‹ Précis de médecine opératoireChapitre 23 sur 68 · SINAPISME · texte numérisé non relu

SINAPISME

C'est un topique composé de farine de moutarde et d'eau , dans les conditions que nous allons indiquer; on fait avec ces deux substances un agrégé mou -, appliqué sur la peau , il produit , soit la rubéfaction , soit la vésication ; il peut occasionner des escarres.

(( La semence de moutarde nouvelle donne une farine moins active; on augmente singulièrement sa puissance, si l'on fait sécher la graine à l'étuve avant de la pulvériser ; on ne saurait trop recommander aux pharmaciens de pulvériser ^ux-,mêmes la moutarde -, sa farine est un de ces médicaments énergiques sur lesquels le médecin doit pouvoir tout à fait compter; la vie du malade dépend souvent de la rapidité de son action ; cependant la fariné de moutarde du commerce est souvent falsifiée.

■ )) M. Robinet a conseillé de séparer par expression l'huile de la farine de moutarde destinée aiix sinapismes ; on y trouve l'avan - -tage que la farine est moins sujette à rancir, et que sa puissance d'action est augmentée. )) (Nouveau traité de pharmacie théorie que et pratique ^ par E. Souheiran.) Il serait inutile de faire remarquer que la farine de moutarde préparée comme il vient d'être dit , doit rester appliquée moins longtemps ; il faut que le chirurgien examine assez souvent ce qui se passe sous l'appareil.

« On les prépare ordinairement avec le vinîiigre ( les sinapismes) ; mais comme les acides ont une influence fâcheuse sur le développement de leur partie active (huile volatile), il vaut mieux se contenter de les faire par un mélange de farine et d'eau froide; Il ne faut pas se servir d'eau bouillante, puisqu'ainsi que nous l'avons dit, elle s'oppose au développenient du principe actif; mais on peut sans inconvénient se servir d'eau marquant de trente à quarante degrés; quelquefois on ajoute aux sinapismes des corps qui , par leur âcreté , peuvent augmenter leur énergie , comme le poivre ^ l'ail , les cantharides en substance ou leur teinture alcoolique ; on réduit le poivre en poudre , et on le place à la surface du cataplasme ; l'ail doit être mêlé dans la substance même du cataplasme , après avoir été pulpe (écrasé) sans le secours de la chaleur ; on mêle la teinture de cantharides à la ma3?e, ou mieux encore, on se contente de la mélanger avec la couche superficielle. » {Loco cilaio.)

Les précautions que nous avons indiquées plus haut à l'occasion de la plus grande activité du sinapisme seront encore employées ici.

M. Fauré a fait connaître une préparation de moutarde qui me paraît très-utile lorsque l'indication exige un prompt effet de ce médicament ^ voici sa formule :

•^ Huile volatile de moutarde , une partie.

Alcool à 66° centigrades (25 Cartier), vingt parties. Mêlez et filtrez.

Cette liqueur produit sur la peau une vive irritation -, on l'applique avec un morceau de flanelle fine ou de linge fm que l'on peut humecter à plusieurs reprises ; après deux à trois minutes l'effet est produit. En réglant convenablement l'application de ce moyen , on peut à volonté obtenir la rougeur de la peau et Jusqu'à la formation d'une ampoule ( loco citato ).

Lorsque la farine de moutarde a vieilli , elle peut manquer complètement son effet ^ j'ai vu un sinapisme fait depuis quarante-huit heures ne pas même rubéfier la peau , quoiqu'il n'eût pas été retiré du vase où l'avait placé le pharmacien; ce sinapisme avait été préparé avec le vinaigre.

La pommade ammoniacale de M. Gondret rougit les téguments ou bien y détermine des phlyctènes et même des escarres avec une grande promptitude 5 on la mettrait en usage dans les cas pressants 5 nous dirons bientôt comment on doit manier ce médicament. (Voyez dans ce volume le chapitre ayant pour titre : Pommade ammoniacale de M. Gondret.)

Si l'on manquait des substances convenables pour faire le sinapisme, on se servirait de l'eau chaude ou de tout autre corps contenant une suffisante quantité de calorique j on aurait soin de les tenir à une distance convenable de la peau ou de les y appliquer, pendant tout le temps nécessaire pour produire tantôt la rubéfaction, d'autres fois des phlyctènes.

Le sinapisme aura la consistance du cataplasme ; le mélange d'eau et de farine de moutarde sera exactement fait ; ce topique doit avoir l'épaisseur d'un centimètre cinq millimètres au moins (un demipouce) ; sa largeur égale en général environ la paume de l'une ou des deux mains ; les bords du hnge épais sur lequel le médicament est appHqué sont renversés sur sa circonférence dans l'étendue de

quelques millimètres (quelques lignes), afin qu'il soit mieux contenu, et qu'on le mette à nu sm' les téguments.

11 irrite davantage que le vésicatoire, dont il partage d'ailleurs les autres propriétés comme moyen vésicant 5 il lui est donc préférable lorsqu'il s'agit surtout de réveiller, d'exciter plus promptement, plus fortement les propriétés vitales engourdies-, on l'emploie souvent comme topique révulsif contre le rhumatisme; mais il occasionne fréquemment trop de douleur chez les personnes éminemment nerveuses ; il peut alors porter un grand trouble dans les fonctions, et déterminer même des convulsions ; on n'y aura recours sur les sujets dont nous parlons, que si des circonstances impérieuses le requièrent.

