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CAUTÉRISATION

Opération qui désorganise quelque partie du corps ; on la divise en cautérisation actuelle , et en cautérisation potentielle : la première détruit subitement nos tissus par l'action du feu qui la constitue ; la se(^nde agit, avec plus ou moins de lenteur -, elle ê^3t l'effet chimique des médicaments qu'on nomme caustiques.

M. Bonnet de Lyon a publié des travaux importants sur la cautérisation 5 il avance qu'elle ne détermine jamais des érysipèles ambulants ni des phlébites, ni la résorption putride, ni Tinfection purulente ; il pense même qu'elle peut guérir assez souvent ces affections morbides , lorsqu'elles ne sont pas trop avancées j il rapplique alors à la surface de la solution de continuité : pour guérir les varices , leshémorrhoïdes et presque toutes les tumeurs, il la préfère à l'instrument tranchant ; bien que les faits sur lesquels son opinion est fondée soient déjà nombreux pour certaines de ces maladies seulement, je crois qu'avant d'admettre entièrement les idées de notre savant confrère , il faut qu'elles aient été soumises plus longtemps au creuset de l'expérience ; j'ai vu quelques brûlures produire tantôt des érysipèles ambulants , tantôt l'infection ou l'absorption purulente , et même la phlébite ; nous dirons d'ailleurs plus tard , que les douleups excessivement violentes occasionnées par le chlorure de zinc, ne sont pas toujours sans inconvénient, qu'elles peuvent occasionner des accidents nerveux très-graves , et troubler fort désavantageusement l'ensemble des fonctions : nous connaissons des cas dans lesquels la mort a suivi l'emploi de ce moyen ^ M. Bonnet essaye d'expliquer par la dessiccation des tissus et par le mode particulier d'inflammation qu'elle produit la supériorité de la cautérisation. ^ nous reviendrons sur ce sujet à l'occasion des hémorrhoïdes , des tumeurs, des veines variqueuses, etc. Le moxa appartient à la cautérisation actuelle , nous allons d'abord nous en occuper.

Du moxa. — On donne ce nom à un cylindre de coton ou de quelque autre substance combustible brûlée sur les téguments , pour y déterminer la vésication , et le plus ordinairement la mort des tissus; on appelle encore moxa, l'escarre ou l'ulcère qui résultent de l'opération.

Le moxa agit comme le cautère, avec cette différence que

le premier de ces moyens est plus irritant que le second.

On peut pratiquer la moxibustion sur toute l'étendue de la peau , abstraction faite de la face , du trajet du larynx, de la trachée-artère 5 des mamelles , des organes externes de la génération, de la marge de l'anus-, on s'éloigne des tendons superficiels , des gros nerfs , des vaisseaux volumineux qui ne sont pas profondément situés , des points où les os sont très-près de la peau ; rangerons-nous les téguments 'du cvkrîé dans ces exceptions? Percy et le docteur Gondret, amsi que beaucoup d'autres praticiens, n'hésitent pas à se prononcer pour l'affirmative; cependant des observateurs très-distingués ont vu quelquefois survenir des phlegmasies du cerveau ou de ses dépendances , des dénudations du tissu osseux, des nécroses plus ou moins profondes, et des engorgements inflammatoires très-considérables 5 ces accidents sont plus à redouter chez les enfants sur lesquels les vé^cants sont alors préférables 5 je ferai d'ailleurs remarquer que dans le jeune âge l'application du feu peut déterminer des convulsions , et qu'en général on donne la préférence au cautère potentiel , quelles que soient les autres localités sur lesquelles on doit agir.

Le moxa des Chinois est préparé avec des feuilles desséchées et broyées à'artliemisia japonensis ; on roule cette substance entre la paume des mains 5 on en fait un cône dont la base, appliquée sur la peau légèrement mouillée , a moins de largeur que celle des autres moxas; car j'ai observé, même sur le cadavre, que l'escarre s'étendait toujours à plusieurs millimètres (quelques lignes) autour du point sur lequel reposait ce cône 5 son sommet est allumé avec la flamme d'une bougie; la combustion marche lentement sans qu'il soit besoin de souffler ; la fumée aromatique qui se dégage est loin d'incommoder les malades ; ce moxa qui cautérise, quoi qu'on en dise, à une profondeur très-convenable, serait le plus avantageux, si chez les individus indociles il était possible de le fixer; je me suis assuré que la matière qui le compose, enveloppée d'une carte , ne continue pas de brûler sans le secours de l'insufflation ; on pourrait se servir de l'espèce de bourre cotonneuse que donne le résidu- de la pulvérisation des feuilles d'absinthe ; Percy a proposé la mèche des canonniers ; mais sa combustion est trop prompte ; M. Viricel employait à î'Hôtei-Dieu de Lyon , une bande roulée ; du linge ou de la charpie hachée , sont quelquefois mis en usage comme le coton cardé qui leur est en général préféré.

