cellulaire logés dans les mailles de la peau sont déjà frappés de mort, et lorsque le chorion a résisté à la gangrène, on fait sortir par des pressions , sous forme de vers ou de morceaux de vermicelle, ces flocons de l'épaisseur de ce dernier tissu. Il est donc incontestable que l'anthrax bénin est produit par un étranglement inflammatoire , déterminant d'abord la gangrène des flocons celluleux situés dans l'épaisseur des mailles de la peau , qui est ensuite à son tour frappée de mort , comme le prouve l'anatomie pathologique.

Extirpation. — Elle occasionnerait trop de douleur; quand la tumeur serait très-large, elle produirait une trop grande plaie dont il serait inutile de signaler tous les inconvénients. D'ailleurs, il est des cas où l'anthrax bénin suppure et ne gangrène

les tissus que dans une petite étendue. Bien que ces cas soient rares, s'ils devaient échoir, on aurait mal à propos sacrifié beaucoup de parties molles.

Incision circulaire. — Thomassin blâme avec raison cette incision entourant la tumeur, destinée à la priver de ses matériaux de nutrition, et à la frapper de gangrène. On comprend aisément que cette tumeur ne reçoit pas seulement ces matériaux par sa circonférence, qu'elle peut donc continuer de vivre. Lors même qu'elle se frapperait de mort, le malade subirait le grave inconvénient d'une escarre étendue, et des résultats d'un grand ulcère. Nous ne citons ce procédé que comme fait historique.

Cautérisation. — On emploie la potasse caustique ou le feu sur le point de la maladie qui en est le plus avancé. Les partisans de la cautérisation, beaucoup employée avant la belle découverte de Dupuytren, conviennent qu'ils exaspèrent singulièrement, au commencement de son application, la douleur, qui est déjà trèsviolente. Lorsque l'escarre est formée, on a recours aux cataplasmes émollients et aux tisanes de même nature. S'il existe de l'atonie générale, on administre les toniques à l'intérieur, quand l'état du canal intestinal le permet; on facilite ensuite, par les moyens appropriés, la chute des parties gangrenées; à mesure que les bourbillons tendent à se détacher, on essaye de les enlever avec la précaution de produire le moins de douleur possible. Lorsque l'ulcère estdétergé, on panse à l'ordinaire. Nous l'avons déjà dit, la cautérisation occasionne de grandes souffrances -, elle a le grave inconvénient de déterminer une large déperdition de substance. Assez souvent la peau bordant l'ulcère est dédoublée de son tissu cellulaire ; il est difficile d'en obtenir la cicatrisation, et fréquemment elle doit être sacrifiée. Le cautère appliqué au centre de la tumeur ne la détruit pas complètement; il est vrai qu'il peut faire cesser les douleurs; mais l'expérience a démontré qu'il pouvait aussi les exaspérer sur les parties qu'il avait ménagées, et les enflammer davantage. On a d'ailleurs observé des cas dans lesquels de nouveaux cercles inflammatoires se sont formés autour de la maladie primitive ; de là de nouveaux anthrax. Il faut donc encore rejeter la cautérisation de l'anthrax bénin.

Simple incision. — Lamotte dit que l'anthrax est celui de tous les abcès contre lequel cette incision est le moins indiquée. Il ajoute que son opinion est basée sur la disposition des cellules qui contiennent le pus, et qui ne communiquent pas entre

elles. Lassus veut qu'on n'incise l'anthrax qu'au moment où la tumeur est parvenue à un état de mollesse très-prononcée. Ce précepte est mauvais 5 car on laisse alors le malade souffrir trop longtemps; la peau peut se gangrener ou se dénuder largement de son tissu cellulaire.

