DES SANGSUES ET DE LEUR APPLICATION
La sangsue est un ver aquatique très-contractile dont les deux extrémités se terminent par un disque; à la plus petite se trouve la bouche , offrant trois mâchoires armées d'un très-grand nombre de dents {Salacroux)-^ sur l'autre est l'anus. La grosse sangsue dite officinale est très-brune; les bandelettes qu'elle présente parallèlement à son axe sont de couleur rouillée ; elle est paresseuse -, souvent elle ne mord que dans l'eau ; la médicale est plus petite-, infiniment meilleure, elle offre six raies longitudinales et de couleur ferrugineuse -, elle est verdâtre.
Les sangsues sont assez fréquemment affectées de maladies qui en rendent la conservation difficile ; M. Buméril a observé que l'automne les prédisposait à une espèce de melœna.
M. Presle-Duplessis a prouvé par un grand nombre d'expériences auxquelles nous avons en partie assisté , que les sangsues , lorsqu'elles avaient séjourné quelque temps dans l'eau, ne pouvaient pas produire chez un individu sain une maladie contagieuse dont était affectée une personne préalablement mordue par elles.
L'épaisseur de Fépiderme , sa densité , à la paume des mains et à la plante des pieds , peuvent empêcher les annélides d'y mordre. Les cicatrices qui se forment après la morsure des sangsues sont ordinairement très-apparentes ; il faudra donc autant que possible s'abstenir de les appliquer sur des points habituellement découverts 5 si l'on ne peut pas faire autrement , on choisit ces vers aquatiques petits.
La peau est très-fine chez les enfants et sur beaucoup de femmes; on évitera donc, lorsqu'on posera des sangsues, le trajet des grosses veines ainsi que celui de leurs branches principales ; on s'exposerait autrement à produire des hémorrhagies difficiles à arrêter -, la phlébite même pourrait se développer à la suite de la déchirure des parois de ces vaisseaux.
L'application des annélides sur la face y détermine très-fréquemment de l'œdème et même des érysipèles.
La sympathie étroite qui existe entre un viscère ou un organe et les parties de téguments qui le recouvrent, veut qu'on mette en général les sangsues sur ces parties de la peau : si Ton pose des annélides même très-nombreuses sur le petit angle de l'œil ou trèsprès de lui , on s'expose d'une manière presque certaine à occasionner un érysipèle œdémateux : ces vers aquatiques ecchymosent souvent les paupières et peuvent beaucoup augmenter une ophthalmie aiguë 5 on pourrait les placer sur la tempe à ras les cheveux -, il vaut mieux encore les mettre derrière les oreilles , où ils produisent des effets tout aussi heureux: ils sont très-utiles sur les apophyses mastoïdes, quandondoit combattre l'inflammation des méninges j on sait qu'il en part des veines qui pénètrent presque directement dans la boîte osseuse du crâne , et qu'il en résulte un dégorgement très-salutaire.
La face interne des paupières est trop peu étendue pour qu'on puisse y appliquer un assez grand nombre de sangsues , et pour qu'on obtienne une déplétion sanguine suffisante, lorsqu'il s'agit surtout d'une phlegmasie aiguë ; je pense même que dans les cas d'inflammation chronique, cette pratique, queje n'admets pas, occasionne très-fréquemment des accidents inflammatoires fort graves 5 l'expérience m'en a donné la preuve.
Pour combattre les angines du pharynx et du larynx , on a la mauvaise habitude d'appliquer des annéhdes sur le cou^ il en résulte nécessairement beaucoup de petites cicatrices fort apparentes, qui enlaidissent la peau et que les femmes surtout supportent très-désagréablement ; j'ai prouvé par un grand nombre de faits à l'hôpital de la Pitié, que mises sur les. apophyses mastoïdes et en arrière le long de la racine des cheveux, par les quels le tissu inodulaire est caché, elles obtenaient les mêmes succès, dans les cas qui nous occupent^ d'ailleurs, nous l'avons déjà dit , sur les enfants et sur les femmes , dont la peau est très-fine, ces vers aquatiques pourraient ouvrir au col des veines superficielles, et déterminer une phlébite d'autant plus dangereuse, que les vaisseaux de cette région sont situés très-près du eœur; ajoutons qu'une hémorrhagie probablement très -difticile à arrêter se montrerait alors ^ si l'on cautérisait avec le nitrate d'argent fondu, l'on s'exposerait à occasionner l'inflammation du canal veineux-, l'émission sanguine deviendrait d'ailleurs trèsdangereuse en l'absence du chirurgien , parce que le*s personnes chargées de soigner le malade, ne sauraient pas toujours y remé-
dier; la compression peut être établie d'une manière très-sûre derrière les oreilles , par les gens du monde les moins expérimentés.
; Quand on met les sangsues sur la région épigastrique , il n'est pas rare d'en voir quelques-unes mordre la peau qui recouvre les cartilages des côtes ; sous l'influence de la grande mobilité de ces cartilages , il coule ordinairement beaucoup de sang , surtout chez les sujets en bas âge \ si alors le chirurgien est absent, le malade peut succomber ; j'en ai observé un exemple 5 il est donc indispensable de recommander très-spécialement de mettre les annélides en dedans des extrémités costales et au-dessous du sternum.
