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DU PLOMBAGE DES DENTS

On plombe les dents soit avec des feuilles métalliques, soit avec du métal fusible coulé en grain.

Méthode ancienne. — Les instruments dont on se sert sont : une rugine coudée , deux fouloirs dont l'un recourbé à pointe acérée et dont l'autre à extrémité mousse , et un brunissoir; du coton cardé , des feuilles de plomb , d'argent ou d'or sont nécessaires 5 il est important que ces feuilles offrent un peu plus d'épaisseur que les feuilles à dorer 5 celles en or auront été recuites ; elles seraient réduites en poussière quandon les refoulerait si l'on avait négligé la précaution que nous venons d'indiquer.

On attend que les douleurs qui existent souvent aient cessé 5 on renonce d'ailleurs au plombage tant que des pressions exercées sur la cavité de la dent avec un stylet sont douloureuses 5 on conseille encore de ne pas y avoir recours si l'ouverture de cette

aivité on est la partie la plus large -, on nettoie d'abord la dent en promenant la rugine coudée dans son trou, qu'on essuie d'ailleurs à l'aide de petits bourdonnets de charpie 5 il est des sujets chez lesquels la salive coule avec une telle abondance , que celle qu'on vient d'enlever est immédiatement remplacée; alors il faut entourer de coton le lieu sur lequel on opère : quand l'endroit qu'on veut boucher paraît trop uni , on y pratique quelques inégalités afin que le métal y soit mieux a&sujetti; pour empêcher la salive de pénétrer dans le point qu'on va plomber, les mâchoires restent écartées l'une de l'autre ; la langue demeure immobile 5 on roule alors entre les doigts les feuilles métalliques pour en forrxier une boule dont la dimension est trois fois plus étendue que celle de la capacité où elle doit être logée 5 le fouloir pointu l'y introduit ; on s'attache d'abord à remplir les anfractuosités les plus profondes ; pour y parvenir et pour mieux la faire adhérer , on comprime et l'on pique le métal ; le fouloir à pointe mousse est ensuite employé ; avec lui la compression peut être plus fortement exercée \ les portions de métal qui débordent sont enlevées à l'aide d'une rugine; enfin ce métal est poli avec le brunissoir : lorsqu'il est chauffé il agit plus avantageusement si des feuilles de plomb ont été mises en usage.

Quand un premier morceau de métal placé dans la cavité dentaire est recouvert par un second qui doit achever de la combler, ces deux corps étrangers ne s'adaptent pas assez exactement l'un sur l'autre; leur déplacement , leur chute, deviennent ordinairement faciles , à moins que l'orifice du trou ne soit plus étroit que le reste de la capacité de ce dernier ; il faut , en général , que la boule soit plutôt trop grosse que trop petite.

N'oublions pas défaire remarquer d'ailleurs que si, en nettoyant avec la rugine la cavité dans laquelle on doit mettre le métal , on n'use pas de beaucoup de ménagements , on occasionne souvent à l'instant même une odontalgie , que souvent encore la douleur dentaire se développe un peu plus tard; j'ai observé un grand nombre de faits de ce genre ; je crois qu'on devrait avant de plomber les dents en dessécher la carie en portant dans les trous qu'elle présente un bourdonnet de coton imbibé d'alcool camphré, par exemple : j'ai vu cautériser avec le fer rouge des dents douloureuses qui étaient plombées immédiatement après; une douleur fort tolérable succédait au bout d'un temps assez court à la douleur très-violente que les malades éprouvaient d'à-

bord 5 quarante-huit heures environ s'écoulaient • ils ne souffraient plus et l'opération réussissait d'ailleurs , en général , tout aussi bien que dans les circonstances ordinaires , pour ne pas dire mieux 5 je pense cependant qu'il serait plus prudent de recourir au plombage quelques jours après la cautérisation actuelle 5 on s'exposerait moins à des odontalgies violentes et au développement des fluxions, des collections purulentes: n'oublions pas de recommander qu'il faut se hâter dans tous les cas d'enlever le corps étranger qu'on a introduit dans la dent, lorsque les accidents que nous venons d'indiquer surviennent.

Quand la 'cavité de la dent est assez large , M. Delabarre y place une petite plaque concave en or, et dont la concavité correspond au nerf qu'elle doit mettre ainsi à l'abri de la compression-, on plombe ensuite au-dessus de cette plaque.

3Iéthode moderne. — On peut employer les mêmes instruments que dans la précédente 5 mais ils doivent presque tous être convenablement chauffés ; c'est parce qu'ils ne conserveraient pas une assez grande quantité de calorique qu'ils doivent offrir un renflement , une espèce de petite boule à quelques millimètres (quelques lignes) de leur pointe , comme le cautère du docteur de Champesme (voyez dans ce volume le chapitre ayant pour titre : Cautérisation.)

Après avoir encore nettoyé et desséché la cavité dentaire , on met dans sa capacité ou sur son orifice seulement , s'il est étroit , un grain de métal fusible -, on se sert à cet eff'et , soit d'une pince à disséquer, soit du fouloir recourbé à pointe aiguë, soit enfin de la sonde courbe \ on applique sur ce métal le bout du cautère qu'on a chargé de calorique à l'aide d'une bougie ^ il fond avec beaucoup de facilité : il Hîmplit la capacité destinée à le contenir 5 il s'y moule parfaitement -, s'il la déborde , le brunissoir chaufl'é sutfit ordinairement pour lui donner un niveau convenable ; les rugines peuvent devenir utiles.

La méthode dont nous nous occupons est préférable à la précédente quand on opère sur la mâchoire inférieure -, elle n'est pas toujours applicable à l'arcade dentaire supérieure : le corps étranger est mieux assujetti^ INopération est plus prompte^ elle n'exclut pas d'ailleurs l'emploi^du procédé de M. Delabarre.

La mastication, les progrès de la carie, l'ébranlement, le déplacement, la chute de quelques parties nécrosées , l'usage des

cure-dents , etc. , peuvent déplacer le métal fusible ou les feuilles d'or, d'argent ou de plomb ; cfes métaux deviennent fréquemment vacillants ^ ils ne remplissent plus assez complétementrindication ; l'air, des substances alimentaires plus ou moins irritantes s'introduisent 5 l'ulcère de Fos fait des progrès et bientôt l'odontalgie se développe ; il faut donc se hâter de recourir à un nouveau plombage.

Mais on doit recommander aux personnes dont les dents ne sont pas bonnes de se servir comme d'un cigarre d'un tuyau de plume ouvert à ses deux extrémités -, près d'elles sont logés deux morceaux de papier roulés sur eux- mêmes ^ ils ne ferment pas com.plétement la capacité de l'instrument 5 dans l'espace existant entre eux on place quelques fragments de camphre ; cet excellent moyen , conseillé par M. Raspail , préserve ordinairement des douleurs dentaires-, j'ai observé plusieurs sujets* chez lesquels il a guéri des inflammations chroniques et très- rebelles du pharynx -, on pourrait encore mettre dans un litre d'eau commune contenue dans un vase exactement bouché , un morceau de camphre du volume environ d'un œuf de poule 5 on emploie le liquide après que cette substance a macéré quelques jours; Tous les matins on se sert pour nettoyer la bouche d'une brosse à dents et de la dissolution dont nous nous occupons ; ce topique n'exclut pas d'ailleurs l'emploi des autres avec lesquels on entretient la fraîcheur des gencives et la blancheur des arcades dentaires.

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