VENTOUSES
La ventouse est une espèce de récipient sous lequel on fait le \îde , d'où résulte un afflux de liquide dans les tissus soumis à l'action de cet instrument 5 la congestion qu'on détermine est encore accompagnée et suivie d'une irritation plus ou moins prononcée 5 ce moyen est aussi destiné à extraire du sang de l'économie.
On divise les ventouses en sèches et en scarifiées 5 les premières sont celles qu'on place sans faire des solutions de continuité sur la peau ; les secondes en diffèrent parce que avant, pendant ou après leur emploi on pratique des scarifications sur le lieu de leur application.
On peut mettre les ventouses sur le crâne préalablement rasé, sur la partie postérieure du cou , sur les membres supérieurs et inférieurs, sur l'abdomen en évitant l'ombilic, à la marge de Tanus, sur le thorax en épargnant les mamelles-, je crois qu'elles auraient ici le grave inconvénient de faire beaucoup trop souffrir et d'exposer au moins à produire sur ces organes une irritation ou une inflammation qui pourrait se dissiper assez difTicilement et occasionner peut-être un engorgement : nous avons dit ailleurs qu'on ne pratiquait pas des scarifications sur le trajet des nerfs, des vaisseaux volumineux et superficiels.
Ventouse sèche, — Elle irrite, elle congestionne, elle révulse : appliquée contre des tissus assez fortement enflammés, il est rare qu'elle n'agisse pas au bénéfice de la phlegmasie; ce moyen est surtout nuisible autour du bassin dans le cas qui nous occupe ; s'il est destiné à déplacer une inflammation chronique , on le met sur les points de la peau qui correspondent à l'organe malade 5 s'agit-il d'un écoulement de sang que la ventouse sèche est destinée à combattre? on l'établit sur des régions éloignées de l'affection morbide et qui sympathisent , s'il est possible , avec elle.
On se servait autrefois de la corne d'un animal 5 la forme de la ventouse est aujourd'hui celle d'une espèce de cloche off'rant I- 29
un bouton au centre de sa convexité ; on peut employer le verre ordinaire dont on se sert sur nos tables j la largeur de la ventouse varie 5 elle égale quelquefois celle du fond d'un chapeau - M. Junot a imaginé de placer les pieds et les jambes dans de larges boites dont la capacité est ensuite hermétiquement fermée^ il y fait le vide à l'aide d'une pompe aspirante ; il agit ainsi sur une surface très-étendue ^ dans les cas de varices ce moyen serait très-dangereux ; on l'a beaucoup vanté contre l'apoplexie et les autres congestions sanguines; mais je laisse aux médecins le soin de décider s'il ne peut pas être suivi , comme certains bains de pieds , d'une réaction dangereuse 5 je n'oserais pas le mettre sur les membres thorachiques , même chez les personnes dont la poitrine et la tête ne paraîtraient être soumises à aucune imminence morbide. 4
On a conseillé de plonger la ventouse dans de Teau trèschaude, de l'y laisser se charger d'une grande quantité de calorique, de l'en retirer et de la poser avec le plus de vitesse possible ; on peut encore recourir aux manœuvres suivantes : 1** placez quelques secondes dans le récipient , la flamme d'une lampe à esprit-de-vin 5 appliquez très-promptement sur la peau l'orifice de ce récipient ; on emploie quelquefois une bougie ; 2° on raréfie l'air par la combustion dans la ventouse ; on y met tantôt de l'étoupe ou de la charpie, tantôt du coton ou du papier de soie-, l'alcool qu'on y fait brûler est très-avantageux 5 les substances solides dont nous venons de parler doivent être bien sèches , en petite quantité et raréfiées ; elles brûlent mieux quand elles sont mouillées avec de l'eau-de-vie ou de l'éther ; on les allume soit en dedans , soit au dehors de la ventouse ; dans ce dernier cas , on se hâte de les y placer ; l'instrument est ensuite appliqué avant que le corps en combustion soit entièrement éteint ou mieux encore au moment où il cesse de brûler ; car malgré cette dernière précaution il intéresse assez souvent plus ou moins la peau ; 3° la veilleuse , la petite bougie , 1^ mèche soufrée mises sur un morceau de carton et qu'on couvre avec la ventouse constituent de mauvais moyens.
Sous l'influence des manœuvres que nous venons d'indiquer, les téguments s'injectent, se fluxionnent ; ils rougissent et font saillie dans la ventouse ; il n"est pas très-rare de les voir s'ecchymoser, surtout chez certains sujets 5 la durée de l'application de la ventouse est de quelques minutes à un quart d'heure environ
suivant les indications ^ pour la retirer et ne pas trop déterminer de douleurs , on comprime avec les trois doigts du milieu la peau contre un point de sa circonfe'rence , tandis que , à Taide de l'autre main, on fait exécuter à l'instrument un mouvement de bascule en sens opposé ; aussitôt que la moindre communication existe avec l'extérieur, l'air rentre brusquement 5 le vide disparaît 5 la ventouse se détache \ on la réapplique un plus ou moins grand nombre de fois selon l'état pathologique ^ fréquemment plusieurs ventouses sont attachées en même temps à l'enveloppe tégumenteuse 5 on peut en mettre six et davantage.
