DE LA CAUTÉRISATION DES DENTS
Je crois que cette opération n'a pas été assez étudiée, et qu'on a beaucoup trop exagéré les dangers auxquels elle expose 5 j'en ai souvent observé les effets, et je l'ai vue très-rarement produire l'inflammation du périoste alvéolaire, quand, selon les indications, elle était bien appliquée; je pense , d'ailleurs , qu'à l'aide des antiphlogistiques, plus ou moins énergiquement employés, cette inftammation , qui est "traumatique, n'est pas difficile à dissiper.
Je conseille de ne pas cautériser - les dents des scrofuleux, celles des sujets dont la constitution est mauvaise, ou bien entachée du virus syphilitique : dans les cas que je viens de citer, les phlegmasies sont ordinairement rebelles, et leur séjour continué
pendant un certain temps , sur les mâchoires , peut facilement y occasionner des dégénérescences graves qui, trop fréquemment , exigent de grandes opérations -, tous les chirurgiens qui se sont occupés sérieusement des maladies de ces os sont convaincus de la vérité de la proposition que je viens d'avancer 5 mais quand la santé générale est excellente , quand on ne reconnaît dans l'économie aucune trace de vice, ni de virus, je pense que le cautère appliqué sur les dents , d'après les préceptes que nous allons encore établir, est un moyen thérapeutique très-avantageux ; je rappellerai, d'ailleurs, aux personnes qui veulent presque constamment le rejeter, à celles qui n'hésitent pas à le proscrire dans toutes les circonstances^ que révulsion des dents, confiée même à des mains très-habiles, est loin de n'offrir jamais de graves inconvénients-, j'ai rencontré beaucoup de sujets chez lesquels elle avait produit des maladies sérieuses des mâchoires 5 les annales de l'art offrent des faits de ce genre-, si, d'ailleurs, la carie persiste, si , en d'autres termes, la dent n'est pas cautérisée , ou arrachée , les odontalgies sont , non-seulement plus ou moins fréquentes, mais encore elles déterminent presque toujours des fluxions , des abcès ; elles enflamment le périoste alvéolaire-, elles peuvent occasionner des altérations profondes, qui exigent que la médecine opératoire soumette ensuite les malades à des mutilations-, ordinairement, d'ailleurs, les dents voisines se carient^ or, je le répète , lorsque la cautérisation est bien faite, que le chirurgien saisit les indicationè, ses inconvénients sont nuls dans la plupart des cas, et lorsqu'ils surviennent, on les observé souvent légers 5 on les combat avec succès^ ce moyen thérapeutique est très-puissant pour dissiper les douleurs dentaires qui renaissent beaucoup moins fréquemment que ne lepensent un très-grand nombre de dentistes -^il a l'important avantage de convertir la carie en nécrose ; il est vrai qu'au bout d'un temps plus ou moins long, le tissu dentaire se fend , se brise , se détache du collet ou de la racine de la dent, et produit des aspérités qui pourraient être de longue durée, si la lime ou des pinces n'en faisaient pas justice : la partie qui reste de la dent est très-utile à la mastication ; elle empêche encore le retrait de la mâchoire 5 lorsque la douleur s'en empare et qu'elle résiste aux moyens appropriés, il faut l'arracher, et dans la plupart des circonstances, elle est assez fortement ébranlée pour que l'opération soit facile et peu douloureuse -, les abcès que la dent cautérisée peut déterminer n'ont , pour
ainsi dire, aucun inconvénient, sur la mâchoire supérieure; ces inconvénients sont presque toujours faibles, sur l'inférieure- ils sont surveillés par Tart ; on les maîtrise , d'ailleurs, en employant la cautérisation peu active ; le malade n'est pas tourmenté par les douleurs ; elle est plus avantageuse si , nous le répétons , les sujets sont sains.
Lorsque Fodontalgie existe, les caustiques faibles réussissent beaucoup moins que les caustiques dont l'action est plus développée.
