DU NETTOYAGE DES DENTS
Le limon et le tartre qui s'accumulent sur les dents constituent une difformité ; ils ont encore Tinconvénient de nuire essentiellement à ces os et aux gencives : un médecin de l'un des hôpitaux de Paris ne s'était pas fait nettoyer la bouche depuis fort longtemps 5 il se développa une salivation extraordinairement abondante ; elle fournissait , en vingt-quatre heures , plusieurs litres de liquides 5 l'inflammation du tissu gengivai s'était communiquée au reste de la cavité buccale , ainsi qu'au pharynx 5 il existait beaucoup de fièvre ; l'appétit et le sommeil étaient nuls 5 la pâleur, la maigreur du malade faisaient des progrès fort inquiétants 5 les collègues de ce médecin avaient mis, sans succès, en usage,, les moyens ordinaires, destinés à combattre le ptyalisme ; je vis alors M. '^'*"'^, je proposai de consulter un dentiste-, on s'y refusa^ j'insistai^ M. Désirabode pève fut appelé : il attribua la salivation à la présence du tartre -, il assura qu'en nettoyant les dents les accidents se dissiperaient , même avec rapidité 5 il procéda immédiatement à ce nettoyage , et dès le premier jour, la quantité de salive-perdue diminua au moins de moitié 5 la nuit suivante , le sommeil fut très-bon ^ le lendemain , le besoin des aliments se fit sentir : perte très-légère de salive ; le troisième jour , guérison presque complète ; elle est entièrement obtenue le cinquième: il serait inutile de commenter cette intéressante observation.
Les instruments destinés à nettoyer les dents sont assez nombreux 5 ceux que nous allons indiquer sont les seuls indispensables : 1° la rugine en langue de carpe; c'est une espèce de grattoir dont les deux côtés sont tranchants ^ 2° la rugine en forme de ciseau , ou bec-d'âne; 3° la rugine à gouttière ou à bec-decuiller 5 4° un poinçon carré , taillé en biseau ^ il offre une pointe unique-, 5° une rugine carrée à biseau, courbée à angle droit sur la tige qui la soutient ^ enfin , pour mieux voir la face postérieure des dents, on se sert du miroir du dentiste 5 il est trèspetit 5 on peut ainsi facilement le manœuvrer dans la bouche.
Le nettoyage des dents est basé sur des préceptes généraux qu'il faut avant tout établir :
1° Les dents ébranlées doivent être soutenues. Le tartre est divisé, au besoin, sur la dent^ et souvent même en plusieurs mor-
ceaux. La manœuvre est exécutée sans secousse et avec la précaution d'éviter les écarts des instruments.
2° Afin de ne pas déchausser la dent , les instruments agiront , autant que possible, de son collet vers son extrémité libre-, il ne faut pas craindre , d'ailleurs , de faire saigner les gencives ; car le sang qu'on en extrait les dégorge très-avantageusement 5 ainsi , elles se raffermissent, et s'appliquent mieux sur les parties qu'elles doivent embrasser -, elles deviennent moins épaisses ; elles offrent moins de prise aux corps qui tendent à les refouler et à mettre la racine dentaire à découvert : rappelons que, s'il n'existe pas une inflammation un peu aïgué, l'hygiène commande de nettoyer la bouche tous les matins avec une brosse un peu forte , qui les fait saigner si elles sont engorgées 5 ce moyen, uni à une médication interne appropriée, est l'un des plus puissants pour les assainir.
5° Les dents incisives sont presque toujours plus blanches que les canines -, on commettrait une erreur , si en nettoyant celles-ci on voulait les rendre aussi belles que les premières.
4° 11 serait inutile de dire que la blancheur des dents varie beaucoup suivant les sujets , et que cette circonstance doit être prise en grande considération quand on les nettoyé ; car avant tout il faut respecter leur émail ^ il présente assez fréquemment des taches indélébiles ^ en l'attaquant, on nuit essentiellement au tissu sous-jacent qu'on pourrait d'ailleurs intéresser lui-même avec l'instrument.
5" Si la dent est ramollie ou privée d'émail , il faut manœuvrer avec beaucoup de précaution ; on a aussi conseillé de ne pas enlever complètement le tartre • mais il est au moins alors très-difficile d'exécuter convenablement ce précepte^ je crois qu'il est plus prudent de s'abstenir de l'usage des instruments dans un grand nombre de cas-, il ne me semble permis que dans les circonstances où la présence du tartre menace essentiellement l'existence de la dent ou bien quand elle constitue une difformité très-apparente sur un sujet assez jeune.
6° Lorsqu'on pense que l'opération doit être achevée, on passe entre les dents un cure-dent fait avec un fort canon de plume ; on les frotte avec une brosse chargée soit d'ane poudre , soit d'une hqueur dentifrice ; au besoin on pourrait employer un bourdonnet de coton, un morceau d'épongé, etc. \ on rince la bouche à plusieurs reprises; on y porte le miroir pour s'asàurer si rien n'a échappé.