Incision cruciale. — On la fait le plus tôt possible : 1° parce qu'on soustrait sur-le-champ le sujet à la, douleur térébrante -, 2° parce que plus tard la gangrène se développerait. On sait avec quelle rapidité elle peut survenir. Suivant la profondeur à laquelle la maladie pénètre, le bistouri traverse une plus ou moins grande épaisseur de tissu -, tantôt il ne divise que l'enveloppe tégumenteuse, d'autrefois il intéresse la couche celluleuse sous-cutanée. La tension de la peau étant produite par la tumeur, il est inutile de la pratiquer avec la main gauche. Les angles de l'incision cruciale doivent déborder de cinq millimètres environ (deux lignes la circonférence de l'affection morbide. On opère ici en dem temps. (V. premier volume de cet ouvrage le chapitre ayant pou titre Incisions). Immédiatement après que l'anthrax a été incisé la douleur térébrante cesse, et bien que le malade éprouve celle occasionnée à l'ordinaire par un instrument tranchant, il estdéjtrès -heureux de souffrir infiniment moins, et il en manifeste sou vent à l'instant même sa reconnaissance au chirurgien. Priv^ complètement de sommeil depuis plusieurs jours, presque toujours le sujet s'endort après avoir été pansé. L'opération fai couler une certaine quantité de sang qui produit un dégorgemer salutaire. Bientôt la tumeur s'affaisse, la rougeur devient moin brune, et la caloricité diminue beaucoup. Lorsqu'on opère d. bonne heure, le tissu cellulaire renfermé par les mailles de u peau n'est pas frappé de mort, répétons-le, et la plaie suppur comme dans tous les cas où elle siège sur des tissus fûrtemen. enflammés. Mais si l'incision cruciale est pratiquée plus tard, c'est-à-dire vers le cinquième, le sixième ou le septième jour environ, si Ton comprime alors les bords de la solution de continuité, on voit, quand déjà les flocons de tissu cellulaire ont cessé de vivre, sortir de l'épaisseur de ces bords, comme nous l'avons dit plus haut, des prolongements en forme de vers ou de vermicelle; un pus visqueux mal lié s'écoule. A une époque plus éloignée du principe de la maladie, on rencontre à son centre des escarres, et en dehors le dernier état dont nous venons de nous occuper. Lorsqu'on est appelé trop tard, qu'on trouve le

sommet de la tumeur frappé de mort, qu'il existe encore un engorgement considérable et une douleur violente, il faut recourir à l'incision cruciale-, on empêche ainsi la désorganisation des tissus de faire des progrès -, mais on ne devrait pas inciser si l'escarre n'était pas entourée par une tuméfaction un peu forte et si les douleurs étaient nulles ou très-légères. Quand à la circonférence d'un anthrax bénin gangrené il se forme des cercles inflammatoires, on doit les soumettre aussi à l'incision cruciale, d'après les règles indiquées plus haut.

Les bords de la solution de continuité pratiquée par le bistouri ne s'écartent guère-, afin de les empêcher de se cicatriser entre eux lorsque la gangrène ne s'est pas encore montrée, il faut mettre dans la plaie quelques brins de charpie ; ils ne devront exercer qu'une très-légère compression, sans cette condition elle aurait le grave inconvénient de produire de la douleur et de déterminer la mort des tissus. Cataplasme émollient, à moins qu'on ne craigne que son poids ne puisse contribuer à développer cette complication ou à l'augmenter-, le malade ne doit pas se coucher sur sa plaie, car elle pourrait se gangrener. Dupuytren avait incisé crucialement un anthrax bénin situé à la partie supérieure et postérieure du tronc, il avait recommandé à plusieurs reprises à l'opéré d'éviter le décubitus en supination ; ce conseil fut oublié, et le lendemain même les bords de la solution de continuité étaient frappés de mort dans une grande étendue ; ils offraient cependant la veille de très-belles conditions ; l'anthrax bénin avait été soumis de très-bonne heure à l'incision cruciale. Les tisanes émollientes sont ordinairement mises en usage ; quand il existe de l'asthénie et que l'état du canal intestinal le permet, on administre à l'intérieur les médicaments toniques ; l'embarras gastrique ou intestinal est combattu par les moyens appropriés. Toutes les fois qu'on a trouvé gangrenés les flocons de tissu cellulaire situés dans les mailles du chorion, il faut, à chaque pansement, exercer sur les bords de la plaie des pressions destinées à évacuer ces flocons 5 on use des ménagements nécessaires pour faire souffrir le moins possible. Les lèvres de la solution de continuité sont détuméfiées -, il n'existe pas de tuméfaction autour d'elles. La solution de continuité, entièrement détergée, s'est couverte de bourgeons charnus et vasculaires de très-bonne nature 5 on met les bords de l'ulcère en contact s'ils n'ont pas éprouvé une trop grande déperdition de m. 21