Quand la dent n'est pas douloureuse , un bourdonnet de charpie , imbibé d'alcool camphré , peut remplir facilement l'indication au bout d'un certain temps , comme nous l'avons dit 5 ce moyen a l'avantage de ne pas altérer, en général , profondément le tissu dentaire ; on emploie encore , de la même manière , l'eau de Désirabode^ Fessence de gérofle; cette dernière, surtout, calme, dissipe assez fréquemment l'odontalgie; mais elle altère beaucoup le tissu dentaire.
Toutes les fois qu'on place dans la cavité de la dent un bourdonnet imbibé d'un caustique , on couvre préalablement le tissu gengival voisin , afin de le préserver du contact de ce caustique.
A l'aide d'une sonde cannelée, d'un cure-dent , ou bien d'un petit pinceau , on peut introduire , dans le trou de la dent , une goutte des liquides que nous venons d'indiquer.
Le beurre d'antimoine , liquide , est souvent mis en usage , d'après les principes ci-dessus énoncés-, mais on n'oubliera pas qu'il est très - actif ; on a conseillé l'acide nitrique ou l'acide hydrochlorique , tantôt pur, d'autres fois affaibli; ces trois derniers liquides exposent plus spécialement à l'altération des dents voisines ; ils peuvent pénétrer trop profondément , et déterminer des accidents ; la cautérisation actuelle leur est préférable ; de plus grands inconvénients encore sont attachés au petit fragment de potasse caustique, etc., qu'on met dans la cavité dentaire; aussitôt que l'effet qu'on attend est produit, on retire la boulette de charpie , ou le morceau dé linge avec lequel on a couvert le topique , après qu'il a été convenablement placé ; quel que soit d'ailleurs le cautère potentiel auquel on a recours , on emploie ce linge afin d'éviter la lésion des dents saines, lorsque les mâchoires sont rapprochées ; au besoin on emploie les liquides ou l'on applique le bourdonnet à plusieurs reprises.
Les.caustiques|^iquides dont on verse une goutte sur la carie
de la dent ne conviennent que pour l'arcade dentaire inférieure ; sur la supérieure ils ne tiendraient pas ; ils tomberaient dans la bouche, qui serait ainsi cautérisée.
M. Turck, de Nancy , se sert d'un tube de verre dont les parois sont très-minces -, il a dix-huit millimètres environ (six à sept lignes) de diamètre ^ il offre sur l'une de ses extrémités un renflement, une sorte de boule, sur l'autre il est très-effilé -, il y présente une finesse capillaire ; il est convenablement recourbé -, quand on saisit à pleine main l'instrument du côté de la boule, on élève la température de l'air qu'il renferme^ ainsi on en chasse une certaine quantité 5 puis le bout capillaire du tube est plongé dans un caustique liquide ^ on fait refroidir l'instrument 5 on voit alors monter dans sa capacité quelques gouttes de ce liquide, dont le nombre varie d'ailleurs selon le degré de chaleur qu'on a mis en usage , et selon le temps de son application ^ enfin on engage le tube dans le trou qu'on doit cautériser ^ on échauffe de nouveau cet instrument en suivant le procédé qui a été indiqué ; ainsi l'air raréfié expulse le liquide qu'il contient; le tube de M. Turck est préférable à la sonde cannelée , au cure-dent , au petit pinceau dont nous avons parlé.
Pour faire la cautérisation actuelle, on conseille de rougir avec la flamme d'une bougie une sonde métallique à extrémité trèsmince; on pourrait encore recourir, dit-on, au bout d'une aiguille fine à tricoter ; un porte-crayon lui servirait de manche : mais la ténuité de ces instruments ne leur permet pas de conserver assez longtemps, au moins ordinairement , une suffisante quantité de calorique pour que l'opération réussisse-, presque toujours, ils n'arrivent pas assez chauds sur les points qu'ils doivent cautériser ; ainsi la manoeuvre manque son but, bien qu'elle soit immédiatement renouvelée à plusieurs reprises ; elle ne sert qu'à irriter, qu'à enflammer les tissus, qu'à augmenter la douleur ou à la pro- 'duire ; il n'est donc pas étonnant que, mis en usage d'après les principes que nous venons d'étabUr, le fer rouge soit si peu employé ; mais voulez-vous éviter le grave inconvénient dont nous nous occupons ? Il faut que les cautères présentent à une distance convenable de leur pointe , un renflement , une espèce de boule comme celle de l'instrument cautérisateur du docteur de Champesme. (Voyez dans ce volume le chapitre ayant pour titre cautérisation.)