On place les sinapismes^sur les membres thorachiques, aux cuisses, aux jambes, à la nuque, sur le tronc; on évite les lieux dh les os, les tendons, les vaisseaux et les nerfs volumineux sont superficiels -, car ce topique produit quelquefois des ulcérations et même la gangrène qui pourraient intéresser ces organes ; l'épaisseur de l'épiderme ^à la plante des pieds et à la paume de la main, empêche souvent la moutarde d'y réussir , et l'indication échappe; on rase préalablement les parties qui présentent des poils.

On pose ordinairement deux, et fréquemment un seul sinapisme ; leur nombre peut être porté à quatre , et même davantage.

Dans tous les cas le topique est couvert par une large compresse pliée en plusieurs doubles ; quand il est appliqué sur les membres, on l'assujettit mieux lorsqu'on serre assez fortement les circulaires de bande faits au-dessus et au-dessous de lui, et lorsque les jets qui enveloppent le ^îffapisme lui-mênt»: n'exercent qu'une légère pression ; on préfère le bandage de corps et le scapulaire pour les parois de la poitrine ou de l'abdomen ; ce bandage devra être plus étreint|à ses parties supérieure et inférieure , afm de mieux atteindre le but que nous nous proposons; mais les épingles qui le fixent seront introduites transversalement, et en sens inverse de celui vers lequel le chef antérieur ou supérieur du bandage de corps aura été attiré; la négligence de ce principe, qui est très-connu des femmes, expose à des déplacements fréquents ; ils sont aussi évités par les épingles du scapulaire, quand on les introduit parallèlement à l'axe du corps, et de bas en haut; ainsi Faction du bandage exercée sur elles tend à les enfoncer, et non pas à les extraire, lorsqu'elles ont commencé à se déplacer 5 I. 2S

d'ailleurs , pour plus de BÙreté , on attache l'appareil sur le linge du malade, s'il est possible; les mouvements auxquels se livrent fréquemment les sujets indociles ou privés de leur raison feraient échouer les précautions que nous venons d'indiqueralors on fixe les bras contre le tronc; ils y sont maintenus à l'aide d'une longue serviette qui fait une fois et demie le tour du corps et dont les bords sont assujettis à l'aide de points de suture-, quelques circulaires de bande soutiennent les jambes appliquées l'une contre l'autre ; le même moyen convient pour les cuisses 5 la vie d'un malade peiit dépendre quelquefois de ces précautions; il est indispensable aussi, quand des parcelles du topique sont tombées dans le ht, de bien le nettoyer ou d'en changer les draps ; elles se porteraient vers les points où le décubitus a déjà de la tendance à faire développer les effets trop souvent funestes de la compression lente; ehes pourraient occasionner des escarres.

Suivant l'effet qu'on veut produire, la durée de l'application du topique varie ; elle est ordinairement de quinze à trente minutes, lorsqu'on emploie le sinapisme comme moyen rubéfiant; en général , le double de ce temps est nécessaire pour déterminer la vésication; il faut assez fréquemment, deux heures pour occasionner des escarres ; mais faisons remarquer que tous ces effets se font observer plus tôt ou plus tard , selon les états pathologiques , et Tidiosyncrasie : nous avons mentionné , cidessus, la plus ou moins grande activité du topique, suivant sa composition ; ajoutons qu'il agit lentement, quand on l'unit en petite proportion avec la farine de graine de lin , ou bien lorsqu'on saupoudre la face libre du cataplasme composé de cette farine, avec une couche légèr% de moutarde.

M. Velpeau avance que ce' dernier topique est incapable de produire la vésication , qu'il agit légèrement, qu'on peut le laisser en place toute la nuit ou toute la journée ; ce précepte est bien étonnant ; car personne n'ignore , en effet, qu'en le suivant, on s'exposerait même à de graves accidents ; M. Velpeau veut encore que , pour déterminer seulement la rubéfaction, on laisse le sinapisme ordinaire en place , d'une à trois heures^ tandis , qu'ainsi , tout le monde le sât, il occasionne presque toujours, au contraire, au moins la vésication : dans tous les cas , l'irritation et la somme de douleurs qu'éprouvent les sujets, indiquent, en général, au chirurgien la durée de l'application de l'appareil ; mais , dans les circonstances douteuses, la prudence exige qu'il examine l'état de la peau

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de temps en temps , afin de s'assurer si le but qu'il se propose va être rempli , ou s'il n'est pas à craindre qu'il soit bientôt dépassé : signalons un fait très-remarquable, qui doit surtout faire tenir le praticien sur ses gardes ; dans les cas de syncope , d'éclampsie , dans certaines apoplexies , les sinapismes semblent ne produire aucun effet; cependant, quand les propriétés vitales se réveillent, qu'elles reprennent de l'énergie , on est étonné de voir la rubéfaction ou la vésication et même des escarres se montrer.

Lorsque l'économie a encore besoin d'être excitée , et que le topique a seulement rougi la peau , point de pansement \ dans les circonstances opposées , on bassine les parties enflammées avec de l'eau de guimauve 5 on panse avec du cérat, ou bien on emploie un cataplasme émollient entre deux linges ; ce dernier moyen -devient indispensable , si l'inflammation est trop vive.

Le sinapisme vésicant, qui n'a pas assez excité, est brusquement enlevé avec les portions d'épiderme détachées du corps muqueux de la peau ; on ne fait point de pansement 5 mais le degré convenable d'irritation ayant été obtenu ou dépassé , le praticien ménage les vésicules 5 il les ouvre , sur leur point le plus déclive, avec une lancette , et au besoin , avec une épingle ; un linge fin-, enduit de cérat , couvre le lieu malade 5 un cataplasme émollient peut devenir utile.

Lorsque les escarres existent , on a recours aux applications émoUientes , ou bien aux anti-septiques , suivant qu'on désire diminuer ou augmenter l'inflammation ; les tissus frappés de mort tombent ordinairement du premier au second septénaire ; après leur chute , on traite les solutions de continuité comme l'ulcère, simple.