Pose-t-on des sangsues sur des points où le tissu cellulaire est très-abondant? les petites plaies fournissent ordinairement fort peu de sang j s'agit-il d'une péritonite aiguë chez une personne très-grasse , appUquez-vous seulement trente ou quarante annélides? vous augmentez presque toujours la phlegmasie , parce que l'écoulement du sang est léger et parce que, ainsi, il congestionne davantage le péritoine ^ dans le cas qui nous occupe, il faut doubler au moins le nombre des sangsues ^ il est même assez souvent très-utile de faire préalablement une saignée générale.
L'application des annélides sur les parties de la peau qui correspondent à un très-grand nombre de nerfs sous-cutanés doit être rejetée, parce qu'elle détermine beaucoup plus de douleur ; ainsi, pour r avant-bras , on préférera la face dorsale à la région palmaire^ pour la cuisse et pour la jambe, le côté externe de ces membres à leur côté interne; j'insiste sur ces préceptes, parce que, je n'ai pas besoin de le dire, il est fort important que les malades souffrent le moins possible, parce que l'excès des souffrances occasionne chez certaines personnes des phénomènes nerveux violents, qui empêchent quelquefois de continuer l'application des sangsues -, ils peuvent d'ailleurs augmenter l'état morbide, et neutraliser, dans d'autres circonstances, les effets avantageux de l'émission sanguine locale.
Appliquées autour de la vulve, les annélides agissent aussi avantageusement que si elles étaient mises sur la membrane muqueuse qui tapisse cette région de l'économie, où elles produisent bien plus de douleurs et sur laquelle elles font des plaies infiniment plus difficiles à guérir, surtout lorsqu'elles siègent sur la commissure postérieure ou auprès d'elle.
Quand les sangsues sont placées trop près du rectum ou bien
sur son orifice , leurs morsures salies par les matières qui sortent de cet intestin se convertissentfréquemment en ulcères difficiles à guérir.
Les annélides mises sur le prépuce, sur la peau de la verge, sur le scrotum, déterminent de vives douleurs ^ leur application' y produit quelquefois la gangrène ; nous en avons observé quelques cas 5 il est vrai qu'ils sont Tares ^ mais ils n'en doivent pas moins être pris en sérieuse considération : je préfère appliquer ces vers aquatiques au-dessus des bourses, sur le trajet du cordon testiculaire^ jeme suis assuré chez un très-grand nombre de sujets qu'ils réussissent parfaitement sur ce dernier point.
Les filets nerveux sous-cutanés sont très-nombreux sur la face dorsale de la main et sur la région supérieure du pied ; je pense qu'on ne doit pas y poser des sangsues ^ elles occasionnent souvent, d'ailleurs, des érysipèles^ je donne la préférence, dans les circonstances qui nous occupent , à la partie postérieure et inférieurede l'avant-bras, et au côté externe et supérieur de la jambe.
Je ne mets pas les annélides sur le tiers inférieur de la jambe , car lors même que ce membre serait sain , et surtout s'il était variqueux, les petites plaies pourraient se convertir en ulcères fréquemment très-rebelles et peut-être même incurables.
Quand on applique les sangsues sur les mamelles , elles y produisent de très-vives douleurs 5 leurs morsures sont suivies de cicatrices désagréables 5 elles y occasionnent quelquefois des érysipèles; j'ai observé que si on les place autour de ces organes, elles déterminent des résultats tout aussi utiles 5 on évite ainsi les inconvénients que je viens de signaler.
N'oublions pas de rappeler qu'on doit éviter d'appliquer les annélides sur le trajet des artères superficielles.
On conseille de mettre les sangsues dans la bouche -, elles causent alors en général au malade une répugnance presque invincible; il n'est pas possible d'en poser un grand nombre; souvent les morsures ne saignent pas assez longtemps ; on s'expose ainsi à produire des congestions sanguines très-désavantageuses et quelquefois dangereuses ; ces considérations s'appliquent plus spécialement encore aux narines antérieures , quand il s'agit d'y faire mordre les vers aquatiques : quant à leur application dans le pharynx, elle a d'abord les inconvénients que je viens de signaler -, ensuite , quoi qu'on en dise , il est difficile et quelquefois même impossible de les y appliquer : on a proposé de
MÉDECïINE OPÉRATOIRE. 30o
les'y porter tenues avec une pince ; on préfère un cône de verre ou bien une carte roulée sur elle-même et formant une espèce de cornet, qu'on applique par son sommet sur l'amygdale; puis on refoule la sangsue avec un repoussoir ; je préfère dans tous ces cas la région mastoïdienne sur laquelle l'émission sanguine ne perd aucun de ses avantages.