substance ; on maintient cette réunion à l'aide des bandelettes agglutinatives. Quand l'incision a été pratiquée trop tard et qu'il y a déjà des escarres, on les couvre d'antiseptiques, et l'on applique des émollients sur les points enflammés; le reste à l'ordinaire. La peau est-elle dédoublée de son tissu cellulaire, on a recours aux moyens appropriés. On peut recourir avec avantage au proto -nitrate acide liquide d'hydrargyre (-V. dans le premier volume de cet ouvrage le chapitre où nous traitons de l'emploi de ce caustique) ; mais l'anthrax bénin commence-t-iï à se développer, vous pouvez déjà en établir le diagnostic ; vous proposez l'incision cruciale ; le malade peu courageux qui ne souffre pas encore beaucoup ou qui n'éprouve pas ses douleurs depuis assez longtemps, n'adopte pas votre proposition 5 on conseille alors seulement les cataplasmes émollients laudanisés. Je crois, d'après quelques faits, qu'en posant des sangsues autour de la maladie, on s'oppose à son augmentation de volume, et qu'on n'est pas obligé ensuite d'inciser aussi largement. J'ai rencontré d'ailleurs quelques sujets qui n'ont jamais voulu consentir à l'usage de l'instrument tranchant ; l'état des forces le permettait, j'ai eu recours deux ou trois fois à des évacuations sanguines locales qui m'ont semblé avoir produit de très-heureux effets sous le double rapport de la diminution de la douleur et de l'accroissement de l'affection morbide.

On a vu dans ce dernier article comment nous comprenons la thérapeutique ; en l'exposant ainsi , on donne aux élèves qui l'étudient rigoureusement presque autant d'expérience qu'on en possède soi-même; en quittant les bancs de l'école ils sont déjà des praticiens consommés : mais que dis-je? suivant la coterie, c'est là du terre à terre ; c'est trop élémentaire , ce n'est pas de la science; les hommes fameux de nos jours dédaignent ces détails; ils sont trop verts; lisez dans les journaux de médecine les comptes exactement rendus des cours de cliniques de la plupart de ces professeurs transcendants ; ils font de la pathologie externe, et je laisse même au lecteur qui reçoit ces journaux le soin de juger cette brillante pathologie. Mais quoi qu'en disent nos immortels qui malheureusement ne la connaissent guère, la pratique est essentiellement de la science. S'agit-il d'une fracture, la position donnée au membre, les pièces d'appareil employées sont basées sur la connaissance approfondie des insertions musculaires et de la direction dans laquelle les muscles agissent sur les frag-

ments. A-t-on affaire à une taie qui siège sur le centre de la cornée transparente et qui est un peu plus large que le champ d'une pupille ordinaire? Emploie-t-on un collyre fait avec cent vingt grammes d'eau distillée et trois ou cinq centigrammes d'extrait de belladone pour élargir cette pupille sans affaiblir la vue et pour permettre au rayon lumineux d'y pénétrer parce qu'elle devient plus large que le point opaque que nous venons d'indiquer ? Cette belle idée résulte encore de notions précises sur l'organisation de l'iris et sur ses fonctions. Combattez-vous l'amaurose par les vésicants appliqués à la partie antérieure et supérieure de la tête, le traitement est fondé sur l'étude des fonctions de la cinquième paire, relativement à la vision sur l'observation de Petit de Namur , sur les belles expériences de Vicq-d'Azir* répétées plus tard par Ribes , et sanctionnées par l'expérience. Faitesvous la resection d'un nerf? C'est encore la physiologie expérimentale qui vous a appris que la portion enlevée du tronc nerveux peut se reproduire , quand elle n'est pas trop considérable, ainsi que la myotilité et la sensibilité d'abord détruites des parties dans lesquelles ce nerf va se distribuer. C'est aussi cette belle physiologie qui , en démontrant la faculté qu'a le système veineux d'absorber, nous a fait connaître que si la constitution du sujet permet la phlébotomie 5 on rend les veines plus avides d'absorption en les désemplissant un peu , et l'on parvient souvent ainsi à faire disparaître même des épanchements sanguins considérables -, nous en avons fourni un très-grand nombre de fois la preuve à notre clinique de l'hôpital de la Pitié. Quand Gensoul a conseillé de priver de boisson les malades affectés d'hémorrhagies par exhalaison , cette excellente conception thérapeutique a été dictée par la connaissance de la sérosité du sang qui, diminuée, donne moins de fluidité à ce liquide et l'empêche de couler à l'extérieur; mais je m'arrête, car je serais obligé de parcourir le domaine de la médecine presque dans toute son étendue ; il est en effet démontré pour les hommes instruits qui sont dignes de porter le titre de médecin , qu'abstraction faite de la vaccine et de quelques autres très-rares médications, la thérapeutique est essentiellement basée , je ne saurais trop le répéter, sur de hautes et profondes connaissances anatomiques, physiologiques et anatomopathologiques. On sait encore, et nous l'avons déjà prouvé dans cet ouvrage , que cette belle science emprunte souvent et trèsheureusement aux autres sciences physiques. Ainsi donc, laissez