Mais s'il fallait dissiper la rubéfaction ou la vésication le plus promptement possible , on mettrait en usage le chlorure d'oxyde de sodium, comme dans les cas de brûlures au premier et au second degré ; il remplirait parfaitement l'indication 5 nous avons d'ailleurs prouvé, par un très-grand nombre de faits, que ce topique est sédatif; il serait donc encore très-avantageux , si la douleur prolongée du sinapisme devenait nuisible ; il la calmerait 5 et la dissiperait même (Voyez dans la Clinique chirurgicale de la Pitié ^ par /. Lisfranc^ le chapitre ayant pour titre : Brûlure^ tome V^) ; on emploie ce chlorure , en général , à trois degrés-, mais suivant l'état pathologique et l'idiosyncrasie, il est ainsi , tantôt trop faible , tantôt trop actif; afin qu'il agisse conve-

ïiablement , il doit produire , pendant dix minutes environ , une chaleur légère , un peu de cuisson , une sorte de prurit 5 ces effets n'ont-ils pas lieu? on augmente l'énergie du médicament, en lui donnant deux ou trois degrés de plus \ les phénomènes que nous venons d'indiquer se prolongent-ils au delà du terme que nous avons énoncé ? On lève l'appareil 5 on diminue la liqueur de M. Labarraque d'un ou deux degrés; dans tous les cas on applique un linge fenêtre , enduit de cérat , par-dessus lequel on met une masse épaisse de charpie imbibée de cette liqueur ; des compresses et un bandage approprié complètent le pansement ; on a soin d'arroser l'appareil toutes les deux heures environ , avec le chlorure d'oxyde de sodium -, mais s'il s'agit de la vésication , on enlève préalablement , doucement , les phlyctènes avec des ciseaux courbes sur le plat ; ainsi on ne fait presque point souffrir, et l'épiderme ne peut pas s'opposer à l'action du médicament; la rubéfaction est détruite en vingt- quatre ou quaTante-huit heures ; la peau dénudée se cicatrise en trois ou quatre jours, lorsque le corps muqueux n'est pas ulcéré , et en huit ou neuf jours , quand ce corps a subi une déperdition de substance; personne n'ignore, qu'en employant les autres moyens, îa guérison n'arrive qu'au bout d'un temps à moitié plus long.

PO mmàde ammoniacale du docteur gondret.

La température de l'atmosphère étant, efi été , à quinze degrés et au-dessus ( Réaumur ) , cette pommade se fait trèsbien , avec parties égales de suif de chandelles et d'ammoniaque liquide; mais en hiver, le même thermomètre étant à huit degrés au-dessus de zéro , ou à six au-dessous , on procède de la manière suivante : suif de chandelle, vingt grammes (cinq gros); huile d'amandes douces, douze grammes (trois gros); faites liquéfier à une légère chaleur, dans un flacon à large ouverture ; attendez ensuite que la température du vase se soit abaissée à dix degrés (R); puis ajoutez ammoniaque liquide à vingt-deux degrés , trente grammes (une once); agitez, jusqu'au moment où le mélange devient concret ; bouchez hermétiquement et lutez ; un flacon fermé à l'émeri serait préférable ; à dix degrés et au-dessus (R.)? suif de chandelle, vingt-quatre à vingt-huit grammes (six ou sept gros); huile d'amandes douces, quatre ou huit grammes (un ou deux gros ) ; liquéfiez ; attendez que le vase soit

à la température de Fatmosphère et ajoutez ammoniaque liquide à vingt-deux degrés, trente grammes (une once) j faites ensuite comme ci-dessus.

Il est permis de remplacer le suif de chandelle par le beurre de cacao ou la cire 5 le jaune d'œuf, l'axonge, l'huile d'olives peuvent être employés comme l'huile d'amandes douces : j'ai indiqué , d'après le mémoire du docteur Gondret^ la manière de préparer sa pommade, parce qu'il est important que, dans les circonstances pressantes et de nécessité , le chirurgien puisse faire cette précieuse préparation.

Le médecin appliquera lui-même la pommade ammoniacale, afin qu'il puisse en apprécier et en diriger les effets 5 chez les femmes , chez les enfants , le topique agit avec plus de force et plus de promptitude-, l'idiosyncrasie influe, d'ailleurs, sur la vitesse et sur l'énergie de son action 5 elle est lente et beaucoup moins forte dans les cas de paralysie 5 aussi le médicament est alors employé à dose cautérisante.

Si l'on veut produire seulement de l'excitation sur les téguments, augmenter ou rétablir la perspiration cutanée, l'on pratique, avec la rapidité que met une seconde à s'écouler, des frictions à l'aide d'un linge imbibé de pommade ammoniacale 5 on essuie immédiatement ^ veut-on obtenir la rubéfaction de la peau? le praticien applique le topique pendant cinq à six minutés ^ il en étend , sur un linge , une couche de deux millimètres et demi à cinq millimètres d'épaisseur (une ou deux lignes) ^ employé à la même dose , le médicament détermine la vésication en dix ou quinze minutes ; une demi-heure peut suffire pour la formation d'une escarre 5 tous ces phénomènes ont été constatés par une commission de l'académie des sciences j Portai, Thénard et Perqj la composaient.