On pense généralement que les annélides doivent être mises sur le point enflammé lui-même : mais elles produiront fréquemment la gangrène, si l'érysipèle est compliqué de phlyctènes, si le centre du phlegmon est d'un rouge foncé; la sensibilité de la peau étant d'ailleurs augmentée par la phlegmasie , elles déterminent de plus vives souffrances; l'expérience m'a encore prouvé que ces vers aquatiques posés autour de la zone inflammatoire obtiennent autant de succès que s'ils avaient été'appliqués sur elle.
Les sangsues placées sur des tissus œdémateux ou bien même légèrement ecchymoses , peuvent occasionner la gangrène , parce que la vitaUté de ces tissus languit sous le poids du liquide épanché; après l'avoir exalté par une inflammation aiguë à laquelle on s'expose, on peut l'éteindre.
Un engorgement blanc existe-t-il , les téguments qui le recouvrent sont-ils indurés et' adhèrent-ils aux parties malades sousjacentes? la vie est encore ici en général peu active; mettez les annélides autour de la maladie ; car si vous les placiez sur elle , il pourrait se développer des inflammations , qui exposeraient à la mort des tissus , pour les mêmes motifs que dans les cas d'œdème et d'ecchymose.
Appliquez les sangsues à neuf ou douze centimètres environ (trois ou quatre pouces) de la base du bubon syphilitique; car si vous posez ces annéhdes sur la tumeur ou le long de sa base , les petites plaies se convertissent quelquefois en autant d'ulcérations vénériennes ; si l'on objectait qu'on rencontre rarement cet accident, je répondrais qu'il suffit de l'avoir observé dans quelques circonstances pour légitimer le précepte que je viens d'établir.
Je rejette les sangsues appliquées sur le membre fracturé, puisque la compression établie ensuite sur leurs morsures , par les attelles , en retarde ordinairement la guérison ; elles occasionnent même quelquefois des inflammations , des escarres ; nous avons remarqué ces accidents à l'hôpital de la Pitié, chez des malades sur lesquels on avait suivi en ville la pratique que nous blâmons : il est alors fort difficile de mettre convenablement en usage I. 20
l'appareil destiné à obtenir la consolidation de Fos : les épanchements sanguins qui compliquent presque toujours les solutions de continuité osseuses , exigent d'ailleurs plus spécialement la phlébotomie, sous l'influence de laquelle, l'expérience journalière le démontre , l'absorption devient beaucoup plus facile , infiniment plus prompte que si l'on a recours aux émissions sanguines locales -, dans les cas où l'on voudrait néanmoins recourir à ces dernières , on les ferait au-dessus du membre fracturé et sur des points où l'appareil ne devrait pas s'appliquer,
(( Au chapitre ayant pour titre : Quelques considérations sur les hernies^ nous avons établi le précepte suivant 5 parmi les moyens qu'on met en usage pour faciliter la réduction des hernies , surtout quand l'étranglement est inflammatoire , les sangsues tiennent le premier rang -, en a la mauvaise habitude de les apphquer sur la tumeur elle-même ^ cette pratique a beaucoup d'inconvénients ^ la peau, qui est le siège d'un grandnombre de petites plaies, devient plus sensible 5 le taxis est plus douloureux^ le malade est plus indocile 5 le sang coule; les doigts et les téguments en sont imprégnés 5 de là infiniment moins de facilité dans la manœuvre ; si déjà les morsures des annélides ne fournissent pas de liquide , les eff'orts de réduction en font immédiatement sortir, et les mêmes difficultés se reproduisent ^ il n'en faut pas davantage pour que la réduction qui aurait pu réussir échoue complètement.
L'application des sangsues sur la tumeur y produit des ecchymoses souvent assez profondes ^ si l'on est obligé d'opérer la hernie , la couleur des tissus est masquée 5 il n'est pas facile de les distinguer-, les difficultés de l'opération sont augmentées 5 il faut placer les vers aquatiques autour de la maladie^ l'expérience a démontré que , posés sur ce point , ils off'raient autant d'avantage que s'ils étaient mis ailleurs. )> [Clinique chirurgicale de Vhôpital de la Pitié ^ par J. Lisfranc, t. P', p. 20.)
Il n'est pas possible de savoir si une tumeur est squirrheuse ; le tissu cellulaire sous-cutané est induré , la peau participe quelquefois à cet état -, il ne faut pas alors mettre les annélides sur la tumeur ; car les petites plaies deviendraient fréquemment et presque immédiatement carcinomateuses ; vous faciliteriez ainsi singulièrement la marche de la maladie ; la saine thérapeutique exige que les sangsues soient appliquées autour de l'engorgement , puisqu'il est démontré que leurs effets salutaires seront aussi prononcés
que si ces vers aquatiques étaient placés sur la peau qui le recouvre 5 faisons remarquer que l'impossibilité où l'on est presque toujours de pouvoir distinguer la nature des hypertrophies avec indurations du col de la matrice, doit faire renoncer à y poser des annéhdes,
« J'ai beaucoup insisté sur les règles de l'application des sangsues suivant les localités ; je crois qu'elles sont d'autant plus importantes que la pratique fournit l'occasion. de les mettre trèssouvent en usage 5 je demeure convaincu qu'en les suivant, ou évitera des accidents graves , et quelquefois funestes ^ un assez grand nombre de ces règles étaient connues , il est vrai , par les praticiens habiles \ mais on ne les avait pas groupées ^ ainsi elles étaient oubliées, et même entièrement ignorées par beaucoup de médecins , d'ailleurs très-instruits ^ je les professe depuis trèslongtemps dans mes cours de clinique; elles y ont été receuillies , et je les ai fait publier dans la Gazette des hôpitaux 1836, 9 janvier (loco citato). »
Quand on emploie les annélides en petit nombre contre une inflammation aiguë , elles l'augmentent presque toujours, à moins que leurs morsures ne fournissent beaucoup de sang ; Broussais surtout , a conseillé de multiplier alors les sangsues , et d'en faire très-longtemps saigner les morsures.
