SÉTON
On appelle ainsi une opération, qui consiste en une double ouverture faite à la pef u , et dans laquelle on introduit une mèche qui porte aussi le nom de séton.
On préfère souvent cet exutoire au cautère ; celui-ci , une fois établi, excite peu, tandis que le pansement du premier, répété tous les joui's, praduit une irritation assez forte; à cause de la profondeur à laquelle ces deux fonticules pénètrent, ils agissent plus énergiquement que le vésicatoire.
Les ophthalmies chroniques , les céphalalgies rebelles , certains engorgements de l'utérus, ceux des ovaires, etc., sont combattus avantageusement par le séton , lorsque l'érétisme n'est pas trop développé. *
Le séton n'est point appliqué sur le trajet des vaisseaux , des tendons , des gros nerfs et des os superficiels : on ne le met pas sur la figure-, la cicatrice qui en résulte le fait rejeter par beaucoup de femmes, lorsqu'il doit siéger sur des parties habituellement découvertes ^ quand je l'établis à la nuque, je rase les cheveux qui couvrent la partie supérieure et postérieure du cou ^ je le pose sur ce point où la reproduction du système pileux masquera le tissu inodulaire ^ mais si la nature , pour guérir ou pour amender quelques maladies du thorax , détermine fréquemment une suppuration à la marge de l'anus, pourquoi le médecin ne l'imiterait-il pas en y mettant un exutoiie ? M. Serres a montré , à l'hôpital de la Pitié, plusieurs succès obtenus par l'emploi de ce moyen -, ma pratique m'en a fourni quelques-uns ^ si on l'établissait un peu au-dessus et au devant de l'une des tubérosités ischiatiques, réussirait-il? Le malade pourrait s'asseoir s^ms inconvénient 5 nous ne craindrions pas les grandes dénudations du rectum , occasionnées par le pusj nous serions à l'abri de la lésion des artères, par l'instrument.
Le séton peut être placé au-dessus et au-dessous de certaines tumeurs à l'état très-chronique : je n'oserais pas l'engager dans l'épaisseur de ces tumeurs parce que je l'y ai vu produire des inflammations fort dangereuses j j'ai observé des guérisons de catarrhe vésical par l'emploi de ce moyen établi des deux côtés entre les épines iliaques antérieures , supérieure et inférieure ^ chez les sujets très-maigres, la mèche a l'inconvénient de couper promptement la peau et de réunir les deux ouvertures de l'exutoire, qui, abstraction faite des exceptions que nous avons indiquées, peut être plus spécialement placé sur tous les points où les téguments sont susceptibles d'être plissés.
D.eux et même trois séton s deviennent quelquefois indispensables.
Opération. — Le chirurgien met la peau dans le relâchement ; il fait avec elle un pli longitudinal dont il confie l'une des extrémités à un aide, tandis qu'il fixe lui-même l'autre avec la main gauche j la droite armée d'un bistouri ordinaire tenu en troisième position , l'introduit à plat dans le bord adhérent de ce pli qu'il perfore ; on imprime immédiatement à l'instrument un mouvement de bascule à l'aide duquel il donne à l'ouverture de sortie une étendue égale à celle d'entrée: aussitôt alors un stylet à œil,
enfilé d'une mèche et glissé sur la lame à travers la solution de continuité , conduit cette mèche qu'on y laisse ^ les deux orifices de la plaie sont ordinairement à six ou neuf centimètres (deux ou trois pouces) l'un de l'autre ^ l'intervalle peut être plus que doublé , si la solution de continuité siège sur les parois de la poitrine, de l'abdomen j lorsque le trajet de l'exutoire doit être perpendiculaire à la longueur d'un membre , par exemple , le bistouri traverse obliquement les tissus afin que l'ouverture pratiquée la première soit située à un centimètre cinq millimètres environ (un demi-pouce) plus haut que celle faite la dernière 5 on facilite ainsi l'écoulement du pus dont la stagnation n'est pas toujours sans inconvénient : le séton est fréquemment parallèle à l'axe du tronc des membres, etc. ; il serait inutile de dire qu'il peut offrir avec cet axe des angles très-variés 5 l'instrument n'intéressera d'ailleurs que la peau, le tissu cellulaire etlefascia sous-cutanés j en traversant les aponévroses, destinées plus spécialement à envelopper les muscles , on s'exposerait à blesser ces organes , à produire des hémorrhagies et des inflammations par étranglement.
On a avancé que la largeur du séton était représentée par le double de la hauteur du pli qu'on pratique sur les téguments : cette idée n'est pas exacte ; car il est très -difficile que la base de ce pli ne soit pas plus large que le reste de son étendue 5 d'ailleurs ne saiton pas qu'il est beaucoup de cas dans lesquels il n'est pas po^ble de bien pUsser la peau ; on pourrait, si le coup d'œil ne suffisait point pour mesurer l'étendue des parties que l'instrument doit traverser, faire à la rigueur deux marques sur les téguments.
L'aiguille de Boyer remplace le bistouri et le stylet 5 elle est préférée par beaucoup de chirurgiens ^ elle rend l'opération plus prompte; mais elle ajoute un instrument de plus aux arsenaux de chirurgie; n'oublions pas de dire qu'en étabhssant le séton il faut embrasser une assez grande épaisseur de tissu cellulaire; car, sans cette précaution , la mèche en dénuderait plus facilement les téguments , les couperait plus tôt et réunirait ainsi en peu de temps les deux orifices de la plaie.