Lorsque l'odontalgie existe et que les caustiques faibles ont échoué, je préfère le feu à la cautérisation potentielle pratiquée
avec des topiques énergiques; on peut plus facilement mesurer la profondeur à laquelle le calorique cautérise 5 avec lui , on s'expose moins à léser les parties qui doivent être ménagées ^ il occasionne, il est vrai, une douleur très- violente au moment où il est employé 5 mais, nous l'avons déjà dit, cette douleur devient en général bientôt fort tolérable j au bout de deux ou trois jours, elle se dissipe dans la plupart des cas complètement : pratiquée d'après les principes que nous établissons, la cautérisation des dents sera, je crois , très-fréquemment mise en usage; on évitera ainsi dans un très-grand nombre de circonstances l'arrachement de ces os qui, nous le répétons, n'est pas toujours sans danger, et qui fait cruellement souffrir ; j'ai assez souvent désarticulé la mâchoire inférieure d'un côté ; j'ai scié le corps de cet os près de sa symphyse ; j'ai toujours vu jusqu'aujourd'hui que le temps le plus douloureux de cette opération était celui dans lequel j'étais obligé d'extraire une ou deux dents afin que la scie ne les rencontrât pas ; j'ai acquis la certitude de ce fait par des cris plus violents que poussaient alors les malades; j'en ai môme opéré quelques-uns qui n'ont donné de signes bien marqués de douleur que lors de révulsion dentaire; j'ai d'ailleurs indiqué plus haut les autres avantages de l'emploi de la cautérisation.
Disons en passant qu'on a encore conseillé de réséquer les dents pour en éviter l'arrachement; nous nous occuperons bientôt de cette méthode.
DE l'arrachement DES DENTS.
Les instruments imaginés pour extraire les dents sont extrêmement nombreux; nous n'indiqueronè que les principaux, qui peuvent seuls suffire à tous les besoins.
1° Le dèchaussoir : il est destiné à séparer de la dent les gencives qui lui adhèrent trop fortement ou qui la couvrent dans une trop grande étendue, quand une carie profonde l'a beaucoup évidëe , ou bien lorsqu'elle lui a fait éprouver une déperdition de substance assez considérable ; il présente à l'une de ses extrémités une petite lame dont le tranchant est mousse et concave.
2° La def modifiée de Garengeot : elle doit offrir deux courbures afin que son application et sa manœuvre ne soient pas gênées parla partie antérieure des arcades dentaires, lorsqu'elle agit sur les dernières dents ; la courbure du crochet, sans être trop
grande, doit néanmoins avoir une disposition convenable pour que son centre ne repose pas sur la dent ; car, sans cette précaution, on s'exposerait beaucoup à casser cette dernière ^ la forme coudée que M. Delabarre a donnée à ses crochets me semble trèsavantageuse ; il faut en avoir plusieurs et de grandeurs variées 5 celui en Z est très -utile pour extraire les dernières molaires ^ la tige de la clef de Garengeot présente sur l'un des côtés de celle de ses extrémités sur laquelle le crochet doit être fixé à l'aide d'une vis mobile à tête plate , un panneton, ou en d'autres termes une plaque quadrilatère.
3° Le davier : c'est une sorte de pince ^ il est de grandeurs différentes suivant les dents qu'il doit attaquer; pour ce même motif, la largeur de ses mors varie ; il est tantôt droit , d'autres fois courbe-, si les extrémités libres de ses mors sont tranchantes, elles coupent facilement ladent surlaquelle elles sont appliquées.; il faut se défier du davier neuf sous le rapport que nous examinons, et au besoin le faire rendre moins acéré.