Elles agissent de deux manières, quoi qu'en ait dit un chirurgien moderne, qui ose rejeter la saignée dérivative, et qui n'est pas fort en thérapeutique rationnelle ; appliquées en petite quantité, les annélides excitent en faisant affluer le sang dans le lieu malade , à moins qu'on ne laisse abondamment couler ce liquide , nous le répétons ; la preuve de cette proposition est fournie par l'apparition des menstrues , lorsqu'on suit le précepte que nous venons d'indiquer , tandis qu'au contraire , si l'on mettait ces vers aquatiques en grand nombre , et que l'écoulement sanguin fût trèsabondant , les règles , en général , ne paraîtraient pas ; personne n'ignore ces faits; ils suflisent seuls pour faire admettre la saignée dérivative par tous les bons esprits.
Les sangsues en petite quantité irritent presque toujours, même les engorgements blancs dans lesquels l'élément inflammatoire ne siège pas : nous en donnons journellement la preuve à riiôpitai de la Pitié , où nous démontrons aussi que les annélides en grand nombre déterminent une fïet essentiellement différent : voyez pour de plus amples détails dans la Clinique chirurgicale
de rhôpital de la Pitié, le chapitre ayant pour titre Considérations sur les évacuations sanguines en général^ t. l", page 23. Les sangsues en grande quantité constituent un des meilleurs antiphlogistiques ^ il faut alors favoriser l'écoulement sanguin pendant plusieurs heures , et lorsque , par exemple , une péritonite est suraiguë et qu'elle ne cède pas , on laisse couler le sang chez les sujets forts , pendant un temps beaucoup plus long ^ nous avons dit ailleurs que la phlébotomie devait quelquefois être préalablement pratiquée : depuis que la vérité des principes que nous venons d'énoncer, est reconnue , on ne craint pas d'employer les annéhdes pour combattre les inflammations violentes; personne n'ignore maintenant qu'en général, elles réussissent parfaitement, bien qu'elles soient mises en usage avant que ces phelgmasies aient acquis depuis quelques jours leur summum d'intensité. N'omettons pas de faire remarquer qu'il est des constitutions sur lesquelles, le jour de leur application et quelquefois même le lendemain , les sangsues produisent une excitation qui retarde leurs effets avantageux -, il faut alors en ajourner un nouvel emploi , à moins que l'état pathologique ne soit pressant -, ajoutons qu'il est quelques sujets dont l'innervation est tellement exaltée après l'usage de ces vers aquatiques , qu'on est obligé désormais d'y renoncer.
Quand on emploie les annélides pour exciter les tissus , on en met trois , six ou huit , suivant la force des malades ; on a soin de n'en laisser saigner les marsures que dix à quinze minutes.
Le nombre des sangsues mises en usage , comme moyen antiphlogistique , varie suivant les indications ; s'agit-il d'une inflammation aiguë , chez les enfants qui sont vers la fin de leur pr- '^ ; !'"e année? on pose deux ou trois annélides ; dans l'âge adulte , on n'en applique guère moins de huit à dix; selon la force des sujets, le siège et l'intensité de la phlegmasie , on peut en élever le nombre jusqu'à vingt-cinq, cinquante , quatre-vingts et même davantage ; chez les personnes maigres , dont les muscles et le système capillaire sont très-développés , les morsures fournissent beaucoup de sang ; répétons que sur les individus gras , les vaisseaux sont disséminés , que le tissu graisseux vient facilement se placer dans les petites plaies , et empêche l'évacuation du liquide ; concluons de nouveau , que chez ces derniers , les sangsues doivent être plus nombreuses , et qu'on est souvent obligé de pratiquer préalablement la phlébotomie. <*
Une annélide se gorge, suivant les uns, de quatre à huit grammes de sang (un ou deux gros) ; il est des personnes qui pensent, je crois à tort, qu'elle peut en sucer seize grammes (quatre gros) 5 d'autres ont dit qu'une sangsue en pompait deux fois et demi son poids : quant à la quantité du liquide sanguin qui s'écoule par les morsures, il est évident qu'elle varie beaucoup, suivant la capillarité de la peau, et l'embonpoint, suivant que des veines p/ .L moins développées, ou des filets artériels, ont été ouvfe.\o, selon enfin, le temps pendant lequel l'effusion de sang continué : d'après les données que nous venons d'établir, le nombre considérable d'annélides , qu'on emploie quelquefois chez des personnes robustes , et qui portent des phlegmasies très-aiguës , ne devra pas effrayer ^ on se rappellera d'ailleurs qu'abstraction faite de quelques cas d'exceptions fort rares , le liquide s'échappe avec lenteur, et qu'ainsi il affaiblit moins que s'il était extrait brusquement^ d'ailleurs, lorsque le chirurgien éprouve quelque crainte, il reste auprès du sujet; l'état du pouls, celui de la face et des forces, lui servent de guide pour éviter les accidents qu'il redoute ; on sait qu'assez souvent , par l'incurie des malades , ou par la maladresse des personnes qui sont chargées de les soigner, le sang coule fréquemment pendant six, huit et même dix heures, sans affaiblir beaucoup.