le pédantisme de certaines écoles nullement pratiques déclamer contre le praticien; il dédaigne ces clameurs; il proclame dans les livres qu'il publie, et tous les jours à la tribune où il professe, son incontestable supériorité sur ces prétendus savants qui, n'ayant pas assez de jugement pour appliquer leur savantisme d'ailleurs trop faible, croient encore que comme si la médecine était à son berceau , on doit employer empiriquement les moyens destinés à soulager ou à guérir, c'est-à-dire sans avoir calculé l'emploi de ces moyens et sans leur donner pour base, je le répéterai sans cesse, de hautes et profondes connaissances analogiques, physiologiques, anatomo-pathologiques, etc. Pauvres gens, ce n'est pas leur faute, nous ne les attaquons pas, nous voulons seulement faire éviter à nos studieux élèves les routes ténébreuses dans lesquelles on pourrait les engager. Voilà encore des idées qu'on blâmera sans doute ; car nous sommes dans un siècle où Ton n'aime guère les vérités de ce genre et où un grand nombre d'hommes les craignent; peu nous importe; nous avons appris à dédaigner les calomnies; tôt où tard ces idées porteront leurs fruits, et le bien que nous aurons pu faire est la seule récompense que nous ambitionnons. Une mission nous a été dévolue; nous l'accomplirons; l'estime publique nous a d'ailleurs déjà depuis longtemps largement dédommagé; elle a su nous distinguer du grand nombre de ces hommes qui gardent le silence; de tous ceux un peu moins nombreux qui soutiennent les hérésies scientifiques, et surtout leurs auteurs; mais il faut, comme ils le disent, qu'avant tout ces gens fassent leurs affaires; tant pis pour la, peau humaine, voilà certainement une âpreté de caractère extraordinairement blâmable; nous en convenons nous-même; car avoir assez de courage pour dévoiler de funestes erreurs, pour défendre avec énergie et indépendance les intérêts les plus sacrés de l'humanité, a toujours été et sera toujours même un crime.

Phlegmon. — V. dans le premier volume de cet ouvrage le chapitre ayant pour titre : abcès chauds.

Abcès froids; abcès par congestion. — - Nous en avons traité dans le premier volume de cet ouvrage.

Anthrax malin ou charbon; Pustules malignes. — V. dans le premier volume de cet ouvrage le chapitre ayant pour titre : Cautérisation.

Tumeurs pileuses. — Un kyste paraissant produit par l'adossement des lames du tissu cellulaire, contient tantôt seulement des

poils; d'autres fois, en même temps, une petite quantité de sérosité. L'anatomie pathologique a d'ailleurs démontré que ces poils peuvent entrer dans la composition d'autres tumeurs de différentes natures ; mais alors ils n'en forment que la partie accessoire. A ma connaissance , les kystes essentiellement pileux , que la plupart des auteurs ont passés sous silence, ont été rencontrés au crâne, sur la face dorsale du nez, au menton et sur le corps des pubis ; un homme portait à la région antérieure et supérieure de la tête une tumeur du volume d'un œuf de pigeon ; des chirurgiens avaient cru qu'elle était constituée par une loupe -, en examinant avec soin , on s'assurait que non-seulement elle donnait par le toucher la sensation des parties molles , mais encore celle d'un tissu élastique commun-, quant au doigt, une sorte de crépitation, un frôlement ressemblant à celui qui résulterait de pressions établies sur un matelas formé par du crin qui ne serait pas trop tassé. La maladie était indolente sans augmentation de chaleur et sans changement de couleur à la peau ; sa face externe était dépourvue de cheveux-, je pratiquai une incision longitudinale; j'ouvris une poche renfermant des poils et une très-petite quantité d'humeur séreuse; je les enlevai; je pansai simplement la plaie; vingt jours suffirent pour obtenir la guérison. Ces cheveux repullulèrent dans le fond de la solution de continuité et couvrirent ensuite la cicatrice. Dupuyîren montra à sa clinique un jeune homme qui portait contre l'extrémité inférieure des os propres du nez une tumeur fournissant par la compression une crépitation analogue à celle résultant d'une pression pratiquée sur un sac renfermant du crin ; il l'ouvrit et la trouva remplie par un paquet de poils ; il existait à la partie inférieure du kyste des pertuis faisant présumer que les bulbes des poils siégeaient plus profondément. Après la cicatrisation, la tumeur ne reparut pas; mais on vit croître une petite touffe de poils qu'on fut obligé de tenir coupée très-près afin d'éviter la difformité déterminée par la saillie qu'elle formait. Si dans un endroit qui manquerait de ces poils on soupçonnaitqu'il y aau fond de la plaie desbulbespileux capables depulluler,ilfaudrait enlever ce fond de la solution de continuité ou bien le cautériser assez fortement avec le nitrate d'argent fondu pour détruire ces bulbes. Une tumeur du volume d'une petite noisette siégeait sur le menton , des pressions produisaient l'espèce de crépitation ou plutôt de frôlement dont nous venons de nous occuper ; incision parallèle à l'axe de la face; extraction d'un petit paquet de