On a souvent recours à la pommade ammoniacale du docteur Gondret afin de déterminer sur la peau une érosion à la surface de laquelle on met de l'hydrochlorate de morphine pour combattre des douleurs violentes occasionnées soit par une névralgie , soit par une maladie de l'utérus, etc. 5 il est très-important alors que le topique ne produise pas une escarrej car, quelque légère qu'elle fut, elle s'opposerait nécessairement à l'absorption du médicament narcotique -, or, nous l'avons dit , suivant les circonstances, la vésication, ou la mort des tissus a lieu plus ou moins promptementj ainsi donc le chirurgien ne pouvant pas définitivement

compter sur les époques que nous avons indiquées, relativement aux effets de la pommade dont nous occupons, devra nécessairement toutes les minutes, pour ainsidire, examiner cequi sepasse sous l'appareil, afin de bien s'assurer du moment où une vésicule est formée, afin d'empêcher que le but qu'il se propose d'atteindre ne soit pas dépassé : j'insiste sur ces préceptes parce que je vois souvent de malheureux malades soumis à des douleurs violentes et chez lesquels on m'assure que les narcotiques employés par la voie de l'absorption cutanée ontéchoué \ j'applique moi-même le topique vésicant^ l'hydrochlorate de morphine réussit parce quele sujet est soustrait à la formation d'une escarre 5 à l'aide du médicament que nous préconisons, un instant suffit, il serait inutile de le redire , pour préparer la peau à mieux permettre de faire pénétrer les moyens calmants dans l'économie 5 tout le monde sait qu'il faudrait un temps infiniment plus long si l'on mettait le vésicatoire en usage.

Pratiquée sur la tête, la réapplication fréquente delà pommade ammoniacale y reproduit une irritation assez forte qui expose à l'apoplexie les malades qui y sont disposés : quand ce topique est remis, comme dans les cas d'amaurose, sur le point qu'il a déjà dénudé , son application doit être d'une durée beaucoup plus courte 5 on l'enlève aussitôt qu'il a légèrement blanchi les tissus; îl faut donc surveiller plus attentivement encore son action en usant des précautions que nous avons signalées ; à mesure qu'on le réapplique un plus grand nombre de fois , il creuse les parties molles soumises à son action 5 il est alors indispensable de l'employer sur un autre endroit afin d'épargner les bulbes pileux, les aponévroses, les os et les viscères-, on évite le trajet des tendons , des nerfs et des vaisseaux volumineux ; la largeur de l'excoriation qu'on occasionne est celle d'une pièce de deux francs; quand les tissus sont couverts de poils ou de cheveux, on les rase préalablement dans une étendue à moitié environ plus grande : durant les épidémies érysipélateuses , l'irritation fréquemment répétée par la pommade ammoniacale expose beaucoup les malades à l'inflammation de la peau. Employé contre l'amaurose , accompagnée surtout de la dilatation de la pupille, ce moyen est héroïque ; nous en avons fait publier beaucoup de succès très-remarquables dans la Gazette des hôpitaux ; il agit en excitant la cinquième paire de nerfs dont l'observation de Petit. de Namur , dont les expériences de Vicq-Dazir^ de Ribes ont dé-

montré rinfluence sur la vision ; on sait encore que la section de cette paire de nerfs occasionne l'inflammation de l'œil, que la cornée transparente blanchit , et que l'organe se vide : une femme couchée dans la division de M. Serres à l'hôpital de la Pitié avait perdu d'un côté la vue, l'odorat et le goût-, toutes les expé-riences destinées à constater la perte de ces trois sens furent tentées avec le plus grand soin par ce savant médecin 5 la malade succomba : la portion de la cinquième paire située dans la boîte osseuse du crâne avait beaucoup augmenté de volume; elle était ramollie et de couleur jaune serin ; ajoutons en passant que s'il survient des douleurs de tête, on suspend l'usage de la pommade, que si ces douleurs persistent , on a recours aux pédiluves sinapisés , et au besoin à une saignée dérivative pratiquée au pied ; elle est de quatre-vingt-dix grammes (trois onces) ; chez les sujets très-sanguins, on la ferait précéder d'un jour ou deux par la phlébotomie spohative 5 il. est encore des circonstances dans lesquelles des douleurs lancinantes se font sentir et se dégagent à la manière des étincelles électriques , en suivant les branches nerveuses : c'est alors surtout que la photophobie peut se montrer, bien qu'il y ait amaurose -, on unit aux moyens que nous venons d'énoncer , l'usage d'une friction faite tous les soirs sur le front et sur les tempes avec huit décigrammes (seize grains) d'extrait de belladone 5 il est excessivement rare que ces accidents ne soient pas enlevés d'emblée et que le malade n'éprouve pas immédiatement un amendement toès-notable. Suivant les indications , on apphque des sangsues ou des ventouses scarifiées, soit à la nuque, soit sur les apophyses mastoïdes ; enfin , pour exciter davantage , si besoin était , on passerait , avec la rapidité que nous avons indiquée, sur l'une et sur l'autre paupière- fermée , un pinceau chargé de pommade ammoniacale ; on essuierait immédiatement.

Nous avons déjà dit que la promptitude remarquable avec laquelle cette pommade agit , doit souvent la faire préférer aux rubéfiants et aux vésicants dont l'action est lente 5 la préparation de moutarde de M. Fauré (voijez dans ce volume l'article Sinapisme) peut rivaliser avec elle; notre Uniment volatil , celui de Pringle^ qui contient plus d'ammoniaque, le baume opodeldoch d'Allemagne , le phosphore ex-temporanément délayé ou dissous dans un corps gras, sont des préparations qu'a fait rejeter celle du docteur Gondret ; l'eau bouillante , le fer rouge, etc. ,

ne doivent être mis en usage , comme nous l'avons déjà dit que si l'on manque des moyens convenables ; on les emploie d'ailleurs dans les circonstances où une mort imminente ou bien soupçonnée apparente exige impérieusement que l'économie soit à l'mstant même soumise à une prompte et vive excitation.