Quelques médecins font poser deux ou trois sangsues, dont ils renouvellent l'application à mesure que leurs morsures cessent de fournir du sang; ils pratiquent ainsi une saignée locale qu'ils prolongent durant douze et même quelquefois vingt-quatre heures; ils la vantent beaucoup; je l'ai mise en usage; je ne la crois pas avantageuse, au moins en général.
On a prétendu que si l'on coupait l'extrémité postérieure de l'annélide , la saignée serait plus abondante ; mais ce moyen a presque toujours l'inconvénient de détacher sur-le-champ delà peau ce ver aquatique.
Pendant les températures moyennes les sangsues prennent ordinairement avec facihté ; cependant on a la précaution, avant de s'en servir, de les mettre à sec dans un vase pendant une heure ou deux ; en été , lorsque la chaleur est excessive , ce temps serait en général insuffisant ; il faut alors les placer dans un lieu frais , et attendre cinq ou six heures , si les circonstances pathologiques le permettent ; souvent elles ne mordent pas toutes ; quand on en ordonne quinze , il faut en faire apporter au moins vingt ;
avant de les appliquer on humecte la partie avec du lait , de l'eau sucrée, un peu de sang, des fruits d'une saveur dcwice, etc. ^ chez les personnes dont la peau est sale , sur celles dont la perspiration cutanée exhale une odeur forte, on lave d'abord avec une infusion aromatique , puis avec de l'eau tiède , et après avoir essuyé , on emploie l'une des substanqes ci-dessus indiquées 5 l'obscurité de l'appartement est une circonstance qui excite les annélides à mordre ; elles semblent redouter la lumière : Lordat a raconté dans ses leçons, qu'un pharmacien de Montpellier remarqua qu'elles se précipitaient au fond du vase, et y restaient immobiles toutes les fois qu'il entrait dans sa cave avec une bougie.
Quand on les pose près de l'orifice d'un canal ou bien à côté d'un organe que l'on veut ménager, on conseille de circonscrire avec un corps gras l'aire sur laquelle elles doivent mordre ; il est des chirurgiens qui mettent dans l'orifice inférieur du rectum un linge enduit de cérat 5 ces moyens ne sont pas indispensables -, après avoir placé les sangsues sur la peau , beaucoup de personnes les incarcèrent en posant autour d'elles l'extrémité ouverte d'un verre 5 mais fréquemment elles se groupent en plus ou moins grand nombre sur un point très-limité ; leurs morsures sont juxtaposées ; elles peuvent ainsi produire trop d'irritation et même des inflammations ^ elles abandonnent d'ailleurs souvent la peau pour remonter le long de ce verre et s'y fixer ^ on est alors obligé de le déplacer pour les en détacher ; il serait inutile de signaler les inconvénients de cette manœuvre 5 on préfère les couvrir avec une compresse assujettie par la main qui les comprime doucement , les excite à mordre et dont les bords exercent une compression plus forte destinée à les empêcher de fuir ; il vaut mieux les placer en même temps que cette compresse sur les téguments ^ quand il s'agit de localités profondes , on les met une à une en se servant soit des doigts , soit de la pince à anneau , soit d'un tube ^ les moyens que nous venons d'indiquer suffisent dans tous les cas 5 il est donc inutile de recourir à des instruments nouveaux, qu'on n'a pas d'ailleurs facilement à sa disposition, et qui ne servent qu'à encombrer les arsenaux de chirurgie déjà inutilement trop pleins.
Lorsque les sangsues ne mordent pas facilement , on les irrite 5 on les comprime légèrement 5 on les roule entre les mains, ou mieux encore dans un linge-, en hiver on les réchauffe un peu.
Le contact de l'air sur la peau découverte, peut, dans
certaines circonstances, devenir très-nuisible^ lorsqu'on appliquera les annélides sur l'abdomen, par exemple, on n'en découvrira que la moindre étendue possible -, on aura soin de se servir d'ailleurs d'un cerceau sur lequel reposera un drap plié en plusieurs doubles^ un châle vaudrait mieux encore.