4° Le levier coudé : l'une de ses extrémités est quadrangulaire ; deux de ses faces sont beaucoup plus larges que le^ autres 5 il est terminé en pointe , ou bien il offre un bord presque tranchant.
Nous avons cru qu'il était inutile de décrire ces instruments avec de grands détails; il suffira , en efî'et, à l'aide des idées les plus communes de mécaniqua, et d'après ce que nous en avons dit, 'de les voir pour les reconnaître facilement.
Pour pratiquer l'opération , le malade est assis sur un fauteuil ' dont le dossier sert à reposer sa tête ; au besoin elle peut être assujettie par un aide ou appuyée contre un mur, un meuble, etc. ; en cas de nécessité, le sujet est couché en supination; l'opérateur se place en avant ou de côté ; il sera , dit-on , en arrière poiir les dents de la mâchoire supérieure.
11 faut d'abord bien s'assurer de la dent qui est malade , savoir si elle est ébranlée ou solidement fixée ; on promène les doigts indicateurs êur les faces antérieures et postérieures des alvéoles; on reconnaît ainsi îa direction des racines dentaires . les saillies qu'elles peuvent former et qui indiquent, en général, les adhérences qu'elles ont contractées; lorsqu'on craint de déchirer, d'enlever la gencive , on a préalablement recours au déchaussement . qui. d'ailleurs, nepermetpas toujours d'éviter cetaccident; quand ' les dents sont très-solides, quand elles ont de longues racines, cette dernière circonstance existe avec le peu de longueur qu'elles
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présentent à l'extérieur , il est surtout alors indispensable d'e'xécuter Ja manœuvre avec une certaine lenteur si l'on ne veut pas s'exposer à les casser.
Les incisives et les canines doivent être extraites avec le davier-, on les saisit immédiatement au-dessus de la gencive \ on ne les serre pas trop, afm d'éviter de les couper ; on les àaisit assez fortement pour que l'instrument n'échappe pas ; on leur imprime d'abord de légers mouvements de rotation sur leur axe, alternativement à droite et à gauche ; ils sont plus ou moins nombreux , plus ou moins étendus, suivant la résistance qu'éprouve la manœuvre ^ c'est plus spécialement quand cette résistance est grande, qu'il est nécessaire d'agir lentement ; on exerce ensuite sur l'instrument une traction parallèle à l'axe de l'os qu'on enlève, et révulsion dentaire est terminée; le procédé que je viens de décrire a été appliqué sur le cadavre par les nombreux élèves que j'ai exercés aux opérations 5 il réussissait parfaitement; j'ai vu des dentistes très-distingués le mettre exclusivement en usage; ce procédé est applicable à toutes les dents du genre de celles dont nous nous occupons , quelle que soit d'ailleurs leur direction; lorsque la racine offrira une concavité , la dent sera tirée du côté de cette concavité; nous le répétons ici comme dans tous les autres cas , on exercera les tractions parallèlement à son axe ; la disposition dentaire dont nous traitons , est constatée par le toucher; le doigt indicateur sent en effet d'un côté une dépression, et de l'autre une saillie.
Quelques personnes veulent qu'on commence par faire éprou-' ver aux dents dont nous nous occupons une légère luxation , et qu'ensuite on en achève l'extraction avec le davier; je rejette ce procédé, parce qu'il fracture souvent l'alvéole; je m'en suis fréquemment assuré dans mes cours de médecine opératoire ; il serait inutile de rappeler combien il est important de conserver intacte cette alvéole pour éviter la difformité, et pour rendre plus facile et plus belle la prothèse deûtaire ; c'est surtout ici que l'ablation d'une portion de gencive aurait beaucoup d'inconvénients sous le rapport que nous examinons , et que le déchaussement doit être plus spécialement mis en usage ; il n'est pas besoin de dire que, quelles que soient les dents qu'on extrait, le malade est exposé au grand jour; la bouche est largement ouverte; la mâchoire inférieure est soutenue par l'opérateur quand il agit sur elle \ les mors du davier ne doivent pas toucher les dents voisines.
si Ton veut éviter leur ébranlement et peut-être même leur arrachement.