Pour faire le moxa avec ces dernières substances , on se sert d'un morceau de carton ayant deux millimètres et demi (une ligne) d'épaisseur 5 on le roule sur un cylindre de coton qui doit avoir la longueur de trois centimètres environ (un pouce) ^ la largeur du moxa varie ordinairement depuis deux jusqu'à six centimètres (deux tiers de pouce à deux pouces) et même davantage; souvent elle n'est seulement que de cinq millimètres à sept millimètres et demi (deux ou trois lignes) -, alors le chirurgien a le très-grand avantage de pouvoir beaucoup plus multiplier l'adustion lente sans dénuder de trop larges surfarces, sans s'exposer à laisser échapper l'indication en attendant la formation de cicatrices qui sont fort lentement obtenues ; on pratique deux ou trois circulaires de ficelle fine sur la partie moyenne du cylindre: ils sont assez fortement serrés ^ on doit se garder d'en mettre sur toute son étendue: car le feu qui brûle presque toujours l'extrémité supérieure de l'enveloppe du coton, détruirait quelques-uns de ces circulaires, alors la matière combustible ne serait plus suffisamment comprimée et pourrait s'échapper ; on aura soin de choisir du coton sec , et de ne pas le tasser trop fortement : le iingeh cousu dans lequel on conseille de contenir les tissus destinés à la combustion lente , est moins avantageux que le coton , parce qu'il brûle plus facilement que lui : quelques praticiens veulent qu'on enduise extérieurement le coton avec une dissolution de gomme arabique qu'on laisse dessécher ; ainsi ce tissu est employé, dépourvu de toute espèce d'enveloppe 5 mais il n'est pas doué d'une assez grande consistance 5 on le rejette généralement; Larrey a réuni en faisceaux cinq ou six tuyaux de plumes et les a remplis de poudre à canon ; il y a mis le feu ; l'adustion est excessivement prompte -, ce moyen est mauvais ; on ne s'en servirait que si l'on manquait des autres.

Percy a imaginé les moxas nitrés , qui doivent brûler sans qu'on ait besoin de recourir à l'insufflation ; il conseille de fairedigérer du lin , du chanvre ou mieux encore du coton dans une eau contenant soixante grammes (deux onces) de nitre , pour cinq cents grammes ( une livre ) de duvet ; quand l'eau est entièrement évaporée , l'opération pharmaceutique est achevée 5 Percy préparait de la toile nitrée par le même procédé.

(( Le coton nitré peut être apphqué sur la peau à la manière du moxa d'armoise, si Ton veut produire uneustion peu profonde ; on enferme des moxas en cylindre , si l'on veut produire plus d'effet ]

Enfin Percy faisait construire des poupées de feu ; à cet effet de la toile nitrée est roulée sur un mandrin , de manière à former un cône de près d'un pouce d'élévation 5 on enveloppe ce cône d'un peu dp coton nitré , et on l'entoure d'une toile dont on colle les bords pour assujettir le tout 5 alors on retire le mandrin qui laisse au centre de la poupée une petite cheminée qui facilite la combustion. )) (Nouveau traité de pharmacie par E, Souheiran.)