Un grand embonpoint , la tuméfaction des parties molles , une cicatrice empêchent plus ou moins complètement de former un pli avec la peau ; alors on pratique perpendiculairement la ponction des téguments; on ramène ensuite le bistouri horizontalement; puis on gUsse sa longue lame sous les tissus; on la fait sortir à la distance convenable en élevant légèrement sa pointe.
Une mèche de linge effilé sur ses bords constitue le séton plat • elle a la largeur de trois centimètres environ (un pouce) • elle est en général de la longueur d'un mètre dix-huit centimètres (une aune) ^ le séton cylindrique, ordinairement de la grosseur du doicrt auriculaire, est fait avec du fil de coton ^ il est moins irritant que l'autre ; Diqmytren le vantait beaucoup dans ses leçons.
J'ai vu des hémorrhagies produites par l'établissement du séton à la nuque ^ des compresses graduées et quelques circulaires de bande suffirent pour arrêter l'écoulement du sang.
Celle des extrémités de la mèche qui a traversé la solution de continuité la dépasse de plusieurs centimètres (quelques pouces) ; on la porte avec l'autre -au-dessus *de laphie, afin qu'elle soit moins tachée par le pus 5 elles sont enveloppées dans une compresse jusqu'auprès des orifices du séton; on les maintient sans qu'elles exercent des tractions sur les téguments , parce que ces tractions seraient douloureuses et couperaient la peau 5 on panse d'ailleurs avec un linge fenêtre , enduit de cérat , de la charpie et une compresse ; le' tout est fixé par un bandage de corps, ou par des circulaires de bande ou bien encore par l'espèce de mouchoir triangulaire de M. Maijor^ de Lausanne.
Vers le troisième ou le quatrième jour, quelquefois plus tôt ^ d'autres fois plus tard, suivant la constitution du sujet et selon la teïHpérature de l'atmosphère , on lève le premier appareil \ existet-iLtrop d'inflammation ? on laisse la mèche en place , on applique des cataplasmes émollients et au besoin des sangsues ainsi que de l'axonge 5 d'après l'indication on combattrait le mauvais état du canal intestinal -, si les accidents persistaient et devenaient très-violents, on enlèverait cette mèche: mais le séton n'a pas suffisamment irrité les tissus; on enduit de pommade de garou ia nouvelle partie qu'on va en placer dans la solution de continuité ; on emploierait le cérat simple si le degré convenable -d'irritation avait lieu; les tractions seront exercées sur le chef le plus court de la mèche , de manière à en faire sortir de la plaie ■une étendue un peu plus considérable que celle qu'elle contient , de manière aussi à pratiquer le moins possible des frictions sur la face interne de la peau dont il faut redouter la dénudation et la section.
Le sang s'accumule , se dessèche fréquemment sur la mèche ; il peut ainsi la rendre beaucoup plus irritante ; on l'humecte alors avec l'eau de guimauve pour la nettoyer -, de légères pressions
évacueront le pus s'il séjournait sous la peau 5 lorsqu'un abcès se forme , on l'ouvre sur-le-champ ; les bourgeons charnus sont détruits avec le nitrate d'argent fondu à mesure qu'ils prennent un grand développement 5 s'ils étaient devenus trop volumineux , on les saisirait avec des pinces à disséquer -, on les enlèverait à l'aide des ciseaux courbes sur le plat : on pourrait même se servir du bistouri ; mais la première mèche est presque usée , le chirurgien fait chevaucher l'un des deux bouts de l'ancien séton et du nouveau 5 il pratique avec un fié des circulaires très -serrés sur le îieu de ce chevauchement; ainsi ces deux mèches sont réunies, continues , et le malade ne s'aperçoit pas du renouvellement de la première.
Lorsque le séton est dépassé on se sert du stylet à œil pour le réintroduire avec la précaution de suivre exactement le trajet fistuleux^ si l'on craignait rindocihté du malade, on fixerait l'un sur l'autre les deux bouts de la mèche avec des points de suture.
Le moment de supprimer le séton est arrivé , le chirurgien diminue d'abord peu à peu et pendant quelques jours l'épaisseur ou la largeur de la mèche ; aussitôt qu'elle est enlevée , il a soin de vider le foyer par des pressions légères exercées tous les jours et quelquefois au besoin à plusieurs reprises et à des intervalles plus ou moins rapprochés : on place encore entre les orifices de l'ulcère quelques compresses et par-dessus elles une bande afin d'atteindre le même but; on détruira soigneusement les bourgeons charnus trop développés; ils fourniraient des cicatrices vicieuses; l'on empêchera les ouvertures du trajet fistuleux de se fermer tant qu'on n'aura pas la certitude que les parties profondes sont cicatrisées: un tissu muqueux accidentel s'oppose-t-il ^ la cicatrisation ? bandage expulsif, injections avec du vin miellé , du vin aromatique , du chlorure d'oxyde de sodium à trois degrés , etc. ; ces moyens échouent-ils? incision du trajet sur la sonde cannelée , charpie dans la plaie , cautérisation avec le nitrate d'argent fondu ou bien avec le proto-nitrate acide liquide d'hydrargyre : mais la peau trop amincie n'est pas susceptible de se cicatriser avec les parties sous-jacentes ; ablation de toute l'étendue des téguments dédoublés de leur tissu cellulaire ; on est quelquefois obhgé d'enlever ^ autant que possible, avec des ciseaux courbes sur le plat, le tissu muqueux accidentel ; on parvient ainsi assez souvent à éviter la déperdition de substance que nous venons d'indiquer.