Lorsqu'on voudra faire mordre les sar^gsues sur Fextrémité.inférieure de la matrice , un S2)eculum plein sera introduit jusqu'à l'insertion supérieure du vagin et embrassera le col de l'organe gestateur^ on pratiquera des injections pour nettoyer les parties 5 on les essuyera ; ces deux derniers moyens seront mis en usage toutes les fois qu'il s'agira d'une membrane muqueuse ^ cependant pour le pharynx, pour la bouche, le gargarisme est préférable au liquide injecté-, on portera avec un verre à liqueur dont le pied sera d'une longueur suffisante , les annélides , jusque sur l'utérus 5 il n'est pas besoin de dire que la malade aura été couchée en supination (Voyez l'article ayant pour titre du spéculum et de son application) : un fait assez remarquable est que les femmes ont à peine la conscience des piqûres 5 aussitôt que les vers aquatiques sont tom.bés on favorise l'écoulement du sang par des injections émollientes tièdes faites dans l'instrument explorateur qui demeure en place -, elles sont fréquemment répétées ^ on conseille encore les bains de siège ^ je crois qu'ils exposent beaucoup aux congestions sanguines -
J'ai dit dans la Clinique chirurgicale de l'hôpital de la Pitié , que je rejetais î' application des sangsues sur le col de l'utérus, parce que presque toujours elle congestionnait cet organe et produisait, même assez souvent, des accidents violents, qu'il est impossible de distinguer la nature des hypertrophies avec induration du col utérin , qu'on s'expose alors à faire des solutions de continuité sur un squirrhe qui se convertit presque immédiatement, pour ainsi dire, en cancer-, j'ai ajouté que je donnais la préférence à la saignée dérivative pratiquée au bras -, elle est , suivant les indications, de quatre-vingt-dix à cent quatre-vingts grammes (trois ou six onces) ^ j'ai démontré à l'hôpital de la Pitié son incontestable supériorité.
Lorsque pinçant quelques filets nerveux , une ou plusieurs annélides produisent des douleurs trop vives , il faut se hâter de les faire tomber à l'aide des moyens dont nous allons nous occuper : rappelons que prenant en masse elles font nécessairement moins souffrir que si elles s'attachent les unes après les autres.
On s'est assuré par l'élargissement, par les mouvements de leur pompe, par la douleur qu'elles occasionnent , que les sangsues ont mordu ^ on voit par leur volume, par la cessation des contractions que nous venons d'indiquer qu'elles sont suffisamment gorgées \ une demi-heure environ s'est d'ailleurs écoulée depuis leur application ^ si alors elles ne tombent pas , on les saupoudre avec du tabac , du sel ou de la cendre , etc. 5 on peut aussi les couper très-près de la peau \ on évitera d'exercer des tractions sur elles ; car on produirait ordinairement de très-vives souffrances ; il n'est pas rare de voir après la section que nous avons conseillée le suçoir du ver aquatique rester encore fixé à la peau 5 on le refoule doucement avec le bout du doigt indicateur qui rase les téguments ^ ce refoulement est pratiqué au besoin suivant des directions différentes -, ce moyen peut être employé quand l'annélide n'a éprouvé aucune déperdition de substance 5 c'est le plus avantageux quand on n'a pas de cendre à sa disposition et qu'on veut conserver la sangsue.
Pour faciliter l'écoulement du sang , pour empêcher qu'il s'arrête trop tôt , on mettra en usage des lotions faites avec l'eau tiède; si besoin est, on se sert d'un linge fm pour enlever légèrement les caillots hémostatiques ^ s'il est possible , on plonge la partie dans un bain qui n'est pas trop chaud 5 on aura soin de l'en retirer fréquemment, afin de détacher doucement les concrétions sanguines qui peuvent encore se former sur les petites^ plaies ; les vapeurs émollientes dirigées sur les morsures sont très -avantageuses ^ le cataplasme de farine de graine de lin que beaucoup de personnes mettent en usage, empêche souvent le sang de couler suffisamment, parce qu'il n'est pas rare devoir se développer sous lui des concrétions sanguines qui s'opposent à la sortie du liquide 5 mais le meilleur moyen de le faire couler abondamment et promptement est la ventouse à pompe ^ les contractions musculaires concourent aussi au même but; j'ai employé très-fréquemment l'instrument que je viens d'indiquer 5 je n'ai pas vu le tissu cellulaire être assez attiré parle videdans les petites plaies pour les empêcher de saigner 5 seulement les ecchymoses m'ont paru alors plus fréquentes et plus étendues-, s'il se formait des caillots, on les enlèverait pour réappliquer de nouveau la ventouse.
Lorsque la sangsue a pénétré dans le rectum, l'estomac, le vagin , les fosses nasales, on injecte ou l'on fait avaler la dissolution de nitrate de potasse ou mieux encore du sel de cuisine ^
MÉDECINE OPÉRAÏOIRE. 313
la fumée de tabac , la décoction de cette substance sont nuisibles à l'estomac^ on peut aussi se servir de vin , d'oxycrat , etc. ^ si le ver aquatique a pénétré dans le larynx ou dans la trachée artère, il faut ouvrir les voies aériennes.