VÊSICATOIRE.

C'est un topique qui, appliqué sur la peau, l'enflamme et détermine sous l'épiderme, qui forme une ampoule , l'accumulation d'une grande abondance de sérosité; le vésicatoire est encore l'excoriation déterminée par l'action des médicaments vésicants,

Eippocrate donna le premier l'idée de produire , par une irritation établie sur la peau , la métastase des inflammations fixées à l'intérieur ; mais un aveugle empirisme ne doit pas diriger le chirurgien dans l'application de ce moyen-, il vaut infiniment niieux faire la médecine des indications ; il est reconnu , en eff'et , que si une phlegmasie est aiguë , que si la réaction des propriétés vitales n'a pas été affaiblie par les évacuations sanguines , ou bien que si elle ne date pas de plusieurs septénaires , les vésicants agissent ordinairement à son bénéfice : ils sont d'ailleurs de puissants dérivatifs.

II existe un assez grand nombre d'espèces de vésicatoires ; nous indiquerons seulement les principales : le vésicatoire ordinaire se compose de cire , de poix blanche , d'axonge et de cantharides, dont on forme un mélange étendu sur de la peau ou de la forte toile ; il est saupoudré avec cette dernière substance ; on peut remplacer cet emplâtre par de la pâte ou par du levain couvert de cantharides ; le cataplasme fait avec de la farine de graine de moutarde et de lin , les daphne mezereum , îaureola , gnidium , oneorum , altaïca , plusieurs espèces du genre euphorbe , plusieurs plantes de la famille des urticées , les genres ranunculus, clematis, anémone , helleborus thalictrum, la régine de l'apacardium occidentale, etc. , peuvent remplir l'indication ; au besoin , on mettrait en usage un taffetas sur lequel on aurait étendu plusieurs couches de teinture de cantharides faite avec l'alcool ou avec l'éther.- Pelletier a composé une pommade dont voici la formule : axonge , cinq cents grammes (une livre) j cire, trois cents vingt grammes (dix onces); huile d'olives,

soixante grammes (deux onces); feuilles récentes de tanaisie, cent vingt grammes (quatre onces) 5 feuilles de rhusradicans^ seize grammes (quatre gros) ; F. S. A. et aromatisez avec unehuile essentielle; on trouvera d'ailleurs , à l'article sinapisme, d'autres substances dont on pourrait faire usage ; une gouttelette d'ammoniaque liquide appliquée sur la peau , et sur laquelle on met pour l'étaler une pièce de 2 francs , produit en deux ou trois minutes et quelquefois moins , une vésication de la largeur de cette pièce ; mais le vésicant le plus généralement employé ^st l'emplâtre vésicatoire anglais , ou par incorporation ; sa composition est la suivante : cire blanche, trois parties; axonge, sept parties; suif, trois parties ; poix blanche , une partie ; poudre de cantharides , sept parties; on fait liquéfier, sur un feu doux, la poix blanche, la cire et les corps gras; on passe à travers un linge, et l'on incorpore la poudre de cantharides ; cet emplâtre renferme un tiers de son poids de cette dernière substance ; l'excipient a d'ailleurs beaucoup de fusibilité ; le topique agit donc plus vivement sur la peau que l'emplâtre ordinaire ; il adhère très-peu aux téguments ; il produit moins de douleur lorsqu'on le lève ; le vésicatoire anglais est appliqué sur un emplâtre de diachylon , qui le déborde dans l'étendue de deux centimètres environ (deux tiers de pouce); il est rare qu'il n'ait pas produit au bout de six heures l'effet qu'on en attend.

Pour neutraliser l'action des cantharides sur la vessie , on saupoudre l'emplâtre vésicatoire avec le camphre qui, en général , rempht parfaitement l'indication; mais l'observation démontre qu'il échoue quelquefois; or, on s'abstiendra autant que possible d'employer la poudre de l'insecte vésicant surtout chez les enfants et sur les sujets dont les voies urinaires sont le siège d'une irritation.

La forme ronde ou ovale est celle que présente ordinairement le vésicatoire; sa largeur offre beaucoup de variété; le terme moyen est de trois à six centimètres de diamètre (un à deux pouces); on peut le porter à douze, dix-huit, vingt-quatre centimètres (quatre , six , huit pouces) et davantage , suivant les circonstances ; le nombre desvésicatoires varie aussi ; on en met ordinairement un seul et quelquefois trois , quatve , cinq en même temps : il est des maladies qui en exigent successivement quinze ou vingt; en général alors on n'en pose un nouveau qu'après la cicatrisation du précédent.

On place les vésicatoires aux bras, aux cuisses, à la nuque, au tronc, etc. 5 on donne la préférence à la face interne des membres abdominaux : on évite les lieux où les os , les tendons , les vaisseaux sont superficiels \ car si l'excoriation s'ulcérait, si la gangrène s'en emparait, ces organes pourraient être intéressés : les vésicants laissent presque toujours après eux une tache indélébile quand ils ont été entretenus seulement une vingtaine de jours environ; elle existe même, mais très-rarement à la suite du vésicatoire volant ; cette tache , connue des gens du monde , fait trop^souvent rejeter le moyen dont nous nous occupons -, lorsque la surface dénudée ne devra pas suppurer trop longtemps , aujlieu d'appliquer le centre de l'emplâtre vésicant immédiatement au-dessous de l'insertion deltoïdienne inférieure , nous le poserons plus haut; s'il devait être mis à la nuque, nous raserions les cheveux qui couvrent la région postérieure et inférieure de la tête-, nous le fixerions sur ce point-, l'expérience nous a prouvé xju' après le troisième ou le quatrième septénaire , les bulbes pileux n'étant pas altérés , la répullulation qu'ils produisent couvre bientôt la coloration vicieuse de la peau.