poils -, kyste offrant comme dans les observations précédentes une face interne lisse et polie 5 on panse simplement-, les tissus reviennent sur eux-mêmes ; les dimensions de la solution de continuité diminuent beaucoup, mais elle continue de suppurer-, des bourgeons charnus ne se développent pas à sa surface; je cautérise profondément avec le nitrate d'argent fon du ; bientôt ces bourgeons se montrent 5 quand ils sont bien formés et qu'ils présententles conditions propres à la cicatrisation , je mets et je maintiens en contact immédiat les bords de la plaie 5 j'ai soin de réprimer à l'aide de la pierre infernale les chairs qui végètent et qui s'engagent entre ces bords ; j'obtiens ainsi une cicatrice linéaire à peine visible. Une femme couchée salle Saint-Augustin de l'hôpital de la Pitié, et qui était affectée d'un engorgement de l'utérus, se plaignit d'une tumeur siégeant sur la partie antérieure du corps des pubis et de leur symphyse -, elle offrait le volume d'un œuf de poule 5 elle était indolente sous l'influence de la pression, qui faisait d'ailleurs sentir et entendre l'espèce de frôlement que nous avons indiqué plus haut 5 l'affection morbide n'avait pas augmentée la chaleur de la peau, et elle n'en avait pas altéré ni changé la couleur 5 elle s'était accrue lentement , et , comme dans l'état précédent, elle était devenue presque stationnaire 5 je l'ouvris largement à l'aide d'une incision longitudinale; je découvris une touffe de poils humectés par une matière séro-muqueuse en petite quantité; j'enlevai cette touffe pileuse après avoir coupé avec des ciseaux courbes sur le plat à ras la face postérieure de la poche qui la renfermait-, je remplis la solution de continuité avec de la charpie enduite de cérat-, les tissus revinrent encore ici sur eux-mêmes 5 une cicatrice assez étroite et de bonne nature se développa } les poils qui la recouvrirent la traversaient. Les tumeurs dont nous venons de nous occuper sont excessivement rares ; depuis plus de trente ans que je n'ai pas cessé de fréquenter les grands hôpitaux , je n'ai observé cette maladie que quatre fois.

Tumeurs tophacëes assez volumineuses. — En traitant des tumeurs sous-cutanées douloureuses, nous avons déjà parlé de granulations de ce genre 5 en nous occupant des exostoses, nous avons signalé dans l'épaisseur des parties molles la présence de tumeurs paraissant osseuses, et n'ayant aucune communication avec le squelette 5 nous avons reconnu à la région antérieure, supérieure et interne de la cuisse gauche, une tumeur assez mobile,

excessivement dure, siégeant au milieu du tissu cellulaire sous» cutané, et ayant le volume environ d'un œuf de poule ; on sentait à travers les chairs qu'elle offrait des inégalités à sa circonférence, elle n'était d'ailleurs pas douloureuse , à moins qu'on n'exerçât des pressions sur elle. Incision en T : j'ouvre une espèce de kyste épais ; le corps étranger qu'enchâsse ce kyste en sort avec difficulté, à cause de quelques saillies à collet présentant des renflements à leurs extrémités libres, comme on en voit sur certains calculs rénaux. Soumise à l'analyse chimique, ce corps étranger était à base de phosphate de chaux; le sujet n'avait jamais éprouvé aucun symptôme de goutte, mais chez les goutteux les concrétions du genre de celles qui nous occupent ne sont pas rares ; elles constituent autour des articulations, dont elles gênent plus ou moins les fonctions, des nodus variables en nombre et en volume; les malades les portent habituellement sans qu'il en résulte d'ailleurs d'autres inconvénients bien notables-, ils peuvent quelquefois nécroser, carier les os, enflammer les articulations et y pénétrer, d'où naissent des accidents graves qu'il serait inutile de signaler. J'ai vu quelques sujets chez lesquels la nature s'en débarrasse d'une manière presque innocente; la peau recouvrant la tumeur rougit légèrement, elle s'amincit lentement; elle finit par s'user, qu'on me passe l'expression, sur le point le plus saillant de l'affection morbide ; une suppuration légère s'établit; ordinairement les goutteux continuent de faire de l'exercice sans trop de gêne; le fond de la solution de continuité présente un aspect jaunâtre d'un blanc terne et sale ou grisâtre ; peu à peu l'ulcère tégumenteux s'agrandit ; le corps étranger s'ébranle d'abord et tombe plus tard ; la poche où il était renfermé suppure à peine dans le principe; elle se couvre ensuite de bourgeons charnus ; la cicatrisation marche lentement , et presque toujours elle se fait beaucoup attendre; au besoin on cautériserait le kyste avec le nitrate d'argent fondu ; mais cette cautérisation devrait être très-faible sur les points qui correspondraient aux articulations dont il faudrait craindre l'inflammation.