Ventouse scarifiée. — On la pose d'après les principes que nous avons établis , sur les morsures des sangsues ou sur les scarifications, ou bien encore sur les mouchetures 5 ces dernières fournissent assez rarement une suffisante quantité de sang; assez souvent aussi elles n'en donnent presque pas du tout. On peut d'ailleurs procéder de la manière qui suit : on applique une ventouse sèche ; on k lève ; on scarifie rapidement la partie de la peau ventousée 5 on se sert, soit d'une lancette, soit du bistouri , soit du rasoir, soit du scarificateur 5 les petites plaies sont tantôt parallèles les unes aux autres, tantôt elles se croisent au contraire sous des angles variés au gré de l'opérateur qui couvre sur-le-champ avec la ventouse le lieu incisé 5 on suit les mêmes préceptes sur un ou sur deux autres points , à moins qu'on n'ait employé d'abord une large cloche emmanchée d'une ventouse à pompe 5 le sang coule par les petites plaies 5 il s'accumule en plus ou moins grande abondance dans le récipient suivant l'étendue du vide qu'on y a produit 5 on détache l'instrument lorsque les solutions de continuité ne donnent plus -, il abandonne seul la peau quand ce vide est rempli : on essuie les téguments 5 on remet le verre , si Ton n'a pas extrait la quantité convenable de liquide ; mais il est préférable de multiplier les endroits sur lesquels on applique la ventouse , parce qu'en mettant plusieurs fois son bord sur les plaies on pourrait les cautériser.
Lorsqu'on veut déterminer plus d'irritation , on ne fait aucun pansement; dans les cas contraires, on applique un linge enduit de cérat, des compresses et un bandage appropriés ; les compUcations qui peuvent se développer , sont combattues par les moyens appropriés.
Ventouse à pompe. — C'est une cloche ordinaire de laquelle part une pompe aspirante qu'on dévisse à volonté ^ pour obtenir le vide, on fait manœuvrer cette pompe, dont l'action serait au besoin plus énergique que celle des autres moyens 5 quand on veut enlever la ventouse , on ouvre un robinet qui lui est adapté; l'air y entre ; elle se détache 5 il suffit de la soutenir -, est-il besoin de dire qu'appliquée sur les scarifications, cette espèce d'instrument extrait plus de sang 5 mais il faut avoir soin de ne pas produire trop brusquement le vide , de ne pas l'établir dans une trop grande étendue -, car l'excès de la congestion sanguine , la turgescence des tissus qui sailliraient dans les plaies , pourraient diminuer l'émission des liquides ; d'ailleurs on retire la cloche 5 on l'essuyé ainsi que la peau, et l'on recommence au besoin 5 il ne faut pas essayer d'extraire beaucoup de sang en une seule fois, parce que le caillot s'opposerait probablement à son issue.
La ventouse à pompe est la plus commode , la plus facile à employer-, avec elle on tire plus aisément la quantité convenable de liquide ; elle fait mieux le vide 5 elle n'a pas l'inconvénient de brûler ni d'exposer à cautériser les téguments.
Bdellomèlre. — Une cloche , une pompe , une tige mobile armée d'un scarificateur à cinq ou six branches , constitue cet instrument qu'on attribue à tort à Sarlandière ; j'en ai donné la preuve à l'Académie : on fait le vide , on pratique les mouchetures , et l'on dit que le sang coule ; j'ai employé plusieurs fois cet instrument 5 il n'a presque jamais fourni une suffisante quantité de sang 5 je crois qu'il doit être rejeté.
On a fait confectionner des ventouses fusiformes , dont le goulot est étroit 5 on y adapte un long tube en gomme élastique qui est fixé d'autre part sur un corps de pompe ; on peut appliquer cet instrument dans le fond des cavités accessibles.
Gomme les sangsues , les scarifications soumises à la ventouse font couler du sang artériel et veineux 5 les considérations que nous avons établies en traitant de l'action des annélides leur sont d'ailleurs applicables; mais il faut redire ici que malgré tous les efforts auxquels on s'est livré pour remplacer ces vers aquatiques," on est demeuré convaincu , au moins en général, qu'ils conservent encore une grande supériorité \ nous nous sommes expliqué sur ce point important de thérapeutique ; les cicatrices fournies par les scarifications sont infiniment plus apparentes.