Cet instrument suffit ordinairement pour extraire les petites molaires 5 si elles sont trop solides, si elles font peu de saillie à l'extérieur , s'il s'agit d'un sujet fort dont les arcades dentaires sont d'ailleurs très-belles , il devient quelquefois nécessaire de les ébranler, soit avec la clef, ou mieux encore avec le levier dont nous indiquerons bientôt la manœuvre 5 on termine leur évulsion avec le davier.
Les incisives et les canines sont-elles détruites jusqu'à leur collet, ou bien a-t-on affaire à des chicots.^ Il faut pratiquer le déchaussement et se servir du davier ; cet instrument réussit presque toujours ; il faut souvent que ses mors soient assez étroits 5 le levier aurait Finconvénient de fracturer.de briser les alvéoles et de déterminer une difformité que la prothèse dentaire ne réparerait qu'imparfaitement j mais occupon»-nous de la manœuvre de cet instrument.
Engage-t-on la pointe du levier entre deux dents? On la porte contre la racine de celle qui est malade 5 on prend son point d'appui sur le doigt indicateur de la main qui la dirige et sur la dent saine que Ton soutient avec l'index de l'autre main 5 on imprime à l'instrument des mouvements de rotation et de bascule qui tendent à renverser et à soulever celle qui est cariée 5 comme nous l'avons dit, le davier sert à en achever l'arrachement 5 on se comporte de la même manière pour extraire un chicot -, si les dents manquent autour de lui, on glisse l'instrument dans l'alvéole qui le contient-, le point d'appui est pris légèrement sur elle et plus spécialement sur un ou sur les deux doigts indicateurs 5 il faut d'ailleurs agir avec une certaine lenteur^ on est fréquemment obligé de recommencer la manœuvre à plusieurs reprises-, il est quelquefois possible d'engager la pointe du levier entre les racines d'une dent-, on conçoit qu'alors il devient assez facile en la soulevant de l'ébranler fortement; à quelques procédés qu'on ait recours, de= quelques dents qu'il s'agisse, quand on voit que le tissu de la gencive suit trop le mouvement imprimé à la dent qu'on extrait, on se hâte d'employer le déchaussoir pour éviter la déchirure, l'ablation des parties molles dans une certaine étendue : n'oublions pas de recommander de comprimer dans tous les cas après l'opération, avec le pouce et le doigt indicateur, le tissu de la e^encivede dehors en dedans et vice versa; ainsi vous
diminuerez l'ëcartement des chairs et des parois alvéolaires; vous obtiendrez une cicatrice plus avantageuse ; on fait rincer la bouche du malade avec de l'eau fraîche, et au besoin avec de F eau vinaigrée pour la nettoyer et pour arrêter l'écoulement du sang.