Avant;de poser le vésicatoire on rase les parties qui présentant des poils 5 on les frictionne avec un linge imbibé de vinaigre , afin de les irriter et de faciliter d'abord la rubéfaction , ensuite la vésication -, cette dernière précaution n'est utile ou indispensable, que si les propriétés vitales languissent 5 puis l'emplâtre étant appliqué , une compresse pliée en plusieurs doubles et une bande suffisent ordinairement pour le fixer 5 on suit d'ailleurs les préceptes que nous avons indiqués à l'occasion du sinapisme ; lorsqu'on met le vésicatoire sur le tronc, la compresse, le bandage de corps et le scapulaire l'empêchent difficilement de se déplacer; alors on aide l'action de ces moyens contentifs par trois ou quatre longues bandelettes agglutinatives qui se croissent en sens divers sur l'emplâtre; pour plus de sûreté ces premières bandelettes sont couvertes elles-mêmes par d'autres qui , placées près de leurs extrémités sont perpendiculaires à leur axe; ce mode de pansement est encore utile à la nuque , à la partie supérieure des membres thorachiques, et sur tous les autres endroits où l'on craindrait le déplacement du topique; l'indocilité du malade pourrait l'occasionner ; on devrait encore , si l'emplâtre était mis sur la région postérieure du cou ou de la tête, le tailler de manière qu'il en partît un prolongement dépourvu d'onguent.

et qui serait assez long pour qu'il fût attaché avec des épingles ou des points de suture sur le bonnet du malade.

N'omettons pas de dire que si les localités le permettent , il est prudent d'assujettir l'appareil au linge du sujet à l'aide du dernier moyen que nous venons d'indiquer -, le vésicatoire reste mieux en place lorsque le diachylon, sur lequel l'emplâtre est mis, ledéborde cifculairement dans l'étendue de deux centimètres environ (deux tiers de pouce); quand on emploie le cataplasme vésicant, on le maintient comme le sinapisme ; les taffetas vésicants pourront être tantôt légèrement chauffés , tantôt un peu humectés , au moment de leur application ^ il serait inutile de dire comment on assujettit l'emplâtre vésicatoire anglais.

Les praticiens conseillent de lever en général le vésicatoire au bout de douze ou vingt-quatre heures \ abstraction faite des cas de paralysie , de coma et d'adynamie , six ou huit heures suffisent ordinairement pour qu'il ait produit son effet.

On nomme vésicatoire volant celui qu'on ne laisse pas suppurer 5 on ôte l'emplâtre avec beaucoup de précaution, afin qu'il ne soit pas suivi par l'épiderme ; on divise la phlyctène avec des ciseaux vers son point le plus déclive si» déjà elle n'est pas ouverte et si la sérosité n'a pas disparu; l'on panse ensuite tous les jours avec une compresse enduite de cérat.

Veut-on un exutoire? c'esfc-à-dire le vésicatoire doit-il être entretenu? on saisit l'emplâtre de manière à l'enlever en même temps que l'épiderme ; ce procédé est expéditif et utile , lorsque l'économie a besoin d'être violemment excitée \ mais il est trèsdouloureux; les souûVances qu'il détermine deviendront excessives et capables d'occasionner de violents accidents nerveux , quand le corps réticulaire de la peau sera mis en contact avec une substancedestinée àfavoriserrexcoriation; lesgens du monde, élevés dans la mollesse, redoutent singuHèrement ce mode de premier pansement ; il en est un autre qui ne produit pas ou presque pas de douleurs ; on détache lentement l'emplâtre de sa circonférence à son centre , avec la précaution de ne point dédiirer l'épiderme et surtout de ne pas l'enlever; ou la phlyctène est-ouverte, ou bien elle ne l'est pas? Dans cette dernière hypothèse je la perce à sa partie la moins déclive avec de longs ciseaux ; peu de liquide s'écoule; une branche de l'instrument est engagée profondément dans la vésicule , l'autre demeure à l'extérieur et d'un seul coup je divise la moitié au moins de la circonférence

de l'ampoule , le plus près possible du lieu où l'épiderme a encore conservé ses adhérences; pour couper l'autre moitié, je glisse l'une des branches des ciseaux sous l'épiderme ; elle est soutenue par le bout de l'indicateur de la main qui n'est pas chargée de la section; à mesure que je la pousse sous cette membrane, elle la soulève en épargnant le corps muqueux ; la section est ensuite faite comme il est ci-dessus indiqué; l'épiderme, ainsi détaché, reste sur l'excoriation; au besoin on l'y étale doucement; les suppuratifs appliqués sur lui le pénètrent avec lenteur ; ils accoutument ainsi peu à peu les papilles de la peau à leur contact : la suppuration s'établit très-bien ; elle entraîne cette portion épidermoïde , que l'on est d'ailleurs quelquefois obligé d'enlever et dont l'absence , après vingt-quatre ou quarante-huit heures , ne peut donner lieu ordinairement à aucune douleur. Les médecins tirent des inductions pratiques très-avantageuses de l'inspection de la sérosité, de la suppuration et de l'érosion produites par levésicatoire ; nous n'examinerons pas cette importante question ; elle nous entraînerait trop loin : on étend sur du linge ou sur du papier Joseph , du beurre non salé ou du digestif simple ; on pourrait encore remplacer ce* linge ou ce papier par des feuilles de bettes , dont les nervures seraient enlevées ou écrasées ; assemblées et placées entre deux linges , elles auraient été pressées par un fer à repasser, imprégné d'une assez grande quantité de calorique ; cette première pièce d'appareil appliquée sur l'exutoire est assujettie par une compresse et par une bande légèrement serrée ; au bras , les circulaires s'étendent du creux de l'aisselle à l'articulation cubito-humérale ; on les multiplie ; ainsi l'appareil ne glisse pas ; le bandage triangulair'e de M. Maxjor^ de Lausanne , est assez souvent appliqué très-avantageusement ; le serre-bras est d'une utilité et d'une commodité incontestables ; les taffetas de MM. Leperdriel et Mauvage sont excellents; nous ne saurions trop les recommander : au deuxième ou au troisième pansement , déjà quelquefois le vésicatoire ne suppure pas suffisamment; on manque souvent l'indication parce que toujours on excite lorsque il y a trop d'irritation ; un cataplasme émoUient est alors le meilleur moyen ; mais s'il existe de Pâsthénie , on emploie la pommade épispastique unie au camphre , celle de Grandjean , celle de Garou , etc.; tantôt ces pommades sont pures; d'autres fois on les unit à des corps gras, inertes, dans des proportions variées suivant les indications ; on essuie