Percy a proposé un autre moyen appelé moxa médullaire 5 sa facile préparation , son application aisée , son action moins prononcée doivent le faire adopter dans quelques cas ; on prend des tiges bien mûres de grand soleil (helianthus annuus) ^ on les coupe par portion de cylindre de la longueur de deux centimètres cinq millimètres environ (dix lignes) 5 les tiges de la plante que nous venons d'indiquer, sont remplies d'une moelle spongieuse renfermant du nitre j on met le feu à cette moelle 5 elle brûle sans interruption et sansqii'il soit nécessaire de soufTier continuellement. Quand on emploie Vhelianthus annuus ou des matières combustibles contenues dans un morceau de carton, on assujettit le ^moxa , soit avec une pince à pansement , soit avec un emplâtre de diachylon , soit avec une plaque de carton assez épais 5 ces deux pièces d'appareil sont trouées à leur centre 5 on se sert encore de l'instrument désigné sous le nom de porte-moxa ; pour des raisons qu'il est facile de saisir, on donne la préférence au premier de ces moyens : on peut allumer le moxa par l'un de ses bouts avant de le poser ^ mais le plus ordinairement on procède de la manière suivante : un charbon ardent est mis un instant sur la partie supérieure du cylindre , après que le chirurgien en a appliqué par toute sa circonférence , l'autre extrémité sur la peau ; afin d'entretenir la combustion , l'opérateur soutient et dirige le canon du soufflet, tandisqu'un aide fait marcher cet instrument avec lenteur et à larges coups , surtout lorsque le feu est près des téguments 5 l'insufflation ne doit pas toujours être pratiquée sur le même point-, car la combustion aurait lieu, d'une manière inégale 5 on pourrait souffler avec la bouche; mais on serait beaucoup incommodé par la fumée et par les étincelles. Larrey a inventé un tube dont l'une des extrémités est placée dans la bouche du chirurgien , et dont l'autre recourbée est pour ainsi dire appliquée sur le moxa 5 l'insufllation devient ainsi très-facile; cet instrument est fort utile : le malade éprouve d'abord une chaleur douce ^ elle augmente d'intensité à tous les

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instants, surtout quand le feu est à un centimètre cinq millimètres ou à deux centimètres (six ou huit lignes) de la peau ; elle se convertit bientôt en une vive douleur ; enfin au moment où la combustion s'achève, on entend une espèce de pétillement, de craquement^ afin d'éviter les brûlures que pourraient déterminer les étincelles autour du point sur lequel la moxibustion est pratiquée, on couvre les parties avec du linge.

On obtient une escarre brunâtre , quelquefois jaunâtre ; tantôt elle s'étend seulement à une portion de l'épaisseur de la peau ; d'autres fois elle pénètre jusque dans le tissu cellulaire sous-cutané 5 on commettrait une faute si elle intéressait les aponévroses d'enveloppe.

On applique souvent un seul moxa, souvent aussi on en met deux ou trois immédiatement les uns après les autres 5 dans l'espace de deux septénaires environ, on peut en porter le nombre jusqu'à quinze ou vingt; il serait inutile de recommander de ne. pas poser un moxa sur le lieu où il en existe un autre à moins qu'il ne soit parfaitement cicatrisé 5 si l'on peut on évite le tissu inodulaire parce que sa sensibiUté est ordinairement moindre , parce que , en général , il suppurera peu : l'escarre tombe du huitième au quinzième et même au vingt -cinquième jour environ.

Veut-on beaucoup d'irritation? on ne fait aucun pansement ; mais l'inflammation devient très-vive? cataplasmes émollients ; si la douleur est trop développée, on les arrose avec quelques gouttes de laudanum : pour la chute de l'escarre , onguent styrax ou de la mère, suivant l'indication, etc. (voyez 6"'aiUère):*quand les parties frappées de mort sont complètement détachées des tissus vivants et qu'il faut entretenir la suppuration on met en usage des pois : l'état pathologique exige souvent que le moxa se cicatrise -, on le panse alors comme l'ulcère simple : je ne partage pas l'opinion de ceux qui prétendent que le fer rouge ou le marteau trempé.dans l'eau bouillante puisse remplacer la moxibustion ; les chirurgiens chniques connaissent toute l'importance del'adustion lente qu'on n'obtient pas à l'aide de ces deux derniers moyens.

Cautérisation actuelle pratiquée avec des instruments métalliques. — Au besoin tous les corps susceptibles de se charger d'une assez grande quantité de calorique , pourraient être employés 5 les instruments dont on se sert se nomment cautères ; les métaux sont d'excellents conducteurs de la chaleur; lorsque le

luxe des Arabes eut envahi les arsenaux de chirurgie , on mit en usage Tor et l'argent auxquels on attribua des vertus supérieures.

L'un des tableaux que nous allons reproduire va prouver que les travaux récents des physiciens justifient, jusqu'à un certain point, l'idée que nous venons d'émettre, et qui a été l'objet de tant de sarcasmes de la part des chirurgiens ; car disons-le par anticipation, le premier des métaux que nous avons indiqué est celui qui , de tous les corps de ce genre , jouit de la plus grande conductibilité du calorique; certain auteur moderne n'en a rien dit; son érudition est ici en défaut comme sur beaucoup d'autres points.

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