7° Le limon est-il difficile à enlever à l'aide de la mgine , parce qu'il siège trop près de la gencive , ou parce qu'il est sur le collet de la dent ou bien encore parce qu'il est logé dans quelque rainure dentaire ? on a conseillé une tige de bois dont l'une des extrémités offre une pointe aiguë qu'on charge avec un liquide composé de cinq parties d'eau et d'une partie d'acide hydrochlorique 5 on promène Tinstrument sur les points salis de l'émail 5 on les frictionne \ le limon se décompose promptement \ afin de neutraliser ensuite l'action délétère de l'acide , on se hâte de laver avec de l'eau les points sur lesquelles il vient d'être appHque 5 cet acide me paraît trop actif ^ je crois qu'il peut altérer le tissu dentaire malgré toutes les précautions que nous venons d'indiquer ; la liqueur de M. Désirabode^ avec laquelle on mouille une brosse assez forte, me parait mériter la préférence ; je l'ai vue très-souvent employer sans le moindre inconvénient 5 il est d'autres préparations de ce genre dont on se sert avec succès. 8" On fait de temps en temps rincer la bouche , afin d'enlevée, les fragments de tartre qu'on a détachés et qui sont restés , ainsi que le sang fourni par les gencives ramollies.
Le chirurgien se place devant ou derrière le sujet , suivant sa commodité.
Le malade est assis sur un fauteuil ; il repose sa tête sur le dossier de ce siège ; une serviette destinée à essuyer les instruments est mise sur son épaule 5 une cuvette et de l'eau qu'on a fait tiédir sont encore nécessaires : pour nettoyer la face antérieure des incisives et des canines supérieures , l'opérateur est placé devant le sujet ; il relève la lèvre supérieure avec le pouce et le doigt indicateur gauches -, ce dernier est aussi destiné à soulever et à porter en arrière la commissure droite ^ la bouche est au quart environ ouverte ^ la langue de carpe est mise dans la paume de la main droite 5 les quatre derniers doigts sont fléchis sur elle-, le chirurgien procède de droite à gauche ^ à mesure qu'il agit sur une dent , il la soutient avec le pouce droit appUqué sur son extrémité libre 5 lorsqu'il arrive sur le côté opposé , le médius remplace l'index qui chemine avec l'instrument et qui vient ensuite se placer au devant de lui pour éloigner la commissure gauche 5 le pouce de ce côté, devenant alors inutile, abandonne la bouche.
Pour nettoyer la face postérieure des incisives et des canines supérieures, on emploie la rugine coudée 5 la main prend son point d'appui sur le menton et au-dessus de lui j la bouche est
à moitié ouverte ; le pouce de la main qui ne conduit pas l'instrument sert à écarter la commissure droite 5 l'indicateur se comporte de la même manière pour la gauche.
On nettoie la face externe des dents molaires supérieures et inférieures avec larugine en forme de ciseaux 5 elle marche soit du collet à l'extrémité libre de la dent , soit d'avant en arrière , et vice versa.
La face interne de toutes les molaires se nettoie- avec la rugine coudée ^ pour les dents supérieures la main trouve son point d'appui sur le centre de la mandibule, pour les inférieures sur l'os maxillaire supérieur ; le doigt indicateur gauche sert à éloigner au besoin l'une ou l'autre lèvre ou bien l'une ou l'autre commissure.
Pour la face antérieure des incisives et des canines inférieures, le chirurgien se place derrière le malade 5 avec le pouce et le doigt indicateur gauches^ il écarte, suivant l'endroit où il manœuvre, tantôt la lèvre inférieure, tantôt l'une oul'autre commissure ; il prend son point d'appui avec le pouce droit appliqué sur l'os maxillaire supérieur-, si les dents sont ébranlées, le doigt médius remplace le pouce qui vient alors les assujettir.
Pour la face postérieure des dents dont nous nous occupons , on emploie la rugine coudée ; le point d'appui est fourni à la main par le pouce situé sur le menton qu'on peut préalablement couvrir de linge.
Pendant les manœuvres que nous venons d'indiquer, l'opérateur donne avec douceur , à la tête , des positions convenables -, il évite de toucher la figure ; faisons remarquer qu'on peut quelquefois tenir la langue de carpe comme une plume à écrire; avec un peu d'intelligence , il sera d'ailleurs facile de modifier les préceptes que nous venons d'établir pour le nettoyage des dents.
On se sert du poinçon pour enlever le tartre situé dans l'intervalle des dents-, quand cette substance est trop volumineuse , on y fait pénétrer la pointe de l'instrument jusque près de l'émail ; on lui imprime ensuite un mouvement de rotation sur son axe , à l'aide duquel la matière tartreuse éclate -, la rugine en biseau peut remplacer l'instrument dont nous nous occupons.
Le tartre qui embrasse le collet de la dent est plus facilement enlevé avec la rugine en bec-de-cuiller.
(( Lorsque les dents sont abondamment chargées de tartre , il est quelquefois convenable de ne pas les nettoyer complètement dans une seule séance, et cela surtout pendant les saisons froides; car les dents , privées tout à coup de cette espèce d'enveloppe
calcaire , acquièrent une sensibilité qui , chez les personnes nerveuses, peut être fort pénible. )> (Nouveaux éléments complets de la science et de Vart du dentiste , par M. Désirabode et ses fils 5 t. F^, p. 180.)
Si le tartre était accumulé en assez grande quantité dans une cavité formée par la carie, s'il était assez solide, et qu'il pût la préserver du contact de l'air, il faudrait le respecter,