l'exutoire de manière à l'irriter 5 à moins qu'il ne fournisse beaucoup de pus , ne le pansez qu'une fois par jour^ car trop de propreté lui serait nuisible 5 l'eau de Cologne, etc., en masquent jusqu'à un certain point la mauvaise odeur: du taffetas gommé, une plaque métallique ou de cuir bouilli , obtiennent le même résultat.

Une espèce de couenne blanche recouvre quelquefois l'exutoire 5 on l'enlève avec un cataplasme mis à nu 5 de légères frictions peuvent la détruire 5 un linge fin, tendu, appliqué, retiré Qisuite horizontalement et brusquement, produit le même effet; la poudre de petite centaurée, celle de quinquina, sont trèsavantageuses contre cette complication qui peut résister à toutes les médications: il est des sujets chez lesquels les vésicatoires , qui sont d'ailleurs douloureux , ne suppurent presque pas et occasionnent de la fièvre -, ils peuvent encore la déterminer dans des circonstances opposées, malgré toutes les ressources de l'art; alors on a recours à un cautère si l'état pathologique l'exige impérieusement.

C'est en préservant la peau saine du contact du pus et des topiques irritants, qu'on évite ordinairement les démangeaisons, les boutons , les rougeurs qui se manifestent sur elle -, pour atteindre ce but, on applique un morceau de diachylon ou de hnge enduit de cérat, sur le centre duquel on a pratiqué une déperdition de substance de la grandeur de l'excoriation déterminée par le vésicatoire , et qui lui correspond ; on met d'ailleurs ensuite nn petit gâteau de charpie autour de cette excoriation et plus spécialement au-dessous d'elle : afin d'éviter l'érysipèle que déterminent si souvent les causes dont nous venons de nous occuper, on emploie de bonne heure en dehors de l'aire de l'exutoire, des compresses imbibées d'eau végéto-minérale ou de décoction de sureau-, ces liquides servent encore à faire des lotions; il est des cas dans lesquels les phénomènes érysipélateux sont assez graves; on supprime le vésicatoire ; il serait inutile de rappeler qu'on doit alors prendre en grande considération le mauvais état du canal intestinal.

Les pressions trop fortes exercées par les bandages sur les membres où siègent les vésicatoires , y déterminent presque toujours des atrophies qui persistent, en général, fort longtemps; J'ai vu de jeunes personnes chez lesquelles le bras droit n'avait pas repris au bout de dix ans le volume de celui du côté opposé ;

4m PRÉCIS DE

cependant l'affection morbide qui avait exigé l'exutoire, n^était ni dans le cerveau , ni dans la moelle épinière 5 elle s'était montrée dans la poitrine.

Les végétations fournies par les anciens vésicatoires soTit attaquées par le nitrate d'argent fondu , par le bistouri ou par les ciseaux courbes sur le plat, suivant leur volume et leur forme 5 ces végétations qui ne sont pas encore bien organisées , peuvent empêcher le vésicatoire de produire une excitation suffisante et une suppuration assez abondante 5 il faut quelquefois alors le changer de place 5 car on ferait trop souffrir , et l'on déterminerait une plaie trop profonde, si l'on détruisait entièrement le tissu organique accidentel ; ces conditions sont celles que nous avons exposées à l'occasion du cautère.

On cautérise avec la pierre infernale les ulcères que présente l'excoriation , afin de les cicatriser ou d'arrêter leurs progrès 5 le proto-nitrate acide liquide d'hydrargyre convient quelquefois.

L'exutoire a une grande tendance à se déplacer lorsqu'il est au bras , par exemple , et qu'on le conserve longtemps^ on le voit souvent descendre presque jusqu'à l'articulation cubito-humérale^ il en résulte plus de gêne, plus de douleur, une tache brunâtre', jaunâtre très-étendue , et assez fréquemment une cicatrice difforme ; alors on est obligé de le supprimer et de le réappliquer -, il suffit de remonter aux causes de ce déplacement, pour trouver les moyens de le prévenir; il tient à un mauvais bandage, à l'écoulement du pus et des autres matières irritantes , qui abandonnées à leur propre poids, viennent excorier les parties saines les plus déclives 5 en y appliquant une large bandelette de diachylon gommé ou du linge cératé , et par-dessus un petit gâteau de charpie , on les préserve de ce contact désavantageux , et le vésicatoire reste en place ou à peu près ; on se servirait aussi trèsutilement , pour atteindre le même but , de la pièce d'appareil largement trouée dont nous avons parlé il n'y a qu'un instant ; nous avons dit comment le bandage devait être disposé.