Quelques chirurgiens compriment les annélides afin de les dégorger, entre le pouce et l'indicateur , en faisant glisser ces doigts de la queue à la tête de ces vers aquatiques 5 ce moyen est le plus sûr pour les faire presque toujours périr ^ en général on les met dans de l'eau de rivière ou de fontaine; mais on en perd une très-grande quantité et ceux qu'on sauve ne peuvent pas de longtemps servir 5 on sait que lors même qu'ils n'ont encore jamais mordu , l'eau de puits leur est extrêmement nuisible ; un procédé très-avantageux est celui qui consiste à les rouler légèrement et pendant quelques secondes sur de la cendre tiède : ils se vident alors très-vite \ ainsi on les emploie de nouveau beaucoup plus promptement^ on en perd fort peu par ce procédé.
M. Rayer a publié un excellent mémoire sur les moyens de conserver et de faire multiplier les sangsues 5 on sait d'ailleurs que le vase dans lequel on les met ne doit être qu'à moitié plein environ ; l'eau dans laquelle on les place, a une température moyenne; ont-elles déjà mordu? on la renouvelle trois ou quatre fois par jour 5 ne s'en est-on point encore servi? ce soin n'est utile que toutes les vingt-quatre heures.
Après la chute des annélides employées comme moyen antiphlogistîque , répétons qu'on en laisse ordinairement saigner les morsures pendant une ou deux heures , et assez fréquemment même pendant un laps de temps plus long., à moins que la face ne se décolore trop , que le pouls ne s'affaiblisse beaucoup, ainsi que les forces du sujet ; il ne serait pas prudent , dans tous les cas , d'attendre les velléités de syncope.
Il n'est point rare de voir l'écoulement sanguin cesser spontanément \ il est un grand nombre de sujets chez lesquels il continue; s'il n'inspire pas de crainte, on emploie pour l'arrêter un gâteau épais et bien tassé de charpie par -dessus lequel on met des compresses et un bandage approprié ; l'agaric est préférable ; on en place de petits morceaux sur les plaies , avec la précaution de les comprimer aussitôt légèrement à l'aide du doigt; ainsi le sang coule en moins grande quantité , et le moyen hémostatique adhère mieux à la surface de la solution de continuité ; si les localités le permettent, des compresses de différentes espèces sui-
vant les indications , et une bande servent en même temps à établir une compression convenable ; on peut au besoin se servir de cendres , de linge brûlé , de toile d'araignées qui , se combinant avec le liquide forment une sorte de mastic ; mais ces moyens qui restent plus ou moins longtemps dans la plaie l'irritent et l'enflamment quelquefois ; on met aussi en usage avec succès de très-petits bourdonnets de charpie ; on peut les saupoudrer de colophane 5 l'oxycrat et les autres astringents liquides échouent presque toujours^ abstraction faite de l'eau froide ou à la glace, ils ont d'ailleurs l'inconvénient d'occasionner beaucoup de douleur et d'exposer aux phlegmasies.
Il est des cas dans lesquels l'hémorrhagie résiste -, il faut alors employer des moyens plus puissants : on peut appliquer la suture entortillée 5' oh se sert d'une aiguille très-fine qui épargne les vaisseaux ; on multiplie assez les circulaires de fil pour qu'ils recouvrent entièrement la solution de continuité \ atin d'éviter que |le corps étranger placé dans l'épaisseur de la peau ne déchire la partie qu'il en a embrassée , il faut l'enlever au bout de vingtquatre heures et même plus tôt 5 on ne craint plus alors l'écoulement sanguin^ lorsqu'une veine est ouverte ou bien un rameau artériel , et qu'on redoute l'épanchement du sang dans le tissu cellulaire , on pose pendant un quart-d'heure environ le bout du doigt sur le moyen hémostatique dont nous nous occupons 5 au besoin l'artère lésée serait tordue ou liée.
Si les petits bourdonnets de charpie que Autenrieth vante beaucoup pénétraient dans la capacité d'une veine blessée, on exposerait le malade à la phlébite.
M. Hatin conseille de fendre une tige de bois parallèlement à son axe et jusqu'à la moitié de sa longueur^ on pince la peau qui entoure la petite plaie ^ on l'engage entre les branches de cette tige -, elles se rapprochent sur-le-champ ^ elles exercent ainsi une compression très-avantageuse ; mais pour avoir la quantité nécessaire de téguments , il faut qu'ils jouissent d'une grande mobilité 5 c'est ce qui n'a pas toujours lieu-, les pinces fixes de Graefe peuvent remplacer l'instrument de M. Hatin.
M. Ridolfo-di-Tacca veut qu'on applique une ventouse qui couvre tous les points saignants ^ il prétend qu'il se forme sur-lechamp un caillot -, au bout de quelques minutes il ôte la ventouse j il essuie le sérum, avec la précaution de ménager les concrétions sanguines ; il réapplique la ventouse deux , trois et même
quatre fois jusqu'au moment où le sang cesse de couler-, je crois que le procédé que je viens de décrire est essentieliement mauvais, surtout dans les cas graves ; je suis très-étonné que M. Ridolfo le loue après l'avoir expérimenté un grand nombre de fois ^ je crains que ce médecin ne se soit laissé illusionner 5 car, je l'ai dit plus haut , le moyen qu'il vante comme hémostatique est en général excellent pour faire couler beaucoup de sang.