Si la présence des concrétions tophacées formées chez les sujets affectés de la goutte déterminait des accidents sérieux, et ayant résisté à la thérapeutique ordinaire, on devrait se décider à les enlever ; l'opération serait fort dangereuse à cause de la proximité des articulations , des gaines des tendons qu'on s'exposerait beaucoup à enflammer, et dans lesquelles le chirurgien, même

très-habile, pourrait pénétrer, d'où naîtraient des phlegmasies ordinairement formidables-, l'extraction de ces corps étrangers doit être rare ; j'ai soigné un grand nombre de goutteux, et jamais, jusqu'aujourd'hui, je n'ai été obligé de la pratiquer. Est-il besoin de dire que s'ils occasionnent des inflammations un peu développées, et surtout aiguës, il faut se hâter de recourir aux antiphlogistiques locaux et généraux, sous l'influence desquels les accidents inflammatoires diminuent d'abord presque toujours pour disparaître ensuite. Nous traiterons ailleurs des calculs échappés de l'urètre, de la vessie, des reins, de la vésicule biliaire et des canaux salivaires.

Lipomes. — Personne n'ignore que cette tumeur est formée par la graisse augmentée de volume. Littre a le premier indiqué cette dénomination. Lisez le texte suivant : « Ce genre de maladie (lipome), qui appartient à la classe des hypertrophies, n'entraîne par lui-même aucun danger , et ne gêne en réalité que par son volume, son poids, ou la difformité qui en résulte. Toutefois les lipomes me paraissent susceptibles de plusieurs sortes de transformations ou de décompositions. La dégénérescence cancéreuse, elle-même, n'y est peut-être pas impossible; mais la fonte putride n'en est pas moins une des terminaisons les plus ordinaires, y? Nouveaux éléments de médecine opératoire, par M. Velpeau, t. TU, p. 119. Ainsi, vous venez de le lire, on avance d'abord que le lipome n'entraîne par lui-même aucun danger, et puis on dit hardiment que la dégénérescence cancéreuse, elle-même, n'y est peut-être pas impossible, et que la fonte putride est une terminaison ordinaire de la maladie ; sublime logique en vérité ! ! ! Encore un autre texte : « Comme, d'un autre côté, ces tumeurs ne disparaissent presque jamais par résolution, et que leur accroissement ma point de limite déterminée, il faut bien que la chirurgie s'en occupe, et cherche à en débarrasser le malade. Les remèdes à leur opposer se réduisent à un petit nombre -, les topiques, quels qu'ils soient, n'ont aucune efficacité. Les médications générales seraient plus dangereuses qu'utiles. 17 n'y a en définitive que la destruction mécanique ou chimique de la tumeur qui puisse être invoquée en pareil cas, si Von tient à tenter quelque chose d'utile. » Nouveaux éléments de médecine opératoire, par M. Velpeau, t. III, p. 119 et 120. Par les mots, ces tumeurs ne disparaissent presque jamais par résolution, le chirurgien de la Charité admet donc qu'on peut les

résoudre quelquefois ; ses illustres amis ne contesteront pas encore, je crois, cette proposition : Comment concilier avec cette première idée, ces autres mots, les topiques quels qu'ils soient n'ont aucune efficacité, il n'y a en définitive que la destruction mécanique ou chimique de la tumeur qui puisse être invoquée en pareil cas, si Von tient à tenter quelque chose d'utile? J'avoue que mon intelligence ne va pas jusque-là. Il est vrai que, suivant M. Velpeau, je fais de la chirurgie de garde-malades; il m'est donc impossible de comprendre ces hautes conceptions thérapeutiques. Je ne conçois pas, en effet, que les topiques n'aient aucune efficacité contre des tumeurs susceptibles de résolution. Je n'ai d'ailleurs jamais vu résoudre des lipomes, et je ne connais dans les annales de la science aucun fait de ce genre.