îi est des dentistes qui ébranlent les grosses molaires avec le levier, en exécutant la manœuvre que nous avons indiquée; puis ils achèvent l'extraction de la dent avec le davier : ce procédé épargne , il est vrai , davantage les alvéoles ; mais il est excessivement douloureux; car souvent l'ébranlement de la dent n'est pas toujours suivi de jla déchirure des nerfs; ils sont alors fortement distendus et tiraillés , pendant tout le temps nécessaire pour changer d'instrument et pour terminer l'arrachement; en général, on préfère la clef modifiée de Garengeot : après avoir disposé convenablement le crochet , le manche de l'instrument est saisi à pleine main ; sa tige est placée entre l'indicateur et le médius ; le bout de l'index de la main giiuche relève le crochet et le fixe ensuite sur la dent qu' on doitextraire ; l'extrémité libre de ce crochet s'applique perpendiculairement au-dessous de la couronne le plus près possible de l'alvéole; le centre de cette partie de l'instrument ne doit point reposer sur la dent ; la moindre infraction de ces préceptes expose à la casser ; le panneton de la clef sert de ])oint d'appui sur la gencive du côté opposé ; fréquemment on le garnit de linge, alin qu'il fatigue moins les tissus ; l'indicateur gauche reste sur le crochet; il contribue à l'assujettir ; il avertit l'opérateur du déplacement qu'il peut subir pendant la manœuvre; les autres doigts fixent la mâchoire et l'arcade dentaire ; lorsque tout est ainsi bien disposé, le chirurgien imprime à la clef un mouvement de rotation sur son axe ; il renverse la dent du côté du panneton ; cette partie de la manœuvre est pratiquée avec une sorte de lenteur, en d'autres termes, sans brusquerie; aussitôt qu'on voit la dent céder, on exécute en même temps un mouvement d'élévation qui expulse la dent de l'alvéole , et quelquefois de ia bouche ; pour que la combinaison des deux directions qu'on donne à la clef réussisse bien, il faut s'être exercé sur le cadavre; quelque exactement qu'il soit exécuté , le procédé opératoire que nous venons de décrire brise presque toujours une certaine étendue de l'alvéole , sur l'endroit où l'instrument prend son point d'appui; ce brisement me paraît inévitable, quand la dent est très-solide , et lorsque ses racines sont longues ; il est des dentistes qui, pour éviter cet inconvénient, luxent incomplètement
la dent, et se servent du davier afin de terminer son extraction. Pour les grosses molaires de la mâchoire supérieure , le chirurgien se place, soit derrière le sujet, soit à l'un de ses côtés- ainsi il n'est pas obligé de se servir de la main gauche 5 le point d'appui est pris en dehors , à cause des difficultés qu'il présente en dedans , à cause de la direction des racines ; on conseille de n'enfreindre le précepte que nous venons d'indiquer, que s'il est absolument impossible de le mettre à exécution; le panneton, appliqué en dedans , expose beaucoup à la fracture , à l'enfoncement de la voûte palatine ; il vaudrait mieux employer le levier et le davier, d'après les principes que nous avons établis plus haut ; on rencontre quelq^ cas. dans lesquels l'apophyse ptérygoïde avoisine de si près l'avàntrdernière grosse molaire , qu'il est exfraordinairement difficile, lorsque la joue est épaisse, de trouver un point d'appui convenable , en dehors , en se servant des crochets ordinau^es-, on met en usage celui en Z 5 ainsi , le panneton repose un peu plus en avant.
Opère-t-il sur la mâchoire inférieure , ^ le chirurgien se place devant le malade 5 le point d'appui doit encore être pris ici en dehors; on établit cependant une exception pour la seconde gi^osse molaire ; on pense que l'obliquité de l'os, sur l'endroit que le panneton occupe , expose à son déplacement , que la face externe de l'alvéole a plus d'épaisseur que l'interne ; or, la dent est plus facilement fracturée que si on la renverse en dedans ; mais quand l'arcade dentaire est très-serrée , la face externe de la seconde molaire étant plus large que l'interne, il faut, pour ne pas ébranler les dents voisines , luxer en dehors.
Lorsqu'il s'agit des dents de sagesse de la mâchoire supérieure, elles sont souvent inclinées en dehors; c'est alors surtout que l'apophyse coronoïde empêche de prendre le point d'appui de ce côté ; il n'est pas possible d'en trouver un du côté opposé : on emploie alors le crochet en Z; le panneton s'appuie plus en avant; il est des chirurgiens qui préfèrent engager le levier entre cette dent et la plus voisine , et le faire agir d'avant en arrière, et un peu de dehors en dedans, afin de luxer en partie de ce dernier côté ; dés dentistes très-distingués , je le répète , m'ont assuré que , quelquefois , révulsion de la dernière* dent est impossible.