Si l'indication permet de supprimer l'exutoire, on panse à l'ordinaire 5 mais seulement on met sur le pourtour de l'excoriation des bandelettes enduites de cérat de largeur toujours croissante, pour que l'irritation et l'exsudation ne cessent pas trop brusquement.

Le vésicatoire et surtout le séton , le cautère peuvent produire le phlegmon et l'angioleucite ; on combat ces complications par

les moyens appropriés 5 si elles résistent, on guérit l'exutoire-, la phlébite, la résorption purulente sont extraordinaireinent rares.

Les précautions qu'on met en usage pour empêcher le vésicatoire ou le cautère de descendre , sont celles auxquelles on a recours quand l'accident est déterminé et qu'il n'est pas trop développé ^ on les remplace au besoin ou bien on leur associe d'autres soins exigés par les indications.

Dans un assez grand nombre de circonstances et à la suite de fièvres graves, on voit les vésicatoires qui ont été appliqués aux jambes ne pas se cicatriser sous l'influence du traitement généralement admis ; alors les malheureux malades sont impérieusement forcés de ne pas marcher-, ils sont même quelquefois dans la nécessité de tenir ces membres dans la position horizontale ^ ainsi leur convalescence se prolonge et l'on doit craindre quelque récidive 5 employez le chlorure d'oxyde de sodium ordinairement à trois degrés^ dans la plupart des circonstances, cinq ou six jours suffiront pour obtenir la cicatrisation entière de l'exutoire rebelle, lorsque cet exutoire présentera les conditions ordinaires 5 maniez d'ailleurs le médicament d'après les principes que nous avons établis dans ce volume à l'occasion du sinapisme ; s'il existe des végétations , des ulcérations , ayez recours aux moyens destinés [à donner aux bourgeons charnus les conditions nécessaires au commencement de la formation de la cicatrice 5 ces conditions existent-elles? le chlorure d'oxyde de sodium guérit encore avec une grande promptitude : suivant l'idiosyncrasie et l'état pathologique, il est alors mis en usage à une dose plus ou moins élevée.

Suppression des exutoires. — Quand ils sont anciens, quand la maladie contre laquelle on les a posés persiste, et lors même qu'elle aurait disparu , il ne faut pas les supprimer si la santé générale, si la constitution ne sont pas devenues très-bonnes 5 car on s'exposerait à des accidents graves et trop souvent funestes 5 l'expérience en a malheureusement donné très-fréquemment la preuve ; mais dans les cas , au contraire , où toutes les fonctions s'exécutent parfaitement, dans ceux où il ne reste aucune trace de l'affection morbide, sur les personnes surtout chez lesquelles la puberté a produit une heureuse révolution, on peut faire abstraction du vésicatoire, du cautère, etc. 5 mais toujours^ le médecin se tiendra sur ses gardes parce qu'il pourrait survenir encore quelque maladie des viscères 5 j'ai observé que les sujets qui avaientporté longtemps

desfonticules avant d'être pubères, et qui s'en débarrassaient ensuite, dans les conditions les plus avantageuses , étaient en général soumis, lorsqu'ils avaient atteint l'âge de quarante-cinq à cinquante ans et davantage, à des indispositions, à des maladies qui exigeaient ordinairement un exutoire , que si ce moyen était oublié ou bien que si l'état morbide, s'amendant même beaucoup, on cicatrisait cet exutoire, on compromettait presque toujours essentiellement la vie ; d'ailleurs, nous l'avons dit, le fonticule est graduellement supprimé 5 aucun soin hygiénique n'est négligé j on emploie les minoratifs quand l'état du canal intestinal ne s'y oppose pas j on administre à l'intérieur les amers et les dépuratifs.

De quelques autres moyens destinés à exciter^ irriter et même rubéfier la peau. — On compte parmi eux les fumigations aromatiques, les douches, les bains de mer, de Baréges, etc. , les frictions sèches, celles faites avec une flanelle imbibée d'un liquide irritant, le massage, le froid, lorsqu'il n'est pas porté trop loin, et qu'il est suivi de réaction, etc. -, mais quand on redoute l'action de la farine de moutarde, bien qu'elle soit en petite quantité, à cause de l'excitation trop violente et quelquefois dangereuse qu'elle déterminerait , surtout sur certains sujets , on applique à nu, par exemple, en forme de bottines sur les pieds et sur la partie inférieure des jambes, des cataplasmes émolhents très-chauds j ils font d'abord fonction de bains de pieds; on 1^ laisse séjourner ordinairement vingt-quatre ou quarante-huit heures, et d'autres fois plus longtemps ; ainsi la fermentation les rend irritants-, ils agissent à la manière des sinapismes, mais beaucoup plus faiblement ; ils en ont en partie les avantages et ils en évitent les inconvénients sous le rapport dont nous nous occupons 5 il est d'ailleurs des personnes , et surtout des femmes dont la peau est douée d'une susceptibilité vraiment extraordinaire; non-seulement la farine de graine de lin presque toujours mauvaise , dont on se sert trop généralement , phlogose assez souvent leurs téguments, mais encore le même phénomène est quelquefois produit par le cataplasme composé de fécule de pommes de terre et d'eau de guimauve; mis sur la figure, il occasionne souvent cet accident qui est en général accompagné d'une grande quantité de boutons ; j'ai vu dans quelques cas le laudanum de Sydenham déterminer des érysipèles; l'usage de la pommade d'hydriodate de potasse est fréquemment suivi de

prurit, de rougeur et d'une éruption boutonneuse^ j'ai rencontré des femmes dont la peau ne pouvait pas tolérer l'axonge même récente et purifiée.

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