Si le lipome est petit, sous-cutané, s'il ne siège pas sur le trajet d'une grande artère ou d'un gros nerf, s'il est stationnaire, il faut l'abandonner aux soins de la nature. Je connais des sujets chez lesquels, depuis vingt ans, cette maladie n'a pris aucun accroissement ; on peut dans certains cas toujours la porter sans inconvénient quand elle est peu volumineuse, qu'elle ne siège pas sur une partie habituellement découverte, et qu'elle n'occasionne pas de difformité; mais elle doit être surveillée, car toutes les fois qu'elle augmente de volume, on doit en débarrasser le malade. Siége-t-elle profondément sous une aponévrose dans les interstices musculaires, il faut se hâter de pratiquer une opération , puisqu'ici on ne pourrait guère en calculer les progrès qui en rendraient la destruction plus difficile et plus dangereuse. On a vu l'affection morbide située contre le péritoine ou contre la plèvre, entre les muscles de l'abdomen dans le fond de l'orbite, sous le scapulum, etc. Beaucoup de pathologistes ont avancé, à tort, que les endroits où se rencontrait beaucoup de tissu cellulaire, pouvaient seuls lui donner naissance. J'ai extirpé un lipome siégeant à la partie postérieure et supérieure de la tête-, j'en ai enlevé un développé sur le bord inférieur de la mandibule ; M. Bachelay a extirpé une de ces tumeurs occupant une assez grande étendue de la fosse temporale gauche. J'ai vu Dupuijtren en opérer une ayant pour siège la face dorsale du pouce droit. Elles sont quelquefois multiples. J'ai cité, dans cet ouvrage, un sujet sur lequel l'une était superposée à l'autre.

Cautérisation. — Lors même que la tumeur ne serait pas vo-

lumineuse, il faudrait rejeter ce moyen (Voyez dans le premier volume de cet ouvrage le chapitre ayant pour titre : Règles générales pour la dissection , pour F extirpation et pour V amputation des tumeurs).

Ligature. — La saine chirurgie commande de ne point employer ce moyen lorsque la tumeur n'est pas pédiculée. Si son pédicule pénètre dans le tissu cellulaire sousrcutané , le lien ne suffira pas pour l'enlever complètement, et alors il faudra cautériser après la chute de la maladie pour ne pas s'exposer à une récidive. Pour tous les chirurgiens instruits, la cure radicale est assurée alors seulement qu'on a enlevé la totalité de la maladie. Nous n'avons d'ailleurs pas été étonné de lire le passage suivant : « Ne contractant d'habitude aucune adhérence intime avec les tissus voisins, ces tumeurs sont généralement faciles à isoler, à détacher du tissu cellulaire ambiant; quand même on en laisserait quelques pelotons, la guérison n'en serait pas pour celasensiblement moins assurée. » Nouveaux éléments de médecine opératoire, par M. Velpeau, t. III, p, 122. Voyez d'ailleurs dans le premier volume de notre Précis de médecine opératoire le chapitre ayant pour titre : Ligature en masse.

Instrument tranchant. — Lorsque la peau qui couvre la tumeur est malade dans toute son étendue , on pratique l'amputation de la masse morbide. Lorsque au contraire les téguments sont sains , on fait l'extirpation de l'affection morbide, Quand l'enveloppe tégumenteuse est seulement en partie trop profondément altérée , on a recours à l'opération qui tient le milieu entre les deux premières dont nous venons de nous occuper. N'oublions pas de redire que si le tissu cutané est trop aminci ou trop adhérent 3 on le sacrifie (Voyez d'ailleurs dans le premier volume de cet ouvrage le chapitre ayant pour titre : Règles générales pour la dissection, pour Vextirpation et pour Vamputation des tumeurs). Dorsey a enlevé un stéatome pesant douze kilog. et cinq cents grammes (vingt-cinq livres) et siégeant au dos. A l'aide de la ligature, un ami d'A. Petit détruisit deux lipomes situés au dos : l'un était du poids de quatorze kilog. (vingt-huit livres), et l'autre de vingt-quatre kilog, (quarantehuit livres). Une tumeur graisseuse de deux kilog. (quatre livres) siégeant dans la même localité, a été extirpée par M. Taille fer, Dupuytren a pratiqué la même opération pour extraire des lombes une de ces tumeurs 5 elle offrait dans son épaisseur quel-