L'extraction des dents de sagesse de la mâchoire inférieure offre moins de difficultés ; on les arrache fréquemment en prenant le
n\^ MIËCJS DÉ
point d'appui en dedans , et en se servant du crochet ordinaire : le levier peut suffire avec le davier.
S'il était très-difficile d'extraire les racines des dents antérieures avec le davier, après avoir, au besoin, convenablement déchaussé , le tirtoir qui ressemble beaucoup à la clef de Garengeot me paraîtrait même moins avantageux que le premier de ces deux instruments-, je m'en suis souvent assuré sur le cadavre, et je crois que ce tirtoir doit être rejeté 5 s'il s'agit de la partie postérieure des arcades dentaires , si le collet de la dent présente un peu de prise , on se sert de la clef et du crochet aigu ^ le davier suffit quand le tissu dentaire est ébranlé; les racines qui ne sont pas trop grosses, trop profondes, et qui sont pràs d'une dent, exigent , dit-on, l'emploi du levier-, si le davier ne peut pas en faire justice, en suivant les préceptes indiqués plus haut , le piedde-biche est quelquefois, à la rigueur, utile.
Si les dents sont placées en dehors ou en dedans du bord alvéolaire, et qu'on ne puisse pas leur donner une position convenable, il faut les enlever ; ce sont presque toujours les incisives , les canines et les petites molaires qui offrent la position anormale dont nous nous occupons ; lorsqu'elles siègent à l'extérieur, leur extraction est plus facile ; mais lorsqu'on les rencontre à l'intérieur, le davier ne suffit pas constamment; alors on est quelquefois forcé de les ébranler avec le levier, et ensuite le premier de ces instruments termine la manœuvre : nous reviendrons sur ce sujet.
Il est des dents qui sont barrées; il est impossible de les attaquer avec l'instrument sans casser au moins leurs racines, sans s'exposer à en arracher en même temps d'autres , à fracturer la mâchoire, à en enlever quelque portion; ordinairement ces dents forment en dedans et en dehors , à peu de distance de leur collet et sous la gencive , une saillie ou un rehef bombé , dont le diamètre vertical est assez court; on s'en assure [par le toucher; les racines , après avoir divergé , convergent; elles embrassent ainsi une certaine épaisseur du tissu osseux ; il ne faut pas en tenter l'extraction ; on a recours à la cautérisation faite d'après les principes que nous avons indiqués , ou bien à la résection.
Nous avons déjà dit que si une racine de dent, qui n'est pas déviée, forme ,j^ous la gencive, une saiUie assez considérable, il est rare que cette racine n'adhère pas au point de l'alvéole qui lui correspond ; l'on conçoit qu'il est impossible que l'arrachement ne soit pas suivi par ce point alvéolaire , et quelquefois
même par d'autres parties, d'ailleurs peu étendues, de la mâchoire.
L'extraction des dents de lait est facile ; on emploie le davier 5 nous nous sommes occupé ailleurs de l'arrachement de ces dents (voy. p. 494')^ lorsqu'elles sont beaucoup ébranlées, on conseille de les renverser avec le pouce en dehors 5 l'usage d'une pince est préférable.
Quand on casse une dent , il ne faut l'extraire immédiatement que si elle fait beaucoup souffrir, et si l'on ne veut pas alors pratiquer la cautérisation 5 en temporisant , la racine devient bientôt ordinairement mobile, et son évulsion offre infiniment moins de difficultés 5 j'en ai parlé plus loin.
La fracture de l'alvéole et l'enlèvement d'une partie de l'os maxillaire inférieur exigent la plus sérieuse attention , lorsqu'il s'agit surtout de sujets scrofuleux, ou de malades offrant une mauvaise constitution, et quelquefois même entachés de virus syphilitique : l'expérience m'a démontré qu'il pourrait se développer sur les mâchoires des maladies très- graves ] suivant les indications, on a recours aux antiphlogistiques, aux moyens détersifs, astringents ou toniques , et , au besoin , à la cautérisation par le nitrate d'argent fondu ; dans certains cas, on administre de bonne heure, à l'intérieur, les spécifiques ou les amers ^ on n'oublie pas l'iodure de potassium 5 si l'os se tuméfie, les frictions avec la pommade d'iodure de plomb sont très-utiles , lorsque la subinflammation a disparu , ou bien lorsqu'elle est très-lé^gère : nous reviendronssurlafracturedel'alvéoleet surcellede l'os maxillaire.