La cautérisation pratiquée avec le nitrate d'argent fondu est trèsemployée -, elle peut être empêchée par le liquide qui , délayant le caustique et se combinant avec lui , neutralise son action 5 il est très-facile alors d'établir la compression autour de la morsure, soit avec les doigts, soit avec un anneau, soit avec l'instrument deLuzardi; elle arrête presque toujours l'écoulement du sangj elle permet à la pierre infernale d'agir avec efficacité -, une veine un peu volumineuse ayant été ouverte , la cautérisation exposerait beaucoup à la phlébite 5 on devrait y renoncer ; on pourrait comprimer avec la main ; le chirurgien prolongerait la compression plusieurs heures au besoin 5 si les localités ou le genre de la maladie le permettaient , il appliquerait des compresses graduées et un bandage convenable 5 dans les cas d'indispensable nécessité , il aurait recours , nous le répétons aussi , à la suture que nous avons indiquée -, la cautérisation a l'incpnvénient de produire d'assez fortes douleurs et des cicatrices plus étendues.
Les inflammations et les ulcérations déterminées quelquefois par les morsures de sangsues , sont traitées par les moyens appropriés : les démangeaisons et les phlogoses des téguments peuvent être avantageusement combattues par des compresses imbibées de lait tiède-, afin de préserver, autant que possible , les malades des accidents que nous venons de signaler, il faut éviter le contact des corps irritants sur les petites plaies ; on y applique un linge fin qui , au besoin , est enduit de cérat simple.
Les morsures des annélides sont assez souvent compliquées d'ecchymoses qui les entourent et dont la largeur est variée; lorsque ces ecchymoses sont d'une couleur très-noire et quand elles offrent une certaine étendue , elles indiquent en général la gravite de la maladie contre laquelle l'évacuation sanguine locale a été employée : on les combat , quand les malades sont pressés de s'en débarrasser, par l'application des résolutifs.
Lorsque la morsure de la sangsue pénètre dans une veine assez volumineuse^ elle peut occasionner la phlébite; plie détermine
316 PKÉCiS DE
quelquefois l'angioleucite ^ il n'est pas excessivement rare de voir se développer presque autant de petits phlegmons qu'il existe de petites plaies ; il faut avoir grand soin, si les bourgeons charnus végètent trop, de les réprimer avec le nitrate d'argent fondu -, on diminue ainsi la difformité des cicatrices.
Les morsures des annélides peuvent-elles occasionner une hémorrhagie consécutive ? En voici un bien triste exemple : une malade âgée de trente ans environ, d'une bonne constitution , entra , il y a une quinzaine d'années , à l'hôpital de la Pitié , pour s'y faire traiter d'un engorgement de l'utérus avec subinfîammation de cet organe : il survint une gastrite 5 je fis appliquer quinze sangsues sur l'épigastre ^ l'évacuation sanguine locale n'offrit rien d'insolite ^ quelques plaques d'agaric appliquées sur les petites plaies l'arrêtèrent facilement ^ l'inflammation de l'estomac disparut 5 seulement les morsures des annéhdes ne se cicatrisèrent pas 5 toutefois elles ne s'agrandirent point 5 cette femme qui n'avait presque pas été affaiblie prenait déjà des aliments.
Quatre jours s'étaient écoulés depuis l'application des sangsues ; la malade fut trouvée morte le lendemain dans son lit 5 elle avait perdu une énorme quantité de sang qui avait traversé ses matelas et sa paillasse -, on en voyait même sur le parquet 5 il devint facile de se convaincre que ce liquide avait été fourni par les petites plaies non encore cicatrisées et produites par les morsures des annélides. Autopsie^ nous trouvâmes tous les viscères et tous les organes sains , abstraction faite de l'utérus qui offrait un engorgement simple; aucun organe creux, aucun canal excréteur ne renfermait du sang \ les vaisseaux sanguins étaient presque entièrement vides et les tissus singulièrement décolorés.
On a fait un grand nombre d'essais pour remplacer les sangsues, par les mouchetures et par les scarifications, dont on peut obtenir une grande quantité de sang, en les couvrant avec une ventouse à pompe -, mais ces essais que j'ai tentés moi-même souvent , ne sont pas en général heureux ; il semblerait que l'action du suçoir armé de dents des annélides , concourt beaucoup aux résultats ordinairement avantageux obtenus par ces vers aquatiques ^ ne serait-il pas possible d'inventer un instrument qui agît à leur manière sur les téguments ? si l'on y parvenait , on rendrait un grand service 5 car la classe pauvre fournit difficilement aux frais exigés pour se procurer des sangsues^ il est d'ail-
MÉDECL^E OPÉRATOIRE. 317
leurs des pays dans lesquels il n'est pas aisé d'en avoir^ il en est d'autres où le médecin en manque complètement.