AMPUTATION DE LA SECONDE ET DE LA TROISIÈME PHALANGE DES ORTEILS
Pour amputer la phalangette du gros orteil, on suit les préceptes que nous avons indiqués à l'occasion de l'ablation de la dernière phalange du pouce ; sur l'un comme sur l'autre de ces membres, le pli cutané qui sert de guide fidèle pour reconnaître le siège de l'article et pour y pénétrer, offre des rapports identiques avec ces deux jointures.
Mais par cela même que le gros orteil est plus volumineux que le pouce , il serait inutile de faire remarquer que sur le premier de ces membres les surfaces articulaires doivent être plus étendues et présenter des enfoncements et des saillies plus considéra-
blés 5 aussi tous les chirurgiens cliniques savent que l'opération dont nous nous occupons est moins facile au pied qu'à la main.
On dit qu'il est permis de pratiquer la désarticulation des phalangines et des phalangettes des quatre derniers orteils; j'admets cette opération pour le petit et pour les phalangettes des trois du milieu -, on la fera d'après les préceptes que nous avons indiqués en décrivant l'amputation de ces os appartenant aux doigts ; on ne devra pas craindre le chevauchement consécutif des orteils, parce que les dispositions anatomiques s'y opposent.
Quant aux phalangines des trois orteils du milieu, je rejette l'opération ; il est vrai qu'en ne sacrifiant pas le membre en totalité on s'expose moins aux accidents inflammatoires , aux fusées purulentes dont les résultats sont en général très-graves et quelquefois funestes; mais lorsque nous avons amputé la phalangine de l'un des trois orteils du milieu , ceux qui l'avoisinent ont nécessairement perdu le point d'appui que leur fournissait cette phalangine; soumis, alors à la pression de ia chaussure, les orteils se dévient, chevauchent, se déforment souvent , d'où résulte pendant la marche de la gêne, une grande incommodité et assez fréquemment beaucoup de douleur; c'est parce qu'on n'a pas probablement pratiqué cette opération dont l'occasion se présente fort rarement, qu'on n'a point observé les accidents graves que je viens de signaler et qu'on n'y a peut-être même pas songé; je les ai rencontrés quelquefois lorsque, dans le commencement de mapratique, je suivais les principes généralement, admis ; je les ai vus surtout à la suite de la gangrène ou d'un écrasement qui avait épargné la première phalange sur laquelle s'était d'ailleurs formé, chez la plupart des sujets, une cicatrice de bonne nature; je ferai remarquer que le tissu modulaire n'était point douloureux, mais que la douleur provenait au contraire de la déviation, du chevauchement de l'un des deux orteils voisins. Sur trois sujets qui marchaient très-difficilement, surtout quand ils se livraient à un exercice un peu prolongé , il a fallu pratiquer l'amputation de la phalange épargnée par la première opération. Deux autres fois encore j'ai été obligé d'amputer dans l'articulation phalango-métatarsienne pour les mêmes motifs, sur des malades chez lesquels des accidents avaient fait perdre la seconde et la troisième phalange : les dernières idées que nous adoptons ont l'avantage de permettre aux
orteils situés aux côtés externe et interne de celui qui a été enlevé de se rapprocher à tel point que la difformité n'est pas apparente et qu'il faut les compter pour savoir s'il en manque réellement un 5 le bout du pied devient il est vrai moins large -, mais il offre plus d'élégance ; la station et la marche n'en éprouvent pas de désavantage. On sait qu'on se comporte autrement pour les doigts, parce qu'ils sont plus longs, plus éloignés les uns des autres , plus utiles et qu'ici l'opération ne peut avoir aucun inconvénient sous les deux derniers rapports dont nous avons traité.