La meurtrissure , la déchirure des gencives sont trop souvent négligées ^ c'est à leur suite qu'on voit quelquefois se développer des tumeurs fréquemment rebelles , et dont on connaît tous les dangers ^ ici les gargarismes , d'abord émollients , et ensuite résolutifs, conviennent; l'emploi du nitrate d'argent fondu peut être d'une grande importance, ainsi que les médicaments internes appropriés.
Une dent saine est-elle ébranlée^ luxée? on se hâte de la replacer immédiatement 5 on la fixe avec du fil blanc qui embrasse aussi les plus voisines ; nous traiterons d'ailleurs plus tard de sa transplantation.
L'écoulement du sang est facilement arrêté , dans la plupart des circonstances par l'usage d'un gargarisme astringent ^ il est des sujets qui, pendant les premières vingt-quatre heures , crachent une certaine quantité de salive et de mucosités sanguinolentes ; ils I. 33
continuent de se gargariser ; on ne s'en occupe pas autrement : mais il est quelques cas dans lesquels il existe une hémorrbagie j elle est souvent assez légère^ cependant, elle peut alors, par cela même qu'elle dure longtemps , menacer la vie du malade ^ nous en avons eu récemment la preuve à la consultation publique de l'hôpital de la Pitié, sur un garçon boucher chez lequel l'avant- dernière grosse molaire de la mâchoire inférieure avait été arrachée depuis neuf jours ; le liquide sanguin n'avait pas cessé de couler -, le sujet était extraordinairement pâle et beaucoup amaigri^ il avait été soumis à des vomissements violents, qu'il attribuait à la déglutition d'une certaine quantité de sang ^ des syncopes avaient lieu ^ la compression établie d'après les préceptes que nous allons indiquer, suffit pour arrêter l'émission sanguine.
Lorsque le sang vient du fond de l'alvéole , on la remplit avec un morceau de cire ^ on met sur ce corps étranger une rondelle de liège, et l'on recommande au malade de fermer la bouche ; ainsi , le rapprochement des mâchoires complète une compression presque toujours salutaire 5 si le sang est fourni par un autre point, et qu'il continue de couler malgré l'emploi du moyen que nous venons d'exposer , on a recours à la charpie et à l'agaric, soutenus, comprimés comme nous l'avons déjà dit^ dans ces deux modes de pansement, la prudence exige que l'arcade dentaire inférieure soit maintenue appliquée contre la supérieure , à l'aide d'une mentonnière solidement fixée ^ toujours, jusqu'aujourd'hui, j'ai vu ces pansements réussir; échouent-ils? la vie du malade court-elle quelque danger? on est forcé de recourir à l'application du feu.; elle est pratiquée avec les cautères auxquels nous avons donné la préférence pour brûler la carie dentaire ; n'oublions pas de rappeler que l'hëmorrhagie est plus fréquente à la mâchoire inférieure qu'à la supérieure, et que, sur la première surtout, la nécrose nécessairement produite par l'action du calorique, a plus d'inconvénients qu'ailleurs ; le pus y trouve en effet un écoulement plus difficile; l'inflammation , la suppuration , peuvent pénétrer dans le canal dentaire inférieur , ébranler et même occasionner la perte d'un plus ou moins grand nombre de dents, déterminer dans ce canal des fongosités dont on connaît tous les dangers ; il est des cas dans lesquels des exostoses , des ostéosarcômes se montrent ; d'ailleurs , la chute des points osseux frappés de
mort se fait presque toujours fort longtemps attendre ^ une suppuration incommode, dégoûtante et de longue durée, persiste, après que l'escarre de F os est tombée.