ques lames osseuses. Extirpation d'un lipome du poids de trois kilog. cinq centig. (sept livres) et situé à la partie postérieure du cou {Serre de Montpellier) . Une masse morbide composée de matière graisseuse se montrait au-dessous de la clavicule; elle pesait vingt-six kilog. (cinquante-deux livres) 5 extirpation ; guérison (Portulapi). Lipome s' étendant du pli de la cuisse au périnée; extirpation; poids, quatre kilog. (huit livres) (Taramellï). « Lipome très-considérable au pubis ; la masse pend entre les cuisses et est mobile au-devant des organes génitaux; sa longueur s'étend jusqu'au quart inférieur de la cuisse. Sa figure est analogue à celle d'un pot à eau. Sa portion la plus large est en bas, et offre vingt-deux pouces de diamètre transversal; la circonférence totale de la tumeur est de trente pouces, Extirpation par M. Malagozi; guérison. Quelques années auparavant , le même auteur en avait extirpé un du poids de vingt-deux livres, et situé dans la région inguinale gauche. » Gazette médicale de Paris. 1838, p. 233. Tumeur graisseuse du poids de vingt-huit kilog. (cinquante-six livres) et occupant presque toute la longueur de la partie postérieure gauche de la poitrine ; extirpation (/. Lisfranc). Lipome s'étendant depuis la septième apophyse épineuse cervicale jusqu'à la deuxième lombaire, et couvrant le tiers moyen du diamètre transversal de la face postérieure de la poitrine. Opération tenant le milieu entre l'amputation et l'extirpation (J. Lis franc). Deux tumeurs graisseuses adossées Tune à l'autre; la première s'étend depuis l'occipital jusqu'à la cinquième dorsale , et la seconde depuis quelques lignes au-dessous de ce point jusqu'à la troisième lombaire. La supérieure occupe les deux tiers du diamètre transversal du tronc; l'inférieure n'en couvre que le tiers; même opération (/. Lisfranc). Dans tous les cas que nous venons de citer les malades sont guéris. Lipome partant de la troisième vertèbre cervicale et finissant à la seconde lombaire ; sa largeur est de dix centimètres huit millimètres ( quatre pouces ) à sa partie moyenne , deux centimètres sept millimètres (un pouce) à son extrémité supérieure, et quatorze millimètres (un demi-pouce) inférieurement; extirpation. La maladie envoie des prolongements qui pénètrent profondément presque partout entre les apophyses épineuses. La manœuvre dure une demi-heure, il ne s'écoule presque pas de sang. Le malade est très-courageux; on suspend de temps en temps l'opération afin de laisser reposer un peu l'innervation. Le malade est transporté

dans son lit ; point d'hémorrhagie -, il est opéré à dj£ heures du matin ; il succombe à cinq heures du soir. Les symptômes et l'autopsie prouvent que la mort est due à cette innervation exaltée, et suivie d'une prostration à laquelle le malade ne fut pas soustrait par les moyens appropriés (/. Lisfranc).

« Extirpation, par M. Graeff, d'une tumeur graisseuse située

sous le muscle oblique externe du bas ventre , péritonite....-,

guérison par les émissions sanguines. » Gazette médicale de Paris, 1835, p. 169. Lisez le texte suivant : « § II. Celle (la tumeur) que M. Graeff a extirpée sous le titre de lipome, et qui existait au-dessous du muscle grand oblique, était-elle réellementunetumeur graisseuse ? — Gazette médicale, 1835, p. 169.» Nouveaux éléments de médecine opératoire, par M. Velpeau, t. III, p. 128. Ainsi on vient de voir que les deux citations bibliographiques sont les mêmes 5 c'est-à-dire que M. Velpeau a puisé dans la Gazette médicale à la même page que nous 5 que cette gazette, on vient de le voir, indique très-positivement un lipome, Je voudrais bien savoir pourquoi le chirurgien de la Charité révoque en doute la nature de cette tumeur. Prétendrait-il savoir mieux que Graeff Tanatomie pathologique? et cela dans un cas que le chirurgien prussien a disséqué, et que M. Velpeau n'a pas même vu. Voilà une outrecuidance qui serait en vérité incroyable si nous n'avions pas mis les deux textes en regard. On ne doit pas d'ailleurs s'en étonner, quand on a lu , dans le second volume de cet ouvrage, un fait de ce genre et relatif à Asiley Cooper; quand on se rappelle que M. Velpeau (Voyez encore dans ce même volume) a osé avancer que Morgagni avait imaginé et non pas vu un fait d'anatomie.

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